Ode à la sieste

Un samedi de septembre. Un samedi pas si incroyable : un tour à la Poste, à la banque puis au supermarché pour trouver de quoi subsister jusqu’à la semaine suivante. Une chasse à la bouffe épuisante dans un hypermarché aux couloirs étroits et aux gens perdus, où tu passes ton temps à zigzaguer entre ceux qui traînent en évitant de trébucher sur un enfant apparu de façon impromptue et en te démettant l’épaule pour éviter la collision avec une personne très pressée qui trace sans regarder. Je hais les courses le samedi, je pourrais écrire 10 articles sur le sujet que j’aurais pas fait le tour. Du coup, après tant d’émotions, j’avais besoin de m’offrir une petite sieste.

La sieste, le bonheur

Ca faisait longtemps que j’en avais pas fait, c’est de plus en plus réservé aux vacances. Essentiellement parce que je ne sais pas faire la sieste, je sombre pendant 1h30, j’émerge avec un goût métallique dans la bouche et un vague mal de tête. Mais. Oui, je parle du négatif mais en vrai, je trouve à la sieste une vertu non négligeable, deux, même.

Faire la sieste

La première est la relaxation. En semaine, quand je m’endors, je sombre, surtout en ce moment où j’en chie grave (dire qu’il y a trois semaines, j’écrivais sur ma procrastination, ça me manque). Or la sieste offre cette petite période de flottement, où tu es entre la conscience et l’endormissement, où les pensées vont et viennent sans cohérence et sans limite. Ce n’est pas de la méditation, non, on ne se concentre sur rien, on se laisse envahir par les idées. Je trouve toujours intéressant de voir ce qui vient, même si je guide un peu. Par exemple, je voulais réfléchir à une inquiétude sur un roman, savoir si je donnais chair à une potentielle romance, sachant que mon écriture va vers ça mais que ça m’arrange pas (oui, quand je vous dis que je suis parfois la première surprise des rebondissements surgis sous ma propre plume…)(en même temps, vu que je dépasse toujours pas l’étape “faire lire à une autre personne, c’est pas difficile d’être la première surprise, vu que je suis un peu la seule). Je branche mon cerveau là-dessus et au milieu de pensées parasites sans queue ni tête, je finis par trouver une solution à peu près satisfaisante. Et puis je laisse mon cerveau voguer où il veut et parfois, il me montre du doigt ce qui me déplaît, me donne une idée pour essayer de trouver une solution à tel ou tel problème dont je n’avais même pas forcément conscience… Quitte parfois à me faire relever sans avoir dormi tellement je suis persuadée d’avoir eu une bonne idée à appliquer IMMEDIATEMENT.

Power nap pour une sieste au bureau

Autre point et non des moindres : je rêve et je m’en souviens. En ce moment, comme je tombe de fatigue le soir, je sombre jusqu’au réveil le lendemain matin et me souviens rarement de mes songes. Or ils sont souvent source d’inspiration pour moi. Pas toujours de bonne inspiration, certes. Je me souviens d’une fois où j’avais eu cette idée d’une enquête dans un chalet où les gens du présent étaient endormis pour retrouver la mémoire des gens du passé (dont ils étaient la réincarnation, je crois) et ça permettait de comprendre qui était le tueur du passé. Je me souviens, dans mon rêve, c’était un film qui m’avait chavirée, j’étais malheureuse de ne pas avoir eue cette idée là et je vous dis pas mon enthousiasme quand je me suis réveillée et que cette idée de génie était à moi… J’avais commencé à tout noter sur un cahier pour ne rien oublier et au fur et à mesure que j’écrivais, je réalisais… que c’était complètement débile. Mais parfois, il reste un fil à tirer. C’est comme ça que j’ai eu l’idée d’Uchronia, que j’ai entrevu Technopolis (la ville, littéralement)… Ou des fois, je rêve de lieux incroyables où j’aimerais aller… quitte éventuellement à ne pas retrouver ce que j’ai imaginé.

