Pourquoi on s’engage ?

Mercredi, je suis allée au cinéma, fait particulièrement notable, et lors de la (bien trop courte) séance de bandes-annonces, je vois un film français dont j’ai oublié le nom et que je n’irai pas voir (un article hautement sourcé s’annonce) mais qui m’a interpellée. L’histoire : Agnès Jaoui est une bourgeoise qui donne des cours de français aux migrants et y a tout un questionnement sur l’engagement, le personnage ayant l’air accro à la reconnaissance. Mais il n’en reste pas moins que ça me gratte, cette question : pourquoi on s’engage ?

Pourquoi on s'engage, manifestation place de la République

Commençons par une évidence  : et bien, ça dépend des gens ! Merci, bisous. Je vais donc parler de mon cas et de mes observations, n’hésitez pas à enrichir avec vos propres expériences. A mon niveau, je perçois deux militantismes : celui qui parle et celui qui agit. J’ai d’abord été une sorte de militante de la parole, surtout écrite, essayant de diffuser au maximum des concepts, des pensées. J’étais comme un prisme diffusant un savoir. Savoir que j’essayais soit de présenter à travers des articles, soit en narrant une expérience, soit en me contentant de rediffuser une parole, telle une caisse de résonance. Tiens, il faudra que je parle de ce militantisme de parole, ça fera un article intéressant.

Le prisme qui filtre la lumière

Puis 2017, le virage. Cette élection présidentielle qui sonne comme un naufrage, la peste et le choléra. Tout ce dont tu rêves pour la société est menacée, la solidarité, l’entraide. La start-up Nation agit tel un rouleau-compresseur, ultra libéralisant tout au profit des plus riches, des voyous hors-la-loi qui me rendraient PRESQUE Sarkozy sympathique. Et je ne parle même pas de l’écologie, de nos petits accords sales avec un pays qui massacre tranquille un de ses journalistes, de la médiocrité crasse de la plupart des députés de cette majorité abrutie qui fait ce que dit le chef sans discuter sinon attention à la fessée. Bref, ça me rend hystérique qu’on vote depuis trente ans pour le mêmes mecs en mode “y a pas le choix, y a que ça qui marche” alors que force est de constater que non mais qu’on refuse de tenter quoi que ce soit d’autre. Bref, parler ne suffit plus, surtout quand l’ombre devient de plus en plus présente. Oui, je passe souvent pour la Cassandre de service* mais faut pas être un génie pour voir que ça pue vraiment en ce moment et qu’on est en train de préparer tranquillement le lit de la peste brune en libérant plus que jamais une parole sexiste, raciste, homophobe…

Tatouage nazi

Et c’est difficile de laisser faire alors on essaie de s’engager, on essaie d’expliquer que non, ce n’est pas ok de cracher à la gueule de ces individus parce que vous refusez de remettre en question vos privilèges. Ceux que vous appelez avec mépris les décoloniaux, féminazies, LGBT aux cheveux bleus… Evidemment, c’est toujours plus facile d’imaginer que ces gens là inventent leurs oppressions malgré les milliers d’études, statistiques ou d’enquêtes qui prouvent le contraire. Moi, j’ai envie de changer la donne, d’accepter que nous ne devons plus nous crisper sur notre micro-privilège en laissant ceux qui n’ont pas eu notre “chance” au bas de l’échelle en anônnant que qui veut peut et que vous aussi, vous en avez chié. Le problème, c’est que personne ne lâchera rien si ce n’est pas un mouvement global et je peux comprendre : nul n’a envie d’être le dindon de la farce.

Le prêcheur des manifs

Alors, moi, je voulais m’engager pour essayer d’instiller mes petites graines d’espoir, porter un message haut, essayer d’aider à mon niveau. Je ne m’engage pas pour la reconnaissance, mes envies (ou besoin) de reconnaissance sont ailleurs. Je ne m’engage pas en espérant faire carrière, j’ai de plus en plus de mal avec la sphère politique et ses petits arrangements entre amis, quel que soit le côté de l’hémicycle où l’on se trouve. Je m’engage parce que j’ai envie de croire qu’on peut arrêter d’être collectivement con, qu’on peut essayer, au moins, de changer quelque chose.  Non parce que y a des jours, quand je vois où on en est, je me dis que finalement, laissons les extrêmes monter, que tout le monde se foute massivement sur la gueule et c’est peut-être comme ça qu’on arrivera à sauver la planète. Bon, par contre, je ne garantis pas qu’on soit toujours là pour le voir.

Ville abandonnée en Chine

Idéaliste ? Oui, et ? Faut bien tenter des choses à un moment. S’asseoir sur son canapé en soupirant que le monde est moche, c’est un peu court. Maintenant, vouloir changer les choses (je n’irai pas jusqu’à dire le monde), c’est bien, mais y a quand même une question de taille : comment. Point de recherche d’une formule magique, juste trouver un medium permettant de bouger un tant soit peu les choses, avoir un tout petit poids. Et là, je crois que je me suis fourvoyée, va falloir que je trouve autre chose. Et le temps qui va avec accessoirement. Pour changer.

Déprime saisonnière

* N’empêche que Cassandre avait raison, c’est juste qu’on refusait de la croire.

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Demain, tous philanthropes

Bonjour, ceci est un article sans base concrète mais une petite utopie pondue au débotté parce que des fois, ça fait du bien de croire en des lendemains meilleurs. Et je n’ai bien que mon imagination pour envisager encore un futur riant. Alors je rêve. Je rêve de revenu universel et que nous deviendrons tous philanthropes si nous n’avions plus à travailler pour survivre.

En route vers l'utopie

Imaginez, imaginez. Demain, l’état nous donne à tous un millier d’euros pour vivre. Bien sûr, certains (la majorité je suppose) va continuer à travailler pour compléter ce premier salaire mais on ne bosse pas autant pour gagner 1000 euros que pour en gagner 2000, etc. Ou alors on peut partir sur l’idée de la semaine de 32h, aussi. On bosse 8h par jour 4 jours par semaine et hop, à nous le week-end de trois jours. En fait, choisissez le scénario que vous voulez. J’avais pour ma part démarré une utopie où chacun était à mi-temps : la moitié du temps passé au travail, l’autre moitié à faire ce que l’on veut.

Salarié à temps partiel : la liberté ?

Et justement, c’est quoi qu’on veut ? Imaginez. Alors on va tous se dire “se reposer”, “voyager”, s’adonner à une passion quelconque… En tout cas, moi, si ça arrivait demain, je commencerais par ça. Mais après ? Je veux dire, on parle de toute une vie comme ça. Une fois qu’on s’est reposé, qu’on a voyagé et pris l’habitude de lire, écrire, faire du paper art, des perles hama ou je ne sais quoi, on fait quoi ? Et c’est là que je m’avance à mort mais je crois sincèrement que tous autant qu’on est, ce temps gagné, on le donnerait.

