Ce que j’imagine, ce que j’écris

Ecrire : je noircis des pages blanches de mon écriture hiéroglyphiques, je gratte, je gratte. Oh ma gare ! je chemine, j’imagine la suite. Il dira ça et elle fera ça et ils iront là… Souvent, je me joue la scène comme un film, ça coule, c’est naturel… Oui, c’est génial, j’achète. Mais voilà : entre ce que j’imagine et ce que j’écris, il peut parfois arriver que ça n’ait pas grand chose à voir à l’arrivée.

Tableau de Mailo : colorer le monde - j'imagine

Magnifique travail de Mailo, au passage

Comme je disais semaine dernière, quand j’écris, j’ai le début, la fin et tout l’exercice consiste à les relier. J’ai parfois quelques scènes et l’un des défis consiste à les intégrer naturellement au récit. C’est compliqué. Par exemple, dans mon roman de Maja, il y avait une scène précise que j’avais en tête mais la narratrice étant Maja, je ne pouvais pas vraiment l’intégrer vu qu’elle n’est pas concernée par ce qu’il s’y passe. J’ai donc envisagé que cette scène soit racontée par l’un des personnages concernés… ou finalement de donner la parole à quelqu’un d’autre, à celui qui aurait dû raconter cette scène. Ok donc on va scinder le roman en deux parties : la partie Maja et la partie Zetterling (le nom de l’autre personnage). Ah oui mais attends, y a un personnage qui va arriver vers le milieu du roman, l’antagoniste de Maja, il serait peut-être intéressant de lui donner un background un peu épais surtout que finalement, j’ai envie qu’elle fasse ci ou ça. Ok, on va en apprendre plus sur elle via Luka, le frère de Maja. Oui, tiens, faisons comme ça… Oh, une partie supplémentaire, une ! Petit à petit, mon fil de fer se garnit, parfait.

Inspiration déco fil tendu

J’écris. Ah, là, il faut que j’amène ça avec tel truc qu’il va se passer, voyons… Oui, je vais amener ça comme ça et nous voici à l’écriture de cette scène que je veux puissante, centrale, un moment clé du roman. Dans ma tête, tout est très clair, j’ai des images très précises… sauf que quand je l’écris, ça ne donne pas du tout la même chose. Un peu comme ce sublime soufflé bombé qui sort du four et qui s’effondre lamentablement (ou mes meringues au jus de pois-chiche). C’est mou, nul, chiant.

Meringues au jus de pois-chiche ratées

J’ai un souvenir très précis d’un roman tout pourri comme ça, mon histoire de roman assez inspiré d’Angel Sanctuary où il y avait une petite scène de massacre à l’épée en toute décontraction, façon très manga et c’est précisément ainsi que je le concevais. Mais que j’ai galéré à concevoir cette scène par écrit, à lui insuffler à la fois fluidité et drame vu que cette scène était la clé pour déclencher le reste de l’histoire. Je ne me souviens pas vraiment si j’ai réussi à écrire un truc potable sur le sujet (je ne sais pas s’il existe une copie quelque part de ce roman, en fait) mais je me souviens de l’intense sentiment d’insatisfaction quand j’ai buté sur cette scène alors que c’était précisément celle où je ne pouvais pas me vautrer.

Angel Sanctuary de Kaori Yuki _ Alexiel

Parce que oui, dans ma tête, je peux imaginer des scènes fortes mais aussi très esthétisantes (dans la limite de mes compétences, n’ayant pas une culture BD/manga ou ciné très poussée, ne nous emballons pas non plus) mais comment rendre cette esthétique en mot ? Parfois, c’est simple mais d’autres fois, quand il s’agit de quelque chose de fugace, d’une belle image qui se passerait finalement de mots… Je suis un peu coincée.

The cell - film

Alors j’ai jamais vu ce film, The Cell, alors que j’en avais envie mais je n’en ai entendu que du mal… mais rien que les photos, tu sens qu’il a très mal vieilli dis donc…

Ou alors je prends des cours de dessin pour bien mettre en image mon délire… Mais vu mes quelques tentatives, on va dire qu’on va écrire et réécrire ces scènes clés pour parvenir à un résultat satisfaisant.

