Petite incompréhension ou manipulation politicienne ?

Hey ça va ? Moi bien, je reviens d’une petite semaine de vacances et qu’est-ce que je vois ? Qu’on en n’a pas fini avec cette histoire de fichage politique qui m’agaaaaaaaace, surtout quand je vois le bordel propagé par des politiciens ou proches qui me paraissent assez capables intellectuellement parlant et toucher un peu leur bille en informatique, numérique et tutti quanti. Alors quoi ? Leur confusion est-elle sincère ou… une petite manipulation des familles ?

Manipulation

Je parle de ce cas-là car je maîtrise les bails mais comprenez bien que ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, on pourrait parler récemment de Valérie Boyer qui a partagé une intox sur les augmentations de prix piquée sur Facebook, quelques politiques qui retweetent du Gorafi ou du Nordpresse pour donner une caisse de résonance à leurs idées ou propos. Là, dans cette affaire Benalla, on se retrouve donc avec une volonté de nous faire avaler un bougli-boulga indigeste à base de fichage politique consécutif à des suspensions suspectes de comptes Twitter, tout ça, c’est de la censure, de la surveillance pour récupérer nos coordonnées téléphoniques… A moins que ce ne soit de la paranoïa ou, encore une fois, de la bonne vieille manipulation des familles.

Manipulation

“Mais Nina, tu atterris, tu croyais vraiment en la pureté des politiques qui n’agissent que dans la défense de belles causes en combattant uniquement de façon noble et honnête”. Non, évidemment. Et ce n’est pas parce que j’en ai conscience que je l’accepte. Revenons sur cette histoire de fichage politique, là. D’abord, on aurait pu s’indigner à raison de la très mauvaise conduite de cette étude qui n’a été guidée que par des biais de confirmation, tout sauf scientifique donc. Mais du coup… Ben c’est juste de la merde qui ne méritait pas dans de cris d’orfraie. La réaction normale aurait dû être “ok, on a vu la tentative de manipulation de cette pseudo ONG soit disant indépendante. Leur crédibilité est réduite à néant, revenons à l’affaire Benalla et surtout tout ce qui tourne autour”. Mais non, on en a fait des caisses et des caisses, chacun exposant le moindre caillou trouvé comme une preuve de… de je ne sais même pas quoi. On a même eu une facture chopée sur les Macronleaks pour preuve qu’ils avaient payé un outil de social listening… Le même genre d’outil que j’utilisais moi-même il y a peu et qui est utilisé par la plupart des grandes marques et, très certainement, par les partis politiques pour choper les dernière tendances. Bref, continuez à creuser, c’est pas là qu’il y a le pétrole.

Raffinerie

Alors je comprends tout à fait la tentative. A l’ère des complots et des “fake news” (que je hais ce terme), c’est facile d’entraîner son troupeau dans son sens avec ce simple argument “nous ne sommes pas dupes, nous détenons la vérité, ceux qui ne nous croient pas sont des moutons”. J’avoue qu’aujourd’hui, dès que j’entends le terme “mouton”, je me sens parfaitement méfiante… Comment ne pas avoir envie de rejoindre le camp des persécutés, ceux qui se battent pour la vérité mais sont censurés par les GAFAM (et Twitter) car leur vérité dérange. Rhétorique que l’on retrouve dans n’importe quel camp, au passage, on a eu le même côté extrême-droite quand le FN a été sommé de rembourser ses dettes, on a même appris par la même occasion que le FN était le premier parti d’opposition. Moi j’aurais dit LR (ou la FI si on se réfère à la ligne éditoriale du compte Team Macron PR…) comme quoi…

Moutons mignons

Mais pour moi, du coup, ça crée un effet secondaire plus que désagréable. Deux choses l’une : soit les gens qui s’expriment sont peu futés et ne percutent pas. Soit… ils pensent que je ne suis pas futée et qu’il vaut mieux me raconter des sornettes faciles à avaler plutôt que de taper sur du réel, du concret parfois compliqué à appréhender. C’est peut-être la conséquence d’une ère des réseaux sociaux, on calibre nos slogans et propositions en 280 caractères. En vérité, je pense que non, que ça a toujours été le cas, juste que là, y a plus de bruits. Mais plus que jamais, je suis persuadée qu’il faut se renseigner par soi-même, croiser les sources. Un politique ou associé parle d’un sujet qui vous interpelle ? Cool, creusez le sujet ! Enfin je dis vous, je m’inclus dans le truc. Parce que la fast culture est la meilleure façon de nous faire avaler les couleuvres…

Couleuvre

Tiens, ce sera un bon sujet pour une prochaine fois.