Lara Croft en perles hama

Oui, c’est moi qui l’ai faite et j’en suis très fière

Pour ma part, je m’imagine sans soucis donner des cours pour les enfants. Peut-être des cours d’écriture collective avec eux où l’on créérait une histoire avec toute la classe et on ferait des dessins pour l’illustrer (eux, pas moi, je dessine vraiment très mal, pire qu’un enfant de 8 ans, oui). Bon, moi, je me projette là-dessus parce que c’est mon petit talent. Peut-être aussi que je m’impliquerais dans les cours de français qui sont donnés aux migrants (vu que j’aurais le temps de me former correctement pour donner ce type d’enseignement), sans doute un peu dans la politique locale sur certains sujets, m’impliquer dans l’écologie, notamment. Et ne croyez pas que je me la joue meuf coeur sur la main parce que je suis vraiment persuadée que ce serait un élan général.

Demain tous philanthropes  : tendre la main aux autres

D’où me vient cet incroyable espoir ? D’abord de mon envie d’y croire. Ensuite, d’une sensation, d’une intuition. Aujourd’hui, j’ai envie de m’engager plus. Non mais c’est vrai, j’ai un avis sur tout mais je fais pas grand chose pour faire bouger les choses. En ce moment, mon militantisme se limite à une vidéo tournée un dimanche après-midi (j’étais derrière la caméra, si jamais…) et une petite manif. Alors il y a des raisons politiques à ce léger ras-le-bol (je déteste les politiques, en vrai) mais aussi un manque d’énergie. La semaine, je rentre chez moi un peu vidée et le week-end, j’essaie de récupérer l’énergie perdue dans la semaine dans un espèce de grand cycle merdeux. Le week-end, j’essaie aussi de faire ce que je n’ai pas pu faire pendant la semaine : éventuellement les courses, le ménage, écrire mon blog, écrire tout court, prendre le temps. Déjà rien que ça, prendre le temps. Quand je faisais de la sophrologie, la prof nous avait dit un jour “vous voyez, quand vous êtes en vacances, tout ce que vous avez de changer dans votre vie… c’est parce que vous avez le temps et l’énergie”. Ou alors je l’ai lu dans Flow mais voyez l’idée.

Prendre le temps

Or ici, avec notre temps gagné, on peut s’occuper non seulement de soi et de nos proches mais éventuellement du reste. Bien sûr, ce ne serait pas unanime mais j’y crois pour une majorité. Evidemment, dans un cadre où le revenu universel ou la semaine de 32h nous permet de vivre tous à minima correctement, supprimant du même coup une bonne part de notre charge mentale. Oui parce que la charge mentale, c’est pas uniquement les femmes qui s’occupent des tâches ménagères, ça marche aussi sur tout ce qui est préoccupation vous empêchant de fonctionner correctement et les problèmes d’argent arrivent assez haut dans la pile. Si en même temps on arrive à un peu calmer le jeu de l’hyperconsommation, on partirait sur une société beaucoup plus jolie.

Stop le béton, pour une ville verte

Vous pourriez dire que je suis une rêveuse et… bah oui. Vous me direz que plus de congés n’a jamais rimé avec philanthropie ou alors juste à la marge et ce n’est pas faux. Mais je m’en fous. J’ai envie de croire en cet avenir là. Ce qui ne coûte pas grand chose vu qu’on crèvera tous du réchauffement climatique. Bonne semaine !

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Du doute raisonnable au complotisme : la limite ?

Depuis que j’ai décidé de créer un blog “engagé”, je me pose des questions sur l’engagement et le militantisme et notamment à quel moment on bascule dans la manipulation. L’an dernier, un sondage avait fait peur : 79% des Français croient au moins à une théorie du complot. By jove, serions-nous déjà en pleine idiocratie ? Pas si sûr : au vu de ce que l’on nomme théorie du complot, j’aurais pu faire partie des afficionados du complotisme, juste parce que je ne fais pas confiance aux médias… MAIS !

Confiance dans les médias

Alors entendons nous bien : quand je dis que je ne fais pas confiance dans les médias, je ne suis pas forcément dans le délire de “gna gna gna, tous des moutons”, je préconise juste de prendre un peu de recul par rapport à ce qu’on lit/regarde et ne pas se laisser avoir par des choix éditoriaux un peu curieux. Il y a un cas par exemple qui me fait toujours un peu froncer les sourcils : Jean-Luc Mélenchon. Alors je ne suis pas là pour le défendre, je m’en fous de Méluche. Vous ne l’aimez pas ? Et bah ok, j’ai rien à dire là-dessus. Cependant, il y a quand même quelques cas qui m’interpellent un peu : la fascination de la France pour le Venezuela depuis que Patrick Cohen a trouvé dans le programme de l’Avenir en commun une proposition de rejoindre l’alliance bolivarienne parce que la France a sa frontière commune la plus longue avec le Brésil (oui, c’est là qu’on mesure toute notre façon de pensée très métropolitaine, hein…). Alors il est tout à fait légitime de se pencher sur le cas du Venezuela, pas de soucis… mais quid de l’Egypte* dont on a reçu en grande pompe le dirigeant ? Quid du Togo, de l’Arabie Saoudite, l’Azerbaïdjan… Pourquoi on n’en parle pas ? Je vais un peu étudier le sujet, y aurait de quoi publier des dizaines de mémoires de science politique (vraiment, je dois me dégager du temps pour faire des analyses de presse parce que je kiffe vraiment ça). Idem sur les comptes de campagne. Je veux bien croire que les comptes de campagne de Mélenchon ne soient pas carrés mais il me semble que ce n’est pas le seul… Et sinon, on en est où niveau Marine Le Pen ? Ne vous inquiétez pas, on reparlera d’elle quand il faudra faire un front républicain… En attendant, on évite d’en parler, faudrait pas la décrédibiliser de trop avant la prochaine élection, hein… Je ne dis donc pas qu’il faut se méfier des médias par rapport à d’éventuelles fake news (je hais ce terme, c’est le pseudo argument ultime des gros cons, je trouve) même si ça dépend de qui on parle, je dis juste de faire un peu attention à la ligne éditoriale et à la narration d’un fait. Par contre, je ne pense pas qu’ils nous cachent des histoires d’extraterrestres, que la Terre est plate  ou je ne sais quoi. J’applique le doute raisonnable.

Complotisme : terre plate

L’autre jour, je regardais des vidéos de Defakator que j’aime bien parce qu’on est dans un débunkage par la preuve. Bon, il n’a rien débunké de ce que je crois (du moins dans les vidéos que j’ai vues au moment où j’écris cet article) mais je me pose la question : à quel moment on peut basculer ? De façon générale, j’aime bien les théories du complot, j’ai grandi avec X files quand même mais je n’y crois pas. Je me souviens d’avoir acheté un magazine du paranormal ou je ne sais plus quoi qui titrait un jour “sommes-nous vraiment allés sur la Lune”. Alors je suis un peu confuse car je suis persuadée d’avoir lu ça au lycée, avant le fameux documenteur d’Arte mais il n’était pas question de Kubrick et je suppose que c’était une théorie déjà en vogue aux Etats-Unis. Je lisais ça et j’étais en mode “mais c’est complètement con”. Et 20 ans plus tard, je persiste et signe. Prenez un secret quel qu’il soit que l’on vous a confié. Un secret qui a été formulé, donc. Combien de fois avez-vous entendu ce secret précédé par un “tu le dis pas mais…”. La plupart des complots supposés supposent des centaines de personnes au courant A MINIMA. Ca ne peut pas rester un secret. Le pire, c’est que quand on livre un complot sur un plateau (les écoutes à grande échelle de la population américaine révélées par Edward Snowden), non, ça, on s’en fout. On préfère les histoires de faux alunissages, de vaccins qui tuent et… de Terre plate. Celui-là me donne envie de donner des gifles avec élan. Vous êtes cons à quel niveau les platistes ? Je veux dire sur l’histoire de la Lune, je peux comprendre qu’on puisse imaginer une histoire de faux alunissage dans un contexte de guerre froide mais la Terre plate, pourquoi on vous mentirait là-dessus ?

