Tu veux pas débattre avec moi ? Nazi.e !

Le débat, ah, le débat… Sacralisé, c’est, paraît-il, le summum de l’ouverture d’esprit, le “je suis tellement mature pour un échange d’idées”, alors que je déteste le débat, en fait. D’abord parce qu’il ne sert à rien dans l’absolu, les impliqués ne changeront jamais d’avis, par conviction ou par ego. Après, ça peut toucher ceux qui écoutent mais surtout, cette sacralisation du débat fait qu’aujourd’hui, on se sent obligés d’opposer deux camps d’égal à égal alors que non. Mais surtout, refuser de débattre serait une preuve de faiblesse, un reproche légitime à faire. Oh vraiment ?

refuser de débattre

Revenons d’abord sur le problématique débat d’égal à égal évoqué plus haut mais que j’évacue en paragraphe deux pour ne pas perdre tout le monde. Je peux tout à fait comprendre le débat politique où l’on va tenter d’équilibrer les couleurs des intervenants, je n’ai, sur ce point, aucun souci. Même en étant quelqu’un de très fermement positionnée sur l’échiquier, ça peut m’apporter une certaine culture. Le problème du débat politique est surtout le manque de modération de la part des journalistes qui ont l’air de pioncer les ¾ du temps et on va se retrouver avec un débat où A accuse B de mentir sur des chiffres… et personne ne valide (ou pas) cette affirmation. Alors que ce serait justement le travail journalistique. Autant il est difficile de trancher sur les idées, sur les faits, y a peut-être du fact checking à faire et en direct, s’il vous plaît, tout le monde ne se rue pas sur Twitter pour voir ce que disent les comptes de fact checking, voyez… Mais le pire, ce sont les débats “pseudo” scientifiques où on donne la parole d’égal à égal à des personnes qui n’ont pas la même légitimité. Un exemple ? L’homéopathie. Alors oui, je suis fille de médecin donc je ne suis pas rigoureusement objective mais à quel moment des billes de sucre sont censé guérir quoi que ce soit en fait ? Non parce que des études cliniques ont été menées, l’histoire de la mémoire de l’eau complètement démontée et je suis à peu près persuadée que la moitié des gens qui prennent de l’oscillococcinum n’ont aucune idée que c’est censé contenir des cellules de foie et de coeur de canard de Barbarie. Je suis quelqu’un qui évite dans la mesure du possible de prendre des médocs à la moindre occasion mais mettre sur un pied d’égalité un médecin qui prescrit des médicaments qui ont subi des études concluantes et un homéopathe qui défend une médecine qui est scientifiquement reconnue comme inefficace, pardon mais non. A la limite, moi, si les gens sont rassurés par un placebo pour un rhume, ça me pose aucun souci mais quand on commence à se passer de certaines vaccinations parce qu’on prend des billes de sucre ou qu’on croit que ça marchera mieux que la chimio (comme l’ananas fut un temps ou le fruit du jacquier aujourd’hui), s’il vous plaît… Enfin, c’est étrange parce que sur le cancer, on a aussi des articles de merde te disant qu’il disparaîtra si t’arrêtes de manger du sucre… ce qui me paraît un peu antinomique avec l’homéopathie mais passons*.

Homéopathie

C’est rigolo parce que je trouve plein de photos avec des petites fleurs mais aucune avec un canard…

Passons maintenant sur l’obligation de débat. Ben pardon mais non. La semaine dernière, quelques hommes se sont indignés d’avoir été placé sur une liste Twitter référençant les comptes problématiques. Cette liste, on en fait ce que l’on veut, notez. Je peux m’en servir pour bloquer des comptes en préventif parce que j’ai pas forcément envie de m’attirer des mascus malsains dès que j’ouvre la bouche ou recevoir des dick pics non sollicitées. A dire vrai, j’ai déjà bloqué des comptes qui venaient me suivre et qui puaient les embrouilles genre le mec bien macho qui vient me suivre moi, le genre de compte où tu sais que son seul but sera de te faire fermer ta gueule dès que tu diras quelque chose d’un tout petit peu féministe. Donc oui, je me protège un peu et je ne comprends pas le scandale.

