Et si pour le 08 mars, on laissait les femmes parler ?

Ceux qui me suivent sur Twitter (et un peu ici aussi) le savent : je suis certainement ce qu’on appelle péjorativement une Social Justice Warrior, à savoir que j’ai l’air de me mêler de toutes les causes. Alors oui mais non, mes intentions sont toujours les mêmes, la même je dirais même : peu importe quel est ton sexe (de naissance ou non), ton âge, ta couleur, ton orientation sexuelle ou ton histoire, tu dois avoir les mêmes chances que ton voisin. Et rien que ça, ça te donne matière à t’énerver 2 à 3 fois par jour minimum. Et notamment sur le féminisme, la cause ennemie de beaucoup de gens qui ne savent jamais de quoi ils parlent. Et en ce 08 mars, on va vous demandez une chose, une petite chose à vous les hommes : fermez-là.

Le 08 mars : Homme baillonné pour laisser parler la femme

“Et mais attends, dit l’homme, moi aussi, je suis féministe, moi aussi, j’ai des trucs à dire”. Non, tu te tais. Déjà, tu ne peux pas être féministe, tu peux être allié. Parce que tu auras beau nous écouter (déjà, ça n’arrive pas souvent tellement les hommes sont toujours pressés de prendre la parole pour donner LEUR avis), tu ne sauras jamais ce que c’est que d’être une femme, réellement. Tu pourras lire des tumblr qui te mettent sous le nez ce qu’on vit au quotidien (paye ta shnek, paye ta blouse, paye ta robe, paye ta bulle, paye ta fac, paye ton taf, paye ton couple, chaire collaboratrice, conseil aux féministes, je connais un violeur… et d’autres qui ne sont pas arrivés jusqu’à moi), tu ne le vis pas, tu peux au mieux imaginer. Et vu ta propension à nous dire qu’on exagère, j’ai la sensation que tu as l’imagination défaillante, mon cher ami. En tant que femme, j’essaie de ne pas croiser le regard de mecs qui me matent avec insistance en espérant que ça va les décourager. En tant que femme, j’ai toujours le réflexe de regretter ma tenue si je me fais reluquer de trop près alors que *bordel* j’ai encore le droit de m’habiller comme je veux, je dois subir des tentatives de drague bien lourdes dans le milieu professionnel et si tu te rebiffes, c’est toi la conne sans humour. En tant que femme, je scrute toujours les gens derrière moi si dans des lieux de foules, je sens quelque chose contre mes fesses. En tant que femme, je me prends des réflexions si j’ose mettre un orteil sur un domaine soit-disant masculin. En tant que femme, tout ce qui se passe ou non dans mon utérus semble être soumis à libre discussion. En tant que femme, même si je serai naturellement moins bien payée qu’un homme, on hésitera à me faire progresser dans la hiérarchie rapport à mon utérus, toujours. En tant que femme, si je suis battue ou violée, on remettra ma parole en cause, on se dira que je l’ai sans doute bien cherchée, peut-être même que je mens. Je serai traitée de salope dès que j’ouvrirai la bouche, menacée de viol si j’insiste. Mon corps devra correspondre à certains canons sinon je ne vaudrait rien. Et encore, là, c’est juste une petite liste, y en aurait encore tant et plus.

Nicky Minaj, élégante pour la Fashion Week

Si un jour je me lance dans un show type effeuillage, ce sera trop ma tenue

Ca, voilà, c’est un peu notre quotidien. Nos souffrances, sans cesse niées d’ailleurs sous prétexte qu’on exagérerait quand même voire que “hihi, c’est agréable de se faire draguer quand même”. Franchement, non. Et c’est la même pour toute lutte d’une minorité « contre » une majorité. Je ne suis pas militante anti raciste ou pro LGBT, je suis une alliée de ces causes. Je ne prends pas la parole dessus, je la relaie. Parce que j’ai beau avoir l’imagination fertile, je ne sais pas. Parce que je tombe encore des nues quand je découvre qu’un mec s’est fait défoncer la gueule juste parce qu’il avait tenu la main de son petit ami dans la rue, qu’une jeune lesbienne a été violée par son père qui voulait lui prouver que c’était meilleur avec les hommes, que j’apprends que la discrimination à l’embauche des personnes racisées continue encore et toujours, qu’on continue les Blackfaces en 2017 et on envisage d’appeler un bar “le bal nègre” sans bien voir le problème. Que je ne saurai jamais ce que c’est d’entendre des gens commenter ta coupe de cheveux et que si tu les laisses naturels, on va te dire que ça fait négligé… Je ne connais pas les vexations quotidiennes, les petites réflexions tellement routinières qu’on ne prend plus le temps de les dénoncer, on fait avec en se disant qu’il y en a marre. Je sais que tout cela, je ne le saurai jamais, je ne peux que comprendre et faire preuve d’empathie. Donc je n’ai pas à imposer ma vision des choses, de la lutte, des priorités, je n’ai pas à dicter un agenda des actions à mener à ces personnes là.