Le grand secret de Barjavel

Bref, le complotisme me fait souvent lever les yeux au ciel, surtout quand il s’agit d’histoires où on empoisonne son propre peuple pour un projet de décroissance de population, je sais pas quoi… Alors bon, je veux bien que les 7,5 milliards d’individus donnent des vapeurs à certains mais… je suis pas un vilain de roman d’anticipation mais si je devais tailler dans le gros, j’irais plutôt m’attaquer à des pays loin, des fois que… Genre les chemtrails “ah ben y a trop de monde dans ce pays Bobby !””Tu as raison Ted, on va balancer des gaz toxiques dans l’atmosphère avec les avions de ligne” “Ahahah” “Ohohoh” “Héhé… et mais attends, on le respire, cet air, aussi !”. Et puis depuis le temps que les chemtrails nous bombardent la gueule de je sais pas quoi, d’où on n’est pas morts ? Bref, je ne suis pas bienveillante avec ce genre de discours MAIS je me pose la question : mon propre système de croyance ne me pousse-t-il pas à tomber dans certains travers aussi ? Déjà, je n’ai pas non plus 100% confiance en ces êtres qui nous gouvernent, on a quand même notre joli lot de scandales sanitaires démontrant que parfois, on joue effectivement avec notre santé pour de mauvaises raisons. Je sais que ces scandales ne naissent pas de mauvaises intentions à la base mais de mauvaises prises de décision, surtout quand y a un bon gros paquet de money dans l’équation. Qu’il y a des doutes raisonnables qui devraient être pris dans un principe de précaution et non dans celui du croisage de doigts en mode “oui bon y a un petit risque mais la probabilité est plutôt de notre côté.” La prudence ne devrait pas être sacrifiée sur l’autel du profit. Mais du coup nos amis complotistes nous compliquent la tâche quand on essaie d’appeler les gens à se faire leur propre avis. Je suis en général mesurée dans mes propos, ça fait un an que j’évite d’écrire “bordel, c’est le retour des années 30, les générations futures nous jugeront durement (enfin, avec l’actuelle extinction massive d’espèces, pas dit qu’elles vivent, ces générations futures. Et non, ça, c’est pas un complot par exemple), ils se demanderont comment on a pu laisser faire, comme nous quand on était au collège, qu’on étudiait la montée des fascismes en Europe”. Je le pense TRES fort et votre barrage républicain à la con, j’ai envie de l’insulter tous les jours (oui, je n’ai pas voté au 2nd tour parce que je percevais très bien l’arnaque) mais je ne le dis pas à chaque actualité qui me fait penser ça parce que… beaucoup de gens sont dans le déni.

Macron et de Villiers : à droite toute

Mais j’en reste à me demander à quel moment je suis dans le doute raisonnable et à quel moment je bascule dans un espèce de complotisme. On aime fantasmer sur les cabinets noirs, les hommes à la cigarette, ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre. Si je ne crois pas aux Illuminatis et leurs amis, je suis bien persuadée que nos gouvernants ont parfois des intérêts qui nous échappent, des tapes dans la main pour sceller des accords indignes. L’actualité nous le rappelle régulièrement, la destinée commune est souvent malmenée par les intérêts particuliers. Je ne crois pas aux complots, aux grands secrets, aux organisations occultes qui mènent le monde… essentiellement parce que je ne crois pas tellement au concept de secret en lui-même. Les seuls secrets qui résistent au temps sont ceux qui ne laissent aucune trace et que l’on a partagé avec personne. Des fois, je suis peut-être un peu trop prompte à croire des histoires qui mettent à mal ce système qui me débecte. Mais finalement, pourquoi se déchirer sur qui a tort ou qui a raison ? En cas de doute raisonnable, laissons faire l’Histoire. Ca prendra parfois du temps mais la lumière finira toujours par être faite.

* J’ai écrit cet article y a une dizaine de jours donc cette histoire sur l’Egypte et l’implication de la France sur la répression du peuple égyptien n’était pas encore sortie

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Faut-il réinventer la contestation ?

Un autre samedi de mai à déambuler dans les rues de Paris en scandant des slogans dans la joie et la bonne humeur mais toujours cette petite interrogation : on ne serait pas toujours un peu les mêmes à défiler ? Est-ce que la contestation classique est dépassée et il faut inventer une nouvelle façon d’exprimer une colère massive ?

Camion marée populaire

Le camion à suivre pour une ambiance au top

La semaine dernière, grosse catastrophe avec le drame Parcours Sup. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, de nombreux lycéens, 350 000 le jour de la publication des premiers résultats, se sont retrouvés sans rien. A 15 jours du bac; on balance à la figure de 350 000 gamins que mêmes s’ils réussissent l’examen, ils se retrouveront peut-être désoeuvrés à la rentrée. Yayyyy… Alors je me suis prise à espérer. Que c’était le faux pas de trop, que la classe moyenne + allait être touchée, elle aussi, par ParcourSup, que ça allait grossir une nouvelle fois le mouvement de protestation déjà bien velu, que samedi, à la manif, la foule serait plus bigarrée que d’habitude, plus mixte. Eeeeeeet… pas trop. J’ai repéré certaines affiches vues lors du 05 mai, les mêmes organisations,  et je me suis demandée : est-ce que tout ça est bien inclusif ? Je veux dire : n’a-t-on pas tellement agité le chiffon rouge de la violence en manif pour faire fuir les gens qui ne sont guère habitués à tout ça ? Alors sur ce point, je vais réinsister : la manif que je vis en tant que manifestante n’a rien à voir avec ce que l’on voit dans les médias. Je n’apprends qu’en rentrant chez moi qu’il y a eu des violences, samedi encore… Du coup, moi, j’ai juste droit aux petits concerts live, pancartes rigolotes et punch à 1 euro. C’est un joyeux moment.