Ville rétrofuturiste

Et puis la sieste, c’est surtout le signe qu’on a le temps, une petite parenthèse que l’on s’accorde les jours où on n’a rien de prévu dans les prochaines minutes, les prochaines heures, ces jours bénis où on peut laisser filer le temps sans s’en inquiéter. La sieste a des goûts de jours heureux.

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Jorane et le violoncelle

Cet article n’est pas un conte mais une ode à mon artiste musicale préférée et de très loin : Jorane.
 
Tout commence un jour de mai 2002. A cette époque, j’utilisais beaucoup un logiciel, audiogalaxy, qui permet de télécharger de la musique (c’est pas bien de télécharger, les enfants, ne m’imitez pas). Ce logiciel disposait de son propre site et quand on choisissait des chansons, il y avait une petite indication : « les gens qui possèdent cette chanson écoutent aussi… ». Un jour, sans doute en téléchargeant du Tori Amos, je vois marqué un nom bizarre, très québécois, ce qui tombe plutôt bien : avec ma maîtrise, je suis à fond dans ma période québécoise. Je télécharge trois chansons pour voir (oui, toujours trois, comme ça, si une me plaît pas, ça peut être parce que je suis mal tombée, deux aussi, si au bout de trois, j’accroche pas, ça ne me plaira pas). Premier titre écouté : « Pour Gabrielle », c’est très particulier ! Un violoncelle omniprésent, des mélopées avec deux jolies voix… Ok, j’adore, je suis fan. Dans la foulée, j’écoute LA chanson de Jorane, le titre incontournable « Dit-elle ». Pour une fois, il y a des paroles et ça me prend franchement aux tripes, je commence à chercher frénétiquement toutes les chansons disponibles.
 
 
Or, quelques jours plus tard, rebondissement (enfin, tout est relatif). Je me lève tôt pour déjeuner avec ma mère, elle feuillette le journal local et là, je vois marqué « Jorane », dessus. Seigneur, ça vire à l’obsession ! Mais non, je ne rêve pas : la petite Canadienne est en concert ce soir dans ma ville. En fait, dans mon bled, y a un festival de musique assez connu et ils font souvent venir des Québécoises donc je prends Anne sous le bras et nous voilà assises dans l’inconfortable théâtre municipal (non mais c’est vrai quand
je sors de là, j’ai toujours mal au cul). Première partie sympa, une autre artiste québécoise. Et là, arrive une petite femme toute mince et toute jolie, une vraie petite fée à cheveux longs, jupe en velours et rangers (oui, les Québécois sont des gens parfois un peu étranges), elle se pose au milieu de la scène et commence à chanter a capella. Seigneur Dieu ! J’ai des frissons partout, je suis scotchée sur mon siège. Puis la petite fée s’installe derrière son gros violoncelle et je me rends à compte à quel point je peux adorer cet instrument. A l’époque, je ne connaissais que peu de chansons donc je me suis laissée aller à la musique sans en reconnaître la plupart des titres. Mais dès le lendemain, j’allais chez mon disquaire acheter ses albums.
 
Là, je la découvre. A l’époque, il n’y avait que deux albums, « Vent fou », qui mêlait chanson avec paroles et chansons mélopées et « 16 mm », qui ne regroupe que des mélopées, cet album se voulant comme une espèce de BO d’un film imaginaire. J’aime bien ses chansons avec paroles mais j’avoue que j’adore les mélopées car on peut y trouver chacun son histoire. Par exemple, Sous-Marin Marion m’évoque une brouette passionnée, ça commence tout doucement et tout d’un coup, bam, ça explose, ça devient super fort. Sinon , Film III, je ne peux m’empêcher de le voir comme un requiem, avec une espèce de métaphore de l’âme qui s’envole. D’ailleurs, pour mon enterrement, je veux cette chanson.
 
Ensuite est sorti le live et là, j’ai trouvé un nouveau jeu. Je mettais le CD dans mon discman (époque maudite où l’i-pod existait pas), je me foutais sous ma couette, allongée, et j’écoutais, mon imagination partait dans tous les sens, je m’assoupissais sans vraiment m’endormir… mais je ne travaillais pas sur ma maîtrise, du coup. Mais ça m’a inspiré un roman, le prochain que j’écrirai (d’ici 2009, je suppose), l’histoire de quatre sœurs italiennes dans une Europe en guerre, la troisième de la famille, Cecilia, sera donc une violoncelliste accomplie. En fait plusieurs morceaux collent avec des moments du récit, c’est un peu étrange mais c’est comme ça.
 