Affiche black feminism

ET POURTANT ! Les non minoritaires ont, pour la majorité, un besoin viscéral de s’en mêler. Les mecs, on n’a juste pas besoin de vous. On a besoin d’alliés, pas de guides ou de prophètes. C’est hallucinant comme les majorités veulent toujours se mêler des combats en prenant la parole, surtout quand on leur demande de ne pas le faire. Si vous saviez comment les féministes ont été alpaguées sur le sujet depuis une semaine… Regardez : dès qu’une réunion non mixte ou sans blancs est organisée, c’est l”indignation… Alors que les mecs, tu ne leur aurais pas dit de ne pas venir, ils ne l’auraient juste pas fait d’eux-mêmes. Et je sais que certains sont animés des meilleures intentions mais quand on est élevé dans une société où on vous apprend que seul l’Homme blanc peut diriger, que seule sa voix porte et est légitime, ça donne des manterruptions toutes les deux minutes et des mecs qui se posent en leaders de mouvements qui ne les regardent même pas.

Féminisme : ne me libère pas, je m'en charge

Alors s’il vous plaît, demain, pendant juste une journée, taisez-vous et laissez-nous parler.

Merci

 

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Où je ne suis plus dupe – manipulation médiatique

(Cet article ne devrait pas parler des élections régionales, j’ai rien de plus à en dire…je crois. Quoi que j’ai un peu envie de vous faire un plaidoyer sur le vote à la proportionnelle)

L’autre jour, je vous parlais de ma consommation de magazines et de mon arrêt total de la presse féminine parce que “je les vois, vos grosses ficelles, j’aime pas trop trop être prise pour un lapereau”. Même si c’est mignon dans l’absolu, un lapereau.

C'est tellement adorable hiiiiii

C’est tellement adorable hiiiiii

Curieusement, ma conscience féministe accrue ces dernières années m’a permis de détecter toutes les injonctions de la presse féminine (maltraite ton corps, refuse ton âge, mincis, tu ne vaux rien sans homme, achète, achète, achète)  et montrer les dents dès que j’en repère une. Par exemple, je dois l’avouer, je lis Voici quand je redescends chez mes parents. C’est curieux car je ne supporte plus ce magazine de par ses remarques grossophobes et viellophobes systématiques mais je sais pas, j’ai envie de me confronter à ça. Si Closer est un peu plus soft sur la grossophobie (un peu, ils se font plaisir sur Mariah Carey, toujours elle), eux, ils sont plus dans la glorification du couple (et de l’hétérosexualité). Du coup, je m’énerve, j’ai envie d’insulter tout ce petit monde sur Twitter. Oui, devenir féministe m’a rendu la lecture des féminins impossible, à moins de vouloir dénoncer (je veux bien mais je manque de temps pour faire un vrai travail de fond, hélas).

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Sauf que ce petit “talent” à détecter les injonctions s’étend à l’actualité en général et je vois les grossières petites manipulations médiatiques et je deviens folle furieuse lorsque je vois l’ensemble de mes communautés plonger dedans tête la première. En ce moment, forcément, c’est festival : entre les attentats, la COP21 et les régionales, on parle à votre coeur en oubliant volontairement votre tête et toute cette manipulation me donne la nausée.