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Fichage politique… ou segment d’analyse

Donc affaire Benalla, une ONG décide de lancer une analyse d’écoute sociale sur les messages sur Twitter. Pourquoi, nous verrons ça demain. Aujourd’hui, je vais vous parler des segments d’analyse ou pourquoi certains se sont retrouvés classés.

Couleurs politiques

DisinfoLab a donc listé 55 000 comptes Twitter ayant évoqué l’affaire Benalla. Autant vous le dire : c’est un corpus beaucoup trop grand pour en tirer une analyse pertinente. L’ONG a donc pris le parti de ne conserver que les 3 900 plus actifs. Pourquoi 3 900 ? Là, je ne sais pas : est-ce le volume de tweets qui est pris en compte ? Peut-être. C’est pas tellement le sujet que je souhaite aborder. Ce listing a été diffusé comme les autres. Enfin, deux listings apparemment, je n’ai pas réussi à mettre la main sur le second, je ne l’ai pas cherché non plus.

Listings

Sur celui que j’ai, chaque compte est associé à la diffusion ou non d’intox qui ont été diffusées ces derniers mois. Le but : établir certainement un score de fiabilité. En somme, est-ce que le compte qui a beaucoup parlé de l’affaire Benalla est coutumier des intox ou non. Une information qui pourrait être en soi intéressante sauf que… ça se discute en fait. Par exemple, la seule intox que j’ai vue passer dans ma timeline est celle sur “Benalla était le voisin du petit garçon sauvé par Mamadou Gassama”. La personne qui l’a retweetée l’a fait car elle a cru, comme moi, qu’il s’agissait d’une vanne. Parce que j’ai vu ça, ça m’a paru trop gros, j’étais en mode “ohlala, ils vont loin dans la vanne, hihihi”. Sauf qu’en checkant le compte retweeté, je me suis rendue compte que j’avais affaire à un gros identitaire de merde qui pensait réellement que le mec dont on a une image plus que pixelisée était REELLEMENT Alexandre Benalla. Du coup, si ma pote avait été dans les  3900, elle aurait été comptée dans les diffuseurs de fake news… Bon, ok, quand on fait une analyse macro, il y a une marge d’erreur, comme tout travail statistique où l’on apporte toujours un correctif. Par exemple, sur les sondages politiques, notamment sur les intentions de vote, on gonfle toujours un peu le vote extrême car il n’est pas toujours assumé.

Camemberts

Mais le fichier qui fait polémique, c’est celui où ces comptes sont classés par opinions politiques. Alors je suis un peu dérangée par ces segments car je ne les comprends pas et on commence déjà à caresser du doigt la malhonnêteté de l’étude. Sont identifiés quatre segments : les sympathisants LR, les sympathisants Front National/Rassemblement National, les sympathisants France Insoumise et les médias. Alors ok, très bien, question : quid des macronistes, des centristes, des socialistes, hamonistes… Non parce que les macronistes, je les ai BEAUCOUP vus sur cette affaire… Et notamment en diffusant les vidéos de surveillance plus que suspectes où, je suis désolée, mais on ne voit pas le jeune homme tabassé (mais vu que tout le monde s’est énervé, à juste titre, sur la provenance de la vidéo, personne n’a souligné qu’on avait manifestement pas le bon jeune homme sur ces images parfaitement dégueulasses en terme de qualité…). Non parce que l’étude n’était pas censée se questionner sur les prises de parole des opposants, à la base, ça n’a pas été présenté comme ça tout du moins… Ah, les macronistes sont classés avec les médias. Ah ouais, direct, on considère que eux ne disent que la vérité donc… Très bien. Donc vous notez : apparemment, l’opposition, c’est la droite, la FI et le RN… Si tu es socialiste, tu ne comptes pas, déso.

