La galanterie, cet immense attrape-nigaudes du patriarcat

Ce qui est fantastique avec les réseaux sociaux, c’est que quand tu crois qu’on atteint le fond, quelqu’un vient toujours donner un petit coup de pelle. Du genre j’ai découvert récemment qu’une femme refusait le féminisme parce qu’elle aimait “qu’on lui tienne la porte”. Ah oui, le sens des priorités… L’occasion rêvée pour vous parler de la galanterie, ces miettes consenties par le patriarcat pour qu’on ferme nos mouilles.

La galanterie

En ce moment, je lis un roman pas du tout sur le féminisme (l’Epée de vérité), l’héroïne Kahlan explique à son compagnon que pour gagner, il faut savoir parfois céder sur de petites choses. Donc la galanterie. Alors déjà, énorme foutage de gueule. Commençons par cette histoire de porte tenue et sa cousine “céder sa place à une femme enceinte ou âgée”. Vous appelez ça de la galanterie, j’appelle ça de la politesse. Non parce que si vous jetez les portes au visage de vos amis ou si vous refusez de céder votre place juste parce que vous êtes une femme et donc dispensée de galanterie… et bien pardon mais vous êtes une effroyable connasse. Non mais vous avez conscience que vous prenez pour un acquis un comportement complètement normal et que vous adoptez vous-même sans même y penser ?

Civilité dans le bus

D’ailleurs, amusant, la seule photo que je trouve sur le sujet, c’est une jeune femme qui cède sa place à une mamie…

Ah mais oui, la galanterie, c’est aussi payer au restaurant ou au bar. Alors cette fois-ci, je vais vous épargner le couplet sur les femmes indépendantes et tout ça, je ne vais même pas aller jusque là. Pourquoi le mec “doit” payer ? Mais pour deux raisons simples :

Rappeler qui est le boss : dans les temps anciens, dans le couple, l’homme pourvoit aux besoins de tout le monde pendant que madame est priée de gérer l’espace privé du couple (maison, cuisine, enfants). Aujourd’hui encore, on considère que l’homme doit gagner plus que sa femme (en même temps, avec un salaire féminin médian 30% inférieur aux hommes, y a une certaine réalité sociale, hein…). Vous l’avez tous vécu : quand vous allez au restaurant avec une personne du sexe opposé, l’addition est systématiquement posé devant l’homme.

Addition : qui paye ?

Vous rendre redevable : hé oui, il y a aussi ce message là. Je te paie tes boissons et/ou ton repas, merci de me montrer ta reconnaissance… J’ai fait quelques recherches et il semble que cette question de l’addition soit très problématique. Le moite-moite fait passer l’homme pour un radin, paraît-il. Heu, non. Je gagne ma vie, je paie ma part surtout que je n’ai pas envie d’être redevable ou d’entendre un “tu me paieras la prochaine fois”, surtout quand j’ai pas envie d’une prochaine fois. Après, y a toujours moyen de s’arranger. Je veux dire pour notre premier rencard avec Victor, il avait payé les verres au bar, j’avais payé le resto (il a tout payé au bar parce qu’on avait décidé d’aller au resto, hein). Mais combien de fois vous avez entendu un mec se plaindre car il avait tout payé à une meuf  en soirée et qu’il n’avait même pas pu baiser avec ? Bah ouais mais désolée, c’est pas dans le contrat.

Femme fait un signe stop

Bref, je suis toujours fatiguée d’entendre que le féminisme fait disparaître la galanterie car il y a d’une part des comportements qui relèvent de la pure politesse et de l’autre… ben si vous n’avez pas les moyens de vous payer un resto, n’attendez pas d’un prétendant qu’il le fasse pour vous. Quand on m’explique qu’au Danemark, plus personne ne se lève pour céder sa place à une femme enceinte à cause du féminisme (oui, c’était la suite de l’argumentation de la dame qui sait pas ouvrir une porte seule), j’ai envie de dire que, déjà, va prendre le métro à Paris en France, pays pas très fair avec ses féministes, tu verras que personne ne te cèdera la place non plus mais surtout… pardon mais ce n’est pas la faute des féministes si les gens sont juste cons. Bon, je ne sais pas quelle valeur donner à cette information vu que la dame m’a bloquée avant de me donner la moindre source (curieusement…) mais il n’y a pas besoin d’être féministe ou saoulée par le féminisme pour se dire qu’une femme qui a un foetus de quelques kilos dans le ventre, ça serait sympa de la laisser s’asseoir un peu quand même. C’est comme dire qu’à cause de la lutte contre le racisme, plus personne ne mangeait de couscous, réfléchissez trente secondes, ça n’a pas de sens.

couscous

Mais en ce moment, l’anti féminisme se porte bien, très bien, avec des complices féminines en premier plan. On va en parler cette semaine. Beaucoup. Parce que le 8 mars approche et ça va encore nous faire mal.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Ensemble, tout devient merdique?

