Les amitiés sont-elles toujours circonstancielles ?

Et paf ! Vous avez noté que moins j’écris, plus mes titres ont la gueule d’un sujet de dissert philo pondu par un prof sadique ?

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Hier, je regardais mes petits camarades s’ébattre dans l’open space. Dans ma nouvelle vie (enfin, depuis 6 mois, ça fait moins nouveau de suite), j’ai des quasi-amis, des copains-copains, des copains, des camarades, des “mais c’est qui Sylvie déjà ?” et des “non mais lui/elle, je peux pas le piffrer” chuchoté en regardant autour de moi à la pause. Dans mon pôle, il y a une sorte de double duo : Thibault et Henri d’un côté, Nolwenn et moi de l’autre et Cathy au milieu (les nombres impairs, cette tannée). On s’entend tous bien mais ma meilleure copine, c’est Nolwenn. Puis mes chouchoux hors équipe, ce sont Inès, Isabelle, Jacques et Clémentine. Et pourquoi eux, me direz-vous ?

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Pour Clémentine, c’est simple : elle est restée deux ans alternante dans mon ancienne boîte, on est arrivées quasi en même temps dans la nouvelle, l’histoire était déjà écrite. A nous les déjs potins à deux. Pour les autres, tout remonte à mon 1er jour, je crois. Souvenez-vous, je suis arrivée le jour même du séminaire. A peine arrivée, déjà fourrée dans un train pour passer 3 jours avec mes nouveaux camarades de jeu. Et si je partageais ma suite parentale avec Cathy, c’est bien avec Nolwenn que j’ai de suite tissé des liens. Peut-être parce qu’on est les deux trentenaires de la bande, peut-être parce qu’on était les deux dernières arrivées, peut-être parce qu’elle a un fils à peine plus jeune que Saturnin et que ça nous fait un sujet de conversation en plus. Nolwenn partageait sa chambre avec une autre nouvelle, Inès, du pôle partenariat. Pôle partenariat où on retrouve aussi Jacques l’alternant et Isabelle la chef de service. Voici ma team. Par la suite, j’ai bien sûr élargi mon cercle de connaissance mais mes copains de bureau, ce sont eux. Même il y a deux filles avec qui j’avais bien sympathisé lors du séminaire que je ne fréquente pour ainsi dire plus : on n’est pas dans le même open space.

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Les amitiés sont-elles donc avant tout question de circonstances ? Dans l’oignon des relations sociales de mon open space, l’affinité est-elle battue par les dates d’arrivée dans l’entreprise ? Dans mes précédentes vies, j’ai toujours noté une propension des nouveaux à se coller les uns aux autres. Comme si les groupes d’anciens étaient impénétrables, comme si nous ne pourrions jamais rattraper le retard de ce qu’ils ont vécu ensemble. Comme si notre aventure, on voulait la vivre loin de ceux qui savent déjà. Surtout si on considère que plus on stagne dans une boîte, plus on en voit les inconvénients et quand toi, tu as envie de vivre une belle histoire, t’as pas envie qu’on te la gâche. Et puis tu n’as pas envie de passer tes repas à évoquer le souvenir ému de Coralie et Maxime, ceux qui étaient là avant mais qui sont partis explorer de nouveaux horizons. Non parce qu’ils devaient être très sympas mais on les a pas connus donc le sujet ne nous fascine pas particulièrement.

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Je parle du travail mais ce phénomène d’oignon me semble marcher pour pas mal de relations d’amitiés. Par exemple, si je prends mes amies de la plongée, on observe encore ce phénomène : mes copines étaient les filles de mon niveau (le 1er), on était toutes nouvelles  dans le club. Seule Anaïs a intégré le groupe la 2e année. Et je me rends compte aujourd’hui que le groupe peut être difficile à pénétrer : vendredi, nous sommes allés boire un verre avec Isa Rousse, Joy et Anaïs et j’ai pris avec moi Victor pour faire des présentations officielles. Et bah, je pense qu’il a dû être perdu une bonne partie de la soirée entre les “Non mais tu te souviens de cette folle de Léa ?” “Et tu te souviens quand lui a fait ça et que l’autre à répondu ça et hihihi !”.

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En fait, les groupes d’amis sont-ils comme les couples, se construisant petit à petit références et mythes communs, permettant de créer des liens plus forts mais aussi plus impénétrables pour les petits nouveaux ? Les amitiés naissent-elles des circonstances des arrivées dans un lieu donné plutôt que sur les affinités ? Oui… mais non. Car si elles naissent des circonstances, certaines meurent par manque d’affinités.

