Le délice d’un bon narrateur rigolo

C’est dimanche et vous savez ce que j’aime faire le dimanche : écrire en mettant en fond des séries un peu légères, idéalement drôles même si je suis un peu chiante en matière d’humour. Du coup, je me dis “tiens, si je vous gratifiais d’un article léger sur un truc que j’aime bien : le narrateur rigolo”.

Le narrateur rigolo

Je vais parler ici de deux séries, n’hésitez pas à m’en balancer d’autres dans le genre si vous en avez : Arrested Development et Jane the Virgin. Alors certains ne verront pas le rapport à priori, rapides présentations : à ma gauche, Arrested Development, l’histoire d’une famille riche complètement dysfonctionnelle qui se retrouve sans le sous du jour au lendemain. On a donc une galerie de freaks assez drôles et attachants et si vous ne connaissez pas cette série, vous en connaissez néanmoins quelques gifs :

Gif arrested development Gif arrested development Gif arrested development

A ma droite, Jane the virgin, série que j’aime d’amour et dont je reparlerai une autre fois, je sais pas trop quand. Jane est, comme son nom l’indique, une vierge mais elle se retrouve inséminée accidentellement avec le sperme du beau Rafael. En gros : on a le pitch classique de la telenovela avec un triangle amoureux, une pauvresse qui flirte avec un homme très riche car l’amour transcende les classes sociales… et, ce qui est merveilleux, c’est qu’ils ont rajouté en guise de paillettes au chocolat sur le tout une sorte de parodie de télénovela. Donc j’adore.

Le triangle amoureux de Jane the virgin

Le point commun entre les deux : le narrateur qui sort un peu de son rôle de narrateur, justement. Et c’est précisément ce qui rend ces séries délicieuses. On pourrait avoir affaire d’un côté à une série familiale à sketches, pas loin d’un Fête à la maison ou Notre belle famille mais en plus féroce, de l’autre une série romantique. Je pense qu’on doit pas être loin d’Ugly Betty mais je dois avouer que je n’ai vu qu’un épisode donc je vais avoir du mal à poursuivre le parallèle. Il n’y a pas une écriture identique, Arrested Development ressemble plus à une sorte de documentaire, le narrateur décrit la situation… de façon assez sarcastique. Alors que dans Jane, il brise les règles du jeu en s’adressant aux personnages (“non, ne fais pas ça”) ou démolit le quatrième mur en s’adressant à nous, je me souviens, à propos d’un plot twist “oh wouah… je ne sais pas quoi dire, je suis aussi surpris que vous” voir nous spoile un petit peu du genre “à propos de pétrin, voici Petra” (ok, j’adore la sonorité de cette phrase) ou le sublime « regardez comme ils sont mignons mais comme nous sommes dans une telenovela, je suis inquiet, ça va pas durer ». D’ailleurs juste après, vient le rebondissement.

Jane the virgin : Xiomara et Rogelio

Et en fait, ça change tout. Et je me demande comment adapter ça dans mon écriture. Sur les quatre romans que j’ai actuellement en chantier (enfin, on pourrait presque dire cinq, je reprends en sous-marin mon projet d’Audrey, là, mais je veux écrire une vingtaine d’articles avant de lancer quoi que ce soit surtout que j’aimerais trouver un style d’illustration un peu sympa), j’en ai un (en fait deux du coup) écrit sous forme de journal à la première personne et ces personnes n’ont pas forcément un sens de la dérision ultime, vu qu’elles sont impliquées. Mais je trouve qu’il y a quelque chose d’intéressant ici, un sens du détail qui fait basculer une histoire banale à un bon moment de rire et je veux capturer ça… Peut-être que je devrais envisager un Audrey bis raconté par une autre personne, ça pourrait être amusant…

Jane et Rafael - Jane the virgin

En fait, il n’est pas toujours facile d’écrire un personnage dont on peut se moquer sans déraper. C’est tout le problème que j’ai avec certains personnages, surtout féminins, loseuses éternelles à la Bridget Jones, du genre à ne pas pouvoir descendre un escalier sans chuter si l’objet de leur attention est dans la pièce, qui envoie des SMS par erreur, qui transpire le “hihi, je suis maladroite, je suis une fille comme les autres” (non). Parce que vous savez qui est quand même assez maladroite ? Jane. Et vous savez qui n’est pas agaçante ? Jane.

Jane et Mateo - Jane the virgin

Va vraiment falloir qu’on reparle d’elle.  

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La Présidentielle, cette si vaste blague

Ou ce concours de bites, au choix. Nous sommes le 13 mars, nous avons donc notre premier tour dans un mois et 10 jours et je vous cache pas que je n’en puis plus. Je ne commenterai pas en détail parce que je risquerais d’être grossière mais il me semble qu’on oublie toujours salement quelqu’un dans la Présidentielle : le peuple.