Le scandale

D’abord, Twitter, comme n’importe lequel de mes réseaux sociaux, c’est un espace personnel et j’y suis/lis qui j’ai envie de suivre/lire. Je n’ai aucune obligation de RIEN. Non mais déjà que dans la vraie vie, je suis obligée de me coltiner beaucoup de gens dont l’avis me file vite la nausée, les commentaires dignes des meilleurs PMU dans le métro entre deux personnes qui ont décidé de partager leur conversation à tout le monde… Voilà, dans la vie, on n’a pas toujours le choix d’entendre certains avis moisis, c’est pas pour me les récupérer aussi sur mes réseaux sociaux. “Mais tu m’as bloqué alors que je t’avais rien dit, ma liberté d’expression, blablabla”. Alors le fait que je te bloque peut signifier deux choses : je n’ai pas envie de te lire mais aussi je n’ai pas envie que tu me lises, des fois que tu décides de me casser les ovaires, comme déjà expliqué. Mais même en te bloquant, je ne nuis pas à ta liberté d’expression : tous les 12 millions d’utilisateurs actifs mensuels Twitter peuvent te lire sauf une… Je trouve que niveau censure, c’est ultra léger.

L'homme qui pleure

Bref, va falloir un peu désacraliser le débat, surtout pour les quidams qui n’ont aucune obligation à le faire, rien à vendre, pas d’élections à gagner… Par exemple. Je n’ai pas envie de répondre ou même de voir quelqu’un parler, c’est mon droit le plus absolu. “Mais t’es pas ouverte d’esprit”. Si par “pas ouverte d’esprit” tu veux dire que je n’ai pas envie de perdre du temps avec des gens aux idées nauséabondes (j’ai bloqué Boutin) ou ceux qui guettent mes mots juste pour tenter de me rabaisser le caquet… heu ben ok, pas de soucis. Par contre, si tu trouves à ce point intolérable une personne qui ne voit pas l’intérêt de rentrer en connexion avec toi, demande-toi ce qui te motive vraiment : défendre une cause ou consolider ta posture ? D’ailleurs, j’en parle souvent de posture, va falloir que j’écrive dessus, tiens.

* Si des pro homéopathie passent par là : le fait que vous, à un moment donné, ça vous a fait du bien ne démonte pas différentes études prouvant que ça ne sert à rien. Soignez-vous avec des billes de sucre en expliquant à qui vous voulez que les médicaments et les vaccins, c’est juste un truc de labos (sinon, l’oscillococcinum, c’est vendu par les laboratoires Boiron, bisous) mais perso, je m’en fiche donc épargnez moi vos complaintes, merci.

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T’as ton étiquette ?

Dimanche dernier, lors de mon voyage de 6h en train pour rejoindre Paris (tu doubles le temps de trajet et je te fais un Seoul-Paris… la relativité de la distance parcourue sur un temps donné selon le transport choisi, c’est fascinant), je traînasse sur Twitter quand je vois 2 Twittereuses* discuter d’un article des Inrocks sur les Flexitariens. Tiens, donc…

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Délicieuses gambas au gaspacho de mangue de chez Face B, faut goûter

Pour ceux qui ne connaissent pas, les flexitariens sont ces omnivores qui mangent de tout mais font attention à leur consommation de viande et, éventuellement, de poisson. Je suis, pour ma part, totalement flexitarienne puisque j’ai conscience que notre régime alimentaire est bien trop riche en protéines animales et j’essaie d’en consommer le moins possible, surtout de la viande rouge. En gros : surtout pas de viande ou poisson à tous les repas. Je suis donc flexitarienne… Sauf que non. Je le suis, oui, mais j’ai pas envie de coller une étiquette là dessus. Je ne revendique rien, je ne me singularise pas, c’est juste un choix dont je n’éprouve pas le besoin de parler.

