Tu veux pas débattre avec moi ? Nazi.e !

Le débat, ah, le débat… Sacralisé, c’est, paraît-il, le summum de l’ouverture d’esprit, le “je suis tellement mature pour un échange d’idées”, alors que je déteste le débat, en fait. D’abord parce qu’il ne sert à rien dans l’absolu, les impliqués ne changeront jamais d’avis, par conviction ou par ego. Après, ça peut toucher ceux qui écoutent mais surtout, cette sacralisation du débat fait qu’aujourd’hui, on se sent obligés d’opposer deux camps d’égal à égal alors que non. Mais surtout, refuser de débattre serait une preuve de faiblesse, un reproche légitime à faire. Oh vraiment ?

refuser de débattre

Revenons d’abord sur le problématique débat d’égal à égal évoqué plus haut mais que j’évacue en paragraphe deux pour ne pas perdre tout le monde. Je peux tout à fait comprendre le débat politique où l’on va tenter d’équilibrer les couleurs des intervenants, je n’ai, sur ce point, aucun souci. Même en étant quelqu’un de très fermement positionnée sur l’échiquier, ça peut m’apporter une certaine culture. Le problème du débat politique est surtout le manque de modération de la part des journalistes qui ont l’air de pioncer les ¾ du temps et on va se retrouver avec un débat où A accuse B de mentir sur des chiffres… et personne ne valide (ou pas) cette affirmation. Alors que ce serait justement le travail journalistique. Autant il est difficile de trancher sur les idées, sur les faits, y a peut-être du fact checking à faire et en direct, s’il vous plaît, tout le monde ne se rue pas sur Twitter pour voir ce que disent les comptes de fact checking, voyez… Mais le pire, ce sont les débats “pseudo” scientifiques où on donne la parole d’égal à égal à des personnes qui n’ont pas la même légitimité. Un exemple ? L’homéopathie. Alors oui, je suis fille de médecin donc je ne suis pas rigoureusement objective mais à quel moment des billes de sucre sont censé guérir quoi que ce soit en fait ? Non parce que des études cliniques ont été menées, l’histoire de la mémoire de l’eau complètement démontée et je suis à peu près persuadée que la moitié des gens qui prennent de l’oscillococcinum n’ont aucune idée que c’est censé contenir des cellules de foie et de coeur de canard de Barbarie. Je suis quelqu’un qui évite dans la mesure du possible de prendre des médocs à la moindre occasion mais mettre sur un pied d’égalité un médecin qui prescrit des médicaments qui ont subi des études concluantes et un homéopathe qui défend une médecine qui est scientifiquement reconnue comme inefficace, pardon mais non. A la limite, moi, si les gens sont rassurés par un placebo pour un rhume, ça me pose aucun souci mais quand on commence à se passer de certaines vaccinations parce qu’on prend des billes de sucre ou qu’on croit que ça marchera mieux que la chimio (comme l’ananas fut un temps ou le fruit du jacquier aujourd’hui), s’il vous plaît… Enfin, c’est étrange parce que sur le cancer, on a aussi des articles de merde te disant qu’il disparaîtra si t’arrêtes de manger du sucre… ce qui me paraît un peu antinomique avec l’homéopathie mais passons*.

Homéopathie

C’est rigolo parce que je trouve plein de photos avec des petites fleurs mais aucune avec un canard…

Passons maintenant sur l’obligation de débat. Ben pardon mais non. La semaine dernière, quelques hommes se sont indignés d’avoir été placé sur une liste Twitter référençant les comptes problématiques. Cette liste, on en fait ce que l’on veut, notez. Je peux m’en servir pour bloquer des comptes en préventif parce que j’ai pas forcément envie de m’attirer des mascus malsains dès que j’ouvre la bouche ou recevoir des dick pics non sollicitées. A dire vrai, j’ai déjà bloqué des comptes qui venaient me suivre et qui puaient les embrouilles genre le mec bien macho qui vient me suivre moi, le genre de compte où tu sais que son seul but sera de te faire fermer ta gueule dès que tu diras quelque chose d’un tout petit peu féministe. Donc oui, je me protège un peu et je ne comprends pas le scandale.

Le scandale

D’abord, Twitter, comme n’importe lequel de mes réseaux sociaux, c’est un espace personnel et j’y suis/lis qui j’ai envie de suivre/lire. Je n’ai aucune obligation de RIEN. Non mais déjà que dans la vraie vie, je suis obligée de me coltiner beaucoup de gens dont l’avis me file vite la nausée, les commentaires dignes des meilleurs PMU dans le métro entre deux personnes qui ont décidé de partager leur conversation à tout le monde… Voilà, dans la vie, on n’a pas toujours le choix d’entendre certains avis moisis, c’est pas pour me les récupérer aussi sur mes réseaux sociaux. “Mais tu m’as bloqué alors que je t’avais rien dit, ma liberté d’expression, blablabla”. Alors le fait que je te bloque peut signifier deux choses : je n’ai pas envie de te lire mais aussi je n’ai pas envie que tu me lises, des fois que tu décides de me casser les ovaires, comme déjà expliqué. Mais même en te bloquant, je ne nuis pas à ta liberté d’expression : tous les 12 millions d’utilisateurs actifs mensuels Twitter peuvent te lire sauf une… Je trouve que niveau censure, c’est ultra léger.

