Laissez les femmes vieillir

Lundi soir, j’ai fait comme tout le monde et suis allée voir Star Wars épisode VII*, à peu près vierge de spoils** mais j’avais noté que les internautes s’étaient moqués de la vieille Carrie Fisher. Ok, voyons… Ah, bravo, vous avez réveillé mon indignation féministe.

Carrie Fisher

Reprenons. Alors dans ce Star Wars, nous retrouvons Harrison Ford, Carrie Fischer et Mark Hamill. Ford arrive à l’écran, je me dis que le temps est un petit salopard. Même si, ok, il garde son charme et, à la limite, il a mieux vieilli que George Clooney dans la Bande annonce d’Ave Cesar des Frères Coen. Quand soudain, voici, Carrie Fisher et… Oh bah franchement, ça va. Oui, y a de la pâte d’oie (comme sur Ford), une peau relâchée (comme Ford) et une taille un peu épaissie mais franchement, elle le fait toujours. Surtout la scène où elle porte une robe, pardon mais elle pète la classe. Contrairement à Mark Hamill qui a très méchamment pris, comme on dit

Spoiler:
{(même si c’est un peu lié à son personnage, je suppose)}

Donc, que conclure à part : encore un coup de la société patriarcale qui nous impose un idéal féminin toujours plus inatteignable.

Princesse Leïa dans l'épisode 7 de Star Wars

Car voyez-vous, le problème, c’est que la femme n’a pas le droit de vieillir, particulièrement à Hollywood. Quand on refuse à Maggie Gyllenhaal un rôle car on la juge trop vieille (37 ans, sachant qu’elle était castée pour jouer la maîtresse d’un homme de 55 ans…), on commence à bien mesurer à quel point être une femme reste compliqué dans un métier d’image. Alors, il reste des solutions, hein, bien sûr, genre… la chirurgie esthétique. Après tout, regardez Nicole Kidman… Bon, ok, elle fait peur mais on lui donne pas son âge, hein….

Nicole Kidman botox et chirurgie

Car là est le drame de Carrie Fischer : elle est restée telle quelle. Oh mon Dieu des rides ! Oh mon Dieu une taille épaisse. MAIS QUELLE HORREUR DES CHEVEUX BLANCS ! Les commentaires n’avaient pas été plus charmants sur Diana Rigg, ex James Bond girl et surtout éternelle Emma Peel soit l’une des femmes les plus sexy du monde, lorsqu’on la découverte âgée et fripée dans Game of Thrones. Et que dire sur Brigitte Bardot ? Alors oui, elle dit beaucoup de trucs discutables, je dis pas mais non, elle n’a pas pris cher, elle a juste vieilli et ça nous arrivera tous. Ca fait mal le résultat sans botox et lifting ? Et bah commencez à économiser parce qu’on y passera tous. Et c’est une fille qui fait visiblement 10 ans de moins que son âge réel qui vous le dit.

Diana-Rigg-de-Chapeau-Melon-et-bottes-de-cuir-a-Game-of-Thrones

Mais voilà, la vieillesse féminine reste intolérable, bien plus que celle des hommes, c’est un fait indiscutable. Le style poivre et sel ? Super sur les hommes mais les femmes, eurk, elles se laissent aller dis donc… Idem sur les pâtes d’oies : sexy chez les hommes, inacceptable chez une femme. Même le bidon, c’est trop mignon chez les hommes alors que chez les femmes, ce sera sanctionné par un jet de pierres en plein dans le gras ! Et pourquoi ? Parce que dans notre société patriarcale, la femme reste avant tout associée à son rôle d’apparat : elle doit rester jeune, fine, lisse, belle. La maturité ? Non, on s’en branle, on va plutôt t’expliquer que les vieux décrépis préfèrent se taper des petites jeunes : ta beauté vaudra toujours plus que tout le reste, désolé.

Hugh Heffner et sa fiancée

Et c’est, en plus, un contresens total par rapport au personnage de Leïa. Elle n’est jamais présentée comme une belle et faible femme à secourir, non : c’est une femme forte, engagée politiquement, combattante. Le seul passage sexy la concernant (le fameux bikini) se termine quand même par Leïa terrassant un personnage immonde qui doit dépasser le quintal tranquille. Et c’est une constante dans l’univers Star Wars d’ailleurs : Padmé n’est vue comme une belle femme que dans sa romance avec Anakin : pour le reste, elle est avant tout une femme politique forte (encore) et elle ne brille pas de sexyness dans sa tenue officielle on va dire. Du coup, comment peut-on se dire fan de Star Wars, de son univers et se foutre de la gueule d’une actrice à cause de son physique… Le physique de son âge.

