Le peuple est-il con ?

Selon une loi universelle, l’autre est un con. Sorti de votre petit cercle de gens que vous estimez, cercle jamais très étendu et souvent en cours de rétrécissement, tous les autres sont cons. Pour des raisons diverses et variées, hein : parce qu’ils regardent Hanouna (et je les juge tout aussi durement que vous), parce qu’ils votent RN « parce que eux, on n’a jamais testé » (l’extrême gauche non plus, hein, même pas la gauche radicale sous la Ve République), parce qu’ils prennent la voiture au lieu des transports en commun, parce qu’ils croient les promesses de Macron et même qu’ils ont voté pour lui… Ou aussi parce qu’ils n’ont pas votre culture. Bon la culture, c’est un pays aux frontières mouvantes, hein : j’ai beau n’avoir aucune culture ciné, je m’en sors dans d’autres domaines… Alors du coup, on peut en déduire que le peuple dans sa globalité est con… et on voudrait lui demander son avis en permanence ou presque avec les RIC ? Ah ben bravo le veau !

Demander l'avis au peuple est-il dangereux ?

Pour ceux qui auraient été un peu déconnectés ces derniers temps (je ne vous jette pas la pierre, moi-même… bref), le RIC ou Référendum d’Initiative Citoyenne, permettrait de demander régulièrement son avis au peuple via des référendums. Comme en Suisse par exemple. Alors évidemment, chez les Marcheurs, ils en veulent pas trop… mais de part et d’autres de l’échiquier, je vois que ça grogne et pas qu’un peu. Côté gauchiste, j’ai vu notamment passer un « mais on est dans un pays de droite réac, on ne va jamais s’en sortir ! ». Mmmm… Alors déjà, je suis pas si sûre, c’est pas parce que les chaînes qui prétendent faire de l’actu nous imposent tous les chroniqueurs de la droite rance en continu que ça représente l’opinion générale. Mais du coup, je me pose une vraie question : le peuple est-il un enfant à qui on doit imposer certaines choses contre son gré « mais pour son bien » ?

Le peuple est un enfant pour les politiques

C’est tout le souci que j’ai généralement avec le discours politique distribué par l’ensemble de l’échiquier : le paternalisme de nos élus qui nous expliquent la vie car nous, nous ne savons pas. Alors évidemment, je ne sais pas tout, je ne le prétends même pas. Mais nos élus non plus, d’ailleurs. Ils sont assistés par une floppée d’assistants parlementaires et chacun a plus ou moins son sujet de prédilection. Et ce point ne me choque pas. Par contre, ce qui m’agace plus, c’est que tous ces gens viennent nous parler en père de famille légèrement abusif, nous expliquant ce qu’on doit faire ou pas. Le summum étant, pour moi, les consignes de vote de l’entre-deux-tours « bon alors je suis pas au second tour, allez donc voter pour Tartempion ». Heu non mais les électeurs font ce qu’ils veulent, en fait. Je suis toujours fascinée par cette arithmétique de « ah, lui, il a donné ses 14% de voix plus les 26% de voix du premier tour, ça fait 40%… » Bah non, en fait. Si le citoyen a voté pour ce candidat au premier tour, peut-être ne voulait-il que celui là et pas un autre et s’en fout des consignes de ce dernier, peut-être n’a-t-il voté que par pure contestation ou que sais-je encore…  On n’est pas là pour faire de la sociologie électorale (même si c’est intéressant dans l’absolu). Bref : les voix acquises au premier tour ne sont pas la propriété du candidat qui les a obtenues et on n’a pas besoin d’un guide spirituel pour décider quoi faire au second tour. N’en déplaise à ceux qui se sont indignés que Méluche n’ait pas dit dès le soir du premier tour qu’il fallait voter Macron (il l’a fait de façon plus ou moins alambiquée quelques jours plus tard mais apparemment, ce n’était pas suffisant alors que… ben on s’en fout, en fait).