L'homme qui pleure

Bref, va falloir un peu désacraliser le débat, surtout pour les quidams qui n’ont aucune obligation à le faire, rien à vendre, pas d’élections à gagner… Par exemple. Je n’ai pas envie de répondre ou même de voir quelqu’un parler, c’est mon droit le plus absolu. “Mais t’es pas ouverte d’esprit”. Si par “pas ouverte d’esprit” tu veux dire que je n’ai pas envie de perdre du temps avec des gens aux idées nauséabondes (j’ai bloqué Boutin) ou ceux qui guettent mes mots juste pour tenter de me rabaisser le caquet… heu ben ok, pas de soucis. Par contre, si tu trouves à ce point intolérable une personne qui ne voit pas l’intérêt de rentrer en connexion avec toi, demande-toi ce qui te motive vraiment : défendre une cause ou consolider ta posture ? D’ailleurs, j’en parle souvent de posture, va falloir que j’écrive dessus, tiens.

* Si des pro homéopathie passent par là : le fait que vous, à un moment donné, ça vous a fait du bien ne démonte pas différentes études prouvant que ça ne sert à rien. Soignez-vous avec des billes de sucre en expliquant à qui vous voulez que les médicaments et les vaccins, c’est juste un truc de labos (sinon, l’oscillococcinum, c’est vendu par les laboratoires Boiron, bisous) mais perso, je m’en fiche donc épargnez moi vos complaintes, merci.

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Le débat a-t-il pour réel objectif de faire changer d’avis l’autre ?

De temps en temps, je me lance dans un débat sur Twitter : des échanges d’arguments ponctués d’attaques sur mon ouverture d’esprit et quelques noms d’oiseaux en prime. J’en ressors parfois lessivée et certains me disent “non mais tu ne le feras pas changer d’avis, laisse tomber”. Non. Parce que c’est pas forcément elle ou lui que je vise mais ceux qui lisent l’échange en silence et pourraient être touchés par certains arguments.

chatrier-loges-vides-tennis

Un soir de 2012, deux hommes engoncés dans un costume débattent sous l’oeil torve d’un homme et d’une femme qui balancent aléatoirement des timings. A droite, Nicolas Sarkozy, à “gauche”, François Hollande. Les deux se balancent chiffres, promesses et punchlines sur des sujets lancés par les deux arbitres qui ne servent pas qu’à donner l’heure. Nous voici au coeur du débat d’idées de la Ve République, le fameux débat présidentiel d’entre deux tours qu’on regarde pour… se laisser convaincre ? J’aimerais avoir une étude précise sur la réelle influence du débat d’entre deux tours sur le résultat final… J’en étais restée à environ 10% de l’électorat qui est indécis et qui peut être conquis lors de cette grande cérémonie mais est-ce toujours le cas ? Bref, ça échange, ça débat, ça s’indigne et à la fin, chacun reste campé sur ses positions… Ca vous étonne ? Bien sûr que non, imaginez la scène “Mais… mais vous avez raison en fait. Mais oui, vous venez de m’ouvrir les yeux ! Bah écoutez, vu que vous êtes dans le vrai, j’invite tout le monde à voter pour vous.” Non, non, soyons sérieux deux minutes. Mais alors du coup, pourquoi débattre vu que personne ne lâchera le morceau ?

le débat télévisé de la présidentielle

Parce qu’on ne cherche pas à convaincre son contradicteur direct mais bien l’audience passive. Déjà, admettons assez facilement qu’il est difficile de faire admettre à quelqu’un ses torts en public. Je pense pouvoir plaider coupable, ce moment où tu sais que l’autre a raison mais ça t’arrache la gueule de l’admettre. Mais il y a aussi les autres, ceux qui te répètent en boucle les trois mêmes arguments foireux que tu entreprends de démonter à grand coup d’articles (écrits par d’autres) ou de vidéos qui expliquent en long, large et travers les quelques notions que tu balances de ci de là genre, au hasard, l’humour oppressif (humour oppressif, humour oppressif, humour oppressif, voici mes références habituelles, n’hésitez pas à m’en balancer d’autres au besoin). T’as beau expliquer, gentiment ou plus “énergiquement” le pourquoi de ta colère, tu butes systématiquement sur un mur de “mais je dis ce que je veux”, “j’ai encore le droit d’avoir mon opinion”, “mais moi, je connais quelqu’un qui prouve le contraire de ce que tu dis” (selon la grande loi qui dit qu’une seule exception dans ton entourage nique l’ensemble du travail des statisticiens et sociologues, t’séééé), “moi ça me fait rire, donc c’est drôle”, “ah Coluche et Desproges seraient bien malheureux aujourd’hui”, “on ne peut plus rire de rien” “oh, ça va les minorités, hein !”, “t’es qui pour me juger d’abord ?”, « c’est la liberté d’expression ! » « t’es pas Charlie, toi ! ». Bref, vous avez beau tenter différentes techniques, c’est le bide.

Hé oui, des fois, ça démange un peu de choper l'adresse du crétin qui s'entête pour aller lui en donner une

Hé oui, des fois, ça démange un peu de choper l’adresse du crétin qui s’entête pour aller lui en donner une