Par Diane

Vingtenaires, vingtenairettes, j’ai aujourd’hui à vous faire part de constatations résultantes de mes moultes observations existentielles.

Il se trouve que je suis revenue la semaine dernière d’une semaine de vacances dans un petit lieu dit de provence (au milieu des moutonsss, dans le sud de la france en pays des santonnns). Si l’on ajoute le fait que je me trouvais dans un petit lieu dit accessible uniquement par une petite route encastrée dans la montagne et peuplée d’animaux bizarres à celui qu’on était mi septembre, et donc que la populace vacancière était à 98% partie, vous conviendrez que j’avais passé la semaine dans un cadre relativement propice au calme, à la méditation et à la paix de l’esprit. Et
effectivement, ma tension a baissé d’un coup, j’ai cueilli des noisettes et le peu de personnes que j’ai pu croiser pendant mon séjour a été plus qu’avenant et aimable.

Or, lorsque j’ai repris le train et que je suis arrivée dans le métro parisien, force m’a été de constater que l’amabilité ambiante avait un brin diminuée.  Et que j’te rentre dedans en râlant parce que t’es sur mon chemin, et que jte laisserais debout même si t’as 95 ans, une jambe en moins et une valise de 45 kilos parce que moi je bosse toute la journée, merde, hein, toi t’es à la retraite, t’asseoir, t’as que ça à foutre, j’en passe et des meilleures.

Et il m’est souvenu que l’année dernière, quand j’avais passé 15 jours au québec, l’amabilité des gens m’avait étonnée aussi. Sachant que les québecquois, si mes souvenirs sont bons, se partagent
un territoire de 7 fois la france avec une population équivalente à celle de Paris/banlieue, j’ai commencé à me poser sérieusement des questions sur le rapport entre la qualité de vie (et je ne parle pas d’un point de vue financier, hein, mais de choses futiles comme l’amabilité, l’empathie, la fraternité tout ça…) et la masse de population. Prenons quelques exemples tous simples:

1/Vous êtes en haut d’une montagne, au milieu d’une belle rando de 6h. Vous êtes arrivé en haut, vous en avez chié,  vous n’en pouvez plus, mais vous êtes le roi du monde (Jack dawson peut bien aller se rhabiller, ce guignol). Et tiens, tout en haut de la montagne, vous voyez un vieux monsieur assis qui se repose. Qu’est ce que vous faites? Vous vous dites bonjour, vous vous auto-félicitez de votre belle montée, vous vous extasiez tous deux sur le panorama et tiens, c’est drôle, vous venez du même coin, et, votre oncle, c’est le pharmacien de son village! Alors que, à
St Lazare un lundi soir, est ce que vous allez causer à votre voisin de train? A ceux qui attendent le train avec vous sur le quai? A 95% non. D’ailleurs, ils tirent la gueule, ça donne pas franchement envie. Et pis lui là, il est louche avec son grand imper.

2/Vous êtes prof, animateur, éducateur, ou n’importe quelle situation où vous avez affaire à cet étrange catégorie humaine(?) qu’on appelle les adolescents. Prenez en un, montrez lui quelques trucs et pouf, il sera capable de vous pondre de magnifiques dissertations, de montrer l’envie d’apprendre, voire même, j’ose à peine le dire, d’avouer que Tokyo hotel, c’est d’la merde et qu’il écoute Maxime le Forestier quand personne le regarde. Alors que, prenez le même adolescent et mettez le avec une douzaine de ses con(dé)génères, il diminue aussitot son vocabulaire de moitié, lit « scooter magazine » et balance des pierres du haut d’un pont sur l’autoroute en dessous en signe de sa pathétique rebellion à l’autorité castratrice qui ne le comprendra jamais.