Tatouage de plume géométrique

Mais parmi les scènes à imaginer qui sont un cauchemar à écrire, ce sont les scènes de sexe…

Je vous raconte ça la semaine prochaine.

Rendez-vous sur Hellocoton !

La critique est facile, l’art difficile

Ouvrez un magazine de type généraliste (genre pas la Gazette des Pêcheurs de Loir et Cher). Vous allez remarquer qu’il y a une rubrique incontournable. Non, pas l’horoscope mais
l’autre : la critique. Critique musicale, littéraire et /ou surtout critique cinéma. C’est un exercice particulier pour le journaliste, limite un art pour certains, un truc de frustré pour
d’autres. Combien de fois accuse-t-on les critiques d’être périmés, aigris, de se venger de ne pas avoir réussi à publier un livre, à être des ratés… Ca se discute.

 brune.jpg

J’adore les critiques de type destructives, soyons honnêtes. Guy Carlier me fait  vraiment marrer dans ses chroniques radios (à la télé, pas du tout, par contre, les blagues les plus courtes sont les meilleures), son talent de tailleur de costard même si, des fois, il est un peu trop mordant, limite roquet. J’avoue que, moi même, je trouve plus facile d’écrire un article destructif sur une émission que j’aime pas plutôt que de me montrer dithyrambique. Parce que c’est plus marrant de mettre en lumière les vices, les erreurs, les manquements que de s’extasier sur ce que l’on aime. En plus, tordue comme je suis, quand je me montre élogieuse ou que je lis une bonne critique, je trouve ça too much genre « il a été payé pour dire ça ». Genre y a des gens qu’on n’a pas le droit d’attaquer donc ils pourraient nous faire avaler de la merde qu’on trouverait ça encore très raffiné et so subversive.

Recentrons nous sur les critiques ciné, mes préférées. Il n’y a pas à dire, on entre dans un nouvel univers qui, quelque part, me fascine. J’en parlais y a quelques temps avec un
pote Harry, il m’expliquait qu’il était allé voir Boulevard de la mort sans avoir lu les critiques et il le regrettait pas car ça aurait gâché son plaisir. Il est vrai que les critiques sans avoir vu le film n’ont pas la moindre saveur et beaucoup me dégoûtent de films qui me tentaient (peut-être) au départ. Je sens que je vais m’incruster un max aux avant-premières. Par exemple, j’ai lu la critique de Voici (ouais ok, référence naze, honte à moi) sur Black Snake Moan, une des photos illustrant l’article était l’une des dernières images du film, voire la dernière. Mouais, merci de me gâcher le truc, quand même. Parce que les critiques, elles aiment bien dire « la fin est totalement ratée mais je ne vous en dis pas plus ». Ouais ben, là, je sens que je vais économiser 9.90 euros. Mais revenons à nos critiques cinés, les vrais, les bobos. Du genre Elisabeth Quin ou ceux de Technik’art, ceux que je kiffe. Parce que je les comprends pas toujours.


Par exemple, Mademoiselle Quin a une marque de fabrique : les mots de plus de 3 syllabes. Nous pourrions saluer l’effort de la dame de faire vivre ainsi la langue française sauf que du coup, on comprend pas bien ce qu’elle veut dire. Et j’avoue que j’aime bien voir quelqu’un s’indigner de la lourdeur d’un film dans une phrase de 4 km de long. Autre style, plus courant, le style « Technikart », « Première » et co à base de « nous ne nous adressons qu’à un public éclairé, on va donc vous en mettre plein la vue avec nos terme anglophones ».
Exemple dans le Technikart du mois de juin : « La valeur « slapstick » de Johnny Depp cimente le triomphe surprise de Pirates des Caraïbes ». J’avoue que je ne sais pas
ce que veut dire slapstick, est-ce un synonyme de « méga star » ou « bankable » (oui, là, je le connais, celui là). Autre exemple que j’aime bien : « Il fait le lien entre Leone et le « Blueberry » de Kounen, via sa connexion Moebius et sa connaissance des champignons hallucinogènes. Il représente la passerelle entre le Buñuel espagnol et le Buñuel
français, via le Buñuel mexicain. Il incarne le pont suspendu entre le surréalisme sous acide des 60’s et la connerie sous vinasse des Grolandais » . Sous entendu : j’ai beaucoup
de place pour ne rien dire alors je vais broder. Ou alors lui aussi s’y connaît en champi hallucinogènes.

