De chômeuse à travailleuse : le moment M

Lundi, je vous ai donc appris, l’air de rien, que j’avais du taff. Un vrai, un CDI, avec des horaires et un bureau et tout. A moi les joies du métro aux heures de pointes sur une ligne qu’est pas des plus joyeuses mais putain, ça me rend heureuse.

virgin-suicides

Revenons au moment M, celui où mon téléphone a sonné. Je vois s’afficher un numéro bizarre à 4 chiffres donc à aucun moment, je ne pense que c’est la réponse à mon entretien. En fait, j’étais pas certaine, certaine d’avoir la réponse vendredi, peut-être que tous les gens n’avaient pas rendu leur rédactionnel ou autre. Donc je suis en terrasse avec Lola et je m’en fais peu. Ma sœur a beau me harceler parce qu’elle a oublié son portable, ça va.

 Donc 18h, le téléphone sonne, ce curieux numéro à 4 chiffres. Et là, l’incroyable, l’inattendu et l’inespéré arrive : « vous êtes prise Nina. Tu commences lundi ? ». Voilà, ça, c’est Claude, mon nouveau boss donc et maintenant, on se tutoie. J’ai eu un petit aperçu de mes collègues (mes collègues, ouééééééééé) en allant à l’entretien jeudi, je pense que je serai dans les plus vieilles et ça rigolait bien. Mais bon, je verrai quand je serai intégrée.

Donc il me reste un week-end avant de devenir une salariée. Sur le coup, je percute pas, même si je me mets à trembler comme une feuille puis tout à coup, tous les aspects positifs arrivent. Avoir un boulot, ça veut dire avoir des horaires, se lever à une heure décente (genre à une heure à un chiffre), vivre le même rythme que les autres, ne pas rougir quand on vous demande votre profession. Ne plus avoir à subir les « mais tu envoies des CV au moins ? », « il paraît que tel journal recrute, tu devrais postuler », « moi, je connais des gens qui ont trouvé du boulot facilement dans ta branche, c’est bizarre… », « au lieu de pleurer, bouge ton cul, feignasse ! ». Ou le mieux « et tu vis comment ? Ah ce sont tes parents qui t’entretiennent… Ouais, je vois ! ». Oui, il y a des jours, j’avais la sensation de devoir m’excuser d’être au chômage et de demander à mes parents de m’entretenir. Mais moi, je demandais que ça d’avoir du taff et enfin ! Faut dire que ces derniers mois, je n’ai vraiment pas ménagé ma peine et enfin, ça a payé !

 Après avoir réalisé, des tas d’idées me viennent en tête. La première : youpi, je vais déménager ! Bon, je vais attendre un chouia avant d’envoyer mon préavis mais ciao mon rez-de-chaussée, youhou ! Ah tiens, ça me fait penser qu’il va falloir que j’ouvre un nouveau compte en banque, le mien est toujours domicilié à Toulouse et c’est chiant. Ah oui, tiens, faut que je rapatrie tout ce qui était retiré sur le compte de mon père, genre le loyer, EDF-GDF… Et mes allocs alors, elles deviennent quoi ? J’ai rien déclaré en 2006 donc je devrais les avoir un an de plus, non ? Et les impôts comment ça marche ? Où je demande à être mensualisée ? Et pour la sécu et la mutuelle ? Hein ?

Et puis après, on pense aussi au boulot. C’est la première fois de ma vie que je suis embauchée en CDI. Mes boulots d’avant, c’était du court terme qui se mesurait en semaine ou en mois donc au pire, si je m’y plaisais pas, c’était pas grave. Là, ça va se mesurer en année. Le premier contact fut bon et je me fais pas trop de soucis pour être honnête mais c’est étrange de se dire que durant les prochaines années, ce sera ma vie, mon quotidien. Je me lèverai tous les jours ouvrables à 7h30 puis j’irai travailler et je rentrerai le soir, je pourrai même dire « pfiou,
je suis claquée ! ». Une vie rythmée. Ca peut paraître trop métro-boulot-dodo mais moi, ça fait quasi un an que j’avais pas bossé dans un bureau et ça m’enchante.