3/Et là, je pique mon exemple à Pierre Desproges, (dans un de ses réquisitoires il me semble), tiré de son expérience personnelle. Quand il était à l’armée, il a assisté à un jeu formidable: la course de tortues. Quelques uns de ses camarades avaient chacun une tortue à laquelle ils faisaient une petite incision sous le bide pour y placer un morceau de coton imbibé de je ne sais plus quoi inflammable. Et le jeu, je vous le donne Emile, c’était au signal de départ, de foutre le feu à sa tortue pour voir laquelle arriverait en premier. Qu’est ce qu’on se marre à l’armée! Et M. Desproges de remarquer que si l’on prenait individuellement un de ces hommes et qu’on lui donnait une tortue, il n’aurait pas d’autre idée que de l’appeler « Fifi », de lui donner quelques feuilles de salade et de lui trouver un abri pour pas qu’elle aie froid l’hiver.

Je ne sais pas si vous avez noté, mais les médias mettent un point d’honneur à nous faire remarquer que le monde est dans une misère noire et qu’il risque de s’écrouler d’un moment à l’autre, que
le malheur est là, partout, on ne peut y échapper. C’est apocalypse soon.

Déja on va tous crever de faim parce que notre pouvoir d’achat ridicule ne nous permettra bientot plus de nous acheter à manger. Ensuite on va tous crever désintégrés sous les bombes des terroristes intégristes islamistes et tout un tas de trucs en « iste » qui ont juré d’avoir notre peau, sans compter les jeunes de banlieue qui brûlent tout et fusillent les enfants dans les collèges. Ah, et puis on va aussi tous crever de cancer, de cirrhose ou d’horribles maladies parce qu’on ne mange pas 5 fruits et légumes par jour. Sans compter bien sûr mesdames les guéguerres au
sujet duquel je ne résiste pas à vous citer une magnifique phrase de l’article « guerre » du dictionnaire Philosophique de Voltaire:  » Les malheureux harangueurs parlent sans cesse contre l’amour, qui est la seule consolation du genre humain et la seule manière de le réparer; ils ne disent rien  des efforts abominables que nous faisons pour le détruire ».  (oui, c’est beau. Vingtenaires, vingtenairettes, amis du genre humain, lisez Voltaire. Jvous assure, des fois, ça fait du bien)
Donc, disais-je avant d’être grossièrement interrompue par Voltaire, j’aurais tendance à me dire que, plus il y a de population sur la planète….plus c’est la merde. (sans oublier le rôle des médias et des politiques hein. C’est bien connu, la peur est l’ingrédient le plus efficace jamais testé pour soumettre le peuple aux choses les plus ignobles, quitte à se torcher bien allègrement avec la déclaration des droits de l’homme)
Et là je me demande: est ce que l’homme serait incapable de se retrouver à plusieurs sans devenir automatiquement con? Ce fameux « effet de groupe » est-il inévitable?

D’un autre côté, c’est aussi au contact des autres qu’on devient soi et qu’on s’enrichit….laissez un homme seul au monde (avec ou sans ballon de volley) il tardera pas à devenir dingue, ou en tout cas à régresser carrément. (le contact de l’autre permettant la confrontation et l’émulation intellectuelle). Ou alors, énième suggestion: le contact de l’Autre enrichit l’homme; le contact des autres le rend con. (et encore, j’vous ai même pas parlé des supporters).

Enfin voilà, à vous de me dire ce que vous en pensez.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Faut qu’j’vous raconte…

Par Lucas

Cet article répond à une demande de pas mal d’entre vous, filles ET garçons.
Il s’agit de vous raconter un peu plus en détails l’histoire de la Fée du Métro. Histoire qui appelle des commentaires de toutes les couleurs alors n’hésitez pas. Certains parleront de lâcheté, d’autres de geste exemplaire. Lectrice, Lecteur, à toi de juger !!

