Grossesses politiques

Il y a des jours où je saisis bien le pourquoi de mon désespoir politique. Nouveau gros dossier : Rachida Dati est enceinte. Oui et ? Ah, apparemment, c’est important, tout le monde en parle et tout le monde se demande qui est le père. Moi aussi, j’avoue, je trouve bizarre
cet espèce de secret d’Etat sur l’identité du papounet. Respect de la vie privée, je comprends mais apparemment, l’identité du reproducteur mâle n’est pas si anodine que ça.

Alors que chacun fait son pronostic, déjà un éliminé : José Maria Aznar a officiellement déclaré ne pas être le père. Oh mais dis donc, Rachida, t’es une coquinette, je savais pas que tu avais fricoté avec le moustachu ibère ! Dans le bureau, Simon vote pour Bernard Laporte, certains pensent à Sarkozy. Non mais arrêtez : entre sa femme, ses 150 voyages, une paix à aller faire en Géorgie (raté), des JO à aller inaugurer, un Dalaï Lama à rencontrer… Ah non, pardon, là, c’était sa femme… Donc entre tout ça, vous pensez vraiment
qu’il a eu le temps d’engrosser Mme Dati ? A la limite avant les présidentielles, quand Rachida a commencé  à pointer le bout de son nez, pourquoi pas, mais là, c’est soit du archi consommé, soit du « il n’y aura jamais rien entre nous ».

Bref, je rigole sur le sujet mais déjà, je vois fuser sur le net des réflexions qui m’exaspèrent : « ah ben déjà qu’elle a mauvais caractère, avec les hormones de la grossesse, ça va être pire ». Commentaire évidemment posté par un homme. Comme si on était incapable de garder nos nerfs pendant 9 mois. On est enceintes, pas handicapées ! Enfin, je dis on, je ne fais pas partie du lot, ne vous inquiétez pas. Quoi que c’est surtout moi qui m’inquiéterais. Bon, bref, déjà, les remarques très fines fusent. Alors, évidemment, Rachida n’est guère populaire, moins qu’une Nathalie Kosciusko-Morizet dont personne n’a trouvé utile de commenter la grossesse. Elle est plus exposée, aussi. Mais bordel, ce genre de commentaire m’énerve, surtout que personne n’a indiqué au monsieur qu’une femme enceinte était tout à fait capable de travailler pendant sa grossesse. Oui, l’état physique est altéré mais et alors ? Si ça nous handicapait à ce point, le congé maternité serait de 1 an, le temps qu’on soit enceinte, qu’on accouche et qu’on récupère… J’attends impatiemment les « mais les
Arabes, elles doivent pas rester vierge jusqu’au mariage ? ». Ca m’étonne limite de pas l’avoir encore lu.

A côté de ça, aux Etats-Unis, la jeune Bristol Paolin, 17 ans, est enceinte. Une nouvelle Juno ? Le souci est que Bristol est la fille de Sarah Paolin, la colistière de John McCain, une chance sur deux qu’elle soit la future vice présidente. Or notre amie Sarah et son gang sont très conservateurs, anti avortement… Ca fait tache. Je ne sais s’il faut en rire ou pas. Evidemment, le bébé de Bristol ne sera pas à la rue et grandira dans une famille aisée mais j’aimerais pas être à la place de cette pauvre gosse qui se retrouve l’objet de commérage de toute une nation et pas la plus petite. A 17 ans, faut gérer.

C’est marrant comme un ventre rond peut concentrer toute l’attention d’un pays, quand même. Pour Rachida, il est vrai qu’on va se retrouver avec un remplaçant pendant son congé maternité mais en dehors de ça, quelle importance sa grossesse ? Pourquoi faire tout un pataques sur le nom du père ? Ca changerait vraiment quelque chose ? Et pour Bristol, est-ce que ça aura une incidence sur l’élection américaine ? Après tout, elle va le garder son bébé donc les anti avortements n’ont pas à frémir. Sa mère soutient totalement sa fille donc je ne pense pas que la face du monde sera changée par le ventre rond d’une ado.

Bon, maintenant, on parle d’autre chose ? On peut parler récession, Géorgie, Thaïlande ou même débâcle de l’équipe française d’athlétisme. D’accord, un ventre de femme enceinte, ça prend de la place mais ça ne doit pas occulter tout le reste.

Je sens qu’à la prochaine crise, c’est Carlita qui va être enceinte.

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Notre société se pornoïse-t-elle ?