Classement politique DisinfoLab

Donc chaque intervenant est classé dans un de ces trois segments (les médias sont exclus… alors qu’ils sont quand même des acteurs très actifs dans cette affaire mais passons)… et c’est là que ça hurle au fichage politique. Alors en fait, oui mais non. Quand on veut réaliser une analyse macro, il faut créer des segments. Il est difficile de sortir des statistiques sur des émetteurs de messages sans catégoriser ceux-ci. Comme on parle d’affaire politique, c’est ce critère là qui a été retenu… et ça ne va pas plus loin. On peut se questionner sur la façon dont a été fait ce classement (par rapport à la bio Twitter, je pense. Par exemple, si j’étais dans les 3 900, je serais classée dans la catégorie “FI” vu qu’il est écrit “gauchiste” dans ma bio Twitter). Donc non, ce fichier n’était pas politique, juste statistique. Par contre, sa diffusion est problématique et c’est sur ce point que DisinfoLab peut être attaqué puisqu’on n’est pas censé diffuser un listing classant les personnes par parti. Oups…

Oups

Mais ne vous inquiétez pas, y a de quoi s’indigner sur cette affaire… On voit ça demain.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Le fichier aux 55 000 noms : quel est ton matricule ?

Mercredi, je vois une agitation dans ma timeline : un fichier listant tous les opposants à Macron ayant tweeté sur l’affaire Benalla existe. Je le récupère (en téléchargement sur la publication de l’étude) et horreur, je me découvre dessus, ainsi que Victor. NAN DE DIEU ! C’est quoi la prochaine étape, la fiche S ? On va exhiber nos matricules, nous aussi… Sauf qu’en me penchant un peu plus sur le sujet, je découvre que ce fichier… est un fichier de sourcing.

Matricule

Concrètement… Quand je lance un outil de social listening sur un sujet (en général, je bossais sur des secteurs ou des marques mais c’est pareil), je pouvais axer mon analyse sur le contenu ou sur les émetteurs des messages. En clair : si j’étudie une marque, il est intéressant de savoir ce qu’on en dit mais aussi qui parle… parce qu’on se rend compte parfois que les gens qui parlent de toi ne sont pas ceux que tu prétends séduire. Par exemple, il y a quelques années, je bossais pour une marque estampillée “luxe” (sur la catégorie parfum et maquillage). Surprise no surprise : les gens qui évoquaient la marque étaient plutôt jeunes et pas vraiment CSP+ parce que le mascara n’était “que” à une trentaine d’euros et ça permet de poser un peu. Idem sur les parfums. Moi, par exemple, j’ai un parfum d’une marque couture (Hermès, jardin des merveilles… et autant j’adore l’odeur, autant il est souvent porté par des connasses…). Donc ce fichier là n’était pas un fichage… juste une liste de sources. Ils ont remonté tous les comptes qui ont parlé de l’affaire Benalla. Je l’ai fait et c’est tout.

Listing

Non, ce n’est pas un listing d’opposants puisque nous y retrouvons certains comptes pro-Macron. J’ai pas étudié la liste en détail (55 000 noms, j’ai une vie aussi, faut pas croire) mais j’ai rapidement spotté trois noms : TeamMacronPR, Tedlunique et Frenchonzeleft (sur lesquels Marianne a fait une enquête intéressante…). Des comptes qui, comme l’indique le handle du premier nommé, sont des idolâtres de la Macronie. Genre ceux qui ont diffusé les vidéos de surveillance de la place de la Contrescarpe (créant au passage une fake news dont personne ne parle mais sur la première vidéo, le jeune homme désigné comme celui qui s’est fait péter la gueule par Benalla et un peu Crase qui a l’air de lui écraser la main à un moment, ce n’est pas lui. Ce n’est pas la même veste, pas la même coiffure et celui a un sac à dos alors que la victime de Benalla n’en a pas. Sur la deuxième vidéo, je vais pas commenter, on voit RIEN. Bref). Donc c’est quoi cette liste : juste celle des auteurs de messages sur Benalla.

Just listed

Oui, DisinfoLab a diffusé un fichier excel dont la seule information à retenir est “y a 55 000 comptes Twitter public qui sont remontés en fonction des mots clés que nous avons renseignés”. Une ligne dans l’étude, ça n’en vaut pas plus. J’y suis parce que j’ai tweeté sur Benalla et c’est pas une découverte pour moi. Donc quand je vois des gens hurler au fichage en exhibant leur matricule qui est au delà des 3 900… Désolée mais non. Est-il tolérable d’avoir réalisé un tel fichier ? Il n’y a rien là-dedans. En utilisant le moteur de recherche Twitter (et en ayant beaucoup de temps), vous auriez obtenu la même liste. Et vous n’en auriez rien fait. 55 000 noms… chacun de nos pseudos n’est qu’une goutte d’eau dans ce magma informatif.

Overdose d'information

Mais parmi ces 55 000 noms, 3 900 ont été analysés un peu plus en profondeur… Rendez-vous jeudi pour en parler.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Du doute raisonnable au complotisme : la limite ?