Manifestation du 26 mai

Mais peut-être que c’est l’ambiance “odeur de merguez avec l’Internationale en fond sonore” qui dérange. Contre ça, y a rien à dire, rien à faire. Mes parents (de droite) caricaturent toujours les manifestations en clamant le “tous ensemble, tous ensemble, hé hé !”. Et c’est là que je me demande : qu’est-ce qu’on peut proposer d’autre ? Je suis quelque part assez contente de me dire que la manifestation n’est pas la seule voie de contestation possible. Je pense même que la manifestation n’a pas vocation à changer les choses en soi, je crois plus dans les micro actions, dans les conversations en petits comités. Depuis que je milite (très modestement), la phrase que j’entends le plus est “de toute façon, ça ne sert à rien”. Normal, on nous apprend ça, on réécrit l’histoire pour nous faire croire à de jolies concordes plutôt qu’à la grève générale (remember le front populaire en 36), excepté la révolution française mais ça rentre bien dans l’histoire républicaine donc ok. C’est quand même assez étrange, quand on vit à une époque qui déborde de produits culturels à base de révolte (Hunger Games, Divergente, Mister Robot, La servante écarlate, la grande majorité des dystopies), de croire que tout est immuable. Alors oui, ok, dans ces dystopies là, on est loin d’être dans de riantes démocraties mais il y a quand même cette idée de poing levé pour dire non. Pourquoi on adore mater ces films ou séries là ou lire ce genre de livres mais qu’on est enfermés dans notre fatalité de citoyens ? Les signaux sont au rouge de façon assez flagrante mais on se laisse grignoter sans rien dire. La fameuse métaphore de la grenouille bouillie. Ou peut-être de la naïveté, on se dit que demain, ça ira mieux, que les autres vont se battre pour nous et que tout ira bien, que ce ne sera pas aussi grave que ce que veulent bien en dire les Cassandre gauchistes. Et en vérité, j’aimerais que ce soit le cas parce que j’ai peur de ma France de dans 4 ans

Manifestation marée populaire du 26 mai

J’adore cette photo, faut que j’arrive à en faire un dessin ou un truc du genre

Alors il est peut-être temps de remettre notre travail sur l’ouvrage, trouver d’autres moyens de contestation en dehors de nos petits cortèges. Je ne sais pas quoi précisément, j’y réfléchis beaucoup. Sans doute que dans mon prochain blog engagé, je pourrai faire quelques articles sur les contestations originales comme la révolution des parapluies, des choses comme ça. Sans doute finirai-je par trouver quelques idées à propager.  

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Jour de manifestation

Ceci aurait pu être une lettre mais finalement, je choisis un autre format. La narration, le bon vieux journal extime du début. Parce que je suis toujours effarée par le décalage entre ce que je vis et ce que je peux voir sur les réseaux sociaux, les narrations médiatiques des manifestations qui ne se concentrent que sur la violence et les vitrines cassées. Et vos larmes sur ce verre brisé plutôt que sur ceux qui ont pris des coups de tonfa au mieux ou, à l’époque, avaient perdu un oeil me navre toujours autant. Parce que la manifestation, c’est un beau moment de partage, en vrai.

Manifestation du 5 mai 2018, la fête à Macron

Juste un point sur la violence avant de poursuivre : je trouve ça absolument navrant. Pas que je sois triste pour les vitrines, les assurances sont là pour gérer ça. Ca m’agace juste parce que c’est précisément ce qu’attendent les médias. Vous vous souvenez, le CPE en 2005 ? On filmait surtout les gamins de banlieue (ou supposés l’être) tabasser des manifestants pour les voler ou casser des vitrines. A présent que les banlieues restent de leur côté, il fallait un nouveau bouc émissaire et ça tombe bien, voici les black blocs. Alors je ne suis pas sans savoir qu’aucune révolte ou révolution ne s’est faite sans violence, ok, mais calmez-vous deux secondes : un McDo n’est pas la Bastille et surtout, ça me rend très en colère de vous voir foutre la merde et vous tirer rapidement de là car vous vous êtes entraînés pour ça et laisser ceux qui étaient juste venus manifester payer les pots cassés.

Manifestation du 5 mai 2018, la fête à Macron

Mais revenons à la manifestation. L’an dernier, premier mai, je défile avec Victor et sa soeur, nous sommes à la fin du cortège. On marche joyeusement de République à Bastille. Le ciel est bleu, il fait chaud, l’ambiance est festive. Des pancartes marrantes que l’on prend en photos, de la musique, des rires, une bonne humeur de malade. Arrivés à Bastille, on voit que tout est terminé, on rentre donc. Je m’étonne un peu car il me semblait qu’on devait aller jusqu’à Nation mais ok. On retourne à la maison de très belle humeur et là, sur Twitter, on découvre que c’est la guerre. Mais quoi ? Un peu comme quand on était allés en Grèce lors du référendum, que les médias français décrivaient un pays au bord de la guerre civile, et bien… absolument pas.

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

J’ai manifesté samedi. Nous n’avions pas fait le 1er mai pour cause de week-end à Hambourg mais nos copains qui y sont allés ont juste expliqué qu’ils avaient fait demi-tour un peu rapidement, ce qui les saoulait, d’ailleurs. On était confiants : pas de débordement en vue. D’abord parce que ce n’était pas le sujet et surtout… j’ai découvert que j’avais quelques sympathisants du cortège de tête dans ma timeline Twitter et il suffit qu’on prononce “FI” ou “Mélenchon” près d’eux pour qu’ils vomissent de la purée de pois en proférant des insultes, un peu. Donc je ne voyais pas dans quel univers ils se mêleraient à une manif très proche de la FI même si, officiellement, c’était un peu apolitique. Et effectivement, c’était très bon enfant et venez pas chialer sur un pare-brise brisé, par pitié.

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

Pourquoi j’aime les manifestations ? D’abord l’ambiance et la bonne humeur. Nous étions venus en petite délégation, une petite dizaine de personnes, nous avons fini à trois, finalement. On avait d’autres camarades quelque part mais vu le monde, on ne les a pas croisés. Tu as des fanfares, des banderoles et slogans qui font sourire voire rire. Il y a l’église de sainte consommation, des Macron animés, des chants, du rire. Beaucoup d’enfants aussi. Un peu de merguez aussi et des vendeurs d’eau à la sauvette qui avançaient par à coup, si bien qu’on en a croisé un quelques fois, ça avait comme un goût de bug dans la matrice. Et puis, il y a une certaine mixité sociale. Si les banlieues sont peu ou pas présentes (et c’est un vrai enjeu de militantisme, d’ailleurs), on croise des personnes de tout âge et d’un tissu social allant des plus précaires aux classes moyennes aisées. Pas mal de personnes âgées assez malicieuses, on a aussi croisé des gens en béquilles, déambulateurs, qui marchent malgré tout.

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

Mais surtout, ce que j’aime le plus, c’est que la ville nous appartient. J’avais eu une belle expérience à Toulouse, en passant dans la rue d’Alsace-Lorraine (qui était dédiée aux voitures à l’époque, je crois que ce n’est plus le cas), passant par là avant le cortège. Voir la rue du milieu de la chaussée en prenant le temps de déambuler, c’est délicieux. Bon, en plus, comme un fait exprès, les manifs du samedi qu’on peut faire sont toujours sous un grand ciel bleu… Sortez la crème solaire le 26 mai ! Hier, je n’en ai pas mis, j’ai la lanière de mon sac tatouée à blanc sur ma peau rougie…

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

Alors la prochaine fois, tentez l’expérience. Peut-être que vous verrez qu’une manifestation, c’est bien plus qu’une vitrine cassée mais un élan, un espoir que demain, on arrêtera le massacre. C’est pas la manifestation qui fera basculer les choses, sans doute. Mais ça rappelle que non, nous ne sommes pas seuls à croire en des lendemains meilleurs.