La voix du peuple lui appartient, je déteste les consignes de l'entre-deux-tours

Le peuple est-il con ? Je serai plus nuancée. Il y a quelques temps, je lisais une interview dans Society de Laurent Cantet qui expliquait qu’il considérait les pauvres comme assez incultes et peu voire pas intéressés par la chose politique. J’avais écrit un dialogue un peu similaire dans le roman de Maja où un personnage expliquait que quand tu te tuais à la tâche au boulot pour bouffer des pâtes au beurre le soir, tu n’avais plus vraiment d’énergie pour aller faire la révolution le week-end (un truc du genre). Et puis les gilets jaunes sont arrivés et ont un peu bousculé ces certitudes, une plutôt bonne nouvelle à mon sens. Même si on pourrait regretter que ce soit fait en réaction à une situation devenue intolérable, un besoin presque viscéral de rugir pour essayer d’améliorer le quotidien mais franchement, je trouve que c’est du snobisme, ça. Je ne crois pas qu’on naît citoyen engagé…

Les gilets jaunes ou l'apprentissage de la rébellion

… Et même, on fait en sorte que ça n’arrive pas. C’est vrai, on n’arrête pas de nous expliquer que toutes les lois et décisions de notre gouvernement, surtout en matière d’économie, c’est « parce qu’on n’a pas le choix ». Dès que tu veux un peu débattre, tu vas être disqualifié d’office car « tu ne comprends rien en économie, de toute façon ». Comme si l’économie était une science exacte pour commencer… Après, j’ai pas une grande culture économique, c’est vrai, j’ai surtout une culture d’économie historique car… le lycée ne m’a jamais proposé de cours d’économie vu que j’ai pas fait de série ES. Et c’est là où je veux en venir. Suis-je favorable aux RIC ? Oui dans l’absolu même si je n’ai aucune idée de ce que pourrait donner la version française vu que c’est une vague idée. Est-ce que j’ai peur que le vote donne du pouvoir aux fachos ? Un peu mais c’est le jeu aussi. Mais surtout, avec le RIC, ce serait dans l’intérêt de TOUS (en majuscule) que les citoyens aient une base culturelle solide pour prendre les décisions les plus rationnelles possibles. Avec le RIC, j’aime imaginer que nos politiques comprendraient enfin que leur ton paternaliste de sachant universel (alors que franchement, ils ont certes l’aplomb du sachant mais disent souvent de la merde) ne suffirait plus à ce que la situation leur échappe.

Le "savoir" est souvent une question d'attitude

Car le pouvoir au peuple passe par le savoir, ce n’est pas un hasard si on déprécie de plus en plus la culture au sens large du terme pour des connaissances techniques qui permettront à tous et toutes d' »avoir un métier ». Alors que tu peux devenir une larbine du marketing en ayant écrit un mémoire d’histoire et un de science politique, hein, l’un n’empêche pas l’autre. Il faut que l’on se cultive, camarades, tous autant que nous sommes. Et partager avec modestie ce que l’on a appris. Car n’oubliez pas : beaucoup de sciences sont inexactes.

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T’as ton étiquette ?






Dimanche dernier, lors de mon voyage de 6h en train pour rejoindre Paris (tu doubles le temps de trajet et je te fais un Seoul-Paris… la relativité de la distance parcourue sur un temps donné selon le transport choisi, c’est fascinant), je traînasse sur Twitter quand je vois 2 Twittereuses* discuter d’un article des Inrocks sur les Flexitariens. Tiens, donc…

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Délicieuses gambas au gaspacho de mangue de chez Face B, faut goûter

Pour ceux qui ne connaissent pas, les flexitariens sont ces omnivores qui mangent de tout mais font attention à leur consommation de viande et, éventuellement, de poisson. Je suis, pour ma part, totalement flexitarienne puisque j’ai conscience que notre régime alimentaire est bien trop riche en protéines animales et j’essaie d’en consommer le moins possible, surtout de la viande rouge. En gros : surtout pas de viande ou poisson à tous les repas. Je suis donc flexitarienne… Sauf que non. Je le suis, oui, mais j’ai pas envie de coller une étiquette là dessus. Je ne revendique rien, je ne me singularise pas, c’est juste un choix dont je n’éprouve pas le besoin de parler.