Anticonformisme et libertés

Je me demande toujours ce qui fait qu’à un moment, on décide de se présenter à une élection pour devenir le chef de l’Etat. L’ambition, oui, certainement. L’envie de passer entre 5 minutes et des heures entières dans les médias pour diffuser sa parole. Oui sans doute aussi. Aller grappiller quelques secondes de son quart d’heure de gloire promis ou juste refaire parler de soi ? Pour certains, y a pas de doutes. Il y a les candidats attendus, les représentants des partis en France, de Poutou à Le Pen, mais on a aussi une myriades de candidats dont personne n’attend rien et on se demande ce qu’ils foutent là : les Alexandre Jardin, Sylvain Durif, Super Châtaigne,  même le mec qui a frappé Valls… Et là, ça confirme ce que je ressens depuis pas mal de temps : cette élection, c’est vraiment la foire.

La foire aux girouettes dans le crapouillot

De toute façon, ça sert à quoi, vraiment, la Présidentielle ? Y a une personne, souvent un homme blanc cis hétéro. Vous allez me dire “attends, sur les 8 candidats actuellement qualifiés (j’écris le dimanche 12 mars cet article), y a quand même 2 femmes, un quart des candidats”. Oui alors déjà, c’est quand même pas grandiose et y en a une, elle est là parce qu’elle est héritière, son double chromosome X ne rentre pas en ligne de compte. Et si je prends la liste de tous les prétendants, à savoir 72 personnes (oui, 72 !), je ne compte plus que 6 femmes soit moins de 10%. Bon, bref, on n’est pas là pour faire des stats. Donc cette personne se présente, nous raconte sa vision pour la France, fait vibrer le public en criant, en chantant la Marseillaise. Ah oui, oui, c’est beau, en un sens… Sauf que le Président, en fait, on s’en fout un peu , surtout si c’est un mec qui n’a pas une solide armée derrière lui (suivez mon regard…) car s’il n’a pas la majorité aux législatives qui suivent juste derrière, à part aller faire le VRP de luxe dans les conférences internationales et aller déguster champagne et petits fours chez les grands de ce monde… Le Président ne légifère pas.

Kate Middleton et le président chinois

Mais ils y vont tous, la fleur au fusil, rêvant sans doute de cette belle photo d’eux avec une écharpe tricolore à l’Elysée. Ils nous draguent comme le dernier des enfoirés à grands coups de promesses et de lendemains qui chantent, ils ont la solution à tous nos problèmes, forcément. Même si certains d’entre eux ont déjà été au gouvernement et n’ont pas su améliorer notre quotidien, là, promis, ils le feront. Ne cédons pas pour autant aux sirènes de l’anti système, argument labellisé le plus pourri par un jury d’expert composé de moi et de mon chat. Ils se bouffent tous le bec sur les plateaux à coups de punchlines pour se dézinguer les uns, les autres, ils t’inventent chaque jour une nouvelle promesse, un peu comme nous quand on se présentait comme délégué de la classe et qu’on essayait de vite trouver une raison pour qu’on vote pour nous (et en général, c’était genre “plus de devoirs à la maison et plus d’interros surprise”, le tout sous le regard désintéressé du prof principal qui savait pertinemment que vous pourriez promettre ce que vous voulez, rien ne changerait). Les débats des présidentielles sont des pépites pour les sociologues et historiens, on voit de suite ce qui préoccupe (ou est censé préoccuper) les Français au moment T.

Débat présidentielle : Fillon, Hamon, Macron, Mélenchon, Le Pen, Dupont-Aignan

Mais je reste à y voir une bagarre d’egos limite insultante pour nous,les citoyens. J’en ai franchement rien à foutre du nom du futur Président (je n’ose le décliner au féminin) parce que ce n’est pas ça qui m’intéresse. Je veux un projet de société fort et cohérent, je ne veux pas d’une personne. Alors, oui, hein, y a des projets, des programmes, sauf que qui vote réellement pour ça ? Combien de gens vont te dire “oui ok son projet est cool mais il n’a pas de charisme” ? Combien attendent tous les cinq ans le ou la candidat-e providentiel-le, tel le Messie qui ne vient jamais ? Combien votent pour une couleur et peu importent les affaires qui empoisonnent le candidat ? Combien votent juste parce que celui là, les sondages ont dit qu’il allait gagner alors bon…

Les sondages pour la présidentielle

J-41, courage, on est presque au bout. Parce que ce qui aurait pu être une période faste pour des débats intelligents et de réels projets pour la France se transforme comme à chaque fois en bataille d’egos. Et je vous le dis de suite : je sais d’avance que je vais très mal vivre le résultat.

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La critique est facile, l’art difficile

Ouvrez un magazine de type généraliste (genre pas la Gazette des Pêcheurs de Loir et Cher). Vous allez remarquer qu’il y a une rubrique incontournable. Non, pas l’horoscope mais
l’autre : la critique. Critique musicale, littéraire et /ou surtout critique cinéma. C’est un exercice particulier pour le journaliste, limite un art pour certains, un truc de frustré pour
d’autres. Combien de fois accuse-t-on les critiques d’être périmés, aigris, de se venger de ne pas avoir réussi à publier un livre, à être des ratés… Ca se discute.