Depuis que j’ai décidé de créer un blog “engagé”, je me pose des questions sur l’engagement et le militantisme et notamment à quel moment on bascule dans la manipulation. L’an dernier, un sondage avait fait peur : 79% des Français croient au moins à une théorie du complot. By jove, serions-nous déjà en pleine idiocratie ? Pas si sûr : au vu de ce que l’on nomme théorie du complot, j’aurais pu faire partie des afficionados du complotisme, juste parce que je ne fais pas confiance aux médias… MAIS !

Confiance dans les médias

Alors entendons nous bien : quand je dis que je ne fais pas confiance dans les médias, je ne suis pas forcément dans le délire de “gna gna gna, tous des moutons”, je préconise juste de prendre un peu de recul par rapport à ce qu’on lit/regarde et ne pas se laisser avoir par des choix éditoriaux un peu curieux. Il y a un cas par exemple qui me fait toujours un peu froncer les sourcils : Jean-Luc Mélenchon. Alors je ne suis pas là pour le défendre, je m’en fous de Méluche. Vous ne l’aimez pas ? Et bah ok, j’ai rien à dire là-dessus. Cependant, il y a quand même quelques cas qui m’interpellent un peu : la fascination de la France pour le Venezuela depuis que Patrick Cohen a trouvé dans le programme de l’Avenir en commun une proposition de rejoindre l’alliance bolivarienne parce que la France a sa frontière commune la plus longue avec le Brésil (oui, c’est là qu’on mesure toute notre façon de pensée très métropolitaine, hein…). Alors il est tout à fait légitime de se pencher sur le cas du Venezuela, pas de soucis… mais quid de l’Egypte* dont on a reçu en grande pompe le dirigeant ? Quid du Togo, de l’Arabie Saoudite, l’Azerbaïdjan… Pourquoi on n’en parle pas ? Je vais un peu étudier le sujet, y aurait de quoi publier des dizaines de mémoires de science politique (vraiment, je dois me dégager du temps pour faire des analyses de presse parce que je kiffe vraiment ça). Idem sur les comptes de campagne. Je veux bien croire que les comptes de campagne de Mélenchon ne soient pas carrés mais il me semble que ce n’est pas le seul… Et sinon, on en est où niveau Marine Le Pen ? Ne vous inquiétez pas, on reparlera d’elle quand il faudra faire un front républicain… En attendant, on évite d’en parler, faudrait pas la décrédibiliser de trop avant la prochaine élection, hein… Je ne dis donc pas qu’il faut se méfier des médias par rapport à d’éventuelles fake news (je hais ce terme, c’est le pseudo argument ultime des gros cons, je trouve) même si ça dépend de qui on parle, je dis juste de faire un peu attention à la ligne éditoriale et à la narration d’un fait. Par contre, je ne pense pas qu’ils nous cachent des histoires d’extraterrestres, que la Terre est plate  ou je ne sais quoi. J’applique le doute raisonnable.

Complotisme : terre plate

L’autre jour, je regardais des vidéos de Defakator que j’aime bien parce qu’on est dans un débunkage par la preuve. Bon, il n’a rien débunké de ce que je crois (du moins dans les vidéos que j’ai vues au moment où j’écris cet article) mais je me pose la question : à quel moment on peut basculer ? De façon générale, j’aime bien les théories du complot, j’ai grandi avec X files quand même mais je n’y crois pas. Je me souviens d’avoir acheté un magazine du paranormal ou je ne sais plus quoi qui titrait un jour “sommes-nous vraiment allés sur la Lune”. Alors je suis un peu confuse car je suis persuadée d’avoir lu ça au lycée, avant le fameux documenteur d’Arte mais il n’était pas question de Kubrick et je suppose que c’était une théorie déjà en vogue aux Etats-Unis. Je lisais ça et j’étais en mode “mais c’est complètement con”. Et 20 ans plus tard, je persiste et signe. Prenez un secret quel qu’il soit que l’on vous a confié. Un secret qui a été formulé, donc. Combien de fois avez-vous entendu ce secret précédé par un “tu le dis pas mais…”. La plupart des complots supposés supposent des centaines de personnes au courant A MINIMA. Ca ne peut pas rester un secret. Le pire, c’est que quand on livre un complot sur un plateau (les écoutes à grande échelle de la population américaine révélées par Edward Snowden), non, ça, on s’en fout. On préfère les histoires de faux alunissages, de vaccins qui tuent et… de Terre plate. Celui-là me donne envie de donner des gifles avec élan. Vous êtes cons à quel niveau les platistes ? Je veux dire sur l’histoire de la Lune, je peux comprendre qu’on puisse imaginer une histoire de faux alunissage dans un contexte de guerre froide mais la Terre plate, pourquoi on vous mentirait là-dessus ?

