Chroniques d’une râleuse

Par Ella Sykes

I) Entourage

Bien voilà, ça y est ! J’y suis ! J’ai le mal du pays. Oui ça devait bien arriver un jour où l’autre,n’est-ce pas ? À priori, je m’étais toujours dit que c’était encore un de ces maux totalement imaginaires que s’inventent les gens misérables incapables de gérer leurs émotions, à la recherched’un bouc-émissaire. Me voilà contrainte d’admettre le contraire.

En fait, il se passe tant de choses dans ma vie depuis que je suis arrivée, que je me fais l’impression d’être un second rôle dans une tragédie grecque. Je résume : au cours de ce programme universitaire dans lequel je suis inscrite, j’ai fait la connaissance de 5 filles. Je peux déclarer sans ambages que nous sommes devenues amies à force de travailler dur ensemble (suer collectivement nous a probablement rapproché ?) et plus proches encore suite aux nombreuses mines que nous nous sommes payées tous les samedis soirs dans différents bars de la ville au son des
groupes pop/rock plutôt nuls qui s’y produisaient (mais le vomi et les délires alcooliques aussi solidifient les relations entre humains ?).

Il y a donc une petite blonde aux cheveux longs cuivrés, plutôt rondelette mais terriblement sexy. On aurait envie de croquer dans sa peau tant elle est charmante. Elle s’habille toujours avec ce soupçon de classe et d’élégance empreinte d’humilité qui donne envie à celui qui la regarde, de l’embrasser fougueusement. Pourtant, elle est gênée par ses kilos supplémentaires, rêverait de maigrir pour choper tous les Jude Law de la planète, tout en n’ayant pas le courage ni la volonté nécessaires pour aller courir et acquérir le statut de sex symbol. C’est la fillette qui est
toujours de bonne humeur, toujours optimiste, toujours souriante et prompte à s’amuser. On s’imagine qu’elle est fondamentalement droite et honnête.

Puis, il y a une française amoureuse d’un québécois. Toute en finesse, elle a un sourire, une peau et une silhouette d’enfant qui ferait craquer n’importe lequel d’entre vous messieurs. Elle a acquis un accent qui se situe à mi-chemin entre l’accent québécois et français. Du coup, on aurait presque l’impression qu’elle parle comme une Belge. Dommage. Cependant, elle est brillante, douée et parfaite. Elle s’avance dans la vie avec un sérieux et une légèreté tranquilles, un respect des autres et une humilité qui frisent l’insoutenable. Elle est irréprochable.

Vient ensuite cette grande brune aux cheveux sombres magnifiques, un sourire tendre, des yeux rieurs et une silhouette sportive et énergique. Elle vit avec son petit ami et a tout de la jeune fille québécoise type, c’est-à-dire rangée à 23 ans, sûre d’elle et de ses projets futurs : un mariage, des enfants par douzaine, un bon job, et une maison dans un coin sympa histoire de pouvoir se réveiller avec le bruit des oiseaux en arrière fond et le soleil à portée de main. Elle est sans doute la personne la plus généreuse, honnête et gracieuse que j’ai eu l’occasion de rencontrer.

Il y a aussi une autre brune. Elle et moi c’est l’histoire des meilleures ennemies, un jour c’est l’amitié folle et les soirées délirantes à picoler, sortir, et rire. Et le lendemain, sans trop que l’on sache comment ni pourquoi, c’est la guerre froide. Elle me fait penser parfois à ma soeur : ombrageuse comme un cheval effrayé, peu sûr d’elle même mais en temps, qui rêve de tout exploser, de tout explorer et de tout conquérir. Elle aime les relations humaines et approche les autres avec une naïveté, une soif et un désir enviables. Elle tombe toujours sous le charme du
mauvais gars, en souffre, puis m’en veut lorsque je lui fais remarquer que les hommes sont des misérables petites choses non fiables.

Et enfin, il y a la rebelle du groupe. Elle me ressemble trop, nous réagissons de la même manière et ce, sur tous les sujets. Lorsqu’elle est triste ou en colère je sais toujours comment lui parler, car au fond, je m’adresse à elle comme si je me parlais à moi. Elle donne l’image d’une fille forte, inébranlable dans ses convictions, intouchable, insensible parfois, orgueilleuse, intransigeante alors qu’elle n’est qu’une petite fille qui a besoin d’être constamment rassurée. Elle est cependant irrésistible dans une certaine mesure. Et elle, là où elle a du bol, c’est qu’elle a trouvé le seul me sur terre capable de lui parler et de l’accepter comme il se doit. Je sais bien la plaie que ce genre de fille pourrait représenter pour un mec puisque je suis comme elle, Sauf que moi, je n’ai pas eu sa chance, et que je n’ai pour l’heure pas encore rencontré ce type extraordinaire qui aurait des couilles suffisamment monumentales pour me supporter et venir à
bout de ma mauvaise foi et de mon caractère imbuvable.