Nous sommes à Paris en juillet 2006. Il est 8h30, le soleil est dejà haut sur la capitale et la journée va être chaude. Même sous terre ou la moiteur est déjà là. Eh oui, comme des milliers de parisiens à cette heure, je suis dans le metro et je me rends à l’Hopital Tarnier. Perso je kiffe à mort le metro. Avec mon éducation bourgeoise j’ai pas eu la chance de l’utiliser souvent. C’est bien simple, dans une rame je mate tout le monde et j’essaye de deviner la vie des gens. Je suis fasciné par mes concitoyens. Je crois qu’un jour je vais monter dans une rame et hurler à tout va : « Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je m’excuse de vous déranger. Je voulais simplement vous dire que je n’ai pas d’enfants à charge, que j’ai un boulot de rêve, un salaire en conséquence, une copine canon, et je tenais à partager ce bonheur
avec vous qui avez tous des gueules d’enterrement. Bonne journée »

Et vlam, paye ton coup de déprime généralisé dans le métro…

Mais revenons y (dans le metro…)
J’étais plongé dans Aurelien d’Aragon, un roman d’amuuuuuur que j’adore. Et puis, innocemment, je releve le nez pour voir combien de stations il me reste
jusqu’a mon arrêt. Et là…
Là je tombe en pamoison devant une nana bellissima. A dire le vrai, aujourd’hui, son visage m’echappe (merci l’accident de ouature, merci le coma) mais elle était toute gracile. Comme par hasard, elle descend à Raspail, mon arrêt.

Je la suis.

Comme un pervers, je constate qu’elle a des guiboles magnifiques et un pas léger. Gloups.
Et puis on sort de la station.
Elle de continuer tout droit alors que je suis censé prendre à gauche.
L’intensité dramatique est à son comble (enfin je fais ce que je peux)
Dilemme… Que faire ?
L’inviter à prendre un verre et par là même inscrire sur mon front au rouge à lèvres:
« Je suis un dragueur de base, à ta place je dirais non, d’ailleurs je sens que tu vas dire non »
(oui j’ai le front de Frankenstein)
Ou tracer ma route et arriver à l’heure à mon rendez-vous ??
Comme un gros timide je pars à mon rendez vous, tout peiné, tout ronchon.

Bien sûr, je passe la journée à râler contre moi…
Et je préviens à la fin de la journée mon boss que j’aurai une heure de retard le lendemain…
Je quitte mon stage un peu en avance vers 18h30 histoire d’acheter une carte postale chez un libraire.
Une carte postale que je vois tous les jours en passant devant le panneau de présentation.

Le lendemain matin, je suis 10 minutes à l’avance à la sortie de Raspail.
Je m’assois sur un plot de beton et reprend Aurelien
Un quart d’heure plus tard la donzelle arrive
Imaginez un Lucas avec les deux premières secondes de Un Homme Pressé en mode repeat à la place du coeur…
Je me lève, je range Aurelien dans mon sac et sors la lettre.
Au moment de la croiser je l’interpelle avec un grand sourire niais :

« Excusez moi Mademoiselle… Heu Bonjour.. Heu, vous avez du courrier ! Bonne journée !

Et je m’enfuis vers la station. Limite en courant mais comme j’ai encore des restes de fierté en moi je me retiens…
La carte postale représentait un manège parisien en pleine rotation.
Et je lui avais écrit çà…

Mademoiselle,
Je tenais à vous dire que vous êtes éblouissante, merveilleuse et feerique…
Avec cette carte postale, ce tour de manège, je vous offre un cadeau : un peu d’air dans vos cheveux, pour rafraichir 
votre journée estivale…
J’espere simplement que je vous croiserai de nouveau un jour, par hasard, dans une semaine, une mois ou une dizaine d’année.

Je n’ai pas signé.
La beauté d’un acte gratuit.
Parfois, j’y pense en souriant et j’essaye de me convaincre qu’elle a aimé.

Rendez-vous sur Hellocoton !

La malédiction de l’’accordéon

A ma naissance, des fées se sont gentiment bercées sur mon berceau, faisant de moi une fille canon, intelligente, drôle et pi tout ça (et modeste, of course). Mais évidemment, tout ne pouvait pas être rose : toutes ces qualités concentrées sur une seule fille, ça n’était pas possible. Alors la méchante fée Grognassia se pencha aussi sur mon berceau et m’affubla d’une terrible malédiction, celle de l’accordéon. Ou comment ne pas pouvoir prendre le RER ou le train sans me prendre un accordéoniste au talent douteux.

