Femme des années 2010, femme jusqu’au bout du clitoris

 (Vanne aperçue sur Twitter mais je ne me souviens pas de l’auteur, désolée !)

Ces derniers temps,je ne sais pas pourquoi mais l’envie d’aller cramer mon soutien-gorge me démange. Peut-être parce que j’ai plus ou moins arrêté de fumer (j’ai une technique particulière, je vous dirai ça dans un prochain article) et que je ne sais plus quoi faire de mon briquet. Ou peut-être parce qu’en ses temps troublés où notre prochain est forcément un délinquant en puissance, surtout s’il a la peau noire, qu’on fait du mauvais communautarisme à outrance, qu’on nous répète à l’envi que c’est la crise, qu’on va tous crever, que la
guerre n’est plus très loin, le féminisme en prend aussi un sacré coup. Force est de constater que nous sommes dans une phase de repli réactionnaire. Elles sont loin les années 80 « working girl ». On a tué Angela Bower, là… D’ailleurs, pour découvrir l’étendue des dégâts, n’hésitez pas à aller faire un tour sur Vie de Meuf, édifiant.


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Mais revenons en au coeur de l’article, ce que je voulais dénoncer haut et fort, montrer du doigt et lapider virtuellement avec des mots. La version 2010 d’Etre une femme de Sardou. Alors avant d’aller plus loin dans l’article, mon honnêteté intellectuelle (ahem) me force à préciser que je déteste Michel Sardou et son réactionnisme puant. La première version d’Etre une femme me débectait (et dire que mon ex, Guillaume 1er, la chantait toujours en karaoké…), la seconde est encore pire. Je vous propose une petite analyse de texte et de clip. Oui, je vais regarder le clip une nouvelle fois pour toi, lecteur. Mon abnégation m’auto émeus.

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Bon, je vous passe l’intro façon Johnny d’un Sardou qui n’a plus 20 ans qui explique qu’il s’imagine être une femme, le tout en montant un escalier bordé de bonnasses nues. Okay… Donc là, il dit « le drame d’être une femme », gros plan sur une nana qui met du gloss. Alors déjà, je tiens à préciser que le maquillage est précisément un truc génial. J’adore me maquiller, ce sont mes 5 minutes totalement égoïstes de la journée. Puis si je réussis bien mon coup, je me trouve bien jolie, ça fait plaisir de bon matin. Bref, M. Sardou ne semble
pas aimer le gloss, passons. Là, on a droit à un chorus chiant sur musique techno où les nanas semblent littéralement jouir de leur féminité et Sardou fait d’étranges gestes avec les mains qui ne sont pas sans rappeler un bon pelotage de fesses en règle.

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Sardou se positionne comme un homme de son temps donc pour bien le souligner, on a droit à une image quasi subliminale d’iPad. Je ne vois pas bien pourquoi. Cependant, j’en veux un donc si à tout hasard, tu ne sais pas quoi faire de quelques centaines d’euros et que tu as envie de me faire plaisir, tu sais ce qu’il te reste à faire. Bref, ça commence fort avec une nana à moitié à poil qui s’habille, on apprend qu’on a plus besoin de ne rien revendiquer vu qu’on a tout obtenu. J’ai envie de dire HIN HIN HIN. Michel n’a pas l’air de connaître vie de meuf. Notre héroïne enfile tailleur et chaussures à talons, c’est une femme dominatrice, sûre d’elle. On apprend que la demoiselle est chef d’entreprise, qu’elle n’a pas besoin d’hommes. Elle mène sa boîte avec toute l’hystérie dont elle est capable en semblant insulter ses collaborateurs, une patronne dont on rêve tous… Mais elle n’en reste pas moins féminine puisqu’elle passe
chez le coiffeur et se maquille dans l’ascenseur. Débordée mais pas négligée, nous voici rassurés. Mais pas pour longtemps car cette (triste) vie est épuisante, elle ne regarde même plus la télé et se gave d’aspirine. Alors, juste, je m’interroge un peu sur cette histoire de télé, ça semble un peu dramatique que nous, femme des années 2010, ne regardions plus la télé. Il est sponsorisé par TF1 ? Bref, on continue. Refrain, orgasmes des choristes nues dans une ambiance à la limite du saphisme qu laisse Sardou globalement indifférent. Il n’a pas pris son viagra pépé ? A moins qu’il ne prenne des forces pour la « meilleure » partie de la chanson, celle qui parle d’amour. Accrochez vous à vos slips et vos culottes, c’est parti !