Et ce n’est pas grave. Parce que pendant que vous croisez fermement le fer avec Jean Connard (ou Jeanne Connasse), il y a Jean Naïf (Jeanne Naïve) ou Jean-ne “je n’avais pas d’opinion sur le sujet mais à présent que je te lis, j’ouvre les yeux” qui suit l’échange en silence. Et si vous avez bien argumenté, c’est celui là que vous allez convaincre. Si j’en reviens à mon cas personnel, j’ai appris énormément de choses en suivant des débats dans lesquels je n’étais pas impliquée, parfois par manque d’opinion, parfois parce que j’arrivais deux heures après la bataille. Prenons, au hasard, le débat sur le “mademoiselle” que les féministes ont souhaité supprimer des formulaires. Ma première réaction fut à peu près : “mouiiiiiiii ?”. Soit “heu ben appelez moi madame ou mademoiselle, peut me chaut”. Puis j’ai lu des échanges, parfois acerbes, entre celleux qui défendaient cette proposition et ceux qui s’indignaient parce que… ben, c’était soit par coquetterie (“hihi, j’aime qu’on m’appelle mademoiselle, c’est une façon subtile de me draguer, hihi”) et les “mais y a plus important comme combat, putain !” J’ai donc aussi réalisé à quel point les gens qui se foutaient des combats féministes étaient par contre très préoccupé par leur liste des priorités… Parce que c’est bien connu que les féministes sont un bloc monolithe qui ne peut prendre les problèmes que les uns à la suite des autres. Bref, d’un sujet sur lequel je n’avais pas grand avis, je me suis mise à défendre la suppression du “mademoiselle” dans les formulaires car j’ai compris en lisant des argumentaires qui ne m’étaient pas adressés en quoi, effectivement, c’était problématique. Je prends cet exemple mais je pense que ma conscience féministo-gauchiste (et surtout le fait que j’assume l’être, nous en reparlerons) s’est construite grâce à ses débats qui fleurissaient sur ma timeline, sur Twitter ou Facebook.

jeune fille lit sur un écran portable

Alors échange avec Jean-Connard, balance des arguments et tes liens et une fois que tu as bien tout étayé, pars la tête haute, un petit coup pour balancer tes cheveux avec classe par dessus l’épaule (comme c’est virtuel, tu peux le faire même si tu n’as pas de cheveux) et adresse un clin d’oeil complice à celui ou celle qui te lit sans savoir et qui sera convaincu. Limite, sois un troll et quitte Jean-Connard en le remerciant de t’avoir permis d’argumenter et de gagner de nouvelles personnes à ta cause.

Rihanna double doigt d'honneur clip we found love

PO PO PO !!!

Ah oui, je vais faire ça la prochaine fois. Délicieux !

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Tu n’es pas d’accord avec moi : tu n’as aucune ouverture d’esprit

Depuis le temps que je zone sur les réseaux sociaux, il s’est passé deux choses : je me suis “radicalisée” sur de nombreux sujets (genre le féminisme où je mords de plus en plus facilement) et par conséquent, je me suis retrouvée à “débattre” avec des gens aux avis radicalement opposés au mien. Ce qui entraîne en général deux réactions :

  • tu n’as vraiment pas d’humour (non, l’humour oppressif ne me fera jamais rire, sorry)
  • tu n’es pas ouverte d’esprit.

Ben tiens…

ouverture d'esprit

M’étant déjà énervée sur le sujet de l’humour, passons donc directement à l’autre sujet : l’ouverture d’esprit. Je peux affirmer sans rougir que je suis ouverte d’esprit : de nature curieuse, j’aime bien découvrir de nouveaux sujets, me passionner pour ceci ou cela, butiner tel un colibri un peu de connaissance à droite, à gauche. Il suffit que je lise un livre ou un article sur quelque chose qui attire mon attention pour que j’entame une boulimie d’infos sur le sujet. Ce qui crée une légère frustration au vu du temps libre dont je dispose actuellement… Parfois, je lis un article ou mate un reportage qui me laisse froide, ça arrive aussi. Bref, j’essaie de m’intéresser et de me cultiver dans la mesure du possible mais au vu de mon temps libre disponible, je vais me consacrer aux sujets qui ont allumé l’étincelle de mon intérêt. C’est ainsi que je ne vais pas lire 50 nuances de Grey juste “par ouverture d’esprit”. Ca va, je me suis déjà tapé 2 volumes de l’infect After, ça me suffit en terme de “tomber amoureuse d’un pervers narcissique qui va te faire chialer tous les 2 matins, c’est ça, l’amour, le vrai !”.

femme-relation-abusive-amour

Non mais à un moment, comment on a réussi à faire croire que l’amour, le vrai, saigne forcément ?

Parfois, je m’indigne sur certains sujets ou propos. J’ai ma sensibilité et certaines choses, je ne veux plus les entendre. Je vomis le sexisme donc quand je vois une remarque gratuite et déplacée sur les femmes, je ne vais pas hésiter à mordre. Idem, en ces temps troublés, je ne supporte plus le racisme ou la xénophobie et je ne vais pas hésiter à rentrer dans la mêlée. Et c’est là que le bât blesse : “han, tu ne tolères pas mon opinion [dégueulasse], t’es pas ouverte d’esprit”. Ou en sous texte : “tu veux pas être d’accord avec moi alors que je t’explique, t’es pas ouverte d’esprit”. Alors non, ceci n’est pas de l’ouverture d’esprit. Par exemple, un mec m’a fait chier dimanche sur une conversation autour de Ivan Rioufol, le mec néo réac qui recycle sans trembler le choc des civilisations d’Huntington et qui crache en toute occasion sur le multiculturalisme (“le cheval de Troie de l’islamisme”. Je cite, oui). Donc je trouve que, déjà, connaître les propos de ce monsieur, c’est déjà beaucoup. Mais quand je m’érige contre de tels propos et qu’on m’explique que les pays musulmans ne sont pas plus ouverts au multiculturalisme (pas du tout le sujet) et que je refuse de cautionner, voilà “je suis pas ouverte d’esprit”.