Titrer un article avec un néologisme, voilà un travers que les journalistes adorent. Il y a quelques semaines, je lisais Courrier International
histoire de faire mon intelligente. Après la revue de presse du monde, voici le dossier : les jeunes filles dans le monde. Le premier article retient particulièrement mon attention : la « dérive » des jeunes filles américaines. En gros, la société américaine a totalement absorbé les normes des films pornos et les jeunes filles de 15-25 ans se comportent comme si elles passaient un casting permanent pour ce genre de production. En vrac : on fait claquer le string (c’est d’une classe folle…), on montre ses seins, ses fesses, voire son sexe à tout va, on boit et après, on fait des « concours de poses suggestives ». En gros, on simule l’acte sexuel lesbien entre copines. Les gamines de 15 ans se promènent très court vêtues et les mamans trouvent ça hilarant de vêtir leurs filles avec le t-shirt Playboy. Une journaliste, Ariel Lévy, a écrit un livre sur le sujet, faudra que je voie s’il est disponible en France… En gros, elle observe et dénonce un peu ces comportements, arguant que ces femmes s’enferment dans un rôle que les hommes attendent d’elle. Il faut être chaude, même si on n’a pas envie de coucher. Face à ça, il y a les groupes de chastes : « moi, je serai vierge jusqu’au mariage ». La société américaine est fascinante dans ses paradoxes.
 
Et en France, où en est-on ? Il me semble que nous glissons peu à peu vers ce modèle-là, même si nous en sommes loin. Concrètement, si je compare les adolescentes actuelles à ce que nous étions il y a dix ans, il est manifeste que la mode a changé : mes fesses ont connu leur premier string à 20 ans et encore, à l’époque, ce n’était pas hyper répandu. Quoique ça s’est vite démocratisé ensuite puisque Rachel, sainte prude, m’avoua un jour en rougissant : « Tu sais, moi, je mets des strings ! ». Cinq ans plus tard, cette grande confession a de quoi faire sourire. Donc à mon époque, je me souviens, c’était jean pas tellement taille basse et grand T-shirt, le pull attaché autour des
hanches (pratique pour masquer les fesses disgracieuses). Les piercings étaient limite une marque de rébellion, à l’époque, personne n’en avait. Aujourd’hui, les gamines font toutes monter leur strings jusqu’au milieu du dos pour être sûre qu’on le voit, certaines ont déjà des piercings. Je ne veux pas jouer les mères la vertu (c’est vachement mon genre, tiens) mais le comportement de certaines de ses gamines m’horripile au plus haut point : elles offrent aux autres, et surtout aux hommes, une sensualité et des promesses coquines qu’elles ne mesurent pas. Si j’ai une fille, elle portera un string le jour où elle mesurera le genre de message qu’elle envoie en exhibant ce petit bout de tissu. Et après un cours maternel sur les MST et la contraception (qu’est-ce que je vais être chiante comme mère).
 
Ceci étant, il me paraît que cette pornoïsation se limite à un changement de mode vestimentaire plus qu’autre chose. Forcément, nous, dans Beverly
Hills, y avait pas de strings apparents et de soutien-gorge apparent sous le débardeur. Je ne connais pas trop les nouvelles références ado mais si on s’arrête à la Star Academy, je suis sûre que la plupart des spectateurs masculins de 14-18 ans se souviennent plus des couleurs des strings des candidates que de leur prénom. Pour le reste, les Français ne me paraissent pas aussi
exhibitionnistes qu’aux Etats-Unis, du moins, c’est plus discret. A part dans Paris Dernière, je n’ai jamais vu de nanas se foutre à poil juste pour attirer l’attention. Il n’y a pas (encore ?) de surenchère à ce niveau-là, pas de programmes télés bas de gamme où des étudiantes saoules montre tout ou partie de leur anatomie (bien que dans Paris Dernière, parfois…). Et je
crois que c’est une bonne chose.
 
La lecture de cet article m’a fait réfléchir : est-ce que je glisse moi aussi vers la pornoïsation dans mon comportement ? Bon, déjà, je ne mets pas de mini jupe, je suis toujours habillée soft et si mon string dépasse de mon pantalon, c’est plus un accident vestimentaire qu’une provocation (si j’arrêtais de mettre de vieux pantalons trop grands, aussi, ils ne tomberaient pas…). Je n’ai pas de piercing (le seul que j’ai eu s’est infecté et il était au nez) et en boîte, je ne simule l’acte sexuel avec personne, je n’embrasse que Gauthier et Mister Big… Et encore, quand je dis « embrasser », ce ne sont que des smacks, nos langues restent dans leur bouche respective. Je ne me déshabille pas en public, surtout
à cette période de l’année. Bref, je suis sage comme une image. Evidemment, après, il y a mes écrits, parfois un peu sulfureux mais je ne pense pas encourager cette pornoïsation. Ce sont plus des réflexions à partager entre adultes consentants qu’un manifeste. Voilà comment je vis et je pense, êtes-vous d’accord avec moi ou pas ? Et accessoirement pourquoi ?
 