 

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Le devoir de pédagogie du militant

Il y a toujours quelque chose qui me turlupine dans le militantisme quand tu causes à des gens pas sensibles à ta cause : ceux qui te réclament de la pédagogie sinon, ils ne s’intéresseront pas à ton combat. Perso, j’appelle ça une excuse et je refuse le devoir de pédagogie.

Le devoir de pédagogie du militant

Parce qu’on n’a pas le temps. Il existe des tas de causes auxquelles je m’intéresse et ceux qui ne m’ont pas forcément effleuré. Je ne hiérarchise pas, hein, je ne dis pas qu’une cause a forcément plus de valeur qu’une autre, juste que je ne suis pas au courant de tout non plus ou que je ne suis pas la plus légitime pour prendre la parole sur certains sujets. Donc je reste sur mes prérogatives, notamment le féminisme. La semaine dernière, par exemple, j’ai écrit un article sur le not all men et apparemment, le ton de l’article n’est pas “encourageant” pour s’intéresser au féminisme. Et bien, si vous vous arrêtez à ça, c’est qu’il y avait peu de chances que ça vous intéresse de toute façon (mais certains ont quand même eu besoin de le signaler, je.ne.com.prends.pas). Parce qu’on n’épouse pas une cause parce que quelqu’un vous prend par la main pour vous apprendre la vie. Non. Surtout que de façon générale, personne n’aime qu’on lui prenne la main pour lui apprendre la vie, c’est TOUJOURS mal pris.

Le schtroumpf à lunettes donneur de leçons

Sortons du féminisme pour parler un peu écologie, une cause qui m’est chère aussi. Comment me suis-je intéressée au sujet ? Oh bah je me suis assise dans un coin et j’ai demandé aux écologistes de m’expliquer leur histoire pour voir si ça m’intéresse ou pas… Non, évidemment que non. Je lis, j’écoute. Si j’ai une question, je la pose simplement, sans jugement, sans “j’entends ton argument mais vu comment tu parles, j’ai pas envie, je crois. Parle moi mieux et peut-être que je t’écouterai”. Evidemment qu’on ne sait pas tout spontanément, bien sûr que parfois, on ne comprend pas le soucis et on a besoin d’explications. Mais il faut aussi comprendre que le militant n’est pas obligé d’expliquer, encore et encore. Surtout quand on sait que la question n’est pas si gratuite et innocente. Voire qu’il ne s’agit pas d’une question en vrai mais une leçon de vie. Un peu en mode “oui, je comprends pas trop pourquoi tu t’énerves sur le sujet [parce que moi, personnellement, je trouve que ça n’a aucun intérêt et tu as un peu tort, là…]”. Sauf que… ben on s’énerve pas par principe, on prend la parole quand on est convaincu d’un fait, on va pas changer d’avis juste parce que quelqu’un qui n’a jamais défendu la cause vient te dire qu’en fait, ton combat, c’est un peu de la merde et c’est pas comme ça qu’il faut faire.

L'arrogance

Mais vous allez me dire que l’union fait la force. Ben pas tellement en fait. C’est compliqué de s’investir dans une cause, c’est fatigant, littéralement, tu essaies déjà de prendre du temps pour poser tes arguments, tu écris ou parles avec tes tripes d’un sujet qui t’importe, sur lequel tu prends du temps pour monter au créneau et là, quelqu’un qui n’y connaît rien ne comprend pas bien pourquoi tu n’es pas tout sourire quand il vient t’expliquer que franchement, tu ne donnes pas envie de s’impliquer. Mais ce n’est pas mon but, de “donner envie”. Je ne suis pas là pour vous apprendre les choses. Je soulève un point, sans fioriture parce que, justement, ça fait plus réagir qu’avec des “s’il vous plaît, veuillez considérer”. Des ressources sur les différentes causes, il y en a des tas, sur le féminisme, l’écologie, l’égalité des droits, etc. Quand on s’intéresse vraiment à un sujet, on n’a pas besoin que quelqu’un nous explique gentiment les choses, on va les chercher nous-mêmes. Quant aux alliés qui ont besoin de courbettes pour daigner s’intéresser au sujet… On s’en passera en fait.

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Attention à qui tu retweetes

Janvier puis novembre, ce même phénomène : passer mes journées sur Twitter à cliquer sur tous les articles sur les attentats, apprendre, apprendre encore. Essayer de trouver des articles qui vont m’éclairer sur Daesh, sur la situation, m’éclairer du mieux possible même sur ce que je sais ou pensais savoir… F5, F5. A l’abri derrière mon écran, je suis l’horreur en direct en me ramassant des infos dans tous les sens. Et c’est là que le bât blesse : au milieu des infos vérifiées et importantes à diffuser circulent des hoax, rumeurs et grosses merdes qui te feront bien paniquer.

Fausse info Twitter

Soyons plus concret. Vendredi 13 novembre : j’échange des mails Facebook avec mes anciens collègues pour savoir si tout va bien. Alors qu’on se stresse pour celui coincé au Stade de France, une autre nous explique être à Châtelet et c’est un peu la merde. Je passe sur Twitter et je vois un tweet affirmant qu’il y a des fusillades aux Halles. Whaaaaaat ? Panique pour ma pote. En même temps, je reçois des SMS d’Anaïs qui m’explique que tous les bars sont attaqués, de la Bellevilloise au Comptoir Général. Sauf que pour le coup non, non pour ces derniers. Le lendemain, les journalistes spécialisés dans la Désintox refont le point sur ce qu’il s’est passé ou non. Et là, je vois passer certains comptes que je connais trop bien : info140 et lesnews. Vous savez, ces comptes qui démarrent tous leurs tweets par un énorme point rouge avec un “urgent”.

View of an installation of the exhibition "Infinite Obsession" by 84-year-old Japanese female artist Yayoi Kusama at the Banco do Brasil Cultural center (CCBB) in Rio de Janeiro, Brazil, on October 11, 2013. AFP PHOTO / YASUYOSHI CHIBA (Photo credit should read YASUYOSHI CHIBA/AFP/Getty Images)

Je vomis ces comptes. Vous pensez que leur but, c’est de vous informer? Absolument pas. Tous ces comptes comme celui-ci, lesaxviezvous, les Abandonedpics etc., sont ici pour une seule raison : choper du follower en masse pour louer leur compte aux marques. Donc déjà, je suis légèrement agacée quand je vois ces comptes sur ma timeline et j’ai toujours envie de gronder (plus ou moins gentiment selon mon humeur) ceux qui rentrent dans ce jeu, souvent malgré eux. Après tout, n’ai-je pas moi même retweeté des chatons mignons par le passé ? Bon, voilà. Un article qui vous situe un peu le bordel de tous ces mendiants du RT (je dis plus pute à clic, trop sexiste)

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Là où le bât blesse, c’est sur la diffusion d’information et de fausse information. Depuis pas mal d’années, on s’énerve sur les hoax et autres désinformations, j’étais la Reine du mail lapidaire “c’est une fausse info, merci de vérifier avant d’envoyer ce genre de mails, merci”. Je ne dis pas ça par snobisme (enfin, si, un peu parfois) mais parce qu’on ne sait pas ce qu’il y a derrière. Au mieux, des gens pas très bien intentionnés récolteront gentiment votre adresse mail et vous recevrez des tas de pourriels. Au pire, on vous racontera des histoires qui font peur, distillant quelques grammes de haine ordinaire de l’Autre (souvent arabe et encore plus précisément musulman même si cette nuance est souvent difficile à percevoir pour les émetteurs de ces messages). Aujourd’hui, si le procédé reste plus mercantile, bien que quelques uns ne cherchent que la gloriole parce que j’imagine qu’il y a corrélation entre nombre de RT et taille du pénis (sinon, je vois pas l’intérêt); les fausses informations peuvent potentiellement devenir dangereuses. Dans le cas du 13 novembre, j’ai été quitte pour une frayeur pour ma pote (et elle encore plus, vous imaginez bien) mais la situation aurait pu facilement dégénérer à cause de ces comptes relayant toutes les rumeurs comme s’il s’agissait d’un fait avéré.