couple-dispute-debat

A se demander si on ne prend pas les autres pour de sombres idiots. En somme : moi seul-e est le savoir et je te le confie. Tu refuses de me suivre ? Alors tu es borné-é, tu n’es pas ouvert-e. Mais quoi ? L’ouverture d’esprit, ce n’est pas adopter l’avis du dernier qui a parlé. Tu as exposé tes arguments et je ne suis toujours pas convaincue mais c’est moi qui ai un problème d’ouverture ? Pourquoi, toi, tu ne te remets pas en question ? En général, quand je l’ouvre sur un sujet, c’est que je me suis un minimum renseignée dessus, je ne contredis pas juste pour faire chier. Ca ne veut pas dire que je refuse toute conversation sur le sujet, mes opinions ont aussi évolué (heureusement), mais à un moment si tu n’arrives pas à me faire changer d’avis, pose toi la question : soit tu n’as pas su trouver les arguments, soit nous avons des vues totalement opposées sur le sujet et il est difficilement imaginable que nous trouvions un consensus. Et à la limite, ce n’est pas grave. Pour ma part, quand je débats, je sais très bien qu’à un moment, l’orgueil entre en jeu donc même si j’arrivais à convaincre la personne en face, je me doute que 9 fois sur 10, celle-ci ne l’avouera jamais. Et je m’en fous de ça, je veux juste que la personne réfléchisse, se dise qu’effectivement, y a peut-être une autre vision des choses, que oui, les propos tenus sont problématiques… ou peut-être que quelqu’un lisant le débat sera touché par les arguments.

le débat d'entre deux tours

Mais arrêtez de décréter qu’une personne qui n’adopte pas vos opinions manque d’ouverture d’esprit. Surtout quand elles puent bien fort la xénophobie.

 

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T’as ton étiquette ?

Dimanche dernier, lors de mon voyage de 6h en train pour rejoindre Paris (tu doubles le temps de trajet et je te fais un Seoul-Paris… la relativité de la distance parcourue sur un temps donné selon le transport choisi, c’est fascinant), je traînasse sur Twitter quand je vois 2 Twittereuses* discuter d’un article des Inrocks sur les Flexitariens. Tiens, donc…

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Délicieuses gambas au gaspacho de mangue de chez Face B, faut goûter

Pour ceux qui ne connaissent pas, les flexitariens sont ces omnivores qui mangent de tout mais font attention à leur consommation de viande et, éventuellement, de poisson. Je suis, pour ma part, totalement flexitarienne puisque j’ai conscience que notre régime alimentaire est bien trop riche en protéines animales et j’essaie d’en consommer le moins possible, surtout de la viande rouge. En gros : surtout pas de viande ou poisson à tous les repas. Je suis donc flexitarienne… Sauf que non. Je le suis, oui, mais j’ai pas envie de coller une étiquette là dessus. Je ne revendique rien, je ne me singularise pas, c’est juste un choix dont je n’éprouve pas le besoin de parler.

Caibllaud à la purée de patate douce et d'autres choses délicieuses chez Roca

Caibllaud à la purée de patate douce et d’autres choses délicieuses chez Roca

Je suis fascinée par ce besoin permanent d’étiquettes. Il y a deux styles d’étiquettes : ceux que l’on se colle et ceux que l’on colle aux « autres ». J’ai souvent vu des étiquettes dans le domaine amoureux, ceux qui rejettent à corps et à cris la « monogamie hétéronormée » face à ceux qui ne leur demandaient rien. Pour avoir un peu fréquenté ce milieu, j’étais tour à tour amusée ou agacée par ce besoin de se nommer pour se dire différent des autres alors que, disons le franchement, ces mêmes autres n’en avaient rien à foutre. D’ailleurs, les réactions les plus hostiles que j’ai pu voir sur le polyamour ou le libertinage concernent l’étiquetage de ceux qui n’en sont pas, ceux qui n’ont rien compris, ceux qui sont enfermés dans leurs valeurs judéo-chrétiennes et tutti quanti. En gros, curieusement, les leviers de bouclier se faisaient non pas face à un témoignage mais face à un dénigrement « vous les monogames fidèles ». Si tu ne veux pas que l’on te juge, viens pas nous cracher ta condescendance à la gueule non plus, hein.

condescendance

J’ai réfléchi : ahah, je suis la fille sans étiquettes, hihi. Ah mais attends, non. Ok, d’un point de vue matrimonial, je ne me colle aucune étiquette parce que je m’en fous, je bâtis mon histoire en fonction des briques qui se présentent à moi, sans rien clamer. Je ne suis pas une pasionaria de l’anti mariage ou du no kids. J’ai pas envie de me marier ou de faire un enfant maintenant, je ne sais dans 10 ans et je ne revendique rien par rapport à ça, ce sont juste mes envies. Par contre, dans d’autres sphères, oui, je me clame des étiquettes : je suis une gauchisssse féministe, voilà. Je ne le dis pas par effet de style parce que Beyonce l’a dit, non. Je le dis car cela correspond à mes idéaux d’égalité au delà des sexes et des classes. Bon, dit comme ça, ça sonne plus creux qu’un niais « girl power » des Spice girls mais l’idée est que je ne cache pas mes convictions, quitte parfois à me clasher avec les gens jusque dans mon milieu professionnel (alors que j’ai eu droit à un « non mais je m’en fous, je suis pas féministe » quand j’ai dit « tu sais, il faut éduquer les jeunes filles dans le monde, car… ». Je savais pas que ne pas être féministe empêchait toute ouverture d’esprit). Je ne cherche pas à me singulariser mais bien à revendiquer. Mais ce qui est intéressant dans mes étiquettes, c’est que l’une est positive, l’autre est un détournement d’une étiquette négative (j’aime bien gauchiasse aussi).