Je pourrais aussi mentionner l’existence d’un homme que j’ai l’occasion de rencontrer de temps à autre dans le cadre de mon stage. Il est professeur à l’université et je dois dire qu’il est parfaitement charmant. Mais ce qui tyrannise ma curiosité et excite mon intérêt est qu’il possède pas moins de 2 doctorats alors qu’il n’a que 31 ans. Oui, parce que ce qui me fait bander moi, ce sont les hommes brillants. Il est brun et s’habille comme les métrosexuels parisiens, chose plutôt rare dans une ville où tout le monde se contente de porter des baskets et des jeans et où sexy
pour une meuf équivaut à se ballader à moitié à poil dans un tee shirt à bretelles riquiqui et un short jean bariolé.

Tout ce joyeux petit monde anime ma petite vie depuis presqu’une année entière.

Évidemment, je passe sous silence le pote canon de mon colocataire et son sourire ravageur avec qui il pourrait bien se passer quelque chose s’il n’y avait pas cette échéance au bout du chemin. En octobre, il part 6 mois en Europe pour se retrouver seul avec lui-même comme il l’a si bien dit. Je passe encore sous silence l’affreux collègue de travail que je me tape. Oui, un gros tas de geek passionné de jeux de rôles médiévaux qui se prend pour le roi du pétrole et qui a décidé que le travail allait se partager comme lui il avait décidé. Et bien sûr, il a décidé d’en faire le moins
possible, oui parce que vous comprenez, un gros porc, ne peut pas trop faire d’efforts sinon il est épuisé le pauvre chou. Du coup, qui se tape le plus gros du boulot ? Allez quoi, un effort, merde !

Bah oui c’est moi, c’est Bibi !

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Fidélité, infidélité, polyamour

Grande thématique amoureuse : faut-il être fidèle ou pas ? Ou commence l’infidélité ? A chacun sa réponse. Pour moi, la fidélité existe à partir du moment où il y a tentation : quand je suis en couple et que je n’ai envie de personne d’autre, je ne me considère pas comme fidèle. C’est plus un état de fait : je suis avec un tel et je ne vois personne qui pourrait me donner envie d’aller voir ailleurs.
 
Quand la tentation est là, la fidélité devient parfois pesante… Comme j’ai expliqué à Bouc et Moustache, je ne
suis pas fidèle par moralité mais plus par peur de blesser l’autre, de trahir sa confiance. Quand j’étais avec Guillaume, j’ai été sérieusement tentée par d’autres hommes. Le premier, Fabien, faisait de la radio avec moi. Dès qu’il m’effleurait, j’avais des frissons partout. Pour faire court, j’avais très envie de lui, au point de m’en rendre malade. Dès que le voyais,
systématiquement, je rêvais de lui la nuit suivante… Et c’était hautement érotique. Je me suis vraiment posé la question sur la conduite à suivre :
– d’un côté, Guillaume. Je l’aime mais au bout d’un certain temps, la routine s’installe… Ai-je envie de le quitter ? Non. Ai-je envie de le blesser ? Non. Ai-je envie de le tromper ?…
– de l’autre, Fabien. Il y a une complicité indéniable entre nous, je crève d’envie de lui. Est-ce que je l’aime ? Non. Est-ce que je pourrais envisager de sortir avec lui ? Pourquoi pas mais ça ne durerait pas. Ai-je envie de lui ? Oui, oui et encore oui. Et lui ? Je n’en sais rien mais certaines choses me font penser que je ne laissais pas totalement indifférent (je ferai peut-être un article sur lui plus tard pour développer cette histoire).
 
Fidélité…
Tromper ou pas ? Je suis terriblement tentée, j’ai envie qu’il m’embrasse (hypocrite, je ne ferais jamais le premier pas, même si j’en ai envie), qu’il me caresse, qu’on fasse l’amour comme des sauvages, toute la nuit… Juste une fois. Après tout, l’infidélité, c’est courant, tout le monde se laisse tenter, pourquoi pas moi ? Juste une fois, pour éteindre le
brasier. Mais je le sais : c’est comme la cigarette, on en fume une, « juste parce qu’on en a envie » et c’est le cercle vicieux, on n’en sort plus, après. Surtout qu’autant en matière de tabagisme que de sexualité, je n’ai AUCUNE volonté, je ne peux dire non à mes envies.
 
Mais j’ai été fidèle, pourquoi ? D’abord parce que je ne voulais pas blesser Guillaume mais si Fabien avait fait un pas vers moi, je crois sincèrement que j’aurais craqué. Re-belote avec Bertrand, mais la situation est différente : mon couple avec Guillaume est dans le coma, Bertrand est charmant, il s’intéresse à moi (pas forcément en tant que petite amie potentielle mais en tant que camarade étant attirée par le journalisme). Je suis de mauvaise foi : si je pèche avec Bertrand, c’est parce que je suis en manque avec Guillaume qui ne me donne plus rien. Tout bascule un soir de juin : après des partiels, on sort entre potes de promo, Guillaume n’est pas là et je flirte gentiment avec Bertrand, on discute, on se frotte un peu, je le regarde avec des yeux plein d’étoiles mais je suis saoule alors je ne suis pas sûre qu’il se soit rendu compte de quoi
que ce soit. Je suis très tactile avec lui alors que je ne le suis jamais, une main posée négligemment sur son épaule, quelques mots susurrés à son oreille pour couvrir la musique…Le lendemain : double combo. Fabien m’appelle pour m’inviter à un barbecue, je ne pense qu’à Bertrand et à la délicieuse soirée que nous avons passés. Est-ce normal d’avoir plus envie de voir un gars de ma promo que mon petit ami ? Est-ce normal d’avoir envie d’aller au barbecue de Fabien et de ne pas voir mon petit ami, du coup ? Explosion en plein vol : je romps avec Guillaume.
 