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Les réseaux sociaux sont un média potentiellement incroyable, qui vous permet de suivre n’importe quel événement, heureux ou malheureux, en direct. Twitter réalise régulièrement des cartes liées au nombre de tweets sur un sujet donné pour montrer l’instantanéité des nouvelles. Ici, par exemple, Charlie Hebdo :

Ca fait toujours son petit effet en présentation même si celle sur un but en foot met l’assistance de meilleure humeur. Une rumeur peut se répandre comme une traînée de poudre grâce à ces comptes merdiques qu’on retweete sans y penser et pour le coup, en devenant relais, on devient responsable. Or, le souci, c’est qu’une rumeur, même avérée fausse, laissera toujours des traces, tout le monde n’a pas le courage/l’envie de vérifier une info et le démenti n’atteindra pas forcément ceux qui ont rediffusé sans penser à mal. N’y voyez aucune condescendance de ma part, je me suis aussi parfois plantée (par contre, si je vois le démenti, je le diffuse en faisant mon mea culpa).

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Mais aujourd’hui, soyons responsables : ne retweetons plus les mendiants du RT, c’est notre petit militantisme pour une info vérifiée et de qualitay sur les réseaux sociaux.

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Ce dimanche, je vais voter pour François Hollande parce que…

Par So Long

[Aujourd’hui, on accueille So Long qui tint un blog dans le temps donc si son pseudo ne vous est pas inconnu, c’est normal]

La campagne des Primaires Citoyennes touche à sa fin, ce dimanche certains d’entre nous iront voter en ayant la sensation que le destin de la France se joue au creux d’une urne. Ce dimanche, j’irai voter, et je voterai pour François Hollande.


Je voulais m’investir dans la campagne et me battre au côté d’un homme en lequel je crois, profondément, viscéralement. Je voulais participer, débattre, et enfin apporter ma pierre à l’édifice. Des raisons amicales ont fait que je me suis effacée au moment où j’aurais dû prendre la main. Je ne le regrette pas, mon vote n’en aura pas moins de valeur et je continue de seriner mon entourage avec mes longues explications sur la nécessité de voter aux primaires. Même si on n’est pas socialiste. Même si on n’est pas totalement de gauche. Même si on ne sait pas trop qui choisir. Après tout, un vote blanc est également possible… Je ne le fais pas par militantisme. Je n’ai pas l’âme d’une militante, je le fais par convictions. Militer et convaincre sont en réalité deux choses bien distinctes… subtilement différentes mais c’est cette subtilité qui me plait.

J’étais militante en 2007. J’ai passé des journées entières dans les rues à la rencontre des gens pour leur expliquer que Ségolène Royal était la bonne alternative. J’ai cru en cette campagne. Je l’ai portée dans ma chair. Comme beaucoup d’autres. La campagne de 2007 était instinctive, on l’avait dans nos tripes. C’est la raison pour laquelle les gens haïssent tellement Ségolène Royal aujourd’hui. Contrairement à nombre de mes camarades de l’époque, je ne la déteste pas, je ne la trouve pas idiote, nulle et incompétente. Je pense qu’elle reste une femme de qualités, une femme debout comme elle le dit… et que ses maladresses, bourdes et autres saillies mal venues ne seraient pas interprétées de la même façon si elle n’avait pas perdu à l’époque. Je me revois à Solférino le soir du second tour. On savait déjà depuis plusieurs heures qu’elle ne passerait pas. On cachait nos larmes aux caméras pour que le monde continue de croire à la cérémonie de 20h pétantes. Mais on savait, dès 17h. C’était d’ailleurs Christiane Taubira qui était venue nous l’annoncer. Et les heures qui ont suivies, on n’attendait qu’une seule chose, que son dernier discours nous prenne aux tripes. Encore. Ce qu’elle a fait. Quiconque était présent ce soir là quand elle est apparue au balcon pour prendre la parole ne pourra nier qu’elle a su distiller une espérance sans précédent. Et pourtant, je n’étais pas royalienne à la base. J’étais aux Jeunes Socialistes Révolutionnaires (une mouvance pro-Montebourg)… c’est dire si je n’étais pas Royalienne. Mais ce soir là, je croyais en cette femme. La haine qu’elle provoque aujourd’hui est à la mesure de la ferveur qu’elle a suscitée. Et à la mesure de l’horreur que nous vivons depuis près de 5 années maintenant.

Pourquoi cet intermède sur 2007 alors que je dois vous parler de ce dimanche ? Parce que cette campagne à l’époque était une sorte de combat de boxe, de marathon… c’était physique, intense. C’était primaire. C’était beau aussi quelque part. Mais ça a été notre échec. Le simple fait qu’on soit face à un homme et une femme ne pouvait pas rendre la campagne très différente. Elle renvoyait à l’instinct le plus primitif.

Cette année, je suis bien plus vieille. C’est ma seconde campagne présidentielle en tant qu’électrice. Cette année je ne veux pas d’une campagne primitive. Je veux une campagne digne, intelligente, optimiste. La campagne de François Hollande est tout cela à la fois. Parce qu’on est face à un homme digne, intelligent, optimiste. Parce qu’on est face à un homme qui saura redonner une dignité à la France. Ce n’est pas rien… cette dignité, on l’a perdue depuis bien longtemps. On l’a perdue en 2002. Donc je n’irai même pas accuser Sarkozy… j’accuse seulement les Français. C’est moche, mais c’est ainsi. Et cette année pour la campagne, je ne veux pas faire reposer mon vote sur mes tripes, je veux que mon vote soit celui qu’il devrait être pour chacun, je veux avoir foi en mon candidat, je veux que ce soit le signe d’une confiance mesurée, je veux que ma souveraineté soit remise entre les mains de quelqu’un qui saura la défendre, qui saura en faire une valeur noble.

Ce dimanche, je voterai François Hollande parce que je retrouve dans son discours une cohérence qui me correspond, une intelligence qui me parle, une distinction qui me plait. Ce dimanche, je voterai François Hollande parce qu’il est le seul qui m’apparaît capable d’œuvrer pour le bien commun. Parce qu’il est le seul qui sait vraiment rassembler. Parce qu’il est optimiste. Parce qu’il pense que la jeunesse est un bien précieux et qu’elle doit être traitée avec les égards qu’elle mérite. Ce dimanche, je voterai François Hollande parce qu’il sait faire de la politique avec noblesse et qu’il me redonne foi en ce que je fais, au quotidien : travailler à la rénovation des liens entre l’Etat et les citoyens.