Les-peluches-pipi-et-caca

Au fond, la vraie question reste : pourquoi se sent-on obligé de tout ranger par paquet ? Des étiquettes revendiquées à celles inventées par la presse pour se faciliter la vie (bobo, boho, hobo et je ne sais plus) ou détracteurs pour se mettre encore plus en relief, je suppose que ça rassure de mettre les gens dans des lots indifférenciés où chacun aurait le même comportement que son voisin. Mes seuls étiquettes revendiquées le sont car elles portent un combat. Pour le reste, qualifiez moi de bobo, monogame hétéronormée, libertine, carnivore ou flexitarienne, peut me chaut : je n’ai jamais revendiqué le contraire.

* Non, pas Twittas, c’est trop moche

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Le verre de tous les dangers

(ok, j’exagère mais l’emphase et l’exageration sont mes marottes)

Suite au film que vous êtes allé voir avec votre potentielle future moitié, vous vous dites que tant qu’à battre le fer, autant qu’il soit chaud. Autrement dit « manger du pop corn à tes côtés dans une salle obscure me paraît un peu léger par rapport à ce que j’espérais donc poursuivons l’aventure en dégustant un coca tout en se caressant des yeux.


Normalement, quand deux personnes que nous qualifierons de pré conquises vont boire un verre ensemble, ce n’est qu’un doux prélude à la relation qui va naître entre eux. Sauf que si nos deux protagonistes ne se connaissent pas plus que ça, l’un d’eux peut avoir une révélation face au verbiage de l’autre « oh merde, il/elle est trop con en fait ».


Normalement, lors d’un verre post cinéma, que se passe-t-il ? On parle en premier lieu du film qu’on a vu. Oui j’ai une thèse de logique. Or nous l’avons déjà dit, les goûts et les couleurs en matière de cinéma… Pire, il peut arriver qu’on ait des lectures différentes du film et là, drame potentiel à base de « mais t’as rien compris… Mais non, c’toi qu’a rien compris ». Malaise.

Mais la conversation ne peut rester sur le même terrain car si vous n’avez rien à vous dire des le premier rendez-vous en dehors de vos avis sur le film que vous venez de voir, je doute de la pérennité de votre relation… Donc la conversation va glisser naturellement vers d’autres univers. Les autres film du même acteur ou réalisateur, le dernier livre lu, la musique chouchoute du moment, l’actualité, la météo, les voyages faits et ceux qu’on aimerait faire, voire la politique mais c’est un peu risqué


Lors de cette première vraie conversation, en tant que potentielle future moitié, vous brûlez d’envie de bien paraître, c’est follement légitime. Regarde comme j’ai de la culture, de l’humour, de la patience, de l’ouverture d’esprit. Tel un paon, on parade à n’en plus pouvoir, on dresse nos plumes avec fierté et envie. Comme dit l’expression consacrée, on n’attrape pas des mouches avec du vinaigre. J’ai toujours trouvé cette expression un peu conne : moi, les mouches, je veux pas les attraper, je veux au pire les éclater quand elles bzzzzbzzztent la nuit mais sinon, je m’en tape (ette à mouche évidemment). Je suppose que c’est pour les pêcheurs.

Bref, je disais avant cette digression de compétition : on tente de paraître au mieux. Quitte à légèrement tricher et ça, je te le dis : c’est mal. De 1, tu peux te faire attraper et votre pré histoire explosera en plein vol, comme l’avion de Lost. Bon, il est vrai que si l’autre est sous le charme, ça passera quoi qu’il arrive. Le problème, c’est qu’en jouant un rôle, tu commets le pire péché marketing : un produit qui est bien en deçà des qualités que tu lui prêtes. À l’usage, ça va créer une déception et ta nouvelle moitié te plaquera bien rapidement. Sauf si tu es très doué en manipulation tendance pervers narcissique et que tu as bien ferré ta cible…


Revenons à nos deux protagonistes car leur verre post cinéma se passe à merveille, ça rit aux éclats aux vannes de l’autre, les yeux sont plein d’étoiles et les silences qui s’instaurent ne sont pas gênés mais plein de promesse. Ils en sont sûrs, ils sont attirés l’un par l’autre. Le premier baiser semble imminent.

Un premier baiser ? Ça méritera un article tout entier !

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Discrimination, en lettres de sang

Il y a des fois, en lisant les news, je me demande où je vis. Sommes-nous bien en France, en 2009 ? En guise de cadeau de nouvelle année, la sémillante Roselyne Bachelot nous a gâté : non, les gays n’ont toujours pas le droit de donner leur sang. Heu… Au secours ?


Parfois, j’ai la sensation que nous sommes en pleine régression sociale. Pour donner son sang, il faut remplir des conditions drastiques au delà du raisonnable, parfois. Evidemment qu’il faut être prudents mais à partir du moment que les gens ont un comportement responsable, leur sang est aussi bon que n’importe qui. En tant qu’hétéro, je ne peux déjà pas donner mon sang car j’ai eu plus de deux partenaires sexuels ces 6 derniers mois. Même si j’ai mis des petits capuchons, ben non. Mais j’ai encore la possibilité de donner plus tard, quand je n’aurai plus qu’un partenaire sexuel stable. Parce que je suis hétérosexuelle donc je suis exempte de tout reproche.


