Que c’’est indécent !

La vie est une chose vraiment curieuse. En ce moment, je ne cesse de m’émerveiller sur les surprises qu’elle me fait. Enfin, mon ange gardien s’est réveillé et là, il se fait pardonner des looses subies depuis octobre. Après 6 mois de sales coups, là, je cumule les coups de chance.

 

Donc, il y a trois semaines, je commençais un CDD et j’en étais plutôt contente. Un boulot dans le journalisme, c’était rêvé. Mais voilà, au bout d’une semaine et demi, je retrouve mes vieilles angoisses : après, je fais quoi ? On arrive au mois de mai, c’est bientôt les vacances DONC les DRH s’en foutent de ma candidature, ils verront ça plus tard. Dois-je griller ma super idée de candidature maintenant ou attendre septembre ? Et je fais quoi en attendant ? Je commence à me dire que je vais faire de l’interim en attendant septembre de pouvoir me réinscrire à la fac et faire des stages au besoin. Mais m’inscrire en quoi ? Maman, au secours, je suis perdue ! Donc, je commence à emmerder ma sœur : faut qu’on se voie, faut qu’on mette un plan sur pied. Oui, j’ai promue ma sœur « agent de la Nina ».

Jeudi, avant dernier jour de travail, je fais tranquillement mon boulot en vérifiant de temps en temps mes mails. Là, je vois un mail d’un dénommé Simon Jospin intitulé : « stage, urgent », en gros. Je jette un œil, le CV des gens avec qui je vais travailler me pousse à répondre de suite : CELSA, HEC, Science Po (Paris), oh pinaise ! Je VEUX ce stage. Donc je réponds aussi sec : « je suis disponible à partir de demain mais attention à la convention de stage, j’en ai pas ». Une heure plus tard, Simon me remercie de ma réponse rapide et me dit qu’il me recontacte dès que possible.

Le lendemain, alors que je commençais à désespérer, « tititit », mon téléphone sonne, un numéro que je ne connais pas. C’est mon ami Simon ! Il veut me voir de suite, il me propose un entretien samedi mais je refuse : je préfère passer ma journée avec Alex. Donc rendez-vous est pris pour lundi. Lundi matin, téléphone : Simon m’annonce que le rendez-vous est avancé de 30 mn et que je ne le verrai pas puisqu’il travaille (il est avocat). J’aurai donc rendez-vous avec Michel et Karima, deux autres membres de l’association. Comme j’étais prête, cette petite demi-heure ne me gêne pas. J’enfile mon tailleur (oui, j’aime bien mettre des tailleurs donc j’en profite), mes chaussures à talons (là, j’aime moins) et c’est parti. Je trouve le lieu sans trop de problème, j’appelle Michel qui m’introduit dans un appartement, il me présente Karima. Bon, désolée de faire de la discrimination physique mais ces deux là ont une bonne bouille, ce doit être de jeunes trentenaires qui ont l’air d’avoir 25 ans à tout casser. D’ailleurs, à la fin de l’entretien, quand je parle des difficultés que je peux rencontrer à cause de ma tête de Bisounours (disons qu’on me prend toujours pour la petite stagiaire de 20 ans) et Michel me fait : « Ah ben, on a le même problème ! ».

Première phase : qui sont-ils ? Une association qui sera créée dans les prochains jours mise en place par des gens brillants. Leur mission en gros : aider les jeunes à se faire une place dans les milieux politique, économiques et syndicaux. Donc ma mission : une revue de presse quotidienne sur le sujet, faire du lobbying auprès des partis, entreprises et syndicaux, s’entretenir avec des universitaires sur le sujet… Dans mes yeux, des étoiles s’allument. Je vois mon carnet d’adresse qui se remplit. Je vois une envie de m’investir. Je vois des articles passionnants. Je vois des rencontres avec des gens hautement cultivés et intéressants. Ok, c’est vendu, je veux être prise.