 

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Perso

C’est dimanche et le dimanche, on parle culture. Evidemment je ne parle pas de grande culture. Ce n’est pas que j’en ai pas (bande de mauvaises langues !) mais le dimanche, c’est détente, c’est léger. Et puis même si ma culture du dimanche flirte avec les profondeurs abyssales, c’est toujours mieux que de regarder Michel Drucker (non mais !).
Aujourd’hui, j’évoque un sujet qui me tient à cœur et qui a marqué mes jeunes années d’étudiante : le magazine Perso. Je ne sais pas si tu l’as connu, lecteur, il n’existe malheureusement plus et c’est bien dommage.
 
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Au tout début, il s’appelait « Personnalités », je crois, quelque chose dans ce goût-là. Je me souviens la première fois que j’ai eu ce titre entre les mains :
j’avais rendez-vous chez le coiffeur et pour passer le temps, il me fallait un peu de littérature. Oui, moi, quand je vais chez le coiffeur, je fais toujours des trucs qui prennent trois heures (permanente, couleur ou mèches). Dès le départ, une grande histoire d’amour naît entre nous. Je me souviens que c’est en lisant Perso que j’ai découvert pour la première fois des noms comme Amélie Nothomb, Tina Arena ou leur préférée, Asia d’Argento.
 
Premier changement notable : Personnalité (ou Personnality, j’arrive pas à m’en souvenir) devient Perso, c’est plus facile à retenir. Une fois à la fac, tous les mois, je rôde dans les rayons des magazines féminins, je me l’achète et, le soir, je le lis dans mon bain. Seigneur que c’est bon !
 
Il y a plusieurs choses dans Perso, des rubriques modes (que je ne lisais que peu), des pages sur des personnalités, des rubriques psychologie, sexe, voyages (je crois), culture… Bref, un magazine féminin comme un autre mais avec un ton fantastique. C’est rédigé de telle façon qu’on a plus l’impression de lire une lettre envoyée par une bonne copine qu’un papier rédigée par une journaliste quinquagénaire frustrée de la liberté sexuelle de la génération suivante. Les premières pages étaient occupées par des petites brèves très marrantes pour présenter les trucs tendance, du genre : « faut-il acheter ce nounours Agnès B ? Oui parce que c’est pour la bonne cause et en plus, je le trouve tout mignon ». La particularité de Perso, c’est que ce genre d’article était rédigé à la première personne du singulier mais ce « je » n’excluait pas le lecteur, au contraire. Ce « je » écrit  par une journaliste pouvait me coller, je pouvais devenir son « je ». Perso, c’était vraiment devenu ma meilleure copine.
 
Il y avait une rubrique que j’adorais plus que tout et qui a franchement inspiré le ton de ce blog, c’était « les aventures d’une fille toute simple ». J’aurais adoré
connaître la fille qui écrivait cette rubrique, elle avait un style, un humour ! Sa première histoire, c’était sa tentative de drague sur Pedro, le trop beau gosse. A un moment, elle fait une soirée, elle boit plus qu’elle n’aurait dû. Mais alors vraiment trop, le genre de cuite qui fait qu’on a un gros blanc. Le lendemain matin, elle se réveille et elle comprend qu’elle a brouetté comme une folle toute la nuit. Là, Pedro entre dans la chambre avec un plateau de petit-déjeuner : bingo ! se dit-elle. Du coup, elle sourit timidement au jeune homme et lui
fait : « qui l’aurait cru ? » 
« Oui, en effet ! ». Et là, ça bouge dans son lit. Mais que se passe-t-il ? La bosse inanimée à ses côtés se révèle être Etienne, le cousin de Pedro… Donc, voilà, non seulement elle n’a pas eu l’homme qu’elle voulait mais, en plus, elle a couché avec son cousin… bravo, bravo ! Bon, rassurons-nous, elle finira par l’avoir, son Pedro, elle finira même par le larguer, je ne sais plus du tout pourquoi mais il l’avait bien cherché. Autour d’elle, elle avait des amies : celle qui sortait avec un homme marié (« tu dois le
plaquer », expliqua la fille toute simple), la fille super intelligente agrégée de latin qui se faisait passer pour une conne car « les hommes n’aiment pas les femmes plus intelligentes qu’eux » et mes préférées, Déprima et Lexomil, deux « joyeuses comiques » comme leur nom l’indique. Cette fille toute simple, c’était moi, c’était toi, lectrice. C’est la meilleure amie rigolote idéale. Des fois, ses aventures me manquent. Honnêtement, ce blog n’est finalement que la continuité de ses histoires, j’espère arriver à vous plaire autant qu’elle me plaisait, à l’époque.
 