 

Tout commença à Toulouse en juin 2003, d’après mes souvenirs. A l’époque, je passais mes journées chez moi pour préparer mon concours de journalisme. En gros : matin, lecture de la presse, après-midi, anglais et culture G. Or j’habitais au dessus d’un carrefour agrémenté de feux rouges. Il faut savoir qu’à Toulouse, au feu rouge, c’est comme dans le métro parisien, il y a une tribu étrange qui fait des choses pour gagner de l’argent. Donc, moi, dans ma grande chance, j’ai hérité de l’accordéoniste. Dès 7h30 le matin jusqu’à 18h (au moins), j’avais donc droit à la même mélopée. TOUTE LA JOURNEE !! Toujours le même refrain, imaginez ! Du coup, dès 7h30, j’étais devant mon ordi avec mon café et mon casque sur les oreilles pour écouter une musique que j’avais choisie et non qui m’était imposée. Heureusement pour moi , il a fini par être dégagé par un gang de laveur de pare-brise. Au moins, eux, ils font pas de bruit.

Seulement, les accordéons sont partout, si, si, si. Surtout dans mon wagon de métro ou RER. Vous vous souvenez la pub pour je ne sais plus quel opérateur téléphonique qui montrait une nana dans le métro qui se retrouve à côté d’un accordéoniste et qui tire une gueule pas possible « une minute, c’est long ». Ben, ça, c’est ma vie. Par exemple, y a 15 jours, j’avais une réunion de travail avec le scénariste de Modo. Je monte dans le train, je m’assois sur un strapontin avec mon livre, tout va bien. Mais là, làààààààààààà ! C’est le drame. Un accordéoniste monte pile sous mon nez dans la rame et commence à jouer. La prochaine gare est à 10 minutes, je vais mourir ! J’essaie de me concentrer sur ma lecture mais c’est pas forcément évident non plus… Heureusement, mon rendez-vous m’a appelée, j’ai eu une bonne raison de partir à l’autre bout du wagon sans paraître impolie. Mais bon, c’était pas l’idéal non plus. Du coup, j’étais toute perturbée et en sortant du train, je suis allée droit vers un mec chelou, pensant que c’était Gildas mais Dieu merci, c’était pas lui. Non parce que le mec, il comprenait rien à ce que je lui disais et me regardait étrangement, genre je suis une extraterrestre qui essaie d’entrer en contact avec lui.

Jeudi dernier, ça recommence. Je vais à mon entretien, bouquin, tout ça. Je suis tranquillement en train de lire quand un accordéoniste monte (bon, sur cette ligne, j’ai le choix entre ça ou les nanas qui chantent des chansons en espagnol avec une voix nasillarde). Et bordel, c’est reparti. A chaque arrêt, je retrouve ma foi en Dieu et prie très fort pour qu’il descende AVANT le terminus. Non mais comment vouliez-vous que je sois parfaitement concentrée sur mon foutu questionnaire après ça ? Bon, ok, je me cherche des excuses, là.

 

Alors n’allez pas croire que je déteste l’accordéon. Ce n’est pas mon instrument préféré (et de très loin) mais ça peut être bien quand on sait parfaitement en jouer. Mais sinon, c’est chiant, surtout quand on entend la même chanson, touuuuuuuuuuuuuuuute la journée. Foutue malédiction !

Rendez-vous sur Hellocoton !

Misanthropie

Par Lucas

« Parfait Monsieur Lucas, merci de votre appel, à mon tour laissez moi me présenter je suis Marie Belanger et je vais traiter votre demande ».

A peu de chose près, voila la phrase stéréotypée à laquelle j’ai droit à chaque fois que j’appelle ma hotline chez SFR. Lu comme ça, vite fait, cela peut paraître courtois et cordial, simple et efficace. Mais dans la vraie vie c’est aussi gerbant que deux doigts au fond de la gorge. La raison ? Oh, c’est très simple. Même à la première écoute, cette phrase pue la récitation. : un discours appris par cœur ou lu sur une fiche. Franchement, si on ne fait pas attention, ça passe comme une grève à la Poste. On nous recrache un texte préparé, formaté, étudié pour être sobre et bien élevé. Tout est policé, il n’y a pas un mot plus haut que l’autre, rien ne vient agresser l’oreille du client. Tout concourt au final à lui faire reconnaître qu’il a été bien servi « J’ai bien répondu à vos attentes Monsieur Lucas ? »

Je trouve ça insupportable.