Le nuage noir du chômage est parti de mon ciel. Vendredi, je réalisais pas puis tout à coup, je me suis sentie épuisée. Toute cette tension accumulée ces derniers mois s’est envolée et j’avais juste envie de dormir. Le soir, après quelques coups de fils et récits MSNiens, tous mes amis sont ravis pour moi, je me demande si j’ai pas un peu trop foutu la pression sur
tout le monde avec mes gros coups de déprime et tout ça. Je sens que Nina la chômeuse va pas leur manquer à eux !

Moi maintenant, je vais avoir une vie plus jolie avec des horaires, des congés planifiés à l’avance (plus facile pour planifier les retours au pays), je pourrai m’inscrire à des activités artistiques et déménager aussi. Enfin, maintenant, je peux vivre, quoi ! Vendredi, je me suis endormie avec le sourire. Samedi, je me suis réveillée avec le sourire (sans rapport avec
le rêve érotique orgasmique que je venais d’avoir). Ca faisait longtemps que ma nuit n’avait pas été perturbée par des pensées noires. Et franchement, ça fait du bien.

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Workin’ girl

Comme tu le sais, lecteur, depuis un mois maintenant (juste ciel, que ça passe vite !) je suis en stage. Bon, évidemment, c’est un stage donc sous payé mais déjà payé. Surtout que l’association vient d’être créée et les mecs me payent de leur poche. D’ailleurs, samedi, j’ai eu mon premier salaire, en liquide. Oui, la préfecture n’ayant toujours pas fourni de récépissé, l’association ne peut ouvrir un compte en banque et me payer avec les sous qu’il y a dessus. Que fais-je ? Je travaille sur la problématique de la place des jeunes dans la société et leur sous-représentation dans les milieux économiques, politiques et syndicaux. Plus concrètement, je fais une revue de presse deux fois par semaine sur le sujet (au début, c’était quotidien), je rédige des articles à partir de synthèses du CEREQ ou autres, je prépare des interviews que je ferai par la suite, je mets sur le site mes articles et ceux des autres et je me retrouve même attachée de presse officielle de l’association. Et j’interdis aux quelques journalistes mâles qui traînent sur le blog de dire que, du coup, je suis devenue très intime avec des tas de journalistes. Je m’appelle pas Elsa Linux, moi, je suce que si je veux (et qui je veux). Donc pour 300 euros par mois, vous avez une Nina journaliste, webmastrice et attachée de presse. Quelle promo !

 

Ce boulot a des avantages et des inconvénients. D’abord, je travaille chez moi ce qui fait que je ne perds pas de temps dans les transports. A peine levée, habillée, nettoyée, je peux me mettre à bosser avec mon petit capuccino et mes biscuits petit déjeuner au chocolat et céréales. Des fois, je me fais aussi un petit jus d’orange pressé maison. Comme je suis libre de mes horaires, je déjeune de temps en temps avec Gauthier ou Sab, je dois voir Zoé aussi pour qu’on se remette à jour côté potins. Mais travailler à domicile, c’est ne voir personne. C’est passer la journée devant un ordi à communiquer avec l’extérieur que par ce biais là. Et y a des jours où c’est un peu pesant. La seule différence avec ma période de chômage, c’est que je n’ai pas le droit de me lever après midi (déjà, après 9h, ça craint du boudin) et que j’ai des choses à faire donc les journées passent à la vitesse la lumière et c’est pas plus mal. En plus, comme je bosse chez moi, je n’ai pas tellement de frais de bouffe et tout ça, sauf quand je vais manger avec Gaugau, je peux traîner toute la journée en jogging et T-shirt, ne même pas me maquiller… Mais du coup, je fume beaucoup plus que si je travaillais dans un bureau avec obligation de sortir pour avoir ma dose de nicotine.