Le grand secret de Barjavel

Bref, le complotisme me fait souvent lever les yeux au ciel, surtout quand il s’agit d’histoires où on empoisonne son propre peuple pour un projet de décroissance de population, je sais pas quoi… Alors bon, je veux bien que les 7,5 milliards d’individus donnent des vapeurs à certains mais… je suis pas un vilain de roman d’anticipation mais si je devais tailler dans le gros, j’irais plutôt m’attaquer à des pays loin, des fois que… Genre les chemtrails “ah ben y a trop de monde dans ce pays Bobby !””Tu as raison Ted, on va balancer des gaz toxiques dans l’atmosphère avec les avions de ligne” “Ahahah” “Ohohoh” “Héhé… et mais attends, on le respire, cet air, aussi !”. Et puis depuis le temps que les chemtrails nous bombardent la gueule de je sais pas quoi, d’où on n’est pas morts ? Bref, je ne suis pas bienveillante avec ce genre de discours MAIS je me pose la question : mon propre système de croyance ne me pousse-t-il pas à tomber dans certains travers aussi ? Déjà, je n’ai pas non plus 100% confiance en ces êtres qui nous gouvernent, on a quand même notre joli lot de scandales sanitaires démontrant que parfois, on joue effectivement avec notre santé pour de mauvaises raisons. Je sais que ces scandales ne naissent pas de mauvaises intentions à la base mais de mauvaises prises de décision, surtout quand y a un bon gros paquet de money dans l’équation. Qu’il y a des doutes raisonnables qui devraient être pris dans un principe de précaution et non dans celui du croisage de doigts en mode “oui bon y a un petit risque mais la probabilité est plutôt de notre côté.” La prudence ne devrait pas être sacrifiée sur l’autel du profit. Mais du coup nos amis complotistes nous compliquent la tâche quand on essaie d’appeler les gens à se faire leur propre avis. Je suis en général mesurée dans mes propos, ça fait un an que j’évite d’écrire “bordel, c’est le retour des années 30, les générations futures nous jugeront durement (enfin, avec l’actuelle extinction massive d’espèces, pas dit qu’elles vivent, ces générations futures. Et non, ça, c’est pas un complot par exemple), ils se demanderont comment on a pu laisser faire, comme nous quand on était au collège, qu’on étudiait la montée des fascismes en Europe”. Je le pense TRES fort et votre barrage républicain à la con, j’ai envie de l’insulter tous les jours (oui, je n’ai pas voté au 2nd tour parce que je percevais très bien l’arnaque) mais je ne le dis pas à chaque actualité qui me fait penser ça parce que… beaucoup de gens sont dans le déni.

Macron et de Villiers : à droite toute

Mais j’en reste à me demander à quel moment je suis dans le doute raisonnable et à quel moment je bascule dans un espèce de complotisme. On aime fantasmer sur les cabinets noirs, les hommes à la cigarette, ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre. Si je ne crois pas aux Illuminatis et leurs amis, je suis bien persuadée que nos gouvernants ont parfois des intérêts qui nous échappent, des tapes dans la main pour sceller des accords indignes. L’actualité nous le rappelle régulièrement, la destinée commune est souvent malmenée par les intérêts particuliers. Je ne crois pas aux complots, aux grands secrets, aux organisations occultes qui mènent le monde… essentiellement parce que je ne crois pas tellement au concept de secret en lui-même. Les seuls secrets qui résistent au temps sont ceux qui ne laissent aucune trace et que l’on a partagé avec personne. Des fois, je suis peut-être un peu trop prompte à croire des histoires qui mettent à mal ce système qui me débecte. Mais finalement, pourquoi se déchirer sur qui a tort ou qui a raison ? En cas de doute raisonnable, laissons faire l’Histoire. Ca prendra parfois du temps mais la lumière finira toujours par être faite.

* J’ai écrit cet article y a une dizaine de jours donc cette histoire sur l’Egypte et l’implication de la France sur la répression du peuple égyptien n’était pas encore sortie

Rendez-vous sur Hellocoton !