Deuxième phase : qui suis-je ? Ah, partie que je commence à maîtriser. Je balance mon press book qui impressionne toujours un peu (oui, en trois ou quatre ans, j’ai multiplié les expériences mais je dois le refaire). J’explique que je suis une grande curieuse qui adore découvrir de nouveaux horizons, d’où mon CV assez particulier (en gros : du sport, du local, du féminin, des relations internationales, de l’universitaire…) mais je détaille. Je suis trop jeune pour m’enfermer dans un style et j’adore m’attaquer à de nouveaux domaines. J’ai une grande capacité d’adaptation et je suis opiniâtre, ça tombe bien. Rien ne me fait peur. Karima m’explique que je dois gérer la rédaction ET la communication, faire la journaliste et l’attachée de presse. Là, grand sourire : « oui, en temps normal, journalistes et attachées de presse ne s’aiment pas. Moi, au contraire, ça me plaît de coiffer plusieurs casquettes. Au niveau de l’expérience, c’est idéal. » Bon, j’avoue, je suis super motivée donc c’est facile de rebondir sur tout ce qu’on me dit pour m’exclamer : « ah ouais, super, je veux ! ». Bon, il y a le petit souci de la non-convention de stage mais on verra. J’explique que je comprends leur démarche : j’ai des amis dans la politique, j’ai connu les syndicats étudiants et à peine sortie de là, j’ai découvert le monde du chômage. J’ai fait un tabac, d’ailleurs, avec la phrase : « J’ai quitté le monde universitaire pour entrer dans celui du chômage », ça les a fait mourir de rire. Comme je suis trop drôle comme fille, je le fais même pas exprès.

Phase trois, la plus surprenante. Mes deux nouveaux amis me disent :

« Maintenant, on va te laisser cinq, dix minutes pour préparer une interview de Michel.

Oui mais sur quel sujet ?

Ben, sur l’association. Mais tu dois faire une interview négative, genre notre association ne sert à rien. Fais ton Fogiel ».

Donc me voilà seule pendant dix minutes et je me prépare à faire ma chienne. En gros, je passe en mode : les jeunes ne sont que des sauvageons qui pètent tout, qui en ont rien à foutre de la politique, de toute façon, et dès qu’on leur propose des solutions pour trouver du boulot (CPE), ils crachent dessus. Nina, odieuse journaliste réac, c’est moi. L’interview commence mais soudain, le ou la candidate suivante appelle donc Michel nous abandonne quelques minutes et Karima me fait :

« Mais tu écris quoi, là ?
Ben, les réponses qu’il me donne.
Ah bon, tu notes tout ?
– Ben oui, on me dit de faire une interview, je le fais à fond. »

Bon, bref, fin de l’interview, on en parle un peu. Michel maîtrise parfaitement bien son discours et me renvoie tous mes arguments à la figure sans la moindre agressivité. Les propos sont simples et cohérents, j’apprends pas mal de choses sur leurs objectifs et l’association, ça me rassure. Le but n’est pas de foutre les vieux dehors mais de permettre aux jeunes d’avoir une représentation équivalente à leur poids dans la société. Je dis :

« Oui, enfin, les questions que j’ai posées doivent être assez classiques.

Ah non, non, pas du tout, certaines ont été très surprenantes ! »

Bon, j’ai essayé de mettre au max des références d’actualité pour montrer que j’avais un peu de culture.

On se sépare là, Michel m’explique qu’ils m’appelleront mercredi pour me donner la réponse car je ne suis pas la seule sur les rangs, une autre personne attend d’ailleurs dans la pièce voisine. Merde, je croyais être la seule sur les rangs. Je pars, plutôt satisfaite de moi-même. Même si j’ai un peu peur de ma non convention de stage, je l’avoue.

Mercredi, 13h, téléphone sonne. C’est Alexandre : « t’as pas de nouvelles ? ». Bah non. 15h30, pas de nouvelles, pas de mails. 16h, toujours rien, c’est le désert. Enfin, le téléphone sonne, je sais que c’est Michel mais mon téléphone refuse de fonctionner. Enfin, on arrive à communiquer et là, il m’annonce la nouvelle : « on voudrait que vous rejoigniez nos rangs ! ». Yes !! En résumé : j’ai été la meilleure. Aujourd’hui, premier déjeuner avec mes nouveaux collègues, j’ai hâte. Je suis extrêmement motivée, ce stage est une chance en or. Je commence de suite et ce jusqu’en septembre, je serai payée 300 euros par mois. C’est pas énorme mais entre un boulot rémunéré n’ayant aucun rapport avec mon métier et ce stage, il n’y avait même pas à hésiter.