A côté de ça, nous avons un homo. Peu importe qu’il ait un partenaire régulier et un comportement responsable. De toute façon, il est gay, il couche forcément avec la planète entière et sans capotes. Bravo l’ouverture d’esprit Mme Bachelot (tout comme vos conseillers). Figurez-vous que les comportements sexuels dangereux ne sont pas l’apanage des gays et d’ailleurs, si vous regardez les chiffres du SIDA, c’est surtout chez les hétéros qu’il s’étend. Faut dire que quand l’élite de notre société, les gens qui nous gouvernent et ont fait des milliards d’études continuent à véhiculer des clichés du genre homo = risque très élevé de séropositivité, faut pas s’étonner que les hétéros ne se sentent pas concernés. Alors que si, tout pareil. Hypothèse : demain, je couche avec un mec sans capote. Mettons qu’un an plus tard, je décide de faire un don de sang et que j’ai un seul partenaire sexuel depuis les 6 mois réglementaires : je pourrai donner mon sang, même si j’ai pas fait de test HIV pour vérifier que M. Sans capote ne m’a rien refilé.

J’avoue que j’ai un peu honte sur le coup, honte de vivre dans un pays où même le fait de donner son sang est régi par des discriminations d’un autre temps. Surtout que c’est pas comme si on avait du sang à ne plus savoir qu’en faire… Je ne suis pas sûre qu’un excès de prudence tel que celui ci soit tolérable, vraiment pas. D’autant que c’est assez inquiétant pour la suite : si les homos n’ont même pas le droit de donner leur sang, je n’imagine même pas la question du mariage ou de l’adoption. Parce que cette décision montre bien que l’étiquette de dépravation collée aux gays reste tenace. S’ils ne sont pas assez responsables pour se protéger afin de donner leur sang, imaginez un peu, élever un enfant, mais quelle idée !


Ça me débecte. On est quand même en 2009… Les homos ne sont pas des inconséquents, pas plus que les hétéros. Pensez-vous réellement, Mme Bachelot (et votre clique toujours) que si un gay a un comportement à risque, il va se pointer l’air de rien à un don de sang ? Pensez-vous réellement qu’aimer une personne du même sexe que vous vous rend forcément dépravé, inconséquent, sans la moindre petite capote ? Pensez-vous réellement qu’être homo signifie forcément infidélité et baise à tout va ? Je vous présenterais bien des couples gays stables et fidèles mais quelque part, j’aurais l’impression de devoir justifier mon discours alors qu’il tombe juste sous le sens.


Finalement, il y a au moins un avantage à cette décision surréaliste : ça montre que malgré les discours de tolérance bienveillante, on est très très loin du compte. Les homos restent victimes de discrimination, c’est un fait. Finalement, on aime critiquer les Etats-Unis (enfin, plus maintenant, ils ont un président noir alors c’est wonderland) mais quand je vois les droits qu’ont les homos dans certains Etats, je me dis qu’on ferait bien d’en prendre de la graine.

EDIT du 23 février : A lire : Le don du sang, une urgence mais pas pour les homos

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Ouverture d’esprit

Par Tatiana

Ah cher lecteur, je vais encore partager avec toi une tranche de ma vie suivi des interrogations qu’il en découle.

J’étais au téléphone avec une amie qui, la pauvre, enchaîne les galères. Elle s’est faite larguée par son mec il y a peu de temps et elle a des merdes au boulot et elle s’est faite cambriolée, et j’en passe. Autant vous dire que je me demande même si quelqu’un ne lui a pas jeté un sort. Mais bon ce n’est pas le sujet de l’article. Je vous exposerai peut être ma théorie sur l’envoûtement un autre jour. Elle n’allait pas très fort ces derniers temps donc je l’appelle souvent. J’ai l’ai donc eu au téléphone il n’y a pas longtemps et là elle me
balance une nouvelle choc comme elle a l’habitude. Il faut savoir que c’est son truc à elle : dire les choses sans détour au moment où on s’y attend le moins. Pour la rupture avec son mec elle m’a balancé ça de but en blanc. Ben quoi ? allez-vous me dire. Mais je ne sais pas trop comment vous dire, elle dit ça avec un ton comme si elle disait quelque chose de banal style « je me suis acheté un pull ». Je me rappelle d’ailleurs lors de sa rupture j’étais restée limite en état de choc tellement je ne m’attendais pas à ce qu’elle me sorte ça.

Donc l’autre jour je l’avais au téléphone et là elle me fait « et sinon je me suis trouvé une nouvelle amoureuse ». Temps de pause. Qu’est-ce que ça peut vouloir dire. Elle me sort ça comme ça mais je savais même pas qu’elle sortait avec des filles ! Forcément j’ai eu une réaction bizarre. J’ai cru qu’elle disait ça en blaguant pour parler d’une nouvelle amie qu’elle se serait faite. Et en fait au fur et à mesure de la discussion je me suis rendue compte que non c’est vraiment sa nouvelle amoureuse. En raccrochant j’étais sur les fesses.
J’arrivais pas à croire qu’elle sorte avec une fille. Et j’avais aussi du mal à réaliser qu’elle me sorte ça comme ça. Et d’un coup je me sentie conne et mal. Je pensais être quelqu’un qui était plutôt ouvert d’esprit mais ma réaction m’a déçue. Le fait que sur le coup je n’arrive même pas à concevoir qu’elle puisse sortir avec une fille m’a fait m’interroger sur le fait que oui ou non je sois tolérante. En soi cela ne me dérange pas qu’elle sorte avec une fille, alors pourquoi j’étais un peu choquée en raccrochant. Est-ce la soudaineté de la nouvelle ou la nouvelle elle-même ? Moi qui ai souvent cherché à sortir des conventions, j’aurais du mal à concevoir qu’une de mes amies puisse avoir une girlfriend après un boyfriend. J’ai même pensé à son ex en me demandant ce qu’il pensait de cette nouvelle. Ca m’a fichu un coup à vrai dire. Parce que pour moi l’intolérance c’est un des pires défauts qu’on puisse avoir.