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Je passerai sur les régionales, je pense que pour le coup, la mascarade est assez mal passée et le vote “barrage” a été mal digéré par pas mal d’entre nous. Mais quand même, je ne peux m’empêcher de faire claquer ma langue d’agacement quand je lis qu’on est en pleine crise politique, que le FN va passer, qu’on va tous mourir… Alors que ce discours est tenu depuis au moins 2002 et que déjà, en 98, le FN avait foutu le bordel dans les élections régionales mais à chaque fois, c’est la même histoire : on crie, on s’inquiète, on supplie… En fait, l’entre deux tours devient de plus en plus l’équivalent des 7 étapes du deuil : le choc “oh mon Dieu, on vit dans un pays de fachos”, le déni “non mais en fait, on croit juste ça parce que les gens se sont abstenus mais ils n’ont pas eu tant de voix que ça”, la colère et le marchandage : “Non mais tout ça, c’est la faute de ces connards d’abstentionnistes ! Bon allez, entre le FN et l’UMPS, le choix est facile, quand même, non ?”, la tristesse “j’ai mal à ma France”, la résignation “je vais devoir voter Wauquiez/Estrosi mais c’est pour la bonne cause”, l’acceptation “ok, on a un conseil régional pas ouf mais le FN a perdu alors c’est pas si mal” puis la reconstruction “allez, on va se battre pour pas que ça se reproduise en 2017!”. Oui alors là dessus, sans vouloir spoiler, je suis à peu près persuadée qu’on aura le même cirque dans 1 an et demi. Bref, en 17 ans, rien de neuf mais on a toujours droit à la même rhétorique : tu votes anti FN ou tu es un mauvais citoyen, comment a-t-on pu en arriver là et tutti quanti. On distribue les responsabilités en faisant bien attention à ne pas prendre sa part. Et c’est ainsi qu’on a facilement accusé les abstentionnistes, oubliant qu’en 2010 (la vague rose), le FN n’a pas tant fait chier alors que l’abstention était supérieure à celle de cette année (53.64% vs 50.09% au 1er tour). Surtout qu’au 2e tour cette année, le FN a fait plus de voix au 2nd tour qu’au premier alors qu’il y avait moins d’abstention. Du coup, ça veut dire qu’il y a des abstentionnistes frontistes, en fait ? Et sinon, taper sur les médias ou les politiques eux-mêmes ? Naaaaaaan, pensez donc.

Par contre, je trouve que Marine Le Pen peut avoir son utilité dans la lutte anti tabac...

Par contre, je trouve que Marine Le Pen peut avoir son utilité dans la lutte anti tabac…

Mais surtout, il y a eu la COP21 et la fameuse manifestation du dimanche 29 novembre, celle où j’ai eu envie de distribuer pas mal de claques. Reprenons : une manifestation interdite suite à l’état d’Urgence (je vais même pas commenter ce point, je deviendrais vraiment très vulgaire) même si la chaîne humaine avait bien été autorisée finalement. Pour être bien claire : je ne suis pas allée à cette manif car Victor ne voulait pas que je me mette en danger (il m’a amenée à une manif antifa juste pour vous situer que c’est pas un trouillard non plus) et que nous avions un rendez-vous en fin d’après-midi. On suit donc un peu les événements sur Twitter, on voit que ça commence à dégénérer dans la plus grande indifférence de ma timeline, à 3 ou 4 exceptions près. On annonce que ça commence à gazer, que des gens essaient de fuir la place mais se retrouvent bloqués par les CRS. Toujours grande indifférence de ma timeline, ça doit pas trop les déranger qu’on bouscule des hippies qui auraient dû rentrer chez eux, je suppose. Sauf qu’à un moment, l’info fuse : des manifestants auraient pris des bougies du Mémorial pour les jeter sur les CRS. Et là, ma timeline bien passive se met à s’énerver, à traiter les manifestants de tous les noms. Mon Dieu, vous êtes vraiment tous en train de tomber dans ce grossier piège ? Les ficelles sont aussi grosses qu’un tronc de séquoia !

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Alors pour être tout à fait honnête, ce Mémorial ne m’évoque pas grand chose. Je suis pas quelqu’un attachée à ce genre de symboles : je comprends que certains le soient mais de là à cracher à la gueule de toute une foule qui se retrouvait prisonnière de la place à ce moment là, faudrait voir à réfléchir avant de condamner comme de dociles moutons. Ok, s’attaquer au Mémorial était une bien mauvaise idée mais je vous ai pas entendus gueuler quand des gens ont piétiné ledit Mémorial dès le dimanche après les attentats quand ils ont cru être attaqués ou quand les flics l’ont ruiné alors qu’ils étaient en train de “maîtriser” des manifestants. Juste pour info : sur les 317 gardes à vues suite à cette manif, seules 2 ont abouti sur une mise en examen… sans rapport aucun avec le Mémorial ou les Blacks Blocs. Mais vous avez marché dans l’histoire parce qu’elle repose sur les mêmes mécanismes que les fables qu’on nous sort depuis janvier : l’émotion. Je suis choquée de voir que vous êtes plus préoccupés par les atteinte à un symbole qu’à celles à la démocratie. Oui parce que gazer et retenir des manifestants pacifistes (les black blocs n’ont pas agi avant les premiers gazages), j’appelle pas ça de la démocratie, perso… 