Attention, je ne vous parle pas de la recherche de l’efficacité commerciale… Je vous parle du mode de communication pure. Il n’y a plus aucune humanité ! A vouloir donner une image proprette de l’entreprise, à vouloir régenter la relation client, le service communication d’SFR se fait le complice d’une soviétisation des esprits ! A croire qu’après avoir pratiqué des tarifs indécents, SFR continue à nous prendre pour des cons, cette fois-ci avec les employés de sa hotline ! D’abord en donnant à ces salariés marocains, localisés à Casablanca, des noms français « bien de chez nous ». Marie, Julien, etc (histoire de ne pas choquer les racistes bon teint). Et ensuite avec ce carcan sucré qui encadre le discours. Comme si personne ne se doutait que cette façon de parler est totalement artificielle ! Je crois que cela m’énerve autant que ma propre passivité. En restant nous même silencieux face à cette cosmetisation des discours, nous nous rendons nous aussi complice d’un maquillage des relations sociales !! Comme si le monde n’était pas déjà suffisamment hypocrite !

 

Je trouve cette réalité symptomatique de notre époque et j’en viens à me poser à des questions sur moi. Petite pause égocentrique, certes, mais vraiment je reste perplexe… Suis-je un Bisounours égaré chez les Monstroplantes ? J’ai l’impression de m’insurger contre des trucs que tout le monde trouve normal ! D’ailleurs le monde ne se gêne pas pour se foutre allègrement de ma gueule ! (Mais je vous aime quand même les gens !)

J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, dire les choses telles qu’elles sont relève de l’acte terroriste. Comme si la société acceptait encore moins qu’auparavant de voir les choses qui fâchent. Franchement, n’y a-t-il pas une lâcheté écœurante dans la promotion implicite de cet état d’esprit, dans notre active inertie ? 

Un autre exemple.

Certains lecteurs n’ont peut-être pas encore eu la malchance de prendre un jour le metro parisien et d’entendre la phrase suivante :

‘En raison d’un incident grave de voyageur, aucun train ne circule entre Dupleix et Passy.

Pour ceux qui ne le savent pas, cette phrase anodine, presque banale, est une périphrase qui déguise tout simplement… un suicide. Un homme, une femme, quelques stations en amont, qui a décidé de se jeter sous une rame et mettre un terme à son existence. Toute la détresse humaine en un seul geste. Une détresse que la RATP réduit à un incident. De voyageur. Attention, ce n’est pas la faute de la RATP c’est un incident de voyageur. Oh bah ça alors c’est vraiment pas sympa d’être venu entraver le bon fonctionnement de la RATP. Zut alors, c’est pas civique pour deux sous, ça alors. Méchant voyageur. On a pas idée de faire un incident comme ça.. Surtout sur une ligne aussi bourgeoise, non mais vraiment quoi, certaines personnes n »ont aucun sens des realités.

Observons la réaction des personnes dans le wagon.

Une fois, l’annonce faite, la plupart des voyageurs vont râler, sans avoir une seconde de commisération, une seconde de réflexion sur les raisons qui peuvent pousser un homme à mettre fin à ses jours de manière aussi tragique. Quand j’observe ça, je me dis que le maquillage des discours est le meilleur allié de l’égoïsme. (oui j’adore les poncifs pompeux)

Aujourd’hui en France un suicide est un incident.c’est à dire « un événement qui entraîne ou peut entraîner un accident ». Entre notre suicidé et une machine défectueuse, il n’y a aucune différence. Merci la Rateupeu.

Alors bien sûr on va me dire… Il ne faut pas émouvoir, il ne faut pas en parler. Pourquoi ? Parce que des gens pourraient être choqués et ne plus prendre le metro ? Parce que des gamins pourraient être traumatisés ? Parce que cela pourrait donner des envies à d’autres personnes ? Dans ce cas là, autant interdire la diffusion quotidienne du JT de TF1 !!! Faut-il donc, sous couvert de sécurité publique, se laisser aller à une stérilité des propos ? Faut-il donc laisser certains mots déchirer leur sens, les laisser creuser leur tombe ? Merde quoi, on est pas encore dans le Meilleur des Mondes, bordel !!!

Bon…

 J’arrête de vous saouler avec ça et je m’en vais cuisiner pour mes colocs. Non vraiment, promis, j’arrete de faire mon ronchon. Mais je pose tout de même une dernière question : jusqu’où va-t-on pousser le stade du cosmétique et du blisss ?

Rendez-vous sur Hellocoton !