Le cinquième élément, la dystopie… verticale

Une des premières dystopies à laquelle j’ai eu l’occasion de me frotter est sans nul doute le cinquièmélément. Oui, le film de Luc Besson, oui. Avec ville gigantesque et voitures qui volent, un peu comme Altered Carbon. Mais la comparaison s’arrête là car si Altered Carbon détaille la société dans laquelle évolue Tak, pour le cinquième élément, on sait assez peu de choses quant aux rouages de cette société futuriste. Une société verticale, comme les immeubles… et l’organisation sociale, finalement.

Le cinquième élément - affiche

On pourrait contester la classification du cinquième élément au rayon dystopie, on est plus dans un film de science fiction/fantasy/space opera. On est assez proche d’un Star Wars avec une foule d’extraterrestres et une bonne partie de l’histoire dans l’espace. D’ailleurs, la partie où ils sont dans le vaisseau après avoir quitté Fhloston Paradise n’est pas sans évoquer le Falcon Millenium. Alors du coup, Star Wars serait aussi une dystopie ? Après tout, il y a tout un univers politique tissé… Oui sauf que Star Wars se passe dans une galaxie lointaine… il y a très longtemps. Donc non, ce n’est pas une dystopie. Le cinquième élément lui, se passe dans le futur dans ce qui est une version évoluée de notre société donc là, on y est sur la partie prospective. Mais est-ce que cette société est si mauvaise que ça ? Le monde proposé ne nous offre guère de détails donc je suis dans l’interprétation mais je vais considérer que oui.

New York dans le cinquième élément

Point un : les inégalités sociales. Bruce Willis est du côté pauvre de la barrière, cf la taille minuscule de son appart vs celui du prêtre par exemple. Son emploi est menacé, son immeuble visiblement mal famé (cf le caméo pété de Kassovitz). Vous allez me dire qu’on est déjà pas mal dans une société inégalitaire, ce qui est vrai mais il semble que dans le futur, l’ascenseur social, il est définitivement oublié. La société est d’ailleurs parfaitement hiérarchisée : les plus riches en haut, les plus pauvres en bas, au milieu des ordures. Vertical.  En parallèle, on a également une sensation d’opulence d’une certaine catégorie de population, notamment avec Fhloston Paradise, population aisée qui a bon goût en appréciant un bon petit opéra. Pierre Bourdieu likes this.

La diva dans le cinquième élément

Mais finalement… C’est quoi cette société décrite dans le cinquième élément ? “Normalement” (ok, ça se discute), une dystopie pose une réelle évolution de la société basée sur un changement de donnes, en gros. Dans 1984 ou Fahrenheit 451, il y a la maîtrise du savoir par le pouvoir qui enferme les citoyens. Dans Ravage, Albator ou Le meilleur des mondes, on peut se poser la question de l’asservissement de la population, ramollie par la technologie et/ou le divertissement. Altered Carbon nous interroge sur la question de l’immortalité. The handmaid’s tale part du principe que la dégradation environnementale va avoir des conséquences et imagine que les femmes en seront les premières victimes.  Si je devais résumer les dystopies en une phrase, on pourrait dire “et si… ?”, version scénario noir. Or dans le cinquième élément… Ben en fait, l’histoire pourrait absolument se passer aujourd’hui sans que ça change quoi que ce soit à l’histoire. Les voitures peuvent être au sol, Fhloston Paradise pourrait être un hôtel random aux Maldives ou en Polynésie… Reste les vaisseau spatiaux, certes, mais vu qu’ils ont débarqué en 1914 en début de film, ils auraient pu aussi débarquer en 97 (année de sortie du film). Reste la constitution de Leeloo… mais qui n’a pas grand sens au fond…

Polynésie

Du coup, si le cinquième élément décrit une société inégalitaire que Leeloo semble peu motivée à sauver (même si c’est manifestement les bombes atomiques balancées sur le Japon qui la choquent donc on reste sur ma remarque : ça aurait pu carrément se passer en 97), j’ai du mal à isoler de réels éléments dystopiques. On peut même y voir quelques étincelles d’espoir avec un Président Noir (en 97, c’était never seen before, comme on dit dans mon métier où on se la pète), la conquête spatiale… Bref, autant j’ai un souvenir plaisant du cinquième élément (et je refuse de le revoir), notamment sur son imagerie futuriste, autant… ben pour moi, la seule raison pour laquelle ça se passe dans le futur, c’est que Besson voulait se faire plaisir. Alors pourquoi pas mais pourquoi ? Normalement, placer un histoire dans le futur doit apporter quelque chose : une technologie qui n’existe pas encore et qui va avoir une incidence importante sur l’intrigue, une évolution de la société que l’on veut dénoncer… même avec humour, genre Idiocracy. C’est rigolo mais il reste un message. Là, c’est juste un décor.

La ville futuriste du cinquième élément

Du coup, est-ce qu’on peut à ce point se faire plaisir sans réellement chercher à faire passer un message ? Peut-on imaginer une histoire dans le futur juste parce qu’on a trop kiffé Retour vers le futur 2 sans chercher à donner une dimension politique quelconque ? Dans l’absolu oui… mais ça me gêne un peu. Même si ça reste un film qui m’a marquée à l’époque et qui m’a follement inspiré Technopolis, on ne va pas se mentir.

Affiche du film le cinquième élément

C’est marrant, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup plus de détails sur les immeubles sur l’affiche que dans le film

Ca mériterait un article à part, non ?

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Ravage de Barjavel, une madeleine au goût amer

Enfin, j’ai deux minutes à consacrer à ce blog, ouf. Et pour fêter ce “retour” mais aussi parce qu’on rentre en période de Noël, moment où raisonne en moi une douce nostalgie. Du coup, comme je reste dans ma logique des dystopies, je vais vous parler de la première dystopie à laquelle j’ai été confrontée (et non pas que j’ai lue, vous allez voir la nuance) : Ravage de Barjavel. Et sur le coup, j’ai pas aimé… du tout.