Photo d'Irina Kalashnikova pour Sputnik que j'aime vraiment beaucoup (la photo, pas Sputnik)

Photo d’Irina Kalashnikova pour Sputnik que j’aime vraiment beaucoup (la photo, pas Sputnik)

Vous me croyez pas ? Alors demain (si j’ai le temps, pas garanti), je vous expliquerai que le dénigrement des manifestants de la COP21 est identique au dénigrement des féministes.

 

Et pour se cultiver un peu plus sur le sujet, une vidéo au poil d’Osons Causer (une chaîne à regarder de près)

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L’école de la vanne

Sous titre : ris d’être rabaissée sinon tu n’as pas d’humour.

L’humour, ah, l’humour ! Qu’il est bon de rire, ça fait tout un tas de choses à ton corps : ça te détend, ça fait brûler des calories, ça rallonge ta vie, ça crée de la cohésion et encore plein de choses, je suppose. Et j’avoue que j’aime rire, je suis d’ailleurs très bon public, j’explose facilement de rire devant la série abrégée des Chevaliers du Zodiaque (je rebalance le lien), les délires de Natoo ou Andy, le coeur a ses raisons, le dézapping du Before… Ouais, j’ai un humour Canal, apparemment. Mais y a un truc qui commence à me fatiguer. Faaaatiguer : l’humour de la vanne.

Dès le départ, ça situe le niveau

Dès le départ, ça situe le niveau

 

Ca fuse. Vite, trouver une vanne sur la dernière phrase de Clarisse, sur le pull d’Antoine, sur l’épi chelou de Marwa “et vazy, tu t’es crue dans Mary à tout prix, mouahahahah !” Tout le monde se marre. Et Marwa ? Bah, si elle est bien lunée, elle partagera l’hilarité générale, sinon… ben tant pis pour elle. Sauf que j’avoue que je suis plus que lassée par cet humour de la vanne, que j’en sois la cible ou non.

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D’abord, il faut bien choisir sa “victime”. Il y a des gens dont tu accepteras d’autant mieux les vannes car ils sont tes amis et tu sais qu’il n’y a pas de volonté de blesser derrière (en tout cas, qu’ils seraient désolés que ça arrive). Il faut également être attentif au sujet de la pique, on a tous certaines blessure où il n’est pas bon foutre un bon coup de hâche, même s’il est donné avec humour. On va éviter de répéter à une personne ayant pris du poids et ne le vivant pas très bien qu’elle risque pas de se noyer avec sa bouée, ahah ! Ou ironiser sur les difficultés d’une personne dans un domaine précis alors que celle-ci galère pour s’en sortir “Ahah, Jean-Claude, ça fait combien 2+2 ? Ah mais oui, c’est vrai, tu es nul en maths, mouahahahah ! Allez, fais pas la gueule Champion”. Vous saisissez l’idée.

humiliation

Le bashing est pour moi l’un des avatars les plus malsains de l’humour oppressif. Rire de soi, ok, je pense que ça peut être sain et dédramatiser. Seulement, il y a un fossé énorme entre “je ris de mes défauts pour les dédramatiser” et “je ris des défauts des autres pour passer pour le petit comique de service au détriment de quelqu’un”. Evidemment, le bashing permet de s’adonner à de bons mots, à se faire applaudir sur sa réactivité et son sens de l’à propos et il est si bon de rire des autres ! Au moins, ça ne nous tombe pas dessus.  Mais franchement, à quoi ça sert ? Se lier les uns en descendant les autres, mettre quelqu’un en faiblesse pour se mettre en position de force à l’inverse. Parce qu’on a beau avoir de l’humour, quand tu entends toute la journée que tu es moche, gros, bête, nul en ci ou en ça, tu finis quand même par intégrer un peu.