Caibllaud à la purée de patate douce et d'autres choses délicieuses chez Roca

Caibllaud à la purée de patate douce et d’autres choses délicieuses chez Roca

Je suis fascinée par ce besoin permanent d’étiquettes. Il y a deux styles d’étiquettes : ceux que l’on se colle et ceux que l’on colle aux « autres ». J’ai souvent vu des étiquettes dans le domaine amoureux, ceux qui rejettent à corps et à cris la « monogamie hétéronormée » face à ceux qui ne leur demandaient rien. Pour avoir un peu fréquenté ce milieu, j’étais tour à tour amusée ou agacée par ce besoin de se nommer pour se dire différent des autres alors que, disons le franchement, ces mêmes autres n’en avaient rien à foutre. D’ailleurs, les réactions les plus hostiles que j’ai pu voir sur le polyamour ou le libertinage concernent l’étiquetage de ceux qui n’en sont pas, ceux qui n’ont rien compris, ceux qui sont enfermés dans leurs valeurs judéo-chrétiennes et tutti quanti. En gros, curieusement, les leviers de bouclier se faisaient non pas face à un témoignage mais face à un dénigrement « vous les monogames fidèles ». Si tu ne veux pas que l’on te juge, viens pas nous cracher ta condescendance à la gueule non plus, hein.

condescendance

J’ai réfléchi : ahah, je suis la fille sans étiquettes, hihi. Ah mais attends, non. Ok, d’un point de vue matrimonial, je ne me colle aucune étiquette parce que je m’en fous, je bâtis mon histoire en fonction des briques qui se présentent à moi, sans rien clamer. Je ne suis pas une pasionaria de l’anti mariage ou du no kids. J’ai pas envie de me marier ou de faire un enfant maintenant, je ne sais dans 10 ans et je ne revendique rien par rapport à ça, ce sont juste mes envies. Par contre, dans d’autres sphères, oui, je me clame des étiquettes : je suis une gauchisssse féministe, voilà. Je ne le dis pas par effet de style parce que Beyonce l’a dit, non. Je le dis car cela correspond à mes idéaux d’égalité au delà des sexes et des classes. Bon, dit comme ça, ça sonne plus creux qu’un niais « girl power » des Spice girls mais l’idée est que je ne cache pas mes convictions, quitte parfois à me clasher avec les gens jusque dans mon milieu professionnel (alors que j’ai eu droit à un « non mais je m’en fous, je suis pas féministe » quand j’ai dit « tu sais, il faut éduquer les jeunes filles dans le monde, car… ». Je savais pas que ne pas être féministe empêchait toute ouverture d’esprit). Je ne cherche pas à me singulariser mais bien à revendiquer. Mais ce qui est intéressant dans mes étiquettes, c’est que l’une est positive, l’autre est un détournement d’une étiquette négative (j’aime bien gauchiasse aussi).

Les-peluches-pipi-et-caca

Au fond, la vraie question reste : pourquoi se sent-on obligé de tout ranger par paquet ? Des étiquettes revendiquées à celles inventées par la presse pour se faciliter la vie (bobo, boho, hobo et je ne sais plus) ou détracteurs pour se mettre encore plus en relief, je suppose que ça rassure de mettre les gens dans des lots indifférenciés où chacun aurait le même comportement que son voisin. Mes seuls étiquettes revendiquées le sont car elles portent un combat. Pour le reste, qualifiez moi de bobo, monogame hétéronormée, libertine, carnivore ou flexitarienne, peut me chaut : je n’ai jamais revendiqué le contraire.

* Non, pas Twittas, c’est trop moche

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Un jour en France – une modeste analyse politique

Par So Long

[Message de Nina : article écrit pendant l’entre deux tours mais j’étais en Sicile, pardon pour le léger décalage]

Rien de nouveau sous le soleil, je demeure une passionnée du débat politique et de la vie publique en général. Inutile de préciser qu’en ce moment je suis servie et que je dors bien peu à force de cogitations. Voulant rendre mes nuits plus belles que vos jours, et retrouver le sommeil, j’ai fini par accepter de coucher sur le papier le résultat de mes considérations intempestives d’une inactuelle.