Ravage de Barjavel

On est con quand on a 14-15 ans, disait presque Rimbaud. Mon cul posé sur une chaise inconfortable, je découvrais avec mes camarades un extrait du roman sus-nommé, une histoire de viande autour d’une broche géante où l’on coupait une face régulièrement. Oui, moi aussi, ça me fait penser à un kebab. Donc nous lisions ça et nous étions un peu en mode “wuuuut ?”, ne nous sentant pas très intéressés par cette histoire de viande qui se reconstitue. Mais en grandissant, les goûts évoluent, la madeleine amère flatte soudain notre palais et nous remplit d’allégresse et de plaisir… Et ce fut pareil avec Ravage, que j’ai fini par lire après avoir été fortement encouragée à lire “La nuit des temps” de ce même Barjavel par mon cousin.

La nuit des temps de Barjavel

Donc Ravage, c’est quoi ? Une dystopie, évidemment, une dystopie qui critique la société récréative et surtout déconnectée de la nature et ça, gardez le en tête. L’histoire en bref : en 2052, François, un jeune “campagnard”, se rend sur Paris pour récupérer les résultats de son concours de chimie agricole, il en profite pour revoir son amie d’enfance, Blanche. François est d’ailleurs la personne qui mange la viande dont je vous parlais plus tôt. Blanche, elle, est happée par un tourbillon de glam’ et de paillettes, une carrière de mannequin-chanteuse se trace devant elle. On a ici un petit triangle amoureux : le producteur de Blanche est amoureux d’elle et décide d’évincer François en le faisant éliminer du concours. Mais chut, c’est le grand soir pour Blanche, elle va chanter à la télé. Alors qu’elle ouvre la bouche pour entamer son chant, l’électricité disparaît. Et c’est le chaos le plus total : la disparition de l’électricité déclenche des catastrophes en série (genre toutes les voitures volantes viennent gentiment s’écraser), les villes sont en feu. Les habitants, trop dépendants à l’alimentation chimique, dont la fameuse viande, se voient soudain dépourvus. Le feu se répand, la maladie aussi, François, Blanche et des gens qu’ils ont ramassés au passage, décide de migrer vers le sud, dans le village natal de François. Evidemment, l’épopée ne sera pas sans heurts, notre troupe faisant face à de nombreux dangers mais aussi la faim, la peur, et la folie. A la fin [saute au prochain paragraphe si tu ne veux pas savoir], François devient le patriarche d’une petite société naturaliste où le bonheur est assuré par ce retour à la nature. Mais le malheur n’est jamais très loin puisqu’un jeune garçon crée un petit moteur et suite à une altercation avec François le patriarche centenaire, le tue. Mais la petite communauté sera reprise en main par Paul, un disciple de François.

Paris dans Ravage de Barjavel

Ce qui m’avait marqué dans ce roman, c’était vraiment cette dichotomie entre la société électrique moderne qui brime les gens (à travers le personnage du producteur notamment) et le retour à la terre qui leur rend le bonheur. On est à nouveau ici dans cette idée que le progrès amollit les gens, comme disait Orwell, cette dystopie de l’abrutissement qu’on retrouve dans les oeuvres majeures du genre comme 1984, Fahrenheit 451 ou le meilleur des mondes mais aussi dans des oeuvres comme Albator ou Idiocracy. Un thème qui revient très (trop) régulièrement actuellement dans nos conversations à base de : la télé/Internet/les réseaux sociaux/le smartphone enferme les gens et les abrutit, discours qui m’agace toujours un peu dans la mesure où ce ne sont que des outils et que ce ne sont pas eux en soi qui abrutissent mais l’usage qu’on en fait. Grossièrement, je peux allumer ma télé pour regarder France 5 ou Arte ou Hanouna : même outil mais pas mêmes conséquences. Cependant ici, ce n’est pas tant le progrès que la déconnexion à la terre que Barjavel traite et quand on sait que le roman a été publié en 43, en plein régime de Vichy qui prônait justement ce retour au sources, on peut se poser des questions quant à l’orientation pétainiste de l’oeuvre. Rassurez-vous, l’Etat Français s’en prend pour son grade aussi.

BD tirée de Ravage de Barjavel

Il me faut à tout prix cette BD

Dernier point enfin et le plus important selon moi : la disparition de l’électricité n’est jamais expliquée. On sait qu’il y a une guerre en Amérique mais on ne sait pas avec certitude si c’est ce qui a déclenché la disparition de l’électricité. Et je trouve ça non seulement très cool mais aussi assez couillu. Dans nos oeuvres modernes (notamment au cinéma mais pas que), on nous explique tout jusqu’à ce que l’explication devienne presque plus insensée que l’événement d’origine. Par exemple dans Star Wars, dans la trilogie originale, le monde est régi par la force, c’est quelque chose qui existe et personne ne discute ça. Mais dans la 2e trilogie (épisodes 1,2 et 3, c’est putain de chiant à expliquer à chaque fois de quelle trilogie on parle), on vient nous mettre une couche de science là-dessus qui rend le truc bien trop concret pour coller avec la notion de force. Et c’est un peu là qu’on touche du doigt l’idiocracy, finalement : on ne laisse plus au spectateur des blancs à combler, tout est expliqué de A à Z. Viens, assieds-toi, on te prend par la main pour te raconte une histoire mais regarde bien là où on te dit de regarder, surtout, y a rien à voir sur les côtés. Bien sûr, ne pas tout expliquer ne doit pas être un prétexte à patauger dans l’incohérence mais laissez-nous juste un espace de rêve.

Imaginaire

Pour terminer, Barjavel évoque Ravage dans un autre roman, Le voyageur imprudent publié juste après la même année : un voyageur du temps se rend en 2052 pour comprendre ce qu’il s’est passé… et n’obtiendra aucune explication supplémentaire. A noter également qu’on retrouve quelques thèmes chers à Barjavel, notamment l’idée d’une guerre totale entre deux super forces (notamment La nuit des temps dont je parlais) mais aussi l’attaque un peu gratuite d’un Paris qui n’avait rien à voir dans l’histoire dans Une rose au paradis (qui reprend également l’idée d’un couple que l’on tente de sauver de l’apocalypse de la guerre qu’on retrouve dans La Nuit des temps). En fait, je crois qu’on touche ici à ce que j’aime le plus dans Barjavel : il réécrit peu ou prou la même histoire en changeant quelques paramètres… Et ça marche.