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Le féminisme doit-il exclure les hommes ?

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, aujourd’hui, c’est la journée contre la violence faite aux femmes qui se décline sous plusieurs angles avec notamment la journée de la jupe initiée par Ni putes ni soumises qui revendique le droit de porter une jupe sans être traitée de tous les noms. J’en suis, j’ai une jupe, je suis morte de froid. J’ai lu par ailleurs des articles sur le sujet, je vous invite à lire celui de Galliane que j’ai trouvé pas mal du tout. J’en ai lu de très mauvais par contre, j’ai été pas mal déçue par certaines plumes devenues salement aigries sur le sujet.
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Parallèlement, nous avons une pétition sur le site contre le viol. Ca ne consiste pas à dire « je suis contre le viol » parce que ça ne servirait à rien sinon (un peu comme les groupes « je suis pas raciste » sur FB que je trouve profondément creux) mais revendiquer une vraie prise en charge des victimes, un procès en assise pour les coupables, de meilleures formations pour les personnels soignants… Le site se base sur un slogan « la honte doit changer de camp ». Il est vrai qu’il existe de très nombreux cas où la victime développe un sentiment de culpabilité à base de « je lui ai fait confiance », « je suis allée chez lui », « j’étais habillée trop provocant », « je ne me suis pas assez défendue », sans parler des cas où la femme a eu un orgasme. Oui, ça arrive, c’est pas pour autant que ce n’est pas traumatique pour elle. Ok pour la baseline et même si le site est tournée vers les femmes, si la pétition portait quelques fruits, les hommes victimes de viols pourraient également en bénéficier.
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Et puis il y a ça : la marche de nuit féministe et non-mixte du samedi 27 novembre. Là par contre, je m’interroge. Pourquoi non mixte ? C’est quoi ce bordel ? Elles ont peur que les mecs viennent pour tenter de nous draguer ? Parce que la cause féministe ne concerne que les femmes et que les mecs s’en battent les couilles (limite au sens propre) ? On ne doit pas connaître les mêmes mecs alors. Oui, un mec vit moins souvent que nous (dire pas du tout serait un mensonge) les tentatives de drague très très lourdes, à la limite de l’agressivité, se font moins peloter dans le métro au gré des mouvements de foule. Bien que quand le métro est bondé, il est difficile de savoir si certains errements sont volontaires ou non. Mais c’est pas la question. Oui, je veux bien que les femmes soient plus victimes que bourreaux mais je ne comprends quand même pas pourquoi les hommes sont exclus de ce mouvement et même ça me choque. C’est pour ça que le féminisme tel que celui là me file des boutons et que je préfère me déclarer « égalitariste ». Même si un mec ne se fera pas forcément traiter de pétasse car il refuse de s’arrêter pour discuter avec un inconnu à une heure du mat alors qu’il est attendu chez sa tendre moitié (oui, c’est du vécu). Mais je ne pense pas qu’il faille être équipée d’ovaires pour comprendre à quel point c’est pénible.
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On est au XXIe siècle, les meufs, il serait temps de comprendre que le mâle n’est pas nécessairement notre ennemi et qu’il serait plus intéressant pour tout le monde de marcher main dans la main et se soutenir plutôt que de s’exclure. Je ne comprends pas quelles sont les raisons qui poussent les femmes à exclure les hommes de leur marche. J’aimerais bien savoir. Car j’en connais des hommes (au pluriel) qui se sentent également concernés, qui sont atterrés quand on leur raconte que oui, on se fait interpeller, siffler, mater de façon parfois gênante, insulter parce qu’on se prend pour des pétasses et qu’on ne répond pas aux sollicitations. Y a qu’à lire les comms sur cet article pour avoir une idée de l’ampleur du truc. Ah pardon, mec, je savais pas que le fait d’être dans la rue impliquait forcément que j’étais dispo pour a) t’écouter réciter ton laïus sur mon père qu’est un voleur car il a pris toutes les étoiles dans le ciel pour les mettre dans mes yeux (traiter mon père de voleur, tu commences bien), que j’ai fait tomber un truc, ah, ton coeur et autres banalités du genre b) me dire que ouais, je suis folle de toi, allons copuler gaiement ensemble car justement, je n’ai rien à faire. Et mettre une jupe ne veut pas dire que je suis en chasse, ça veut surtout dire que je suis coquette et que j’aime bien sourire à mon reflet dans la glace. Ca, un mec peut le comprendre alors forcément,les faits plus graves… Et puis vous vous êtes pas dit que certains hommes aussi en ont marre de ce comportement déplacé ? Qu’eux aussi ont le droit d’élever leur voix contre la violence des hommes faites aux femmes, ces femmes qui peuvent être leur compagne, leur mère, leur soeur, leur amie… ? Pourquoi leur interdire de participer ? Pourquoi leur interdire de dire qu’eux aussi, ils trouvent ça intolérable ? Depuis quand le militantisme doit être genré pour être pertinent ?
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Avez-vous manifesté pour protester contre le sort des Palestiniens ? Si tel est le cas, j’espère que vous êtes Palestienne, sinon, selon votre propre logique, vous n’avez rien à en dire. Et quand je parle de la Palestine, je peux parler de l’Irak ou du Tibet. Doit-on être exclu d’un combat juste parce que la génétique ne nous met pas directement dans le panier des concernés ? 

Je laisse la question ouverte.
PS : Et les travestis, ils sont pas admis ?
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Acteur ou témoin ?

Samedi 13 heures. Comme tous les samedis, la famille est installée devant la télé et regarde le JT. Peu importe la chaîne, au fond, le spectacle est sensiblement le même. En ce moment, ce qui fait fureur, ce sont les manifs Anti-CPE. Mais pas tellement le côté manifestation de syndicats qui ont un discours, non, pas tellement le côté les étudiants découvrent le militantisme et ont des choses (parfois même intéressantes) à dire, non. Ce qui est amusant de montrer, ce sont les casseurs, ces espèces de brutes épaisses qui ne savent sans doute même pas ce que veut dire CPE et qui croient que Chirac est juste un personnage en latex d’une émission bizarre. Et on les voit : là, ils brûlent une voiture, là, ils pètent une vitrine, là, ils cognent un étudiant qui n’avait rien demandé. Le tout sous le regard impitoyable de la caméra.