J’en profite pour rappeler un certain nombre de points qui sont certainement nécessaires à la compréhension de ce qui va suivre : je suis de gauche et je ne suis pas démocrate. Comme la gauche est au pouvoir, il est assez facile pour moi de prendre la parole et de rappeler que mon soutien à François Hollande est un soutien de totale conviction ; toutefois comme l’aristocratie aristotélicienne
n’a pas bonne presse, je me contente de dire que je suis républicaine en prenant garde de ne pas trop m’épancher sur le mode de scrutin, le suffrage et le « peuple ».

Cela fait donc un mois que nous avons un nouveau président et un nouveau gouvernement. Cela fait donc un mois que les forces politiques françaises sont en plein branle bas de combat pour définir ce que pourraient être les prochaines années. En somme, la période est passionnante, et même si je n’ai pas la prétention de livrer une analyse politique exhaustive (tout simplement parce que je n’en ai pas le temps ni la compétence), j’aimerais toutefois partager en toute humilité certaines intuitions.

Les défis du gouvernement.

Restaurer la confiance et la justice.

On l’a dit et répété pendant la campagne, les défis sont nombreux et variés. Crise économique et financière, crise morale, crise d’égo, crise d’adolescence… Le monde est en crise. Certes. Sur la base de ce rappel, quelles sont les véritables ambitions du gouvernement ? On pourrait donner foi à certains propos de l’opposition (dont nous parlerons longuement plus tard) en disant que le gouvernement se cache derrière son petit doigt et refuse de voir la GRAVITE DE LA SITUATION (oui en capslock parce que ça fait PEUR). Pourtant, le discours d’investiture de François Hollande a été particulièrement clair : il s’agit de réinstaurer en France un climat de confiance et de justice. On ne peut qu’approuver et applaudir.

Si l’on considère que le terreau le plus fertile pour l’extrémisme de droite est effectivement la défiance du peuple à l’égard des gouvernants et de l’Etat, assorti d’un sentiment de déclassement (et donc d’injustice), il faut en effet traiter le mal à la racine et retrouver le chemin de la justice et de la confiance. Pour y parvenir, deux solutions ont été avancées jusqu’à présent : l’éducation et
l’investissement sur l’avenir et la jeunesse (c’est-à-dire être en mesure de donner au peuple les clés de compréhension du changement qui s’opère) ; ou bien, donner raison au discours de défiance sur la base d’un « je vous ai compris » qui n’apporte pas grand-chose au débat mais à le mérite de faire gagner des voix.

En 2007, l’option « je vous ai compris » a été parfaitement utilisée par Nicolas Sarkozy, permettant au Front National de perdre de la vitesse. Le problème de ce type de discours – et on l’a vu ces 5 dernières années – c’est qu’il s’agit malgré tout d’un chèque en blanc, et si on n’est pas capable de comprendre réellement et de prendre les mesures qui correspondent à cette analyse, alors on échoue (dans les urnes notamment), et on renforce les extrêmes. De machine à gagner grâce à cette tactique, l’UMP est devenue machine à perdre à cause de cette tactique.

Dès lors, la ligne choisie par François Hollande a été celle de l’éducation pour sa campagne. C’est un autre choix, tout aussi difficile, et réussir le pari de l’éducation n’est pas une mince affaire.

Restaurer la confiance dans l’Europe.

Là encore, le défi est de taille ! Et l’ambition de réconcilier la « France du non » et la « France du oui » est certes noble, mais un brin utopiste. Tout simplement parce que la « France du non » est hétéroclite : il y a d’un côté les nonistes qui ne veulent plus de l’Europe – option privilégiée par les eurosceptiques – et de l’autre les « nonistes » qui veulent une autre Europe, des europhiles qui ont une interprétation du projet européen différentes des « ouiistes ». Pour ma part, en 2005, j’ai fait campagne pour le non – parce que le projet ne me convenait pas, n’était pas assez politique et pas assez social – mais malgré tout, j’ai voté oui, faute de mieux et parce que je ne croyais pas au « plan B secret ».