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The circle de James Ponsoldt : le futur est déjà là

L’avantage quand on prend l’avion, c’est qu’on peut se refaire un peu niveau culture ciné (je pars de très très loin). A peine me suis-je installée que je commence à fouiller dans le catalogue des films et je tombe sur The circle, film que j’avais moitié envie de voir. Moitié oui parce qu’il paraît que c’est une dystopie, moitié non parce que sur l’affiche, il avaient mis des avis issus de Twitter, laissant présager un film moisi… Mais The circle, c’est quoi ?

Affiche du film The circle avec Emma Watson et Tom Hanks

C’est juste un avatar des GAFA. Qu’est-ce que c’est que ça, le GAFA ? me demanderez-vous. C’est juste l’acronyme de Google Apple Facebook Amazon, les quatre géants de la Silicon Valley. Donc on suit la vie de Mae, fraîche jeune fille qui a une vie un peu moyenne avec un boulot de téléopératrice pas top, un père malade (sclérose en plaque, il me semble), un pote, Mercer, avec qui elle semble flirtouiller et voilà. Mais elle a aussi une super amie, Annie, qui lui décroche un entretien pour la société “Le Cercle”, elle décroche un poste d’assistance clientèle. Nous allons donc découvrir la société du Cercle à travers les yeux de Mae : le campus où ils vivent tous avec cours de yoga (ou doga parce que tu peux le pratiquer avec des chiens), les concerts avec le caméo le plus forcé de l’histoire puisqu’Annie et Mae font un tour au concert, Mae fait “waaaah, c’est Beck !”, elles y assistent trois secondes et elles repartent. Mais surtout, sur le campus du Cercle, il y a régulièrement des talks d’un des trois fondateurs, Eamon Bailey. Mmm, un mec qui parle sur scène simplement vêtu et qui parle de ses nouveautés, ça me rappelle vaguement quelqu’un… Mmmm… Bon, au départ, Mae est moyen emballée, elle se fait très gentiment sermonner car elle ne prend pas le temps de poster des news sur sa page sur l’intranet. Elle poste donc une photo d’un lustre réalisé par son pote Mercer avec des bois de rennes (mmm…) et le mec se fait aussitôt pourrir alors qu’il n’avait rien demandé à personne.

The circle, Emma Watson

On va donc suivre Mae dans sa plongée au coeur de ce système du Cercle. Suite au harcèlement dont il est victime, Mercer va sur le campus pourrir Mae qui, énervée, va voler un kayak pour en faire en pleine nuit (oui, la qualité première de Mae n’est pas tellement son intelligence), elle est prise dans une tempête mais elle est sauvée grâce à un nouveau gadget : une caméra miniature en forme de bille placée sur une des bouées de la crique où Mae faisait son kayak. Reconnaissante, elle accepte la proposition de Bailey de devenir transparente : porter en permanence une caméra sur elle et tout partager sur ses réseaux sociaux, une pub vivante pour le Cercle quoi. Elle s’y prête de bonne grâce mais cette transparence va lui coûter cher.

Emma Watson dans the circle

Alors déjà, je suis un peu gênée par le qualificatif de “dystopie”. Je n’ai pas lu le roman mais dans le film… c’est juste un pseudo thriller, c’est juste La firme (de ce que j’en sais, j’ai pas vu le film). C’est au mieux de l’anticipation avec quelques gadgets qui n’existent pas encore tout à fait (des drones viennent régulièrement filmer les gens de façon un peu gratuite) mais sinon… Oui, le Cercle peut être vue comme une société à part entière et le déroulé du film nous fait bien plonger dans une sorte de contre-utopie mais je n’ai pas réussi à adopter cette grille de lecture. Pour moi, ce film est juste une critique des GAFA. Et c’est là son plus grand défaut.

Emma Watson devient transparente dans the circle

Je ne suis pas une grande fan des GAFA, notamment dans tout ce qui est traitement des données personnelles qui est un vrai sujet. J’ai de plus en plus de mal avec les talks qui nous bombardent d’injonctions qui peuvent se résumer à “si tu veux, tu peux, si tu ne réussi pas, c’est de ta faute !”. Je suis toujours un peu plus dubitative sur la critique classique des réseaux sociaux qui nous poussent à nous exhiber toujours plus… Les réseaux sociaux sont avant tout un outil qu’on utilise comme on le souhaite. Oui, je suis encouragée à peu près tout le temps par Facebook à poster des trucs mais je le fais assez peu. Je ne me montre pas du tout sur mon Instagram, dans la mesure où j’ai choisi de prendre la parole sous pseudo. Mais même sur mes réseaux à mon vrai nom, je m’exhibe peu. Peut-être question d’âge, je sais pas. Mais je digresse car là, le souci du film, c’est qu’il nous donne tellement un coup de coude à chaque scène en mode “Hé, T’AS VU MES SOUS ENTENDUS ?” qu’à la fin, ça te pète une côte. J’ai compris ton message, sois un peu plus subtil, putain !

Emma Watson dans the circle

Quant à l’intrigue.. Je sais pas, en fait. On en est à un niveau de “je m’en fous de ce qu’il se passe”, très élevé. Ce film m’a tenu en haleine… j’ai attendu pendant deux heures qu’il se passe quelque chose, vraiment. On te fait croire par moment qu’il y a du danger, que Mae pourrait être menacée mais tellement pas.  Y a bien un ou deux rebondissements et un plot twist de fin (nul) mais en fait… y a pas de fin. Vraiment pas. Le générique de fin tombe et t’es là en mode “oui ? C’était quoi l’histoire du coup ?” En gros, je vous résume deux heures de film :”attention, faut pas trop tout poster sur les réseaux sociaux parce que c’est méchant des fois”. Voilà. Et pour ce magnifique message de prévention de 2h, on nous a mis Emma Watson qui semble galérer dans sa carrière, Tom Hanks qui est venu cachetonner à la cool (le mec ne se donne pas une seule minute), Bill Paxton (pour son dernier rôle, du coup), John Boyega qui a sans doute voulu ne pas se cantonner à Star Wars. Bref, si vous avez deux heures à perdre… Regardez autre chose.

