La télé est-elle malsaine ?

Quatre ans. Ca fait quatre ans que je ne regarde plus la télé. Pas une démarche volontaire au départ, une simple histoire de télécommande cassée jamais remplacée. Et je vis très bien sans, notamment grâce à Netflix, Youtube… et Spotify, la musique, c’est bien aussi. Mais quand je vois passer des scandales télévisuels, je finis par me demander : est-ce que ce n’est pas un média franchement malsain ?

La télé est-elle malsaine ?

A dire vrai, je considère que non parce que la télé n’est à mon sens qu’un outil. Comme Internet : vous pouvez l’utiliser à bon ou à mauvais escient. Regarder de bons reportages (je précise “bons” parce que y a aussi ses kilotonnes de merdes dans l’univers des documentaires), vous ouvrir, vous cultiver ou juste vous divertir dans la joie et la bonne humeur. Ou vous pouvez regarder des reportages qui vous expliquent que les extraterrestres sont là depuis toujours et qu’on vous ment, vous abrutir en vous moquant de pauvres gosses enfermés dans une maison qui s’engueulent en espérant avoir un avenir doré ou encore des “divertissements” ne reposant que sur l’humour oppressif. Du coup, je suis toujours un peu mal à l’aise quand il s’agit de tirer sur le medium et non sur le message, vous voyez ? La télé n’est donc pas malsaine en soit… mais y a paquets de producteurs qui aiment remuer la merde pour en tirer de l’oseille à profusion.

Thierry Ardisson, producteur dégueulasse

Et je commence à être agacée de voir que ce cirque n’en finit jamais. Honnêtement, à chaque scandale à la con, à chaque fois que Ruquier ou Ardisson obtient son petit buzz et que je les imagine, ricanant et tellement fiers d’eux, je vous en veux, à vous, qui regardez ces émissions. Déjà, j’aimerais savoir qui vous êtes. L’an dernier, quand Ardisson avait sorti la composition de son plateau de Salut les terriens, j’étais tombée dans des abysses d’incompréhension. Du gauchiste, du bobos, du réac, du hyper réac, du… blogueur people, je suppose… Alors je ne suis pas opposée à la pluralité d’opinion à la base mais expliquez-moi quel est l’intérêt de tous les mettre sur un même plateau ? Ca donne quoi ? Tout le monde se crie dessus et chacun a droit à 2 à 5 mn de paroles à peu près distinctes ? Qui ça intéresse ? Quelles idées intelligentes ou même juste intelligibles peuvent être sorties de là ? Le pire, c’est chez Ruquier où des gens viennent se faire écharper sur leur métier. Non mais imaginez la violence… Je ne vais pas prendre la défense des 150 000 artistes de tout genre et de tout bord passés là-dedans mais j’ai quand même du mal à comprendre le point. On peut critiquer un artiste qui fait les choses pour de mauvaises raisons (aka le pognon) mais à partir du moment où quelqu’un fait quelque chose avec sincérité mérite-t-il de se faire clouer violemment au pilori parce que… parce que vous aimez le sang ?

Scream, lécher le sang

Parce que désolée mais c’est ça. Regarder ces émissions me fait le même effet que m’asseoir sur le bord de l’autoroute et attendre un bon gros carambolage avec, les bons jours, un ou deux membres détachés de son corps d’origine voire une bonne décapitation, ahah. Dégueulasse ? Bah la violence symbolique que nous sert ces émissions ne me paraît pas beaucoup mieux. Tout est réuni pour que ça gueule, ça pète, que quelqu’un quitte le plateau bouleversé ou… au pire, rit jaune en serrant tellement les dents qu’il est quitte pour cinq séances chez le dentiste direct. Il y aura toujours des insultes, des obligations de faire bonne figure face à quelque chose qu’aucun de nous ne supporterait. Toute cette agressivité en permanence, ces cris, ces mensonges, ces jeux de dupe…

Laurent Ruquier aime le sang

Et un manque total d’humanité. La semaine dernière, la chroniqueuse Hapsatou Sy qui officie (officiait ?) dans l’émission de l’odieux Ardisson (je hais ce mec) s’est fait insulter par l’épouvantable Eric Zemmour. Dans le genre “mec très fier de lui de foutre la merde”, regardez comme il suinte l’auto satisfaction dès que ça dérape, il me dégoûte. Donc dans un échange peu amène, Gargamel a expliqué à Hapsatou que son prénom était une honte car “même pas français”. Il est vrai qu’Eric, c’est très gaulois (non). Moi même qui suis tellement de souche que j’ai limite des racines fossilisées, mon vrai prénom a des origines latines… ou grecques ou germaniques, ça dépend du dictionnaire des prénoms utilisé, je suppose. J’avoue ne pas avoir vu la séquence parce que je n’ai aucune envie de voir ça mais quand Hapsatou Sy a décidé de ne pas laisser passer en diffusant une séquence coupée au montage, elle a eu droit à de nombreuses réactions dédaigneuses à base de “oh ben si tu te choques de ça, tu connais rien à la vie, pauvre fille”, sans parler des “soupçons” comme quoi elle aurait tout orchestré… et devinez quoi les mecs, c’est pas elle qui invite les gens dans l’émission. Il n’y a aucune compassion et on en redemande. Alors que rappelez-vous que Hapsatou Sy est dans un cadre professionnel. Remettez ça dans un contexte de bureau et dites-moi encore qu’elle fait du bruit pour rien.

