Réunionite aiguë

Il y a quelques années, j’avais poussé ce grand cri du coeur : je hais les réunions. A l’époque, je sortais d’une expérience professionnelle effroyable et m’apprêtais à entrer dans une autre (pas beaucoup mieux) où la réunionite aiguë régnait. Le but ? Masquer son incompétence en brassant du vent pendant 1h ou 2 dans une pièce qui finit par sentir le fauve.

Réunions le grand cauchemar

Je ne suis pas opposée en soi aux réunions, j’en programme et réclame même parfois. Mais il y a réunion et réunion. En gros : une réunion pour avancer sur un dossier à rendre : oui. Une réunion où je passe plus de temps  à faire des dessins sur mon carnet en luttant contre l’incroyable lourdeur de mes paupières, non. J’ai tendance à mesurer la compétence des gens à leur façon d’organiser des réunions. Une réunion bien bornée dans le temps, avec les bons interlocuteurs et qui se termine par une répartition des tâches et un plan de travail clair et précis avec des échéances : réunion parfaite. Une réunion où la moitié des interlocuteurs se demandent pourquoi ils sont là, se pincent discrètement le gras de la cuisse pour ne pas s’endormir ou se rejouent le film de la veille dans leur tête en se murant dans un silence malaisant, un blabla inutile où tu sors au bout d’une heure sans comprendre ce que tu es censé faire…Mauvaise réunion. Le pire étant les réunions d’équipe qui ne servent souvent qu’à donner au manager l’illusion qu’il maîtrise le travail de son équipe alors que la plupart du temps, on se contente d’ânonner notre to do list devant le dit manager qui hoche la tête mais n’aura aucune solution en cas de soucis. En résumé, t’as juste perdu une heure.

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Et les réunions, putain que ça stresse. Laissez-moi vous raconter mon mardi matin. Dans mon agenda : une réunion de 10h à 10h30, une de 10h30 à 11h30 et une de 11h à 12h. Bon, voyons : une sur un énorme dossier à rendre, une organisée par le DG et une où ma présence n’est pas nécessaire… Ok, donc toi, tu dégages, déjà. Ensuite, reprenons. J’arrive au boulot à 9h50 (pas de jugement, le gros des équipes arrive entre 10het 10h30), ma réunion de 10h commence à 10h15, je me fais harceler par téléphone à 10h45 pour ramener mes fesses à la réunion suivante… où je fais littéralement figuration, pensant au gros dossier que je dois rendre. Sachant que la veille, j’ai eu une réunion de 14h30 à 15h pour remplir un excel à la con (alors que je l’aurais fait seule, j’en aurais eu pour 10 mn max mais on aime se tenir la main et s’inventer des problèmes sur le remplissage d’une feuille de calcul), de 16h30 à 17h30 sur mon gros dossier, de 17h30 à 18h30 sur une prise de brief où je sers strictement à rien tout en me faisant harceler parce que y a un call à 17h30 et que faut vraiment que je sois dispo. Où j’en suis du gros dossier ? Bah toujours au même point*

Businessman with stacks of paperwork, covering eyes

Dès que j’entends réunion, j’ai une giclée d’acides qui me rince l’estomac. Parce qu’ici, il faut savoir qu’une réunion qui débute à l’heure, c’est un mythe. En gros, au départ, je considérais que si on me dit que la réunion est à 10h, je me lève à 9h55 pour retrouver le lieu de la réunion. Ce que je faisais au départ. Mais à force de rester à bayer aux corneilles en attendant désespérément les participants de la réunion, j’ai compris : commence à te déplacer à l’heure pile de la réunion. Et encore, je dois encore poireauter. Aucune réunion ne démarre à l’heure donc si tu dois enchaîner, c’est la merde. Tu cours dans les étages, tu cherches tes collègues qui se rendent mollement à la salle de réunion “Ah, attends, il manque Jean-Claude… Putain mais il est où ?”. Mais sinon, vous n’avez pas du travail les gens ? Parce que là, on perd du temps pour rien, en fait et j’ai franchement autre chose à foutre… Même si je suis en période d’accalmie, j’ai toujours mieux à faire que d’attendre Jean-Claude et Patricia qui “finissent un mail et arrivent”. Je vous hais.

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Alors tu finis par refuser des réunions. Parce que tu en as marre de perdre du temps, parce que t’en as marre de t’inquiéter pour ta santé car tu t’endors à chaque fois ou presque, parce que tu en as marre de boire ton café froid car une réunion impromptue t’a empêché de le terminer, parce que t’en as marre d’attendre tous les Jean-Claude et Patricia de la planète, parce que ton gros dossier n’a pas avanc d’un millimètre et que tu vas devoir rester jusqu’à trop tard pour faire tout ce que tu n’as pas pu faire pendant ces réunions totalement improductives. Sauf que refuser une réunion, c’est se prendre coups de fil et mails en mode chantage affectif sur le fait qu’on a à tout prix besoin de toi… Parce qu’il fallait un joli pot de fleurs, sans doute.