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1984 : Big Brother is watching you

Quand j’ai décidé de parler de dystopie sur ces modestes pages, je me suis posé une question cruciale : était-il nécessaire de parler de classiques que tout le monde a déjà lus ? Il est probable que vous ayez lu 1984 au collège. Ce n’était pour ma part pas mon cas vu que j’avais le choix entre quatre dystopies (Ravage, Fahrenheit 451, le Meilleur des mondes et donc 1984) et j’avais choisi Bradbury parce que… j’en sais rien du tout. Je n’ai donc lu les trois autres qu’une fois adulte. Mais ne pas en parler dans une rubrique dystopie, ce serait un peu comme parler de space operas en ignorant Star Wars. Donc go.

Big Brother is watching you - 1984

L’histoire de 1984, vous la connaissez sans doute : en 1984 (soit 45 ans après la date de publication du roman), le monde est divisé en trois blocs (Oceania, Eurasia et Estasia), nés d’une guerre nucléaire datant des années 50. Ces trois blocs totalitaires se font perpétuellement la guerre, chacun suivant une idéologie somme toute similaire et se battent pour obtenir la domination de l’Antarctique. Dans ce chaos permanent, nous suivons le quotidien de Winston, employé au Ministère de la vérité à Londres où gère les archives et doit effacer de l’Histoire toute trace d’alliance avec l’Estasia. En le suivant, nous découvrons donc les mécanismes de cette société et notamment la surveillance de la population via les télécrans placés au centre du foyer qui servent à la fois de caméra de surveillance et de canal de diffusion de la propagande. Le hic, c’est que Winston n’est pas victime de l’amnésie générale vis à vis du passé et décide donc d’écrire ses souvenirs pour garder une trace de l’Histoire “non officielle”. Par peur d’être démasqué par la police de la pensée qui traquent tous les contestataires, il cache ses pensées à son entourage et se réfugie dans un recoin de son appartement qui n’est pas soumis au regard du télécran. L’Etat paternaliste est incarné par un visage d’homme d’âge moyen et moustachu “Big Brother” qui scrute les citoyens à travers les télécrans. A l’inverse, l’ennemi de l’Angsoc, l’idéologie dominante, est également incarné par un homme, Emmanuel Goldstein dont le visage est projeté quotidiennement pendant les “Deux Minutes de la haine”.

Les deux minutes de la haine - 1984

La surveillance n’est pas que politique puisque les moeurs sont également soumises à des règles strictes, la sensualité et l’amour étant vus d’un très mauvais oeil, il existe d’ailleurs une ligue anti-sexe à laquelle fait partie Julia, que Winston croise et qu’il déteste de prime abord car il la pense espionne de la pensée. Mais non, c’est une réfractaire comme lui et les deux vont se lancer dans une relation amoureuse clandestine. Leur amour les conduira à entrer en contact avec la résistance… qui n’est en fait qu’une émanation de l’Etat. Arrêtés, Winston et Julia se renieront l’un l’autre et Winston finira par épouser inconditionnellement l’idéologie Angsoc.

1984, le film

Déjà, rien que de résumer le livre est ardu et je ne vous ai pas encore parlé de la novlangue, ce dialecte épuré où le vocabulaire est réduit chaque jour un peu plus. Pourquoi ? En gros pour rendre les mots les plus courts possibles pour éviter qu’ils soient pensés avant d’être dit et d’éliminer tout les outils linguistiques permettant de dénoncer la politique du parti. Par ailleurs, la novlangue s’accompagne de quelques sentences paradoxales de type “la guerre, c’est la paix”, martelées à longueur de journée.

1984, pièce de théâtre

Bref la société de 1984 est l’annihilation de l’individu en tant qu’être penseur et sentimental. Le roman se lit hyper facilement et touche pas mal de thèmes qui font écho en moi, notamment la question de la “résistance” à une idéologie, un système politique, mais aussi le déclencheur, qu’est-ce qui te fait basculer dans la réelle résistance. Ici par exemple, si Winston est déjà sur le chemin de la réfraction de par son incapacité à assimiler l’amnésie collective, sa relation avec Julia sera l’accélérateur, ce qui le poussera de l’autre côté.

1984, Julia et Winston

Alors 1984, on en entend parler très régulièrement, je vous parlais d’ailleurs du slogan “Rappel : 1984 n’est pas censé être un manuel d’utilisation” (je vais m’en faire une pancarte, on a quelques petits rendez-vous en septembre) parce que… 68 ans après, on a la sensation de s’en rapprocher chaque jour un peu plus. Tellement que je ne sais même pas par quel bout prendre le truc. Commençons donc par le prisme de l’abrutissement des masses puisque c’était le thème annoncé sur cette série d’articles la semaine dernière. Ici, on n’est pas dans une idée aussi simpliste que dans Albator “les gens y font rien, ils regardent la télé, ils sont devenus cons”, c’est tout un système élaboré mis en place par l’Etat pour déposséder petit à petit les citoyens de tout outil de réflexion, leurs serinant à longueur de journée un discours prémâché. Et c’est là tout le terrifiant : on a d’un côté la bonne idéologie, la version officielle de l’Histoire, mais Big Brother cultive également son côté noir en mettant en scène un ennemi de la Nation et et animant de faux groupes de résistance pour cueillir les réfractaires qui souhaiteraient les rejoindre. Je pourrais écrire des dizaines de romans rien que sur cette idée. Et force est de constater que l’Ennemi est un ressort classique de nos politiques : on a eu les communistes, le FN, les terroristes (aujourd’hui islamistes, hier d’extrême-gauche, demain… je pense qu’on va pas tarder à revenir sur l’extrême-gauche), les dirigeants des pays X ou Y, la finance… ah non, ça, c’était juste un argument électoraliste. On a besoin de l’Ennemi pour fédérer.

Affiche anti communiste

Et alors qu’on nous fait peur aujourd’hui (j’écris cet article vendredi, Dieu seul sait ce qu’il se sera passé quand vous le lirez) sur une grande guerre qui s’annonce à l’Est entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, ce bouquin est terrifiant de réalisme. Surtout sur le point réécriture de l’histoire avec la grande tendance des faits alternatifs chers à l’Homme censé le plus puissant du monde mais aussi la surveillance de masse qui ne semble pas déranger plus que ça car c’est fait au nom de notre sécurité (“la liberté, c’est l’esclavage”) et même la novlangue, surtout en tant que start up nation où on frenglishe à mort sans que ça ait particulièrement du sens. Je sais de quoi je parle, je bosse dans le marketing, je jargonne tous les jours pour impressionner mon auditoire (et, tristement, ça marche). Par contre, sur la novlangue, je vous renvoie à un thread super intéressant croisé sur Twitter pour pas utiliser ce terme à tort et à travers.

jargon

Il manque ASAP

Jargon

1984 n’est pas un manuel d’instruction. Mais je crois qu’il est temps plus que jamais de le (re)lire, ça glace le sang. Moi, je vais essayer de me mater le film, tiens…

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Laissez les femmes vieillir

Lundi soir, j’ai fait comme tout le monde et suis allée voir Star Wars épisode VII*, à peu près vierge de spoils** mais j’avais noté que les internautes s’étaient moqués de la vieille Carrie Fisher. Ok, voyons… Ah, bravo, vous avez réveillé mon indignation féministe.