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Alors je dis stop. Je m’énerve, je peste, je ferme les portes de l’humour autour de moi. Je ne suis pas drôle ? Parce que tu crois que tu étais drôle quand tu m’as agressée un peu gratos juste pour faire marrer ta petite cour ? Tu n’as pas la sensation que je ne suis pas d’humeur ou que tu as tapé pile où il ne fallait pas ? Et t’excuser au lieu d’en plus attaquer mon humour non ? Bah non, c’est moi qui ne suis pas drôle. Parce qu’on est dans la culture de la vanne, du clash et du bashing, du “on peut rire de tout mais pas avec tout le monde”, cette phrase prononcée généralement par ceux qui n’en comprennent pas le sens. Et bien pardon mais perso, j’en ai marre. Je ne suis pas contre l’humour vache, trash, si celui-ci sert à dénoncer, à s’engager. Qu’on se moque de Hollande ou Sarko parce que leur politique est bancale, parce qu’ils se posent en personnes qu’ils ne sont pas (genre quand Sarko “lit” Victor Hugo). Qu’on les rabroue sur leur tour de taille ou leur taille, j’ai déjà dit à quel point c’était inutile et même franchement débile. Mais bon, peut-être attends-je peut-être trop de finesse de la part de mes congénères, moi aussi.

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Tellement…

 

Pourtant les vannes de cul, ça marche bien pour faire marrer, éventuellement (quoi qu’on flirte toujours un peu avec le sexisme…)

humour-moderne

Demain, je vous parlerai d’une vanne trèèèèèèès populaire sur les Internets que je ne supporte plus.

 

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La norme Fotolia

Les grands connectés que nous sommes guettons avec une pointe d’angoisse les énormes consortiums qui tentent de nous imposer des normes, de nous emprisonner dans leur petit monde. Apple, Facebook, Google… On hurle à l’imposition d’une norme, aux ponts fermés entre ces univers. Sur mon iPhone, j’ai d’office safari et non google chrome, j’ai hérité du magnifique Apple Plans au lieu de l’efficace Google Map. D’ailleurs, si vous vous ennuyez, découvrez le tumblr des ratés d’Apple Map. Je trouve qu’il y a de la poésie là dedans…

Mais il y en a un dont on ne parle jamais alors qu’il dessine insidieusement notre monde digital. Parfois, dans un élan de procrastination, je m’en vais lire un article de presse en ligne et notamment des articles de presse féminine qui ont pour avantage de bien me détendre entre deux powerpoints. Or que constaté-je en « feuilletant » ces sites : ils sont envahis de photos Fotolia.

Je parle de la presse féminine mais c’est la même pour la presse économique et entrepreneuriale, vous savez, ces photos avec des mecs aux dents blanches et costard cravate qui sourient en levant le poing tel des winners du business, le tout se passant dans des bureaux immenses, blancs, aseptisés.

Et c’est là précisément que je veux en venir. Les photos Fotolia se passent dans un univers plus blanc que blanc, tout est calculé, propre, pas un cheveu qui dépasse. Comme dans tout l’univers de la pub et des médias me direz vous, oui, mais si tous les webzines commencent à se nourrir à la même source, ne risque-t-on pas d’avaler la norme Fotolia sans nous en rendre compte ?

Moi, je dis non ! Et même que je vais relancer mon tumblr des photos tartes pour dénoncer. Même s’il devrait durer 15 jours, comme la plupart des sites périphériques que je lance. D’ailleurs, il serait temps que je reprenne Week end sac à dos, il a été victime de la mort subite du nourrisson… Sans parler des dizaines d’url que j’ai achetées pour en faire des blogs (bon, non, pas dizaine). Moi et ma capacité à vouloir faire plein de trucs sans prendre le temps de les faire. Digression, mon amour.

Bref pour en revenir à Fotolia, je dis non ou alors, détournons les, ridiculisons-les ! Disons non à cette norme insidieuse ! Retrouvons le plaisir des gens aux peaux et silhouettes imparfaites, aux décors colorés, au bordel, à la vie quoi… Que les rédactions arrêtent de s’abonner à ce site (et à ses avatars) pour refaire leurs propres photos. L’illustration fait partie de l’article, autant maîtriser aussi ce contenu là, non ?

PS : Je suis pas un journal, moi, je suis pauvre mais dès que je peux, je mets mes propres photos.

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