Après je m’en suis donc voulu d’avoir bloqué comme ça au téléphone et j’espère qu’elle ne croit pas que je vais changer d’opinion à propos d’elle parce qu’elle est avec une fille. Parce qu’en fait ce n’est pas le cas du tout. Je me suis demandé s’il fallait que je lui envoie un texto en m’excusant si j’avais eu une réaction bizarre. Mais en même temps si je faisais ça, cela donnerait plus d’importance encore à ma réaction bizarre et c’était peut être pas la peine. Alors du coup je n’ai rien fait. De toute façon, c’est vrai qu’en raccrochant j’étais
un peu sous le choc mais le lendemain j’en avais déjà plus rien à faire qu’elle soit avec une fille ou non. L’essentiel c’est qu’elle se sente bien avec elle. Finalement, après réflexion je ne pense pas que j’étais choquée par le fait qu’elle sorte avec une fille, mais plutôt par le fait que je ne m’attendait pas à ce qu’elle me dise ça vu que je ne savais pas qu’elle aimait les filles. Maintenant j’ai juste hâte de la connaître cette fameuse nouvelle amoureuse.

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Belle-famille, je t’’aime……ou pas.

Dimanche, je suis allée avec M. Gauthier voir un film « Un esprit de famille »… Je vous épargnerai mon avis, on va encore dire que je sais que critiquer. En gros, vous prenez tous les films américains qui mélangent Noël et famille, vous y prenez les clichés habituels (les vieux films, le beau sapin, des histoires d’amour à la mord moi le nœud…) et vous avez ce film. Mais pour rentabiliser cette soirée (enfin, on a papoté avec Gauthier, c’était quand même sympa), j’ai décidé d’écrire un article sur la « belle famille ».
esprit-de-famille
Comme tu le sais sans doute, lecteur, je n’ai jamais été mariée. Cependant, j’ai été quatre ans et demi avec un garçon, Guillaume (pour les nouveaux arrivants) et j’ai donc eu droit à divers repas de famille chez lui. Et lui chez moi. Comme je le sentais bien, ce petit copain-là, je l’ai ramené au bout de trois semaines chez mes parents. Je pense que mes parents sont plutôt sympathiques, on raconte des histoires de famille marrantes. Parfois, on fait de grandes tablées : les trois enfants (avec mon presque frère) et nos compagnons respectifs… Ah famille nombreuse, ah famille heureuse ! Je ne crois pas que mes parents soient des gens intimidants mais bon, moi, ça fait 25 ans que je les connais, je suis pas très objective. Bref, au bout de trois semaines, je ramenais Guillaume chez moi et nous partagions la même couche. A y repenser, ils sont ouverts d’esprit mes parents, quand même ! Guillaume est le seul petit ami que j’ai ramené à la maison.
 
De la même façon, les parents de Guillaume sont les seuls que j’ai côtoyés. Je me souviens parfaitement du jour où je les ai rencontrés. Ça faisait six mois qu’on sortait ensemble et je leur avais parlé quelques fois au téléphone, de grandes conversations.« Allo, madame Bidule ? J’aurais souhaité parlé à Guillaume, de la part de Nina, s’il vous plaît, merci ! ». Passionnant, n’est-il pas ? Donc, un jour, je ramène Guillaume de chez mes parents où nous avions passé le week-end et là, il me fait : « viens, je te présente à mes parents ! ». J’étais alors vécu d’un mini short qui tenait plus de la culotte qu’autre chose et je me suis sentie de suite follement à l’aise ! En plus, j’étais morte de trouille parce que son père était très strict et je ne savais trop comment ça allait se passer. Rassurez-vous, ses parents ont été charmants avec moi, ils m’ont proposé des verres mais je n’ai pas accepté, j’avais trois quarts d’heure de route pour rentrer chez moi.
 
Une fois la première rencontre faite, je faisais partie de la famille. Comme Guillaume était fils unique, sa mère me donnait plein de bricoles genre trousse à maquillage ou bracelet de la Redoute, ce qui était très gentil de sa part. Contrairement à tout ce qu’on m’avait dit, sa mère ne me considérait pas comme la « rivale », celle qui allait lui voler son fils pour toujours… Son père me stressait plus, donc, car il était très strict avec son fils et je me suis parfois retrouvée entre les deux quand le ton montait. Bon, Guillaume s’est aussi retrouvé entre ma mère et moi lors de disputes donc finalement…Son père était très gentil avec moi même s’il avait tendance à toujours me remplir mon verre, ce qui faisait qu’à la fin des repas, je me retrouvais un peu ivre.
 