Carrie Fisher

Reprenons. Alors dans ce Star Wars, nous retrouvons Harrison Ford, Carrie Fischer et Mark Hamill. Ford arrive à l’écran, je me dis que le temps est un petit salopard. Même si, ok, il garde son charme et, à la limite, il a mieux vieilli que George Clooney dans la Bande annonce d’Ave Cesar des Frères Coen. Quand soudain, voici, Carrie Fisher et… Oh bah franchement, ça va. Oui, y a de la pâte d’oie (comme sur Ford), une peau relâchée (comme Ford) et une taille un peu épaissie mais franchement, elle le fait toujours. Surtout la scène où elle porte une robe, pardon mais elle pète la classe. Contrairement à Mark Hamill qui a très méchamment pris, comme on dit

Spoiler:
{(même si c’est un peu lié à son personnage, je suppose)}

Donc, que conclure à part : encore un coup de la société patriarcale qui nous impose un idéal féminin toujours plus inatteignable.

Princesse Leïa dans l'épisode 7 de Star Wars

Car voyez-vous, le problème, c’est que la femme n’a pas le droit de vieillir, particulièrement à Hollywood. Quand on refuse à Maggie Gyllenhaal un rôle car on la juge trop vieille (37 ans, sachant qu’elle était castée pour jouer la maîtresse d’un homme de 55 ans…), on commence à bien mesurer à quel point être une femme reste compliqué dans un métier d’image. Alors, il reste des solutions, hein, bien sûr, genre… la chirurgie esthétique. Après tout, regardez Nicole Kidman… Bon, ok, elle fait peur mais on lui donne pas son âge, hein….

Nicole Kidman botox et chirurgie

Car là est le drame de Carrie Fischer : elle est restée telle quelle. Oh mon Dieu des rides ! Oh mon Dieu une taille épaisse. MAIS QUELLE HORREUR DES CHEVEUX BLANCS ! Les commentaires n’avaient pas été plus charmants sur Diana Rigg, ex James Bond girl et surtout éternelle Emma Peel soit l’une des femmes les plus sexy du monde, lorsqu’on la découverte âgée et fripée dans Game of Thrones. Et que dire sur Brigitte Bardot ? Alors oui, elle dit beaucoup de trucs discutables, je dis pas mais non, elle n’a pas pris cher, elle a juste vieilli et ça nous arrivera tous. Ca fait mal le résultat sans botox et lifting ? Et bah commencez à économiser parce qu’on y passera tous. Et c’est une fille qui fait visiblement 10 ans de moins que son âge réel qui vous le dit.

Diana-Rigg-de-Chapeau-Melon-et-bottes-de-cuir-a-Game-of-Thrones

Mais voilà, la vieillesse féminine reste intolérable, bien plus que celle des hommes, c’est un fait indiscutable. Le style poivre et sel ? Super sur les hommes mais les femmes, eurk, elles se laissent aller dis donc… Idem sur les pâtes d’oies : sexy chez les hommes, inacceptable chez une femme. Même le bidon, c’est trop mignon chez les hommes alors que chez les femmes, ce sera sanctionné par un jet de pierres en plein dans le gras ! Et pourquoi ? Parce que dans notre société patriarcale, la femme reste avant tout associée à son rôle d’apparat : elle doit rester jeune, fine, lisse, belle. La maturité ? Non, on s’en branle, on va plutôt t’expliquer que les vieux décrépis préfèrent se taper des petites jeunes : ta beauté vaudra toujours plus que tout le reste, désolé.

Hugh Heffner et sa fiancée

Et c’est, en plus, un contresens total par rapport au personnage de Leïa. Elle n’est jamais présentée comme une belle et faible femme à secourir, non : c’est une femme forte, engagée politiquement, combattante. Le seul passage sexy la concernant (le fameux bikini) se termine quand même par Leïa terrassant un personnage immonde qui doit dépasser le quintal tranquille. Et c’est une constante dans l’univers Star Wars d’ailleurs : Padmé n’est vue comme une belle femme que dans sa romance avec Anakin : pour le reste, elle est avant tout une femme politique forte (encore) et elle ne brille pas de sexyness dans sa tenue officielle on va dire. Du coup, comment peut-on se dire fan de Star Wars, de son univers et se foutre de la gueule d’une actrice à cause de son physique… Le physique de son âge.

* Ah et pour mon avis sur le film car j’écrirai pas d’article dessus (parce que tout le monde en a parlé) : bon divertissement mais

Spoiler:
{ y a quelques soucis notamment le Dark Vador new gen’ qui est quand même pas mal en mousse.}

** Ma mère m’a quand même balancé

Spoiler:
{qu’un personnage mourrait et j’ai de suite compris qui c’était…}

Ma mère qui n’a jamais vu un Star Wars de sa vie m’a spoilée…

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Le questionnaire Libé du cinéma

Zem, le cinéaste qui ne doit pas m’aimer beaucoup (pour preuve, il m’a fait poireauter 15 mn dans un froid sibérien vendredi) m’a taguée sur un questionnaire ciné. Super, moi qui ne suis pas du tout cinéphile, on va pas pleurer.


Le film que vos parents vous ont empêché de voir ?

Terminator 2 au cinéma. Le film était interdit au moins de 12 ans, ça s’est joué à quelques mois près, je me souviens. J’avais QUASIMENT 12 ans mais mes parents n’ont rien voulu savoir. Pourtant, j’avais vu le 1 et pas mal de films d’horreur avec mes cousins avant. J’ai eu très peur de Simetierre, par exemple.