Par contre, ce qui me fait très peur dans ce boulot, c’est qu’il me rende un peu dépressive. Pourquoi je dis ça ? C’est très simple : tous les jours, je travaille sur le fait que nous sommes une génération qui n’a aucune chance d’atteindre le niveau de confort de la précédente. Que nos salaires serviront surtout à aider nos parents à avoir leur retraite. Que nous finirons par perdre les acquis sociaux de nos parents genre la retraite, les 35 heures… car sinon, on va droit dans le mur. Je lis tous les jours qu’il n’y a pas de place en politique pour les jeunes, que les éléphants du parti, comme ils aiment dire, refusent de céder leur place. Et dans les syndicats, c’est encore pire : la moyenne d’âge est de 57 ans ! D’ailleurs, vous remarquerez que pour le CPE, les syndics ont fait grève en annonçant qu’ils se battaient « pour leurs enfants », ça montre bien l’âge des syndiqués. Quant au marché du travail, même pas la peine d’en parler, plus je lis et plus j’ai envie de changer de branche. Pourquoi j’ai pas fait une école de commerce hein ? Bon, certes, je suis aussi motivée par le commerce que par le curling mais bon, ça ouvre plus de portes que la fac. Mais bon, pas de panique, le chômage des jeunes a baissé. Mais on reste quand même les premières victimes, youpi you ! Elle est où la Seine ?

 

Sinon, dans l’asso, je ne vois surtout que les deux chefs, Simon et Michel et même carrément plus Michel. Il m’a à la bonne, lui, on s’appelle deux à trois fois par jour pour le boulot, vaut mieux qu’on s’entende. Samedi, on s’est fait une petite réunion à une terrasse de café, on a surtout parlé de la société actuelle et tout ça… Bref, j’ai la côte mais je ne sais pas pourquoi, trois hypothèses :

– je suis trop belle, il veut m’épouser (mais c’est pas du tout réciproque)

– je suis trop intelligente et il est super fan de moi, il adore qu’on discute ensemble

– il est homo et sent la gay friendly en moi. Oui parce que j’ai des doutes. D’abord, j’ai trouvé chez lui les mêmes allumettes que la boîte gay où on va. Puis sa sonnerie de portable, c’est Madonna. Ca, si c’est pas une preuve à charge !

Toujours est-il qu’un mois plus tard, il y a encore plein de gens que je n’ai pas rencontrés comme le concepteur du site, le photographe-graphiste, la nana qui travaille sur les solidarités intergénérationnelles… En fait, ce qu’il y a de fantastique dans cette asso, c’est que je suis vraiment la prolétaire de service. Petit extrait d’un dialogue en réunion :

« Ce serait bien qu’on parle à quelqu’un du Ministère de l’Education. Tu connais personne ?

– Si bien sûr. Je connais aussi le vice-président de ni pute ni soumise, un directeur de cabinet, mon ex est réalisateur de clips vidéos… »

C’est simple, dès qu’une phrase commence par « tu connais pas quelqu’un qui… », je n’écoute pas la fin. Je n’ai pas d’amis dans les ministères ni dans les hautes sphères. Je connais plein d’étudiants, par contre, s’ils veulent, mais y en a pas besoin. De la même façon, quand ils commencent : « ouais, je vais le contacter par les anciens d’HEC. Nina, si tu as besoin, je te filerai ma carte Science Po pour aller à la BU », moi, je regarde en l’air. Et quand ils parlent de leur week-end, c’est du « oui, là, je bosse pour mon 5ème DEA. » Heu… Moi, j’en ai même pas un. Bon, ben je suis définitivement complexée.

 Seul point qui me rassure : toutes les nanas de l’asso sont canons. Je pense avoir été recrutée uniquement sur mon CV et mon talent lors de l’entretien mais j’espère être au niveau de ces demoiselles. Après tout, si on m’a pris pour faire l’attachée de presse, c’est que je dois assurer et être toute séduisante ! (lectrice, si tu es attachée de presse, ne le prend pas comme une attaque personnelle).
 

Encore trois mois. Un trimestre. C’est bon de pas se préoccuper de son avenir pendant une petite période, c’est reposant. Enfin, si, je m’en préoccupe mais je suis plus sereine. En plus, petit élément super flatteur. L’autre soir, le directeur de publication d’un webzine où je bosse vient me parler sur MSN, il me demande gentiment ce que je deviens, je lui raconte ma vie et il me fait : « tu sais, tes articles et ton talent nous manquent. Tu comptes revenir ? A moins que tu trouves que notre petite structure ne convient plus à ton talent ». Ohlala, je deviens une vraie star, moi. Je ne compte pas abandonner le webzine, faut que je gère tout en même temps. Parce que, mine de rien, changer de sujet de temps en temps, ça fait du bien. Et se sentir désirée à ce point, ça motive. Se sentir à la hauteur, voilà un sentiment qui me va comme un gant.

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