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Les femmes 2010 ne baisent plus. Voilà, c’est le drame. Elles essaient de choper du mâle jetable comme des salopes qu’elles sont mais le travail les rappelle à l’ordre et le monsieur dormira sur la béquille. Bref, la femme est débordée, tellemet qu’elle est toujours habillée pareil avec son chignon strict mais déjà, la faille pointe chez Superwoman, Michel le dit : on n’a pas le temps d’être nostalgiques mais dès que le premier cheveu blanc pointera, on va changer. D’ailleurs, notre demoiselle commence à tirer la gueule et paraît fatiguée.
D’ailleurs, Sardou nous explique que depuis les années 80, on a tout perdu et même pas gagné de salaire (il disait précisément l’inverse en début de chanson puisqu’on était censées avoir tout cequ’on revendiquait. Souffrerait-il d’Alzheimer ?). Il n’est pas content de cette évolution, Michel, il regarde en l’air d’un air exaspéré : ce qu’elles peuvent être connes, les femmes !

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Là, on sent que ça va basculer, l’héroïne prend une longue douche pour se détendre, on l’a vue tracassée dans la salle de bain. Non pas à cause d’un test de grossesse positif mais parce qu’elle se rend compte que sa vie, c’est de la merde. Même quand elle chante « Etre une femme », elle ne jouit plus. Heureusement, Michel nous comprends, il sait que « beaucoup en ont marre » et va nous donner la clé du bonheur. J’en frétille d’impatience. Là, je vous copie colle les paroles, c’est beau comme du Baudelaire : « il suffit de retrouver l’adresse du type gâché de leur jeunesse, un homme gentil qu’elles ont laissé au port des occasions manquées, refaire sa vie et pourquoi pas être une femme et belle à la fois. L’amour d’automne c’est encore mieux, laisser un homme faire ce qu’il veut et puis s’endormir contre lui et jeter les dossiers aux orties ». Notons que l’héroïne a les cheveux désormais détachés. Bon, là, j’ai envie de hurler. PUTAIN BORDEL DE MERDE ! Ca veut dire quoi ? Qu’une femme qui s’accomplit par elle-même est forcément dans le faux ? Elle doit forcément se trouver un mec et plaquer sa vie professionnelle pour être heureuse ? Vraiment ? Bon, fin du clip, les 4 demoiselles chantent nues les unes contre les autres, Sardou s’en va. Moi, je pleure de désespoir. On en est encore là.

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Alors, okayyy, Sardou, c’est Sardou, c’est normal. Mais ça me rend dingue ! Ca paraît vraiment à ce point inconcevable d’imaginer une femme qui a une vie professionnelle intense et satisfaisante et une vie privée tout aussi chouette ? On est soit mère au foyer sans ambition soit malheureuse ? Vraiment ? Je ne vous referai pas le laïus sur la maternité, il n’en parle pas, ceci dit. Et ce qui me déprime le plus, c’est que des femmes, oui, des femmes, se reconnaissent parfaitement dans cette chanson. Moi pas. Je bosse la journée sans aboyer sur mes collaborateurs (bon, faut dire que je suis pas la chef non plus), je sors le soir et si je ramène un homme chez moi, c’est pas un coup de fil qui va m’empêcher de conclure (mais je la soupçonne d’avoir fait la vieille technique du coup de fil urgent pour se débarrasser de l’importun), oh que non. Et je ne change pas de mec tous les soirs non plus, il m’arrive d’avoir des relations suivies. Au passage, j’aimerais savoir comment la fille de la chanson peut se trouver tant de coups d’un soir vu qu’elle est débordée. Chez le coiffeur ou elle couche avec ses employés ? Et bah bravo ! Personnellement, je ne me reconnais pas dans cette loseuse qui ne
cherche finalement qu’un mari pour apprendre à respirer. Supeeeer.

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Et puis les choristes au bord de l’orgasme et nues, faudra m’expliquer quand même. Pour ceux qui n’ont pas vu le clip, je les invite à le trouver tout seul, j’ai pas envie de le diffuser ici.

PS : Oui, je suis très fière d’avoir fait tout un article sans poster une seule fois la photo de Sardou.

 

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Fermer le journal et éteindre la télé

Je suis ce qu’on appelle une hyper connectée (mais pas comme Clément le no life, faut pas déconner non plus). Je vis dans un bain d’actualité : le matin, j’ai le gratuit qui me rappelle ce qu’il se passe. En journée, sur mon netvibes, j’ai les dernières nouvelles du Monde. Quelqu’un meurt, je le sais dès que la dépêche AFP tombe. Enfin, si j’ai le nez sur mon netvibes car quand une bombe explose pas loin de mon taf, je le sais même pas de suite (mais on l’a pas entendue). J’ai viré le JT de 20h de ma consommation d’info vu que c’est à l’heure que je
rentre et que je veux me détendre. Mais voilà, je suis au courant limite malgré moi de ce qu’il se passe dans le monde.