Depuis toujours, j’ai pu compter sur ma bonne étoile. Elle avait un peu disparu pendant 6 mois mais là, elle brille à nouveau : vie pro, vie privée, tout me sourit. Bon, il y a une petite ombre au tableau puisque le médecin a confirmé que ma mère avait un lupus mais c’est la forme bénigne de la maladie. Normalement, avec les médicaments, ça ira. Elle a également un accident en sortant de la clinique où elle venait d’apprendre le diagnostic mais seule la portière a morflé (et le malus, aussi, ça fait le deuxième accident en un mois où elle est totalement en faute). Rien de grave, en somme mais quelque part, ces ombres me rassurent un peu. Tant de bonheur, c’est limite indécent.

 
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Paris vs province

Aujourd’hui, je ne parlerai pas de sexe, désolée pour les obsédés. Non, en ce jour, je vais parler boulot et surtout études.
 

L’autre jour, je parlais avec ma sœur sur MSN, nous causions boulot, pour changer. Oui, Alice et moi adorons nous faire du mal en pleurant sur nos diplômes provinciaux qui n’ouvrent aucune porte. Regardons un instant mon CV : un bac littéraire (avec mention, siou plaît !), une maîtrise d’histoire (toujours avec mention), une maîtrise de science po (idem) et un master de journalisme (toujours pareil). Bon, on ne peut pas dire que je sois une bille en études. Bon, évidemment, un diplôme en soit ne veut rien dire. Par exemple, en science po, il suffisait d’étudier pour réussir, rien d’insurmontable. De même en journalisme : on a tous cartonnés en modules techniques et les cours, il suffisait à peu près de recracher, sauf quelques rares exceptions. Mais tout ça pour dire que les formations que j’ai suivies, je les ai réussies avec brio. Et pourtant, chômage. A côté, prenons un étudiant d’une école de journalisme de Paris non reconnue par la profession parce que, faut dire ce qui est, certaines sont profondément merdiques. Par exemple, en tant que chef de rubrique sur un webzine, je dois gérer plusieurs pigistes. L’un d’eux, en deuxième année d’ISCOM me rendait chaque mois des petites brèves insolites, soit. Un soir, alors que je montais sur dreamweaver ce qu’il m’avait rendu, quelque chose me turlupine. J’ai déjà lu ces articles. Un petit tour sur le net et mon sang se glace : ça fait trois mois que ce con me rend des copier/coller de dépêches AFP ! J’en informe de suite le directeur de publication qui refuse donc de publier la prose copiée du jeune homme. Oui, sans être une pro du droit d’auteur, je sais qu’on n’a pas le droit de copier un texte qui n’est pas de nous et le signer de notre nom !

 

Agacée, j’envoie donc un mail au jeune homme, insistant sur les retombées dramatiques qu’il y aurait pu y avoir si quelqu’un s’en était rendu compte. Et là, le mec me répond : « ah mais je savais pas, tu ne me l’avais pas dit ! ». Non mais je rêve ! Ce mec suit des études d’info/comm dans une école à 4500 euros l’année minimum et il ne sait même pas ça ? C’est moi, pauvre étudiante en journalisme qui doit lui apprendre les règles de base ? Et pourtant, quand un employeur verra nos deux CV, il aura plus de chance d’être pris que moi car lui, il a fait une école parisienne.

 

Le problème ne touche pas que le journalisme. Ma sœur a fait commerce : 3 ans dans une école de gestion et de commerce dans notre ville natale où elle a fini major de sa promo, deux ans d’ESC à Toulouse. Bon, vous le savez peut-être pas mais un ESC, ce n’est pas de la merde. Il faut savoir que ma sœur a été reçue à TOUS les oraux des ESC qu’elle a présentée et a été admise à TOUS les oraux qu’elle a présenté sauf un (oui, pour elle, le négationnisme, c’était le fait de nier tout, elle n’avait pas fait de lien du tout avec l’Histoire donc bon). Et ma sœur qui n’est pas la moitié d’une abrutie n’aura pas un poste si elle se retrouve face à un mec qui sort d’une école équivalente mais parisienne.