Bref. L’Europe est incomprise, et surtout incompréhensible. C’est pourtant un projet formidable qui commence à s’essouffler un peu, et qui ne retrouvera un nouveau souffle qu’à deux conditions :

– montrer que l’Europe n’est pas qu’une pure construction libérale, prônant l’austérité et imposant davantage de devoirs que de droit : il est donc urgent de parler des bienfaits de l’Europe, quitte à passer en second plan les mesures qui fâchent ; la communication sur l’Europe c’est aussi de la politique ;

– retrouver une relation franco-allemande basée sur la confiance et non sur le rapport de forces, raison pour laquelle la réception au niveau national des mesures de Hollande est scrutée à la loupe par nos voisins d’outre-Rhin. La réussite du projet présidentiel dans les prochains mois fera ou défera les élections allemandes de 2013.

Dès lors, le défi retrouve toute son importance : le pacte de croissance sera l’occasion de diffuser une image positive de l’Europe, et permettra de mieux faire accepter l’Europe politique voulue par l’Allemagne. A condition toutefois que cette Europe politique soit également l’occasion de poser les jalons d’une Europe sociale. Si les allemands n’ont aucun problème avec le fédéralisme – et pour cause ! – ce n’est clairement pas le cas en France où la moindre évocation du mot « décentralisation » fait frémir.

Réformer l’Etat.

Tout est en tout et inversement. Ma fâcheuse tendance à l’esprit de système considère qu’une réforme de l’Etat bien menée permettra une meilleure intégration européenne, et favorisera la justice. C’est pourquoi le nouvel acte de décentralisation que j’appelle de mes vœux depuis quelques années, apparaît comme central. Déjà – et n’en déplaise à l’opposition qui considère que cela va entraîner une explosion de la dépense – parce que décentraliser, c’est économiser. Moins de doublons, rationaliser les compétences, encourager la mutualisation et la coopération territoriale, c’est absolument nécessaire. Mais cette réforme doit être accompagnée sereinement, intelligemment et en tenant compte des particularismes régionaux. Bref, deux maîtres mots dans cette réforme : accompagnement et péréquation. Revenir sur la RGPP, pourquoi pas, l’annuler purement et simplement, non. Par contre, revoir la méthode, le pilotage et les compétences : OUI, mille fois oui !

Est-ce possible ? Je le crois, et je ne dis pas ça seulement parce que la réforme de l’Etat fait partie des rares domaines dans lesquels je me reconnais une certaine compétence. Tout simplement – et là encore, n’en déplaise à l’opposition – parce que le dialogue entre l’Etat et les collectivités sera facilité par le fait que les pouvoirs locaux sont de la même couleur que le pouvoir central. La concertation sera plus riche, et donc la réforme sera mieux acceptée.

Est-ce souhaitable ? Là encore, je prêche pour ma paroisse, mais bien évidemment ! Et je dirai même que c’est la base de tout. On oublie un peu facilement que si « la France a mieux résisté à la crise que les autres pays », c’est aussi – ET SURTOUT – parce que les politiques sociales sont majoritairement exercées par les pouvoirs locaux. Il est certain que ce type d’argument n’était pas
particulièrement de bon ton pendant la campagne présidentielle, ni pour la droite ni pour la gauche puisque mettre en avant les pouvoirs locaux à l’heure d’une campagne nationale peut être à double tranchant. Du coup, comme le manche du marteau sera sensiblement raccourci, les citoyens pourront mieux contrôler et mieux voir la réalité de cette nouvelle politique. Et donc ? La confiance reviendra. Cela prendra du temps, mais ça viendra. Toute centralisation est un acte de défiance et entraîne la méfiance. A contrario, la décentralisation implique la confiance… et vous connaissez la suite.

En quoi cela va-t-il renforcer le projet européen ? Tout simplement parce que la majeure partie des politiques européennes qui ont un réel impact positif sur les citoyens s’applique à l’échelon régional. L’utilisation des fonds structurels, l’attribution du FSE,… tout ça c’est du régional et non de l’étatique. Allez voir un hôpital ou un lycée en construction – par exemple (enfin si vous arrivez à
en trouver un) – et vous verrez sur le panneau un petit drapeau avec plein d’étoiles. Ce n’est pas le drapeau des USA, mais bel et bien le drapeau européen.