En novembre 2002, revoici Jorane dans la ville rose donc j’y entraîne Pierre, un ami qui connaissait pas mais qui m’a fait confiance. Cette fois-ci, je connaissais le titre sur le bout des doigts donc le concert a pris une autre dimension, ni mieux ni pire que la première fois mais en même temps, ce qui est magique avec Jorane, c’est qu’aucun concert ne se ressemble. La playlist n’est jamais la même, les discours entre les chansons non plus… En plus, c’est une fille très souriante et très spontanée, très proche de ses fans, aussi. J’ai eu la chance de parler en chat une fois avec elle (chat organisé par un journal canadien), elle était vraiment adorable. J’ai pu lui glisser que j’avais commencé le violoncelle grâce à elle, y avait une nana qui m’enviait trop d’avoir pu le dire (oui…).
 
Troisième album, très différent, pas forcément moins bon mais on perd un peu ce qui faisait la spécificité joranienne, à mon goût. Je n’en vais pas moins au concert qu’elle donne au Divan du Monde en mai 2005 à Paris, un concert franchement magique : une salle d’une centaine de places, ils n’étaient que deux sur scène : Jorane et son guitariste. Le meilleur concert de ma vie, je pense. En fait, elle a entamé son concert par Prière, une de mes chansons préférées, j’en ai eu vraiment la chair de poule, je sentais tous mes poils se
hérisser.
 
Je crois que de tous les gens que j’admire, Jorane est celle qui m’inspire le plus : un roman (pas écrit mais bon, je fais ce que je peux, j’en ai un à finir, avant), j’ai ensuite commencé le violoncelle grâce à elle. Je me voyais déjà en train de chanter ses chansons sur une scène. Sauf qu’au bout d’un an, mes progrès n’ont pas été flagrants, mauvaise prof ou mauvaise élève, je ne sais. Bon, si, je sais un peu, j’avoue que je m’entraînais pas trop mais j’aimais pas qu’on m’entende jouer donc je ne pouvais que répéter quand Guillaume n’était pas là. En fait, j’ai une espèce de pudeur débile au niveau de la musique, j’adore chanter, j’aimais bien jouer du violoncelle mais j’aime pas qu’on m’écoute quand je fais l’un ou l’autre. Bref, pour en revenir au violoncelle, c’est un instrument fantastique. Déjà, je trouve les sons magnifiques et c’est quelque part l’instrument le plus sensuel que je connaisse puisqu’on le place entre ses cuisses. J’ai vu à ce propos un film très évocateur qui s’appelait I am Dina (c’était Jorane qui faisait la BO, comme par hasard), il y a une scène où un homme tombe amoureux d’elle alors qu’elle joue frénétiquement du violoncelle, c’est sexuellement évocateur, quelque part…
 
Et puis, jouer du violoncelle, c’est ressentir son instrument. Je ne sais pas si ça le fait avec d’autres car je n’avais jamais joué de quoi que ce soit avant, sauf de la flûte à bec au collège mais j’avais HORREUR de ça. Le violoncelle, quand on en joue (surtout sur les notes graves), ça vibre, la sensation de l’archet qui caresse la corde est assez intéressante. De cette petite année musicale, j’ai d’ailleurs gardé une minuscule cicatrice sur l’index gauche, à force de pincer les cordes. J’aurais continué, j’aurais eu de la corne sur les doigts mais ils
sont moches, de toute façon, c’est pas très grave.
 
Depuis Jorane, j’ai donc une passion sans borne pour le violoncelle, j’adore vraiment cet instrument. Grâce à elle, j’ai découvert ensuite des groupes comme Apocalyptica, Rasputina, Bumcello, entre autres. Je pense que dans ma vie, deux artistes ont réussi à vraiment me marquer, Jorane est l’une des deux, l’autre étant un écrivain dont je parlerai une prochaine fois ! 
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