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J’adore les critiques de type destructives, soyons honnêtes. Guy Carlier me fait  vraiment marrer dans ses chroniques radios (à la télé, pas du tout, par contre, les blagues les plus courtes sont les meilleures), son talent de tailleur de costard même si, des fois, il est un peu trop mordant, limite roquet. J’avoue que, moi même, je trouve plus facile d’écrire un article destructif sur une émission que j’aime pas plutôt que de me montrer dithyrambique. Parce que c’est plus marrant de mettre en lumière les vices, les erreurs, les manquements que de s’extasier sur ce que l’on aime. En plus, tordue comme je suis, quand je me montre élogieuse ou que je lis une bonne critique, je trouve ça too much genre « il a été payé pour dire ça ». Genre y a des gens qu’on n’a pas le droit d’attaquer donc ils pourraient nous faire avaler de la merde qu’on trouverait ça encore très raffiné et so subversive.

Recentrons nous sur les critiques ciné, mes préférées. Il n’y a pas à dire, on entre dans un nouvel univers qui, quelque part, me fascine. J’en parlais y a quelques temps avec un
pote Harry, il m’expliquait qu’il était allé voir Boulevard de la mort sans avoir lu les critiques et il le regrettait pas car ça aurait gâché son plaisir. Il est vrai que les critiques sans avoir vu le film n’ont pas la moindre saveur et beaucoup me dégoûtent de films qui me tentaient (peut-être) au départ. Je sens que je vais m’incruster un max aux avant-premières. Par exemple, j’ai lu la critique de Voici (ouais ok, référence naze, honte à moi) sur Black Snake Moan, une des photos illustrant l’article était l’une des dernières images du film, voire la dernière. Mouais, merci de me gâcher le truc, quand même. Parce que les critiques, elles aiment bien dire « la fin est totalement ratée mais je ne vous en dis pas plus ». Ouais ben, là, je sens que je vais économiser 9.90 euros. Mais revenons à nos critiques cinés, les vrais, les bobos. Du genre Elisabeth Quin ou ceux de Technik’art, ceux que je kiffe. Parce que je les comprends pas toujours.


Par exemple, Mademoiselle Quin a une marque de fabrique : les mots de plus de 3 syllabes. Nous pourrions saluer l’effort de la dame de faire vivre ainsi la langue française sauf que du coup, on comprend pas bien ce qu’elle veut dire. Et j’avoue que j’aime bien voir quelqu’un s’indigner de la lourdeur d’un film dans une phrase de 4 km de long. Autre style, plus courant, le style « Technikart », « Première » et co à base de « nous ne nous adressons qu’à un public éclairé, on va donc vous en mettre plein la vue avec nos terme anglophones ».
Exemple dans le Technikart du mois de juin : « La valeur « slapstick » de Johnny Depp cimente le triomphe surprise de Pirates des Caraïbes ». J’avoue que je ne sais pas
ce que veut dire slapstick, est-ce un synonyme de « méga star » ou « bankable » (oui, là, je le connais, celui là). Autre exemple que j’aime bien : « Il fait le lien entre Leone et le « Blueberry » de Kounen, via sa connexion Moebius et sa connaissance des champignons hallucinogènes. Il représente la passerelle entre le Buñuel espagnol et le Buñuel
français, via le Buñuel mexicain. Il incarne le pont suspendu entre le surréalisme sous acide des 60’s et la connerie sous vinasse des Grolandais » . Sous entendu : j’ai beaucoup
de place pour ne rien dire alors je vais broder. Ou alors lui aussi s’y connaît en champi hallucinogènes.

Pourtant, la critique, c’est rigolo, surtout quand c’est bien vu et bien tourné. Comme par exemple la jubilante critique ici. Mais bon, je me demande toujours comment elle est
reçue par les premiers concernés. Bon, je me doute que les auteurs de films étrangers, surtout de type blockbusters ne prennent pas forcément la peine de lire ce qu’on écrit sur eux à l’étranger. Mais les autres ? Un film (ou un disque, un livre), c’est un gros travail, un investissement personnel, de temps, d’argent. On y croit, forcément, c’est notre projet. Alors lire un scribouillard descendre notre film, on n’est pas forcément obligé d’apprécier. Bien sûr, à partir du moment où on expose son travail, on doit se préparer à ça. Déjà qu’ici, alors que j’expose juste des points de vue, je me fais parfois tailler, j’imagine même pas ce que ça doit être quand on est artiste et qu’on se décide à montrer ce que l’on sait faire. Bien sûr qu’il faut savoir accepter les critiques et qu’elles peuvent même être utiles. Mais tout dépend lesquelles. Si le critique n’a de plaisir qu’à descendre ce qu’il voit avec une pointe de méchanceté, ça ne sert à rien.

Enfin, toujours est-il que ce que j’aime dans les critiques, c’est leur langage à part que j’essaie de replacer quand la situation le permet, histoire de faire ma bobo qui se la pète, mouarfffff ! Et puis comme je suis une grande fille, je m’arrête pas à l’avis des autres et si je veux vraiment voir un film (ou lire un livre…), je le fais. So subversive.

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