Les défis de la gauche.

Le Parti socialiste a enfin su redevenir une « machine à gagner », mais il est important qu’il maintienne le cap qu’il tente tant bien que mal de garder depuis 2002. Et oui, je dis bien 2002, parce que pour moi il n’est pas anodin que celui qui a dirigé le parti après le 21 avril soit aujourd’hui président de la république. Et aussi, parce que j’aime pas Aubry (argument massue). Il convient alors de faire un léger effort de recomposition du parti en adaptant – en partie – la stratégie de l’UMP en 2007, tout en évitant les écueils auxquels la droite est aujourd’hui confrontée. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas que Martine Aubry garde sa place, et aussi la raison pour laquelle il ne faut pas que ce soit un aubryste qui la remplace. N’importe quel autre courant – surtout depuis que les strauss-
khaniens sont morts – serait meilleur que celui là. Parce que laisser le parti entre les mains de personnes qui deviendront à termes (en l’occurrence 2017) des opposants est une mauvaise chose. Il y a suffisamment à gérer pour avoir le devoir de garder le parti en ordre de batailles. Pour autant, le PS doit savoir rester une force de propositions, un observatoire de la société, et un relai de
communication de la politique gouvernementale (bouh, la vilaine politicienne que je suis). Ainsi, s’il ne doit pas être purement le « parti du gouvernement », il ne doit pas oublier qu’il est un « parti de gouvernement ». Dès lors, laissons l’exercice du pouvoir au gouvernement, et que le PS s’accorde pour mettre en place une stratégie de préservation du pouvoir. Oui, je sais, la politique c’est moche, c’est toujours une histoire de conquête, de préservation et d’exercice du pouvoir. Pour cela, un premier secrétaire « trans-courants » serait l’idéal, notamment parce qu’il doit aussi être en mesure d’aider le centre à se reconstruire (j’y viens).

Par ailleurs, l’agonie de Mélenchon (largement prévisible) depuis le 1er tour des législatives plaide également en faveur d’une logique trans-courants. On s’en doutait déjà depuis la présidentielle, mais la stratégie de Mélenchon n’était que du vent même si elle était basée sur une intention noble de vulgariser le débat afin d’organiser le retour des masses aux urnes. Sauf que la grenouille a voulu
se faire plus grosse que le FN, et s’est lamentablement plantée. J’aime pas Mélenchon (argument massue, bis). Dès lors, soit cette mission reste celle de « l’extrême gauche », soit elle est remplie par le PS. Mais dans tous les cas, il faut canaliser cette formation pour que la stratégie d’opposition facile ne joue pas en la défaveur du gouvernement actuel. Parce que quoi qu’on en dise, pour l’instant le
Front de Gauche est un parti d’opposition et non de propositions. Youpi ! Le faible score du Front de Gauche permet néanmoins d’avoir l’assurance de ne pas être trop débordé par la gauche…

… et par le milieu ?

A suivre demain !

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De l’art de ne rien faire

Par Gauthier

Aujourd’hui je suis au travail, je suis donc payé pour pondre ma prose. Bouh… C’est pas bien! Comme si j’étais le seul à bloguer pendant mes heures de boulots, hein? Je m’ennuie, il faut que je vous raconte.

 Je suis payé à rien faire, techniquement je reçois les appels de débiteurs en contentieux avec un groupement d’huissiers qui externalise pour le Trésor Public (jusque là vous suivez?). Donc les gens ils reçoivent des courriers menaçants genre « on va vous vendre votre télé pendant la coupe du monde » et hop ils appellent genre « ah mais je ne savais pas que je devais des sous au Trésor Public! ». Ben voyons, les courriers du Trésor Public ils arrivent jamais à destination, alors que ceux des huissiers oui, c’est bizarre non? Mais bon les appels se font rares, et j’ai beaucoup, beaucoup de temps libre.
Et donc je suis une machine à encaisser? Pas tout à fait, je suis une machine à convaincre. Oui parce que plus ils doivent des sous au Trésor plus ils sont au RMI, c’est proportionnel. Moi je m’occupe des amendes impayées: infraction au code de la route, plus rarement au code civil, et encore plus rarement au code pénal. Et je vais vous retranscrire quelques morceaux choisis pour que vous preniez la mesure de la mauvaise foi française (mieux que le foot en sport national!).
 