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Cette semaine, je suis littéralement tombée sur le cul en suivant l’actualité : Khadafi à Paris, youpi, youpi, vendons lui des avions et même du nucléaire et du matériel militaire, le tout dans une indifférence générale ou une indignation molle. Là, ça dépasse tout simplement mon entendement. Aurais-je vécu un coma ? Aurais-je raté des épisodes ? Comme me disait Tatiana d’hier, ce doit être le prix de la libération des infirmières bulgares. Oui, c’est de la real politik mais quand même, ça gratte et c’est pas du tout agréable, franchement.
Seulement, voilà, je suis Nina Bartoldi, jeune citoyenne de 27 ans qui n’a aucun rapport avec la politique alors autant dire que mon avis, on s’en contrefout. Je pourrais hurler mon indignation, ça n’aurait finalement aucune espèce d’importance.

Le monde tourne sans nous. C’est pas une découverte, hein, je le savais avant. Mais la question que je me pose parfois, c’est pourquoi je continue à suivre l’actualité, vu que ça ne sert qu’à me déprimer/énerver. Après tout, pourquoi ne pas me contenter de l’actualité de mon domaine professionnel ? C’est pas parce qu’on lit pas les journaux que les choses ne se passent pas. Bien sûr, se tenir informée tient parfois du réflexe. Il y a des sujets qui m’intéressent, surtout géopolitiques, des pays dont j’aime suivre l’actu et parfois, ça me titille
d’écrire des articles dessus pour un blog journalistique que je créerais. Evidemment, ça demande du temps et je n’en ai pas forcément beaucoup. Même si je m’organise, arrive un moment où j’ai aussi envie de vivre, pas juste écrire. Et puis peut-on réellement se couper de la politique intérieure ? Même si s’informer ne fera pas changer les choses, être informée du pourquoi les
grèves, pourquoi mon pain ou mon lait coûtent plus chers, ce qu’il se passe, ce qui est prévu.

Et pourtant, avouez comme c’est bon quand, pendant les vacances, on se déconnecte. On ne regarde pas la télé, on n’achète que des journaux légers comme des plumes. Quand on est à l’étranger, on n’achète carrément rien, on se contente des romans qu’on a achetés. Et c’est bon, franchement. Evidemment, quand on revient à la civilisation (enfin, à sa vie de tous les jours, quoi), on se reconnecte aussi vite. Je me souviens quand j’étais partie en Irlande en avril 97, première chose que je demande à mes parents une fois de retour « alors, il se passe quoi en France ? – Bah rien ! ». Oui, j’ai juste après quelques heures plus tard en regardant les infos que Chirac avait dissous l’Assemblée, rien de grave, quoi. Mais à l’époque, j’étais mineure alors au fond, que je sache ou pas, qu’est-ce que ça aurait changé ? Rien, si ce n’est me sentir conne quand on m’en parle. Ah oui, là, je touche du doigt un truc. Je sais pas vous mais je déteste être prise en flagrant délit de « je suis pas au courant de l’actu ». Enfin, je parle pas de l’actu d’il y a dix minutes, genre quelqu’un vient de mourir.  Non, je parle de celles d’il y a quelques jours genre un tsunami, par exemple. Ben oui, je reste quelqu’un d’orgueilleux quoi qu’il en soit. Puis c’est vrai que même si on fuit les journaux, télés, radios, l’actu est partout : sur tous les kiosques, dans la conversation des gens, sur les blogs des uns et des autres. La seule façon d’être totalement déconnectée, c’est de vivre dans une grotte. Mais je n’aime pas les grottes, il fait froid, humide, ça sent le moisi et y a des bêtes dedans. Pour la spéléo, ok, mais y vivre, non.

Alors puisque je suis un peu obligée de vivre dans une soupe d’actu, je l’accepte ok. Mais je vous préviens, ici, je ne parlerai plus d’actu. Parce que mon analyse, on s’en fout, parce que ça ne changera rien. Parce que je ne parle que de ce qui m’énerve et ça donne pas envie de se détendre ici. Alors voilà, maintenant, ici, je jouerai les bisounours égocentrés. C’est pas que je sais pas ce qu’il se passe, c’est juste que je ne veux plus en parler. Y a des trucs plus gais dans la vie, goûtons-les.

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