Une scène fétiche ou qui vous hante ?

Heu… Ca dépend des périodes, je dirais. Là, de suite, me vient en tête la fin de Star wars épisode 3, quand Anakin se fait couper les membres par Obiwan puis commence à brûler et devient Dark Vador. Je sais pas pourquoi celle là me vient en tête en premier

Vous dirigez un remake : lequel ?

Le Mépris, peut-être ou la trilogie Matrix, tiens. Parce que l’idée de base est top mais le résultat… Ou ExiStenZ (je ne sais pas placer les majuscules) car idem, idée top mais l’actrice principale me sortait par les yeux.

Le film que vous avez le plus vu ?

Sans doute la cité de la peur, même pas forcément volontairement mais ce film est tellement multidiffusé…  Et le pire, c’est que ça me fait toujours rire. Mais je re-regarde rarement des films.

Qui ou qu’est-ce qui vous fait rire ?

Je suis globalement très bon public mais au cinéma beaucoup moins. Je déteste les gags 3 tonnes hyper prévisibles ou il faut que je sois très fatiguée pour rigoler. Des films comme Scary Movie et co, c’est juste quand je suis épuisée et que je peux me rouler par terre de rire sur une blague de Paf le chien. Sinon, je suis assez fan de l’humour un peu surréaliste et des bons jeux de mots.

Votre vie devient un biopic…

Ils ont intérêt à bien choisir l’actrice qui me jouera ! S’ils prennent une nana de seconde zone, ça voudra dire que ma vie est cheap.

Le cinéaste absolu ?

Je suis nulle en cinéma, je ne connais que très peu de réalisateurs donc on va dire David Lynch pour Mullholland Drive (paie ton originalité)

Le film que vous êtes le seul à connaître ?

Les téléfilms allemands qui passaient tard sur m6 à une époque, ça compte ou pas ? Je suis très forte en téléfilm, j’ai tout appris pendant mon chômage.

Une citation de dialogue que vous connaissez par cœur ?

La cité de la peur, les bronzés font du ski, le père noël est une ordure (version pièce de théâtre), les classiques en somme.

L’acteur que vous auriez aimé être ?

Heu… George Clooney parce qu’on a la fois faire l’ado attardé et se préoccuper des enfants du Darfour. Au moins que la célébrité serve à quelque chose

Et l’actrice ?

Kate Winslet comme ça, j’ai un mari qui me fait un bon petit film et je gagne un oscar. C’est assez sympa le travail en famille même si faire semblant de se mélanger avec Leo Di Caprio devant mon légitime, ça doit être assez étrange

Le dernier film que vous avez vu ? Avec qui ? C’était comment ?

Capitalism : a love story de Michael Moore vendredi soir avec Zem, justement. Ce n’est pas vraiment un film mais c’est le dernier que je suis allée voir au cinéma. C’est difficile à définir, c’était bien, oui, mais c’est un film qui mérite réflexion, qui soulève des questions. Même si on peut reprocher à Moore de tomber parfois dans la facilité, y a quand même des choses qui font un peu réfléchir.

Un livre que vous adorez, mais impossible à adapter ?

Les livres que j’adore peuvent tous être adaptés, il me semble, reste à voir s’il est possible de bien l’adapter ou non. On va dire « Moi et lui » de Moravia, l’histoire d’un homme obnubilé et guidé par son gros pénis, difficile de le montrer  à l’écran.

Quelque chose que vous ne supportez pas dans un film ?

La facilité. Je déteste deviner ce qu’il va se passer avant que cela se passe, j’ai besoin d’être surprise. Je déteste les scénarii bâclés ou inexistants, les films qui ne servent qu’à montrer des tas d’effets spéciaux mais qui ne contient aucune histoire. Bref, si pendant la projection, je ne suis pas surprise, le film va aller direct dans ma liste navets.

Le cinéma disparaît. Une épitaphe ?

« Le prix du billet m’a tuer ». Ben ouais, je ne vais pas suffisamment au ciné pour prendre une carte d’abonnement et à 10 € la séance… Ben non.

Voilà, je suis censée faire suivre ce questionnaire, j’ai un peu envie de le céder à Vicky qui se fout présentement de moi sur MSN à cause justement de ma difficulté à répondre à ce questionnaire. Ca lui apprendra.

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Louis

Sur Meetic, les photos tardent à être publié, il faut compter environ deux jours pour trouver sa photo sur son profil, à moins de payer. Etant étudiante, je n’avais aucune envie de donner des sous pour que mes photos soient en ligne plus rapidement d’autant que, au départ, je pensais sincèrement que l’aventure tournerait court. Les premiers jours, je m’amusais donc à visiter pleins de profils et à sélectionner des tas de gars, cachée derrière l’icône type que nous attribue meetic quand nous n’avons pas de photos (un œil, en fait, comme c’est sensuel).
 
Une fois ma photo validée, comme je n’avais pas choisi la plus moche, les visites et les flashs se sont multipliés.
Pour mes « recherches », je me suis d’abord limitée à ma ville, la région attendra. Je fais un peu ma sélection, je visite notamment la page d’un jeune homme que je ne sélectionne pas et flashe encore moins (ça, je ne le fais en général qu’après la rencontre, j’avance à couvert…). Le soir où mes photos sont publiées, je reçois un chat de sa part, j’essaie de répondre mais, comme d’habitude, ça ne fonctionne pas donc je lui envoie mon identifiant MSN et nous partons à chatter là-dessus. Il se prénomme Louis, il me bombarde de photos de lui, de sa moto, de sa future nièce, de son futur chat… En fait, je l’ai trouvé très touchant car, lors de notre second chat, il m’envoyait des photos de chats en train de venir au monde tout en se réjouissant du fait qu’il pourrait en récupérer un.
 
On chatte une semaine avant de se rencontrer, notre sujet de prédilection fut de commenter ce qui passait à la télé puisque nous regardions souvent le même programme. A partir du moment où nous avons fixé notre premier rendez-vous (la veille de l’ascension, pour ne pas avoir à se lever le lendemain), la conversation a pris un tour plus coquin tout en restant relativement soft. La veille de notre rencontre, puisqu’il était convenu que Louis viendrait dormir chez moi, nous avons eu une conversation assez hallucinante sur ce qu’il devait amener à la maison ou pas (« des serviettes de toilette, j’en ai de trop mais je n’ai pas de produit pour tes lentilles, vu que je n’en ai pas ! »)… Ca m’a rappelé ma tendre enfance, quand j’invitais des copines à dormir à la maison. Mais quelque part, ce fut troublant : c’était la première fois que je planifiais ce genre de nuit coquine ! Mais, en même temps, c’était excitant.
 