Exemple 1:

« Je suis au RMI, j’ai 4 enfants à charge, je ne peux pas payer plus de 20€ par mois »

« Monsieur, vous devez 1258€ au Trésor, à ce rythme là ça va prendre des années! »

« Mais je ne peux pas payer, ayez un peu de coeur! »

« Personne vous a obligé à faire un excès de vitesse, une conduite en état d’ivresse, et un franchissement de ligne blanche le même jour! »

« Mais je n’ai pas d’argent! »
« JE M’EN FOUS! TU VAS PAYER CONNARD!!!!!!! »
 
Exemple 2:
« Le flic était raciste! »

« Vous rouliez sans permis, je ne vois pas en quoi cette amende est dû à votre couleur de peau »

« Si j’avais été blanc il ne m’aurait pas arrêté! »

« Manifestement il a eu raison, puisque vous rouliez sans permis »

« Je refuse de payer, je vais porter plainte! »

« Allez-y ça va vous coûter le double devant un juge! »

 
Exemple 3:
« Ma soeur a fugué! »
« Elle vivait chez vous? »

« Oui mais elle a fugué je ne sais pas où elle est, donc vous pouvez annuler la créance »

« Elle est partie quand? »
« Il y a trois jours et demi »

« (tu te fous de moi? ok…) Très bien sachez que vous êtes donc responsable, si elle ne réapparaît pas, l’huissier viendra se servir chez vous! »

(15 minutes de hurlements de la part de la soeur plus tard) « Je peux vous faire une carte bleue? »

 
Exemple 4:
« Je vous dois combien en tout? »
« Un peu plus de 1700€ »
« Vous me faites une ristourne? »
« Non monsieur… » (je rigole intérieurement)

« Ben je vous paye tout mais vous me faites 10 ou 20%, ok? »

(j’explose de rire) « Mais vous n’êtes pas en train d’acheter une voiture, vous ne pouvez pas négocier votre créance avec le Trésor Public!!! »

« Allez, vas-y en plus tu te fous de ma gueule? Bâtard va… » (et il raccroche, moi je pleure de rire!)

 
exemple 5:

« je ne connais pas cette personne, elle ne vit pas ici, je fais quoi? »

« Vous êtes sûr de ne pas connaître cette personne? Que vous en l’avez pas hébergée? »

« Vrai de vrai, sur ma mère je la connais pas! »

« Très bien sachez qu’au regard de la loi vous êtes responsable! Cette personne a une carte grise domiciliée chez vous, alors soit vous contestez auprès du tribunal de police, soir vous vous exposez à une visite d’huissier! »

« Mais c’est quoi ce bordel? Je vais faire envoyer mes pv chez toi alors! Et c’est toi qui va payer!!! »

« Moi j’ai les moyens de vous retrouver, et sachez que c’est illégal comme procédé, vous voulez aggraver votre cas? »

« Je peux vous payer en 3 fois? »
 

Voilà il y en a des tonnes comme ça, mais je ne peux pas toutes les retenir… Je constate juste que les gens ont un immense pouvoir comique à leur dépend.

Mais je n’ai pas beaucoup d’appels, donc du coup j’ai le temps de lire Le Monde en entier tous les matins, je suis devenu un as à la dame de pique, au solitaire, au reversi, et autre flipper… J’ai réussi à craquer MSN pour causer avec Nina (qui elle a du boulot théoriquement!), mais je n’ai toujours pas réussi à contourner la sécurité pour accéder à Internet… Mais je en désespère pas, il me reste 2 mois à tirer, j’y arriverai, ou je mourrai d’ennui…
Gauthier fonctionnaire du secteur privé
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