Le Média ou la subjectivité assumée

La semaine dernière se lançait un nouveau média appelé… Le Média. J’aurais aimé vous en parler plus précisément mais je vais confesser : je ne l’ai pas encore regardé. En fait, ce dont j’ai envie de parler, c’est de la subjectivité totalement assumée du Media qui souhaite s’inscrire en faux par rapport aux médias qui se drapent dans leur prétendue objectivité. Et bien, tiens…

Tintin journaliste

Retour en 2004-2005, un lundi matin d’hiver où notre cher professeur de sociologie médiatique (un truc du genre) nous soutenait mordicus que non, la télé n’avait aucun impact sur le comportement des gens, que ça ne pouvait pas influencer leurs opinions ou leur consommation. N’étant pas d’accord, j’ai argumenté dans le sens inverse lors du devoir final. 5/20 (m’en fous, j’ai quand même eu 13 de moyenne à mon diplôme, na). Est-ce que je trouve ça abusé d’apprendre à de futurs journalistes que leur travail ne peut pas influencer les opinions et comportements. OUI (heureusement, on avait des cours avec un autre sociologue des médias qu’on soupçonnait d’avoir un autel à la gloire de Bourdieu qui nous expliquait rigoureusement le contraire). Si les fait sont rigoureusement objectifs, la façon de les présenter (ou non d’ailleurs) dépeint le monde d’une certaine façon. Je sais pas si vous observez le traitement médiatique des chaînes d’infos mais on baigne en plein manichéisme : les gentils (nous et nos amis) contre les méchants (les autres). Des experts à peu près autant experts que moi sur tout et n’importe quoi, des bandeaux qui te martèlent des messages, des candidats politiques présentés comme proches des gens avec de belles histoires privées à nous raconter, des manifs où on ne parle que des “casseurs” pour ne surtout pas parler du fond de l’affaire… Etc.

Subjectivité des médias

Mais on nous serine que non non, les médias sont objectifs, que regarder le JT de 20h ou les chaines d’info en continu, c’est regarder la marche du monde sans parasites. Sauf que non. On n’est pas dans le panopticon où chacun regarde en tirant ses propres conclusions : les conclusions, on vous les dicte. Bon déjà, l’image n’est pas une vérité en soi, surtout quand on vous cisèle ça aux petits oignons sur une table de montage. Un événement donné n’est même pas suffisant pour comprendre ce qu’il se passe sans une mise en contexte. Prenez n’importe quel conflit, il ne surgit pas comme ça, spontanément, c’est souvent la conséquence de tensions croissantes étalées sur des décennies. C’est assez fascinant quand on y pense : quand on étudie l’Histoire, la conséquence paraît une évidence, une chute de dominos qui ne peut amener qu’à l’explosion. Par contre, quand il s’agit de décrypter l’actualité, on oublie la chaîne de domino, on examine la pièce un peu niaisement et si on rappelle qu’il ne sort pas de nulle part, qu’il fait partie d’un tout, si on rappelle une autre histoire de dominos, ça grince un peu des dents.

Dominos

Du coup, pour en revenir le Média, je trouve le claim “oui, on traite l’info selon nos vues” intéressant et presque salvateur, en fait. Je ne vous incite pas à le regarder (surtout que je m’y suis pas encore penchée dessus) mais j’aimerais que l’ensemble des médias affirment un peu plus leurs ascendances. On sait bien de quels côté penchent certains médias (vous ne lirez pas d’hagiographie de Mélenchon dans le Point par exemple), certains jouent sur leur image de gauche héritée d’un temps passé (Le Monde, Le nouvel Obs) malgré quelques fulgurances, notamment sur le Panama Papers. Et cette pluralité est saine. Mais elle est rarement assumée et on présente souvent comme objectif un montage des faits et des analyses qui n’en sont pas. A l’heure où l’on dramatise à outrance les fake news, il serait peut-être temps de se poser la question de ce qu’est une information versus une narration/interprétation des faits. Une dépêche AFP, c’est neutre ? Tout reste relatif, le choix des mots reste important. Je vous renvoie à l’excellent tumblr “les mots tuent” pour réfléchir un peu sur la question. Pourquoi n’admet-on tout simplement pas que l’info ne peut être objective, que le simple fait de narration par l’écriture ou le montage est signifiant ? Pourquoi ne pas apprendre dès l’école que les fake news ne sont que la partie émergée de l’iceberg mais que nos opinions sont façonnées par ce qu’on nous raconte ? A partir de là, libre à tous de choisir soit la pluralité des traitements soit une opinion qui convient… mais qu’on arrête de poser les JTs comme des sources d’information et non comme source d’interprétation, ceux qu’ils sont pour de vrai.

Rendez-vous sur Hellocoton !