Le lendemain, le jour X, il passe me prendre directement chez moi pour qu’on aille au restaurant et il arrive dix minutes en avance. J’avoue que je ne suis pas habituée du tout aux hommes ponctuels, je suis toujours tombée sur des retardataires, jusque là, donc je n’étais pas tout à fait prête.
 
Il y a toujours un moment angoissant dans ce genre d’aventure : le moment où l’on se découvre physiquement. Est-il aussi bien que sur sa photo ? Ne va-t-il pas être déçu par la version réelle de ma personne ? Eternelles questions qui reviennent à chaque rencontre. Donc, le voilà derrière ma porte, il est temps d’ouvrir… Fin du suspense, nous nous retrouvons enfin face à face. Bon, il ne ressemble finalement à aucun de ses photos mais il est quand même assez charmant, il a d’immenses yeux bleus qui me scrutent de la tête aux pieds. C’est le jeu, après tout.
 
J’enfile ma ceinture toujours sur le regard appuyé du jeune homme et nous voilà partis pour le restaurant, un moment assez pénible, en fin de compte. La cuisine n’est absolument pas en cause mais mon prétendant n’a pas vraiment de conversation donc les blancs s’enchaînent et, à la fin, je ne fais plus l’effort d’entretenir un semblant de discussion. A 21 heures, nous voilà hors du restaurant et nous retournons tranquillement chez moi pour regarder une vidéo, à savoir « les indestructibles » de Disney, une séance hautement érotique, donc. Au moins, devant le film, on n’a pas besoin de faire semblant d’avoir des choses à se dire. Au fur et à mesure, on se rapproche un petit peu, bras contre bras, jambes contre jambes. Mon sens de l’autodérision me pousse à sourire de la situation, j’ai l’impression que nous sommes deux adolescents au cinéma, attendant impatiemment que l’autre fasse le premier pas. Finalement, c’est lui qui agit, sans doute car il connaissait déjà le film. Je commence à sentir ses doigts gratouiller gentiment mon bras, je prends son geste comme une invitation, à raison d’ailleurs. Nos lèvres s’effleurent et c’est parti pour une étrange séance d’embrassades que j’ai un peu de mal à maîtriser. En fait, Louis a une façon assez bizarre d’embrasser, sa langue fait de minuscules incursions dans ma bouche avant de se retirer, j’ai quelques difficultés à attraper le rythme. Le film continue à passer mais on n’y fait plus attention.
 
La nuit fut douce et câline, il est très demandeur de câlins, on s’endort dans les bras l’un de l’autre, c’est agréable et ça me fait oublier le calamiteux début de soirée. Le lendemain, il reste chez moi jusqu’à 16 heures, il pioche dans ma collection de mangas tandis que j’avance dans la lecture de mon roman, toujours aucune communication mais, étrangement, ça me dérange moins. Après le déjeuner, je me blottis contre lui pour regarder la télé…et je m’endors. Je suis assez coutumière du fait. Avec mon ancien petit ami, j’avais cette mauvaise habitude de m’endormir alors qu’on regardait un film et je ratais pas mal de scènes importantes, je ne comprenais plus rien. En même temps, si je m’endormais, c’est que le film n’en valait pas la peine.
 
Il finit donc par quitter mon appartement vers 16 heures en me donnant rendez-vous sur le chat le soir même mais, même sur Internet, la conversation est toujours aussi laborieuse mais je me suis faite une raison : il n’est pas bavard, je ne vais pas le forcer à me sortir de longues tirades.
 
Suite à ça, j’essaie de le recontacter pour qu’on se voit mais il a toujours mieux à faire. Légèrement agacée, je lui demande si il pense qu’on se reverra et, ô surprise, il me répond : « oui, sans doute. ». Bien ! Apparemment, il a été très satisfait de notre folle nuit, j’avoue que j’en suis un peu flattée, même s’il m’a avoué que je n’étais pas précisément son style de fille.
 
A partir de là, je ne le relance plus, occupée ailleurs. Ceci étant, on se parle toujours, il me demande de mes nouvelles, on se tient vaguement au courant de nos vies. C’est amusant de voir à quel point le dicton se vérifie : « je te suis, tu me fuis, je te fuis, tu me suis ». A partir du moment où je ne l’ai plus sollicité, c’est lui qui est revenu à moi jusqu’au jour où il me propose d’aller au cinéma, ce que je m’empresse d’accepter. Ce n’est pas tant que j’avais une folle envie de remettre le couvert avec lui (bien que je garde un très bon souvenir de nos ébats), mais je mourrais d’envie d’aller voir ce film, en l’occurrence Star Wars III, et je n’aime pas aller au cinéma toute seule.
 
Je lui file donc rencard le mercredi, vu que j’avais deux rendez-vous meetic le lundi et le mardi, dont celui avec Julien. Le jour J, le voici donc qui arrive chez moi, toujours en avance. C’est fou, ce doit être le seul individu à pénis qui est équipé d’une montre… Non parce que si on considère mon individu à pénis de référence, Gauthier, on comprend que je sois étonnée par un mec ponctuel. Au moment où il arrive, j’étais en train de rattraper mon chat dans le couloir donc je lui ouvre et ne lui fais ni la bise, ni ne l’embrasse… En fait, je ne savais pas trop ce que j’étais censée faire : nous ne sortons pas ensemble mais dans la mesure où il a exploré mon intimité, dois-je me contacter de lui faire la bise ou un contact linguistique serait plus approprié ? Avec Benoît, on s’embrasse à chaque fois mais, lui, c’est différent, il ne vient me voir que pour me sauter, pas pour aller au cinéma…
 
Il rentre donc chez moi et il s’installe sur mon canapé, tranquille, et reprend sa lecture de mangas tandis que je fais la cuisine, la conversation se limite à des banalités genre « ça va ? Oui, et toi ? ». En même temps, c’était le lendemain de ma rencontre avec Julien et j’étais en pleine réflexion, je n’avais pas envie de parler. Une fois le repas prêt, on mange en silence devant les infos puis on commence à regarder Clara Sheller, je lui explique rapidement l’histoire, mais nous n’avons pas le temps d’admirer cette œuvre française, nous repartons chez lui pour récupérer sa moto et foncer au cinéma.
 