Pourtant, la critique, c’est rigolo, surtout quand c’est bien vu et bien tourné. Comme par exemple la jubilante critique ici. Mais bon, je me demande toujours comment elle est
reçue par les premiers concernés. Bon, je me doute que les auteurs de films étrangers, surtout de type blockbusters ne prennent pas forcément la peine de lire ce qu’on écrit sur eux à l’étranger. Mais les autres ? Un film (ou un disque, un livre), c’est un gros travail, un investissement personnel, de temps, d’argent. On y croit, forcément, c’est notre projet. Alors lire un scribouillard descendre notre film, on n’est pas forcément obligé d’apprécier. Bien sûr, à partir du moment où on expose son travail, on doit se préparer à ça. Déjà qu’ici, alors que j’expose juste des points de vue, je me fais parfois tailler, j’imagine même pas ce que ça doit être quand on est artiste et qu’on se décide à montrer ce que l’on sait faire. Bien sûr qu’il faut savoir accepter les critiques et qu’elles peuvent même être utiles. Mais tout dépend lesquelles. Si le critique n’a de plaisir qu’à descendre ce qu’il voit avec une pointe de méchanceté, ça ne sert à rien.

Enfin, toujours est-il que ce que j’aime dans les critiques, c’est leur langage à part que j’essaie de replacer quand la situation le permet, histoire de faire ma bobo qui se la pète, mouarfffff ! Et puis comme je suis une grande fille, je m’arrête pas à l’avis des autres et si je veux vraiment voir un film (ou lire un livre…), je le fais. So subversive.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Le jeu de l’’interview

Quand on est journaliste, il est un exercice auquel on ne peut couper : l’interview. Il y a bien sûr l’interview classique qu’on reproduit telle quelle dans le journal mais aussi l’interview qui sert de base pour écrire un article, avec citation à l’appui. Par exemple, quand je bossais dans le milieu du rugby, j’interviewais les joueurs à la fin du match mais je les intégrais dans l’article de résumé du match.
TV reporter with microphone, Tv interview 

J’avoue que l’interview est, de très loin, mon exercice préféré. La raison est très simple : ça permet de rencontrer des gens et discuter avec eux. Evidemment, rien ne vaut l’interview en face à face mais c’est pas toujours possible surtout que le journalisme, aujourd’hui, ça se passe surtout par téléphone. Donc bon, dès qu’il y a possibilité d’aller sur le terrain, je suis ravie. Pourtant, l’interview n’est pas toujours facile, réservés s’abstenir. Bon, bien sûr, y a les interviews faciles en face à face dans un lieu tranquille (généralement un café) mais après, y a les interviews de type micro-trottoir, le but du jeu étant de sauter sur les gens dans la rue pour qu’ils répondent à des questions. Et c’est parfois très drôle. Je me souviens d’une fois où je faisais un micro-trottoir avec Julien pour la radio, on se balade donc avec notre mini disc enregistreur équipé d’un micro. A un moment, on aborde une nana de 25 ans à peu près avec sa mamie pour un micro-trottoir sur les femmes. On pose nos questions et tout puis à la fin, la nana nous fait : « c’est pour la télé ? ». Heu, comment dire ? On n’a pas de caméras, ça te donne pas un indice ?