Caibllaud à la purée de patate douce et d'autres choses délicieuses chez Roca

Caibllaud à la purée de patate douce et d’autres choses délicieuses chez Roca

Je suis fascinée par ce besoin permanent d’étiquettes. Il y a deux styles d’étiquettes : ceux que l’on se colle et ceux que l’on colle aux « autres ». J’ai souvent vu des étiquettes dans le domaine amoureux, ceux qui rejettent à corps et à cris la « monogamie hétéronormée » face à ceux qui ne leur demandaient rien. Pour avoir un peu fréquenté ce milieu, j’étais tour à tour amusée ou agacée par ce besoin de se nommer pour se dire différent des autres alors que, disons le franchement, ces mêmes autres n’en avaient rien à foutre. D’ailleurs, les réactions les plus hostiles que j’ai pu voir sur le polyamour ou le libertinage concernent l’étiquetage de ceux qui n’en sont pas, ceux qui n’ont rien compris, ceux qui sont enfermés dans leurs valeurs judéo-chrétiennes et tutti quanti. En gros, curieusement, les leviers de bouclier se faisaient non pas face à un témoignage mais face à un dénigrement « vous les monogames fidèles ». Si tu ne veux pas que l’on te juge, viens pas nous cracher ta condescendance à la gueule non plus, hein.

condescendance

J’ai réfléchi : ahah, je suis la fille sans étiquettes, hihi. Ah mais attends, non. Ok, d’un point de vue matrimonial, je ne me colle aucune étiquette parce que je m’en fous, je bâtis mon histoire en fonction des briques qui se présentent à moi, sans rien clamer. Je ne suis pas une pasionaria de l’anti mariage ou du no kids. J’ai pas envie de me marier ou de faire un enfant maintenant, je ne sais dans 10 ans et je ne revendique rien par rapport à ça, ce sont juste mes envies. Par contre, dans d’autres sphères, oui, je me clame des étiquettes : je suis une gauchisssse féministe, voilà. Je ne le dis pas par effet de style parce que Beyonce l’a dit, non. Je le dis car cela correspond à mes idéaux d’égalité au delà des sexes et des classes. Bon, dit comme ça, ça sonne plus creux qu’un niais « girl power » des Spice girls mais l’idée est que je ne cache pas mes convictions, quitte parfois à me clasher avec les gens jusque dans mon milieu professionnel (alors que j’ai eu droit à un « non mais je m’en fous, je suis pas féministe » quand j’ai dit « tu sais, il faut éduquer les jeunes filles dans le monde, car… ». Je savais pas que ne pas être féministe empêchait toute ouverture d’esprit). Je ne cherche pas à me singulariser mais bien à revendiquer. Mais ce qui est intéressant dans mes étiquettes, c’est que l’une est positive, l’autre est un détournement d’une étiquette négative (j’aime bien gauchiasse aussi).

Les-peluches-pipi-et-caca

Au fond, la vraie question reste : pourquoi se sent-on obligé de tout ranger par paquet ? Des étiquettes revendiquées à celles inventées par la presse pour se faciliter la vie (bobo, boho, hobo et je ne sais plus) ou détracteurs pour se mettre encore plus en relief, je suppose que ça rassure de mettre les gens dans des lots indifférenciés où chacun aurait le même comportement que son voisin. Mes seuls étiquettes revendiquées le sont car elles portent un combat. Pour le reste, qualifiez moi de bobo, monogame hétéronormée, libertine, carnivore ou flexitarienne, peut me chaut : je n’ai jamais revendiqué le contraire.

* Non, pas Twittas, c’est trop moche



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