Ici est le départ d’une grande aventure. En effet, j’ai passé 25 ans de ma vie sans poser mes royales fesses sur une moto donc je pressentais le pire… Pourtant, j’étais sortie avec un motard, dans le temps, mais il avait crashé sa moto et n’avait pas d’argent pour la réparer, donc… Bref, je découvre au passage son appartement et je comprends pourquoi il était plus simple de faire des folies de nos corps chez moi : outre la taille de l’appartement, 20 mètres carrés et un bordel indescriptible, son lit est situé en mezzanine. Donc pour s’envoyer en l’air, vous êtes priés de pratiquer le missionnaire, tout autre position étant soit impossible, soit fortement déconseillée (franchement, se fracasser le crâne pendant un coït endiablé, ça vous casse une ambiance…).
 
On récupère casques et gants, l’engin sur lequel je me hisse avec peine (ma souplesse n’est pas en cause : comment voulez vous que j’arrive à faire quoi que ce soit avec un casque intégral ? Je n’y voyais rien !) et c’est parti ! Comme je lui avais avoué ma virginité en moto, il m’avait expliqué comment se comporter, j’ai été très appliquée. J’avoue que cette expérience m’a beaucoup plu et je suis ravie de savoir que mon futur plan brouette (Cédric, j’en parlerai quand ce sera fait) est un motard et qu’il doit me promener sur cet engin-là. En fait, j’ai toujours aimé la vitesse même si, sur la route, je ne me suis jamais prise pour Fangio… Oui, évidemment, ma voiture était une Clio premier modèle mais tout de même…Sur la moto, on ressent très bien la vitesse, c’est vraiment grisant… Cuisses contre cuisses, mes bras autour de sa taille, le vent qui caresse mon casque… C’est hautement érotique, tout ça !
 
Nous arrivons sans encombre au cinéma mais la séance précédente n’est pas terminée donc il me questionne un peu sur mes aventures meetic, ce qui me dérange un peu. Bien que nous ayons partagé une folle nuit ensemble, j’ai du mal à le considérer comme un confident et je lui réponds très évasivement, il en fait autant. Heureusement, il est temps d’entrer dans la salle et la conversation s’arrête là.
 
Une fois le film terminé, on repart en moto, ce qui nous empêche de commenter quoi que ce soit. Devant chez moi, on s’embrasse de façon assez torride pour se dire au revoir (j’avais oublié qu’il embrassait bizarrement), chacun dormira dans son lit, cette nuit. Depuis, il continue à venir me parler. Un soir, alors que je ruminais des idées noires, il vient discuter, m’expliquant qu’il était avec deux amis. Déchaînée, je m’amuse à lui proposer que tout ce petit monde vienne chez moi pour une folle partie à 4, il entre dans mon jeu… Le plan à 4 est compromis car l’un des participants ne veut pas faire de cochonneries en groupe, l’autre est allergique au chat… Nous rigolons puis la conversation s’arrête. Quelques temps plus tard, je vois qu’un nouveau contact m’a ajouté dans sa liste MSN. Louis m’ayant dit qu’un de ses amis avait attrapé mon pseudo, je lui demande si la personne qui m’a rajouté est bien son ami. En effet, étant blonde naturellement, j’avais eu la grande idée d’utiliser mon pseudo MSN pour meetic donc je recevais de nombreuses invitations que je refusais toujours… En fait, la première fois que ça m’est arrivé, je pensais qu’il s’agissait de quelqu’un à qui j’avais effectivement donné mon adresse et je suis tombé sur un lourd… Je lui demande et là, réponse : « oui, en fait, je suis l’ami de Louis, il est parti aux toilettes »(merci de préciser…). Et voici le jeune homme qui commence à me parler. Je découvre qu’il ne sait absolument rien sur moi, si ce n’est : « tu es mignonne et tu n’habites pas loin »… Je me demande ce que Louis a dû dire sur moi pour que ce jeune homme se jette virtuellement sur moi… Je sais qu’il leur a montré des photos de ma personne mais a-t-il raconté nos brouettes ? En attendant, je sympathise avec Aurélien et, maintenant, je suis dans une situation bizarre : Louis me casse souvent Aurélien sans pour autant me déconseiller franchement de coucher avec lui (de toute façon, je fais ce que je veux et je ne suis pas sûre qu’il se passera quelque chose avec lui). Je ne sais pas si j’ai très envie d’être la fille que l’on se passe de pote en pote…
 
Cette semaine, Louis est un peu revenu dans mon paysage, j’avais besoin de ses services, en fait. En effet, je me suis pris un vent magistral avec Julien, le week-end dernier, mon catsitter attitré. Déjà, je narre mes malheurs à Louis sur MSN et ce charmant garçon décide de me remonter le moral en m’assénant une phrase pleine de poésie et d’amour : « Pourtant, tu es un bon coup ! ». Bon, mon ego devrait s’extasier de cette déclaration (bien que je n’ai jamais eu de doutes sur ce point…) mais il faudrait que les hommes comprennent que sous mon opulente et appétissante poitrine, un petit cœur bat. Ayant perdu mon catsitter officiel, je demande à Louis s’il peut le remplacer et il accepte. Voilà une bonne épine enlevée de mon pied, ô joie !
 
Avant de repartir dans ma province, je passe donc chez lui pour lui amener un double de mes clés. Il s’est laissé pousser la barbe et ça lui va bien, ça le vieillit un peu, je trouve. On se fait la bise, cette fois-ci, on discute quelques minutes, il a parfois tendance à me regarder droit dans les fesses (quelle idée !), ce qui me trouble un peu mais je n’ai pas le temps de m’attarder, j’ai un rendez-vous avec une collègue de mon ancien stage. En tout cas, une chose est sûre : je trouve ce garçon sympathique, il est gentil malgré sa maladresse et s’il est tenté pour une nouvelle nuit blanche en ma compagnie, j’accepterai avec grand plaisir…
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