* Ah et pour mon avis sur le film car j’écrirai pas d’article dessus (parce que tout le monde en a parlé) : bon divertissement mais

Spoiler:
{ y a quelques soucis notamment le Dark Vador new gen’ qui est quand même pas mal en mousse.}

** Ma mère m’a quand même balancé

Spoiler:
{qu’un personnage mourrait et j’ai de suite compris qui c’était…}

Ma mère qui n’a jamais vu un Star Wars de sa vie m’a spoilée…

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Cuisiner n’est pas anti féministe

Episode 2 de “je suis féministe cette semaine”.

Mardi, j’ai lu un article fascinant (ahem) sur une demoiselle se définissant anti féministe parce qu’elle aime bien faire la cuisine, qu’elle veut devenir femme au foyer et que si son mec lui dit de la fermer, elle le fait. Passons sur le dernier point qui est inintéressant en soi (l’article est assez maladroit dans sa rédaction donc je ne suis pas sûre qu’il faille le lire au sens premier du terme, il aurait plutôt fallu comprendre « j’insiste pas bêtement pour avoir le dernier mot ») pour revenir sur les deux premiers points.

Une femme féministe doit donc fuir à tout prix une cuisine et avoir une carrière. Je suppose qu’elle est priée de ne pas faire de ménage ou tout ce qui pourrait s’apparenter à un attribut féminin supposé. Je me souviens d’un cours de sociologie des femmes quand j’étais à la fac, une fille s’exprimait avec véhémence sur le fait qu’elle refusait absolument de faire le repassage ou cuisiner pour son mec en signe de non soumission et de rejet du rôle traditionnel de la femme. Je crois que c’est ce jour là que j’ai développé une certaine méfiance, si ce n’est une aversion, pour le féminisme. Puis j’ai découvert que le féminisme n’est pas forcément synonyme d’hystérie.

Pour ma part, si on s’en réfère à mes petites activités, je suppose que dans le monde blanc et noir de ces demoiselles, je suis une anti-féministe. J’aime cuisiner (quand j’en ai le temps), je tricote, je compte me mettre à la couture. Je chante aussi, telle une jeune fille du XIXe siècle prête à courtiser. En fait, depuis quelques temps, j’acquiers des compétences qui font (presque) de moi une fille bonne à marier. Me reste mon bordélisme ambiant et mon relatif désintérêt pour la déco intérieure sinon je ne serais qu’un cliché ambulant. Pourtant, si je fais toutes ces choses ce n’est que pour une seule et même personne : moi. J’aime bien cuisiner (surtout quand je réussis mon plat), tricoter et chanter me détendent. Et j’aimerais être ordonnée et avoir du goût en matière de décoration, vraiment. Me conforme-je à un idéal féminin suranné ? Non. Ma récente passion pour le textile et la laine est plus associé à une envie de me créer des petits vêtements. Ahah, je suis soumise aux diktats de la société machiste qui impose aux femmes d’être toujours coquettes et apprêtées ! Oui ou alors on peut aussi dire que j’aime les jolies choses et que j’aime m’en parer. Et que si c’est moi qui les fabrique (si j’y arrive, hein), on peut dire que je ne suis pas des masses victime de la mode puisque ma mode, je la crée moi même.

En fait, j’ai parfois l’impression qu’on ne sait pas ce qu’est le féminisme quand on en parle. Le féminisme ne t’interdit pas d’entrer dans une cuisine préparer un plat pour ton mec, le féminisme n’est pas l’antonyme de fer à repasser et si tu préfères rester chez toi plutôt que de travailler, c’est ton choix. Après tout, certaines sont faites pour s’épanouir dans leur vie privée, d’autres dans leur carrière, on a aussi le droit de choisir. En fait, une fois de plus, on nage en plein clichés. La femme soumise cuisine, coud et élève les gosses, la femme libérée travaille, achète des fringues tous les deux matins et a une nounou pour sa progéniture. Il paraît inenvisageable qu’une femme au foyer puisse être féministe. Et pourtant, qu’est-ce qui l’en empêche ? Le fait qu’elle ne gagne pas d’argent la rendrait forcément perméable aux questions d’égalité des salaires ? A l’égalité des droits en général ? Je sais bien qu’on vit dans une société très égocentrée qui ne se mobilise que pour des problèmes la touchant directement. J’exagère peut-être légèrement mais si on pouvait avoir la même colère et la même indignation face à la paupérisation de la société, au chômage ou, tiens, à l’inégalité homme-femme que ce qu’on a vu lors de la fermeture de Megaupload, peut-être qu’on avancerait un peu plus. Mais non, mater des séries gratuitement, c’est plus important que tout. J’y reviendrai tiens.

Bref, l’égalité homme-femme, c’est avant tout le droit pour chacun de choisir, de pratiquer des activités par goût et non par obligation, choisir sa carrière (ou l’absence de…) parce que c’est ce qui nous convient et pas parce que c’est la société qui nous l’impose. Et n’oublions pas l’existence d’hommes aux foyer, ce n’est pas une exclusivité féminine.

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