Je regarde donc les infos et là, grande réflexion. En tant que journaliste, tu serais à la manif, tu ferais quoi ? Est-ce que je filmerais aussi un pauvre gamin en train de se faire tabasser ou je poserais ma caméra pour essayer de faire quelque chose (bon, ok, du haut de mon mètre 57 avec ma tête de Bisounours, je ne fais pas vraiment peur mais quand même…) ? Suis-je avant tout journaliste ou citoyenne ? Franchement, ce questionnement me laisse perplexe, j’essaie de réfléchir. Je vous rassure, à la fin, je sais toujours pas. Et puis, je me dis
que c’est toujours facile de raisonner par l’absurde et de se donner les vêtements du héros tant qu’on n’est pas confrontés à la situation. Genre tous les gens qui disent : « moi, à la seconde guerre mondiale, j’aurais été résistant ». Mais bien sûr, c’est tellement facile de dire ça 60 ans après sans jamais avoir connu l’état de guerre. Ah, ça, les courageux virtuels, y, en a, mais pour le reste… Enfin, bref, je vous fais quand même part de mes élucubrations.

 
Journaliste

Bon, imaginons que je suive une formation de JRI (journaliste reporter d’images) et que je me retrouve employée par France 2, on me jette dans la manif. Alors, pour ceux qui n’ont pas fait journalisme, je préfère préciser : on ne part pas de la rédaction avec juste le matériel. Non, si on va là-bas, c’est avec une thématique précise. Par exemple, France 2 va envoyer deux équipes sur les manifs, une qui traitera de la manif en elle-même avec deux, trois interviews de syndicalistes étudiants et de manifestants lambda et une autre qui couvrira la violence des casseurs. Donc j’hérite du sujet et je pars avec mon acolyte, Jean-Paul. Nous voilà arrivés sur les lieux, on règle la caméra, c’est lui qui filme parce qu’une caméra, c’est lourd et que je suis une petite chose fragile. Surtout petite, je filmerais plus le cul des manifestants que leur tête et comme je suis censée bosser à France 2 et pas à Pink TV, ça le fait pas. Donc Jean-Paul
tourne, moi, je microtte et je repère ce qu’on peut filmer. Oh, devant moi, un gentil étudiant qui ne demandait rien à personne vient d’être la proie d’un groupe de casseurs qui l’ont fait chuter au sol et commence à lui filer des coups de pieds et de poing pour lui voler son portable. En tant que journaliste, que fais-je ? Je hurle : « tourne ! ». On filme donc l’agression, on coupe quand les agresseurs sont partis avec le portable, la montre, l’ipod et la paire de reebok (heureusement, le gars portait un slip pas tendance du tout). On attend que le
petit se relève, crache sa dent cassée et on attaque. On fonce sur lui avec notre caméra et interview. Avec de la chance, le petit est dégoûté par ce qu’il vient de lui arriver et va nous faire un bon petit témoignage. Hop, on enregistre, on prend son nom. Comme on est sympa, on reste deux minutes avec lui en attendant que quelqu’un vienne le soigner puis on file. Vous croyez quoi,
vous ? Qu’on fait un reportage de deux minutes avec juste une agression ? Mais non, il faut toute une série d’images choc, on fait deux, trois interviews d’agressés, le meilleur gagne le droit de passer au JT de 20 heures. Les autres, c’est définitivement pas leur jour mais avoir ses quinze minutes de gloire parce qu’on s’est fait piquer son sac, ça craint du boudin. Pour fignoler, on interroge un représentant des forces de l’ordre et direction la rédaction pour monter notre sujet. Ces gamins tabassés ne sont plus que des noms griffonnés sur un papier, on est plutôt content : on a bien travaillé. Tant pis si un de nos interviewés a eu le bras cassé.

 
La citoyenne

On recommence, Jean-Paul et moi, lui caméra, moi, micro. Le gamin se fait attaquer et là, en tant que citoyenne, je cherche de l’aide. Oui parce que passer de la journaliste à la citoyenne ne me fait pas grandir et ne me donne pas de muscles donc j’essaie de trouver très rapidement soit une autorité compétente soit des jeunes étudiants qui seront prêts à aider leur pote. Même Jean-Paul est prié de mettre la main à la pâte. Le gamin, une fois débarrassé de ses bourreaux, on l’aide à se relever et on l’amène vers les pompiers pour qu’on le soigne. Naturellement, je ne supporte pas la violence, c’est un truc qui me dépasse complètement. Une fois, j’ai été témoin d’une agression, j’étais en voiture avec Anthony, on s’était perdus du côté de Rosny sous Bois. Je vois des gamins courir et bondir sur un collégien, sur le coup, je me dis : tiens, ce sont ses copains. En trente seconde, le collégien se retrouve par terre roué de coups, le portable tiré et les voyous déjà repartis dans la cité. J’avoue que je n’ai pas tout compris tellement c’est allé vite, personne n’a réagi mais je m’en suis voulue de n’avoir rien fait. Bon, techniquement, je vois pas ce que j’aurais pu faire mais si tout le monde laisse faire tout le monde comme ça, on ne s’en sortira jamais, à mon avis.

Le dilemme est simple : dois-je faire mon boulot envers et contre tout ? Est-ce que filmer ses actes de violence ne revient pas finalement à les banaliser ? Ou au
contraire les dénoncer. Le problème essentiel du journalisme est, à mon sens, qu’à force de montrer des images spectacle, on finit par être comme anesthésiés. Par exemple, prenez des images du tsunami ou du 11 septembre. Au début, ça vous remue. Au bout de la 20e rediffusion, vous mangez vos spaghettis devant toutes ces vies qui s’achèvent sans sourciller. Autre problème qui me paraît de taille : la multiplication des vidéastes amateurs. Ah ça, pour sortir le camescope et tourner une scène de violence, va y avoir de plus en plus de monde mais pour bouger… Tout dépend de la situation, jamais je ne me scandaliserai si un amateur lambda filme une prise d’otage et n’intervient pas, c’est peut-être mieux. Mais souvenez-vous de la vidéo d’une femme en train
de se noyer au Mont Saint Michel… Et voilà, on filme avec indifférence une vie en train de s’achever. Il y avait un film pas mal du tout sur le sujet avec Elie Semoun, je ne me souviens absolument pas du titre, un journaliste qui travaillait aux States et qui filmait des gens mourant, comme ça, sans intervenir. Mais au fond, quel est le rôle du journaliste ? Montrer. Le journaliste n’est pas censé intervenir sur les événements. Je citerai ici Gérard Filion, journaliste Québécois et ancien directeur du journal Le Devoir : « Ceux qui l’écrivent [l’histoire] seraient incapables de la vivre ; ceux qui la vivent n’ont pas le goût de l’écrire. » Les journalistes sont, quelques part, nos yeux et nos oreilles, ils nous permettent de voir ce qu’il se passe partout dans le monde mais n’interagissent pas avec ce qui se déroule sous leurs yeux. Tel est leur métier, tel est mon métier.

Alors, à la question qu’aurais-je fait, je crois qu’il sera plus honnête de répondre : je tourne. Même si la violence me donne la nausée, même si ça m’emmerde de laisser ce pauvre gosse se faire tabasser au lieu de l’aider, je n’ai pas le choix. Mon métier, c’est montrer, relater, inscrire sur un support un moment de notre histoire. Suis-je contrainte d’accepter ça ? Oh non, je peux tout à fait me rebeller, dire au rédac chef d’aller se faire foutre, que je refuse de rentrer dans cette surenchère de la violence…et je peux retourner le cœur lourd à l’ANPE. Car si quelqu’un doit changer la société, ce ne sera pas, a priori, un journaliste.

 
(à suivre)
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