Je me refuse à virer pétasse en chaleur pour deux raisons : tout d’abord, j’ai un certain respect pour l’érotisme, je trouve ça trop sophistiqué pour en faire l’étalage n’importe comment et tomber dans la vulgarité. A quoi ça me sert de montrer mes fesses à tout le monde ? Je préfère les réserver pour mes amants (de toute façon, je pense que les gens se foutent bien de voir mes fesses). Simuler l’acte sexuel entre copines ? A part exciter les mâles en chaleur qui vont essayer de me serrer aux toilettes de la boîte, je ne vois pas du tout l’intérêt. Il y a des choses qui doivent rester réservées à la douce pénombre d’une chambre à coucher.
 
Par ailleurs, je partage entièrement l’avis d’Ariel Lévy : la liberté sexuelle de femme ne peut passer par là. En se sapant comme la dernière des traînées, je ne vois pas en quoi je clame ma liberté sexuelle. Bien au contraire, je me plie à l’esthétique des films pornos, faits généralement par et pour les hommes (même s’il y a une exception). 60 ans de féminisme pour en arriver à se transformer en objet sexuel ambulant ? Ben y en a quelques unes qui doivent se retourner dans leur tombe. Pour moi, la liberté sexuelle n’a rien à voir avec le fait de montrer son cul ou ses seins. Pour moi, la liberté sexuelle se résume plutôt à pouvoir faire l’amour avec qui j’ai envie, quand j’en ai envie, mais aussi le droit
de dire non si je ne veux pas. Et sans avoir à sortir la bonne vieille excuse : « j’ai mes règles ». Ma liberté sexuelle, c’est aussi pouvoir parler de sexe librement sans qu’on me prenne pour une salope. Ma liberté sexuelle, c’est pouvoir avoir autant de partenaires que je veux sans qu’on me prenne pour une salope…
Alors, certain(e)s vont me rétorquer : « oui mais si tu t’habilles pas de façon provocante, personne ne te verra et tu ne pourras pas choper. » Oui ben c’est pas grave parce que moi, je chope pas. Honnêtement, être rejetée par un homme qui n’a pour valeurs sexuelles que ce qu’il voit dans les pornos ne me traumatise pas plus que ça. Et puis très franchement, je serais tellement à l’aise en mini-jupe et mini top que je passerais ma soirée scotchée sur une banquette donc pour la drague, on repassera. Je me souviens, une fois, j’avais mis une robe très sympa et pas tellement sexy à la base sauf que j’avais pris quelques petits kilos entre l’achat et mon défilé avec en ville (je l’avais mise plusieurs fois avant, rassurons-nous). Donc me voici vêtue d’un T-shirt blanc, ma robe par dessus et des bottes chaussettes aux pieds. Sauf qu’en marchant, mes fesses faisaient remonter petit à petit ma robe. J’ai jamais été aussi mal à l’aise de ma vie, je suis rentrée fissa chez moi, attirant la convoitise de sales pervers. Par le passé, j’ai eu droit à des hommes qui cherchaient avant tout du sexe plutôt qu’une partenaire et j’ai retenu la leçon : aucun intérêt. J’ai plus envie d’un partenaire avec qui je développe une certaine complicité et qui partage mon goût de l’érotisme. Et pour moi, érotisme et vulgarité, ça ne va pas de pair du tout. De plus, je pense que la plupart des hommes, passés les affres de l’adolescence, ne sont pas particulièrement attirés par ses pétasses qui montrent tellement tout qu’il n’y a plus rien à découvrir. Je me souviens d’une discussion avec Jean qui m’expliquait que ce qui l’excitait, entre autres, c’était de passernla soirée avec une femme et découvrir au moment de l’effeuillage qu’elle n’avait pas de sous-vêtements. Aucune provocation apparente, juste un secret entre deux amants. Moi aussi, je préfère ça.
 
En somme, je crois que nous sommes encore loin du haut degré de pornoïsation de la société américaine mais on se dirige vers le même modèle, lentement mais sûrement. Arrivera-t-on à un tel degré de vulgarité ? Je n’en suis pas convaincue, je pense que cette provoc bête et irréfléchie se limitera à certaines catégories de personnes. Du moins, je l’espère.
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