Hapsatou Sy

Alors, est-ce que la télé est malsaine ? Non. Par contre, vous qui regardez toutes ces émissions en vous régalant de tous ces cris et de cette fureur… Oui.

 

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La carte du temps de Felix J Palma

C’est l’histoire traditionnelle : une petite virée en librairie, une envie de nouveauté et ce livre qui me tombe dans les mains : la carte du temps de Felix J Palma. Il est question de voyage temporels, de futur apocalyptique, de Jack l’Eventreur et de H.G. Wells. Ouais, ok, j’achète.

Couverture du roman "la carte du temps" de Félix J Palma

L’histoire… comment la résumer ? Londres 1896, un jeune homme de bonne famille, Andrew, décide d’en finir avec la vie. Il se rend à WhiteChapel pour se suicider à l’endroit même où a surgi son pire malheur : l’assassinat de celle qu’il aimait… la prostituée Marie Kelly, sauvagement massacrée par Jack L’Eventreur. Il est sauvé de justice par son cousin qui lui propose l’impensable : un voyage dans le temps pour sauver Marie Kelly. En effet, une entreprise propose un voyage dans le temps, en l’an 2000, pour assister à la dernière guerre des hommes contre les robots.

Affiche du film la guerre des robots, affiche futuriste rétro

Donc ça, c’est le pitch de départ. Et c’est là qu’on va rentrer dans un incroyable imbroglio d’histoires : il y a celle d’Andrew, donc, celle de l’entrepreneur qui crée la société permettant de voyager dans le temps (dont j’ai oublié le nom), celle de Claire, jeune femme fantasque, celle de Derek, l’homme qui triomphe des machine et enfin H.G. Wells et son scepticisme face à ce voyage alors qu’il a lui-même écrit “La Machine à voyager dans le temps”. On rajoute une pincée de Jack L’Eventreur, Elephant Man et Bram Stoker passent faire un petit caméo et…

Baies et épices pour cuisiner

Herbs and spices in wooden spoons – beautiful kitchen image.

Et on touche là le souci du roman, selon moi : c’est un peu trop too much. On commence sur une histoire et hop, tout à coup, c’est fini, salut Andrew, à la revoyure, hein ! On enchaîne sur les différents personnages mais au bout d’un moment, on finit par s’en foutre un peu, on attend juste le twist qu’on a vu venir à des kilomètres. Oui parce que c’est un roman à twist, ce qui ne me dérange pas, bien au contraire, mais là, je les ai vus venir jusqu’au dernier, un traditionnel

spoiler
“mais en fait, il avait rêvé tout ça, ohohoh”
. Non. Ce retournement de situation a été interdit en 1996 parce que c’est le summum de la paresse narrative. Même si je le retrouve encore très souvent, partout… Limite, j’ai eu parfois que l’auteur partait loin, très loin, et qu’il se rendait soudain compte qu’il ne lui restait que quelques pages (ou il en avait marre) et se débarrassait du tout
spoiler
“heu… et là il se réveille et tout ça n’était qu’un rêve, voilà, bisous !”

Au revoir écrit en lettres de feu

Autre point qui, je pense, me rend vraiment moins indulgente avec le roman : l’auteur est présent partout et beaucoup trop mais de façon irrégulière. C’est à dire qu’au départ, il lui arrive de suspendre le récit pour interpeller directement le lecteur et ça, pour le coup, j’ai trouvé ça assez amusant et, après tout, pourquoi pas. Même si parfois, il y a une auto satisfaction un peu agaçante mais allez, je suis. Sauf que ce petit truc d’écriture disparaît au fur et à mesure, ce qui semble confirmer ma sensation sur une écriture sur un temps long et une perte de vue de ce que devait être le roman au départ mais surtout, on sent un glissement… Je vous avais déjà parlé de ces auteurs qui s’identifient à leur héros, ce qui peut paraître de bonne guerre. Après tout, pourquoi ne pas écrire ses fantasmes de surpuissance ? Mais ça peut rendre le personnage hyper agaçant genre Robert Langdon de Dan Brown ou Darwin Minor de Dan Simmons, vous savez, ces mecs qui ont la science infuse et qui, en plus, sont physiquement capables de tout et ramassent toujours l’héroïne à la fin (avant de manifestement l’oublier pour l’aventure suivante, classe les mecs…) ? Mais là, on atteint un niveau encore au dessus, on est plus dans le niveau de Claude Mossé qui s’imagine plus ou moins forniquer avec Lucrèce Borgia… Je vous disais que l’auteur intervenait très régulièrement dans le récit pour faire des clins d’oeil *wink wink* au lecteur… mais vers la fin, ça disparaît car le narrateur devient… H.G. Wells. On rentre carrément dans ses pensées, on devient lui. En résumé Felix J. Palma se prend carrément pour H.G. Wells… Ouch.

Statue de H.G. Wells

Et c’est dommage car le début du livre est vraiment sympa, la reprise des grands mythes de SF du XIXe siècle pour imaginer un Londres de l’an 2000 apocalyptique aussi et cette tentative de semer un petit caillou dans la machine pour nous faire comprendre que tout n’est pas si clair dans le roman aussi mais… Mais j’ai surtout la sensation que la fin bâclée n’était pas celle prévue (car en fait, le petit caillou que je viens d’évoquer n’a finalement aucun sens et est bien trop noyé sous des tas d’histoires pour qu’à la fin, on le garde vraiment en mémoire)… et le problème, c’est que la fin, ça reste le plus important dans l’appréciation d’un livre… et celle-ci est clairement ratée.

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