 

Bon, les interviewés, y a des bons et des mauvais. Oui parce que moi, je suis une super journaliste, je pose que des questions pertinentes ! Qu’est-ce qu’un mauvais interviewé. Tout connement quelqu’un qui n’a rien à dire et qui ne répond rien d’autre que « oui », « non », « je sais pas ». Le cauchemar. Non parce que quand vous avez un papier à faire, on vous impose une longueur et les monosyllabes, ça aide pas. Bon, c’est vrai que dans les micro-trottoirs, c’est pas évident que les gens soient inspirés par mes questions. Je me souviens une fois où je devais faire un micro-trott’ sur une foire aux vins à côté de chez moi. « Vous allez dans les foires aux vins ?

– Non
– Pourquoi ?
– C’est mon mari qui achète le vin, je n’y connais rien.
– Mais vous pensez que c’est bien ces foires aux vins ?
– Heu… Oui, sans doute. »

Allez, toi aussi, rédige un article avec ça. Du coup, pour remplir un peu, je faisais du « Si je vais dans les foires aux vins ? J’avoue que non car c’est mon mari qui se charge de ça. Moi, je n’y connais rien mais je pense que les foire aux vins sont une manifestation intéressante pour ceux qui s’y connaissent ». Tatan ! Mais y a aussi ceux qu’on interroge sur leur métier, sur un domaine qu’ils connaissent sur le bout des doigts, mais que vous faites visiblement chier. Eux aussi pratiquent la monosyllabe et faut les bombarder de questions pour arriver à avoir de quoi rédiger quelques lignes. Une vraie joute verbale…

 

Mais après, y a les interviewés de rêve, ceux qui ont des choses à dire et qui le disent bien. Ce genre de personnes à qui vous n’avez presque pas besoin de poser de questions tellement ils ont de choses à dire. Limite, vous leur filez le stylo et ils écrivent le papier tout seul. Je me souviens d’une fois où je couvrais un festival, j’avais interviewé un organisateur bien mignon qui m’avait donné de quoi écrire un livre sur le festival, limite. L’histoire du festival, la programmation de l’année avec moults détails, des anecdotes, des artistes qui se sont produits précédemment… Il m’avait fait faire le tour du village transformé pour l’occasion, me montrant les installation, et tout. Du pain béni.

 

Hier, j’ai eu l’interview de rêve, aussi. J’avais rendez-vous avec Emilie Maume, j’ai parlé de son livre il y a quelques temps ici même. A 18h, je retrouve donc la jeune demoiselle à Montparnasse et le bon contact est plutôt rassurant : elle est souriante et jolie, Emilie (ok, elle est pourrie ma blague, on doit lui faire 50 fois par jour mais d’un autre côté, s’appeler Emilie et ne pas entendre « ah Emilie jolie ! », ça doit être vexant, finalement). Une petite brunette au charme naturel, elle m’a fait penser à LilVirgo, dans le style. Bon, vu qu’on a presque le même âge, on passe direct au tutoiement et on commence l’interview. Bon, alors par rapport à ce que j’ai dit la dernière fois, Emilie a galéré elle aussi et ne se plaint pas juste parce qu’elle sort de Science Po. D’abord, elle a fait plein d’autres trucs et ce qu’elle dit, moi, je suis tout à fait d’accord. En plus, c’est marrant, on a fait des études d’histoire toutes les deux et quand je lui demande son sujet, elle me répond « les Indiens du Québec à l’époque moderne ». Bon, Emilie, c’est ma nouvelle meilleure amie ! Bref, Emilie, c’est l’interviewée rêvée : non seulement, elle a des choses à dire mais elle le fait bien. Du coup, j’ai juste qu’à retranscrire, aucun travail de réécriture, l’idéal.

 

Du coup, je suis partie de cet entretien enchantée. J’adore travailler quand tout se déroule parfaitement comme ça, un vrai bonheur ! D’ailleurs, à la fin de l’interview, on s’est dit que ce serait sympa d’aller boire un verre dans un cadre moins formel. Hé ouais, le boulot, c’est pas toujours chiant !  

Rendez-vous sur Hellocoton !