 

Et là, je hurle mon indignation. Bon, la France est un pays globalement mal décentralisé, je ne le découvre pas aujourd’hui. Mais si les diplômes de province ne valent rien, autant fermer tous les établissements là-bas. Au nom de quoi une école parisienne vaudrait-elle mieux qu’une école provinciale ? Surtout qu’à Paris, des écoles de merde, il y en a, notamment en journalisme puisque c’est la filière que je connais la mieux. Serai-je toujours à la masse car mes parents n’ont pas eu le bon goût de me faire naître à Paris ? Ne trouverai-je que des postes minables parce que je n’ai pas eu mon bac à Henri IV et que je n’ai pas fait science po Paris ?

 

Au-delà du problème du diplôme, y a le problème du réseau. En février, je suis allée dîner avec Clara et un de nos camarades de promo qui continue joyeusement ses études plutôt que de chercher du boulot (si moi je suis surdiplômée, lui, je me demande ce qu’il est…). Et nous voilà à chouiner : « ben tu vois, un élève de telle école-de-merde (je suis généreuse, je cite pas), il trouvera plus facilement du boulot que nous parce que lui, au moins, il a un réseau. » Le mot est lâché : réseau ! Si je regarde dans mon carnet d’adresse, c’est pas brillant, il ne fourmille pas de journalistes parisiens, loin de là. Sur mon CV, une seule expérience significative s’est déroulée sur Paris et pas dans un grand journal. C’est ça qui me tue tout. Parce que, mine de rien, les journaux omettent souvent de passer des annonces pour recruter ou le font quand le poste est quasiment déjà pourvu, pour être en accord avec la loi. Or, moi, je ne connais personne qui m’appellera pour me proposer un poste vacant. Les candidatures spontanées ? Ah, ça, le « on garde votre CV en archives », je l’ai entendu mais si un petit journaliste chômeur connaît quelqu’un dans la rédaction, il passera toujours devant moi, même s’il sort d’école-de-merde et qu’il n’a fait qu’un stage à « Salut » ou « OK podium ».

 

Nous sommes bientôt au mois d’avril et là, je dois prendre une décision. Je suis incapable de savoir ce qui est le mieux pour moi donc tous les conseils que vous pourrez me donner sur le sujet seront les bienvenus. Et le thème est : « dois-je reprendre mes études ? ». En fait, l’IPJ (Institut Pratique de Journalisme) reconnu par l’Etat propose deux diplômes qui peuvent m’intéresser : le diplôme de l’école (on est pris sur dossier) et le master pro de journalisme (concours). Si je choisis le premier, j’ai encore le temps de décider mais pour le second, faut que je m’active : on révise pas un concours trois jours avant. Guillaume II m’a posé une bonne question : « mais tu vas apprendre quoi de plus ? ». Rien ou presque. Alors pourquoi ? Juste pour intégrer le réseau. Des cours de journalisme à Paris, ce sont des enseignants journalistes, ce sont à nouveau des stages obligatoires et des facilités pour intégrer une rédaction durant quelques temps.

 

Mais question essentielle : est-ce que j’ai vraiment envie de reprendre des études ? J’adore ça, les études, c’est pas le souci mais avoir deux master pro de journalisme sur mon CV, est-ce que ça va vraiment appâter le recruteur ? Car si je vire celui de Toulouse, je vais me retrouver avec un trou de deux ans dans mon cursus. Est-ce que j’ai envie de « reperdre » un an de ma vie pour apprendre ce que je sais déjà ? Je peux compter sur le soutien de mes parents, j’ai vaguement abordé la question avec ma mère qui m’a criée, la voix tremblante (oui, au téléphone, je ne vois pas les yeux plein de larmes) : « mais ma fille, si c’est ce que tu dois faire pour réussir, n’hésite pas ! ». Mais est-ce que je dois faire ça pour réussir ? Mon talent, si j’ose dire, se résume-t-il à un diplôme ? Non, certainement pas. Par ailleurs, si ce diplôme peut éventuellement m’ouvrir des portes, n’est-ce pas également un aveu de faiblesse ? Je ne suis pas capable d’ouvrir les portes avec mon CV actuel donc j’essaie de trouver une solution qui ne sera peut-être pas la bonne.

 

Donc, voilà, j’en suis là et ça me fatigue un peu. Dois-je céder au parisianisme ambiant pour arriver, enfin, à décrocher un poste ou continuer à me vendre malgré mes origines provinciales ? Plus j’y pense, moins je sais.

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