Donc, je n’ai jamais été infidèle mais est-ce par volonté ou par manque d’occasion ? Clairement le second. Je me connais : si je m’étais retrouvée seule avec un des deux jeunes hommes et qu’il avait tenté quoi que ce soit, j’aurais été incapable de résister…Enfin, je ne crois pas. Après, je m’en serais certainement voulue, j’aurais pas été capable de cacher mon
« forfait » car je suis nulle comme menteuse. Faire du mal à tout le monde pour un peu de plaisir, est-ce que ça vaut le coup ? En théorie, non. En pratique, je ne vais pas faire la moraliste alors que je ne sais pas si j’aurais cédé ou non.
 
Ou pas
A présent, l’infidélité dans l’autre sens. L’article d’Emma sur ses amours clandestines a soulevé un débat intéressant. Alors que j’étais en couple, on m’avait posé la question suivante : « Si ton mec te trompe avec une autre fille, tu en veux à qui ? » Au monsieur, of course. Ce n’est pas de la solidarité féminine mais la demoiselle n’est déjà pas censée savoir que mon mec a une copine (moi, en l’occurrence). Ensuite, puis-je lui en vouloir d’être tombée sous le charme de mon mec ? Techniquement non, puisqu’il m’a séduite aussi. C’est à lui de dire non, pas à elle. Depuis que je suis à Paris, j’ai rencontré plusieurs demoiselles qui sortaient avec des hommes mariés. C’est super facile de leur jeter la pierre : « et tu as pensé à sa femme ? Et à ses gosses ? Et à son chien ? » Mais elles souffrent, personne n’y pense, à ça. Oui, bien sûr : « elles n’avaient qu’à pas tomber amoureuse d’eux ». C’est tellement facile de choisir de qui on tombe amoureuse ou pas ! En matière d’amour, il est difficile de condamner et tellement facile en même temps : ouh, la vilaine briseuse de ménage ! Statistiquement, je pense que la proportion des hommes infidèles par simple plaisir de conquête et des femmes réellement briseuses de ménage est assez mince. L’amour, ça se commande pas. Fanficsworld a laissé un commentaire très intéressant sur le désir des autres quand on est marié. Mettre une alliance autour de son doigt n’empêche pas qu’on regarde les autres hommes ou femmes et qu’on peut être tenté, après. Faut-il condamner ceux qui franchissent la ligne ?
Chaque cas est particulier, impossible de répondre à cette question de façon tranchée. Je crois qu’il faut connaître la situation de chaque protagoniste avant de crier au scandale. Après tout, plus d’une fois, je m’en suis bien moquée de la greluche qui partageait la vie du mec que je visais : après tout, qui dit qu’il sera plus heureux avec elle qu’avec moi ?
 
La troisième voie ?
Solution intermédiaire : le polyamour ou les relations libres : on va voir ailleurs de façon consentie. La solution me semble pas mal si les deux sont d’accord… Mais me connaissant, j’aurais peur de finir par partir avec l’amant. Pierre, mon amant pervers, était un adepte de ce genre de relations. Un jour, il fait remarquer à sa compagne du moment (trois ans de relation, ils vivaient ensemble) que le voisin semble attiré par ses charmes, il la pousse dans ses bras. Résultat, elle est partie avec lui et ça m’a fait doucement rigoler. Je pense que, si dès le départ, elle était réticente, c’est qu’elle devait sentir que ça allait se terminer comme ça. Je crois que le concept est intéressant mais à partir du moment où on a qu’un seul amant/maîtresse, ça me paraît dangereux. Pierre m’avait expliqué ce concept : si on part du principe qu’on ne peut aimer deux personnes de la même façon, tous ces hommes m’apportent une forme d’amour différente et il  n’y a pas à avoir d’exclusivité à ce sujet. Sur le fond, ça se défend. Sur la forme, mes expériences amoureuses m’ont démontrée que je ne pouvais aimer qu’un homme à la fois, pour les autres, je n’avais que du désir.
 
Du haut de mes 25 ans, je me considère plutôt comme monogame, j’ai toujours été fidèle dans les faits. Une brouette ne mérite pas de blesser l’autre. Ce n’est pas pour autant que je jette la pierre aux infidèles ou à ceux qui sortent avec une personne déjà prise. Chaque cas est particulier et c’est trop facile de condamner sans savoir.
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