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* Pour être tout à fait honnête, je voulais me taper une petite nocturne lundi soir pour bien avancer mais mon pc pro a décidé que non et une fois chez moi, j’ai préféré écrire et mater The walking dead (j’ai tout rattrapé mon retard, je suis en même temps que les gens, maintenant… et c’est terriblement frustrant)

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T’as pas d’enfants, tu peux rester tard…

Grande discussion avec Vicky l’autre soir, alors que nous parlions boulot que nous
pourrons résumer ainsi : « on dirait que le fait que l’on n’ait pas d’enfants signifie qu’on n’a pas de vie privée ! ». Autrement dit, il semble que notre nulliparité fasse de nous des candidates idéales aux heures sup’ à outrance. Mais moi aussi, j’ai droit à mon temps libre.

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Mois de mai, gros surplus de travail. Je finis entre 21 et 21h30 quotidiennement parce que faut bien faire le taf. Sans parler du surplus le week-end. Bref au mois de mai, avoir une vie privée a été quelque peu compliqué, heureusement que je retrouve Vicky et Amant Chouchou direct chez eux, il est difficile de filer des rencards dans des bars vu que j’ai du mal à sortir assez tôt ou même
à respecter une heure de départ car si le travail n’est pas fini, il ne me manquera rien le lendemain. Non, je ne fais pas ma Cosette. Et oui, c’est de ma faute, j’ai donné l’habitude de rester tard et voilà…

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Mais voilà, comme nous n’avons pas d’enfants, pas s’excuse pour partir tôt, tu n’es pas prioritaire pour les vacances, on te choisira naturellement si y a du boulot à gerer le week-end. Le droit du travail est-il automatiquement acquis lors de la naissance de notre enfant ? N’ai-je de fait aucune revendication à la vie privée tant que je ne suis pas mère ? Une soirée entre amis ou en tête à tête torride doit-elle passer à la trappe au profit d’un dossier à boucler ? Quand je parle de dossier à boucler, comprenez moi bien, je parle du dossier qui n’a pas été bouclé durant
les 8h et quelques que constituent une journée de travail parce qu’on n’a pas eu le temps. Et quand je dis pas eu le temps, ce n’est pas parce qu’on a glandé sur Twitter ou Facebook, c’est parce qu’on a eu des milliers de choses à faire en même temps. C’est là que je m’auto-flagelle à nouveau : oui, j’ai trop donné l’habitude de faire des journées de 10-12h, comment puis-je expliquer ensuite que j’ai trop de taf vu qu’in fine, il est fait ?

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Mais voilà dans les faits, la réalité est là : puisque je ne suis pas mère, je n’ai pas de réelles raisons de quitter mon taf à heure dite donc je suis priée de rester le finir sinon, gare à la fessée. Et pas la fessée comme j’aime.  Alors entendons-nous bien, je ne reproche en aucun cas aux mères de partir plus tôt pour voir leurs enfants ou de prendre en priorité les vacances rapport aux congés scolaires, je trouve ça on ne peut plus normal. A l’agence, par exemple, Iasmina essaie tant que faire se peut de ne pas partir trop tard le soir pour pouvoir voir son fils avant qu’il ne se couche et arrive parfois un petit peu en retard le matin (15 à 20 mn, pas la mort non plus) car elle a amené son petit à l’école, c’est quelque chose de complètement normal. J’attendrais le même comportement des papas, au passage, j’en parle pas car je n’ai pas vraiment le cas au boulot actuellement même si par le passé, ça a justement
créé des conflits, un employé estimant qu’il ne devait pas rester jusqu’à 22h car il avait une vie de famille. Ce qui est on ne peut plus légitime. Là où le bât blesse, c’est que l’enfant est-il la seule raison légitime pour ne pas se tuer à la tâche. Je ne parle pas de nocturnes ponctuelles pour cause de dossier chaud, hein, je parle d’une habitude qui nous fait partir systématiquement tard.

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Pour ma part, la seule autre excuse qui passe, c’est la plongée. Ben oui, si je rate le début du cours, la piscine ferme et je ne peux plus y aller et j’ai mon
niveau 1 à passer (demain). Un rendez-vous qui n’est pas chez le médecin (à ce qu’on en sait, je n’informe pas ma hiérarchie de mon emploi du temps post travail) ? Là, ça coince plus. Pour preuve, l’autre soir, quand j’ai annoncé que je devais partir à 19h, j’ai eu l’impression d’avoir dit « le soir, quand je m’ennuie, j’aime éviscérer des nouveaux nés ». Alors ok, j’avais un rendez-vous perso mais je suis partie à 19h, ce sont les horaires normales d’une salariée. J’aurais eu un enfant, on ne m’aurait rien demandé…

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Bref, ne pas avoir d’enfants ne fait pas de nous des individus sans vie privée. Libre à nous de décider de se tuer ou non à la tâche. Mais si j’ai envie de sortir à une heure normale de mon bureau, est-ce à ce point criminel ? Non mais, moi aussi, j’ai droit d’avoir une vie en dehors du boulot. Puis j’ai envie de dire, je ne vois pas trop comment je pourrais un jour faire des enfants si j’ai pas le temps d’avoir une vie privée… A moins que ce ne soit un odieux complot du patronat visant à nous empêcher d’avoir une vie de famille et donc de partir à une heure décente du bureau ?

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PS : Au cas où, ma dernière phrase était une blague, merci à vous.

PPS : Pour ceux qui verraient dans mon article un désir sous-jacent de maternité, je me fais poser un stérilet la semaine prochaine donc c’est pas ça non plus.

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