Perso est devenu culte à la fac, je le prêtais à mes amis. Oui, il n’y a pas de faute d’orthographe, je dis bien « amis » sans e car Gauthier aimait bien le lire. Je me
souviens d’une fois où je l’ai appelé car il y avait un article « hype/pas hype » et, dedans, ils expliquaient que rouler en fiat Uno avec un A au derrière, c’était pas hype… Non mais y aurait eu écrit : « Rouler en fiat uno bordeaux avec un A au cul, c’est pas hype, Gauthier ! », ça aurait été pareil.
 
Perso a fait naître de nombreuses anecdotes dont une qui colle à la peau de la pauvre Anne. 5 ans après, on en parle encore. Donc un midi, à la fac, je lis Perso et leur dossier spécial Pénis, tout le monde rit, tout le monde glousse, surtout qu’il y a des photos de zizi et pas en ombres chinoises ! A un moment, Anne arrive à table (nous étions assez nombreux) pour prendre un café avec nous et Gauthier, qui ne la connaissait pas à l’époque, lui pose le Perso sous les genoux et lui demande de lire la première page du dossier pénis où étaient listés je ne
sais combien de synonyme du sacro-saint Phallus. Et là, Anne, dans toute sa spontanéité, s’écrit : « Ah non, pas ça dans ma bouche ! ». Evidemment, comme on ne voit toujours que le mal, on a rigolé comme des bossus, la pauvre Anne ne savait plus où se mettre. Du coup, pendant six mois, quand je parlais d’Anne et que Gauthier buggait : « C’est qui, Anne ? », je lui répondais : « Mais, si, tu la connais, c’est « pas ça dans ma bouche » ! ».
 
Ce dossier sur lé pénis a marqué le début de la fin. Forcément, on parle zizi, on en montre, ça choque. Pourtant, le dossier était extrêmement bien fait, les photos pas vulgaires du tout. A un moment, ils demandaient à des lectrices la première et la dernière fois qu’elles avaient vu un pénis, c’était marrant. Personnellement, je ne me souviens pas la première fois que j’ai vu un pénis, dans la mesure où j’ai grandi avec mon cousin, je devais avoir 2 ans et je pense que je m’en suis foutue royalement. Mais la plupart des demoiselles s’en souvenaient et étaient choquées par la chose. Ah ? Mais les réponses les plus amusantes étaient celles liées à la dernière fois, on sentait les nanas frustrées : « je m’en souviens même plus ! » « celle de Raymond Barre aux Guignols, rien en vrai, malheureusement… ». Puis les autres : « celle de mon copain ce matin ! ». Les garces ! Bref, un dossier fort bien construit avec témoignages, interview d’un sexologue… Et forcément, ça a fait scandale. Le mois suivant, l’édito était justement sur les réaction négatives qu’avaient engendré ce dossier. En substance, la rédactrice en chef s’étonnait qu’on puisse se scandaliser d’un tel dossier aujourd’hui. Ouais, je suis d’accord. Peu de temps après, la lignée rédactionnelle a complètement changé et c’est devenu chiant. Mode, mode, mode, mode… Je me souviens d’un numéro très « hype » où ils s’étaient amusée à prendre un mannequin noir habillée en noir sur fond noir… Donc on n’y voyait rien, forcément ! Oui, c’est concept, c’est tendance…mais c’est surtout très con.
 
J’ai continué à acheter quelques numéros jusqu’au jour où, stupeur, ma meilleure amie rigolote idéale a disparu : il n’y avait plus d’aventures de la fille toute simple ! Du coup, j’ai gardé mes pièces pour moi, hors de question de soutenir un journal qui commet de telles erreurs ! Ils ont tué ma meilleure amie, bouh ! Ce Perso là n’était plus le mien, c’était devenu un bête journal féminin, sans intérêt. Il ne me faisait même plus rire. Pourtant, Perso, c’est le seul journal à avoir osé écrire : « faire l’amour dans un arbre, pourquoi pas mais c’est pas facile de trouver une branche plate de deux mètres sur deux ».
 
J’ai jamais retrouvé d’équivalent, je lis Cosmo, depuis, mais ce n’est pas pareil, je ne rigole pas autant… Perso me manque.
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