Ensuite, en tant que compagne de Guillaume, j’ai assisté à de nombreux repas de famille, j’ai donc rencontré tous ses grands parents. Son grand-père paternel était sourd donc je devais parler fort et distinctement pour m’adresser à lui… J’avoue que je suis pas du tout habituée et j’en faisais des caisses pour être sûre d’être comprise. Côté maternel, nous allions voir ses grands parents à chaque fois que nous partions en vacances dans l’appartement de ma grand-mère au bord de la mer, ils habitaient à côté (nous avions tous deux des origines catalanes). Quelquefois, il y avait d’autres membres de la famille ce qui fait qu’en quatre ans, j’ai rencontré quasiment toute la smala. Je me souviens, une fois, on avait passé un après-midi chez eux, devant le Tour de France, Guillaume et son grand-père sur un canapé en train de parler de la course, sa grand-mère et moi en train de faire semblant d’être éveillées sur l’autre. La dernière fois que je les ai vus, je venais de pleurer toutes les larmes de mon corps car on avait eu une discussion assez difficile avec Guillaume. En gros, j’avais compris que c’était terminé, lui aussi, mais nous n’avons pas rompu à ce moment-là. Je devais vraiment avoir une drôle de tête avec mes yeux rouges et gonflés…
 
Quoi qu’il en soit, j’ai eu de la chance avec cette belle famille (je crois), je m’entendais bien avec tout le monde et je pense avoir été bien acceptée, notamment par ses cousines que j’aimais bien voir. La seule que j’ai pas rencontrée, c’est une dénommée Nina qui était journaliste… Amusant ! D’autres ont moins de chance comme, au hasard, ma mère. Quand elle a rencontré mon père, il avait encore ses deux parents mais ma mère ne les a rencontré que tard, vu qu’ils vivaient loin. Le jour J, ma mère se trouve face à sa future belle-mère et celle-là lui assène un : « Et bien, je n’ai pas de complexes à avoir ! ». 30 ans plus tard, ma mère lui en veut encore. Mais il n’y a pas eu que ça. Mon père et ma mère ne sont pas du même milieu social donc pour le mariage, ma grand-mère paternelle a refusé de cohabiter avec la famille de ma mère, des « ploucs » et a déjeuné dans une pièce voisine. J’ai des valises d’histoires comme ça. Il y eut la fois, aussi, où mes parents et moi-même étions chez mes grands-parents pour le week-end, ma mère et ma tante (la femme du frère de mon père) étaient enceinte, ma mère avait un trimestre d’avance sur ma tante mais ma grand-mère lui faisait faire tout le ménage alors que son autre belle-fille (pharmacienne et donc d’un niveau social plus élevé que ma mère) se prélassait, fatiguée par sa grossesse. Ce jour-là, ma mère fit ses valises et partit, rattrapée de justesse par mon père à la gare… Enfin, je vais pas tout raconter, je pense qu’on a saisi l’essentiel.
 
Je n’ai jamais rencontré d’autres beaux-parents, même si je les ai souvent vus en photo ou entendus au téléphone. Je me souviens, quand j’étais avec Arnaud, mes parents étaient venus sur Paris. Sur le coup, je l’avais un peu taquiné : « Tu veux pas que je te présente à mes parents ? Ils sont sympas ! ». Bien entendu, c’était une blague mais quand je lui ai demandé s’il avait déjà rencontré les parents de ses anciennes copines, sa réponse négative m’avait étonnée. « J’ai jamais eu l’occasion ! ». Ça, ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille.
 
A la réflexion, je ne comprends pas vraiment pourquoi on craint à ce point la belle-famille… Evidemment, on peut tomber sur des cas comme ma grand-mère mais malgré toutes ses tentatives (dont certaines lettres), mon père a tout de même épousé ma mère et ils ont eu deux super enfants ! Certes, ma première expérience en la matière fut plutôt rassurante puisque le principal défaut des parents de Guillaume était leur caniche que je détestais et qui passait son temps à me sauter dessus (je n’aime pas trop les chiens). De plus, sans me vanter, je pense être une belle-fille plutôt bien : polie, serviable, souriante, jolie (ahah !), diplômée, une bonne situation (oui, d’ici que je me trouve un fiancé qui me présentera à ses parents, j’aurai un boulot)… Je peux même être non tabagique sur demande. Bon, je ne sais pas encore si je suis fertile mais selon le dernier voyant que j’ai vu, oui.
 
Du côté de mes parents, ils doivent se demander pourquoi en un an et demi de célibat, je ne leur ai présenté personne alors que Yohann ramène régulièrement de nouvelles conquêtes. Ils ont su que j’étais sortie avec Arnaud dont il ont vu une photo et je suppose qu’ils sont au courant pour Guillaume. Pendant les vacances, mon père a répondu à mon téléphone portable quand Guillaume appelait… Or quand il appelle, une photo de lui en peignoir apparaît… Hum ! Et encore, heureusement que ce n’est pas ma mère qui a répondu, sinon, elle aurait eu droit à un « chérie ! »… Je me demande aussi si ma sœur n’a pas craché le morceau (oui, elle est au courant, comme ça, elle me garde Kenya quand je pars en Bretagne) puisque vendredi, elle m’a sortie une petite pique.
« Ce que j’envisage, expliquai-je, c’est de commencer ma carrière à Paris puis partir ensuite en province.
– En Bretagne, par exemple… »
Ma mère m’a fait aussi une référence au pays des crêpes mais je me souviens plus laquelle… Mais bon, outre le fait que Guillaume et moi ne nous engageons pas, je vois pas en quelle occasion je pourrais lui présenter mes parents.
 
En fait, là où la présentation des beaux-parents peut être angoissante, ce n’est pas tant de rencontrer deux individus qui n’ont rien de plus ou de moins par rapport à nous. Mais être présentée aux beaux-parents est un pas de plus dans la relation… La prochaine étape, c’est quoi ? L’appart commun, les fiançailles ? Ah, quel stress ! C’est vrai que, dans ma famille, on a une certaine pudeur par rapport à ça. Une fois ma mère m’a expliqué que ça la gênait que Yohann ramène toutes ses copines : « Tu comprends, on s’attache aux gens et après, ils s’en vont… ». Du coup, le prochain que je ramènerai, j’attendrai un peu plus de trois semaines avant de le ramener !
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