Les hommes gentils et totalement safe existent-ils ?

NON ! (générique de fin). On n’arrête pas de se répéter : le not all men nous insupporte. On parle de nos souffrances, de nos peurs, la seule chose que vous nous répondez “non mais tous les mecs ne sont pas des connards, hein, moi par exemple…” Alors je te cache pas que le fait que toi, simple inconnu, ne soit pas un connard ne va pas me consoler de m’être faite toucher par des individus qui n’en avaient pas l’autorisation. Mais surtout, en es-tu sûr ?

Homme gentil

Vous ne savez pas ce qu’est la séduction

On va attaquer direct par ce qui fâche. Je vais commencer par citer Victor, l’homme que j’aime et parfait à mes yeux “tu sais, aujourd’hui, je me rends compte que j’ai parfois été limite avec les femmes. Je mettais un peu ça sur le compte de l’alcool mais c’est l’excuse facile, ça.” Voilà. Je pourrais vous parler de milliers de soirées dans ma vie où je me retrouvais coincée par un individu qui avait certainement lu des dizaines d’article ou vu des vidéos de ces arnaqueurs de PUA sur comment isoler sa proie. Le problème, c’est que vous n’êtes pas attentifs aux signes… enfin, non, je corrige : vous n’en avez rien à battre. Ce que vous appelez de la séduction, pour nous, c’est une menace. Pendant que vous débitez vos merdes, on cherche comment à se sortir de ce traquenard.  Bien sûr, il est possible que la jeune femme soit intéressée par vous mais elle vous le fera savoir. Et en général, quand elle ne fait aucun effort pour relancer la conversation et que tu t’enfonces dans un soliloque, c’est que c’est mort, laisse tomber.

Le dragueur lourd qui ne veut pas entendre qu'on ne veut pas de lui

C’est votre principal problème : vous pensez avoir le droit de nous importuner parce que vos intentions sont pures (aka soit nous baiser après avoir recueilli notre consentement… soit flatter votre ego quand vous commencez à collectionner des 06 gratos) alors que bon, si vous n’avez effectivement pas prévu de nous violer (vous êtes bien urbains), vous représentez néanmoins une menace pour nous. Parce que vous ne nous lâcherez pas tant qu’on aura pas lâché notre 06 (option “attends, je t’appelle comme ça tu auras mon numéro”, la technique fourbe pour nous afficher si on a filé un numéro à la con), certains auront même l’audace de nous imposer une accolade, une bise… Vous ne voulez pas nous violer ? Mais il y a bien d’autres comportements dérangeants avant ça qui nous forcent à adopter tant que faire se peut un maximum de stratégies d’évitement (ne pas croiser les regards, ne pas se retrouver isolée voire un code entre potes pour appeler à l’aide… vous nous forcez à ça, oui). Tu es un mec gentil parce que tu ne veux pas me violer ou me mettre une main au cul ? Super mais quand tu m’as coincée une heure dans un bar alors que je voulais passer une soirée avec mes copines, que tu m’as au passage gâché mon plaisir, et que je commençais à m’inquiéter de comment me débarrasser de toi, non, désolée, je ne t’ai pas perçu comme un mec gentil. Car tu ne l’as pas été.

Peur de la drague

Vous êtes complices

Oui, c’est vrai, il est un peu lourd le poto Mateo… dès qu’il est bourré, il roule un peu des pelles gratos à des meufs, c’est chiant. Un peu comme cette première scène des Petits mouchoirs Dujardin sort des WC, commence à plaquer une meuf  contre le mur des chiottes puis va rouler une pelle à une meuf qu’on lui présente, meuf qui se fera ensuite assaillir par son petit ami en mode “azy, c’est pas grave, c’est Jean, il est un peu comme ça”. Je ne me souviens pas du prénom du personnage de Dujardin, j’ai détesté ce film qui est gênant à tous les niveaux avec des personnages tous plus insupportables et problématiques les uns que les autres (notamment celui de Laurent Lafitte… je finis par avoir un peu de peine pour ce mec qui ne se tape que des rôles de connard) et une morale de merde. Bref, votre pote Mateo, il a un peu tendance à coller les meufs en soirée, à leur rouler des pelles gratos et tant pis si c’est accessoirement la vôtre mais bon, c’est l’alcool et il est sympa quand même.

Jean Dujardin dans Les petits mouchoirs, personnage insupportable

Et vous vous voyez encore comme un mec gentil et respectueux ? Vous laissez un prédateur parfaitement identifié agir en toute impunité et pire, vous riez de petites forfanteries parce que bon, il est con Mateo quand même. En général, il finira toujours par exhiber son cul ou sa bite parce que Yolo, vous rirez aux éclats et tant pis pour les femmes qui commencent à faire de grands cercles pour éviter de rentrer de trop près dans le périmètre de votre pote qui ne manquera pas de choper une main féminine pour la poser sur son sexe ou son cul. Nous sommes en pleine agression sexuelle mais vous ne faites rien. Not all men mais on en a un gros paquet qui laissent faire en trouvant toutes les circonstances atténuantes à celui qui est en train d’agresser une femme. Pire, vous en riez. Donc pour un Mateo, on peut compter facilement une demi-douzaines de potes passifs, ça commence à faire beaucoup… Et c’est pas fini car…

Soirée mec

Vous ne faites rien

Très concrètement, si je me fais emmerder dans la rue et que je cherche de l’aide pour m’en sortir, je n’irai vers un homme que s’il n’y a pas d’autres solutions. Déjà, vous avez zéro empathie pour nous, on ne peut jamais compter sur vous… du moins sur les Blancs. Demandez à n’importe quelle femme qui a été enceinte et qui a dû trimballer une poussette dans le métro : les seuls à vous aider sont les femmes et les hommes issus de minorités. Je l’ai observé aussi dès que j’étais chargée ou quand je vois des femmes avec poussettes (c’est même parfois moi qui aide, je ne fais pas qu’observer, hein). D’ailleurs, ces femmes avec poussettes demanderont plus naturellement de l’aide à une femme. Même dans la vidéo des violences du 1er mai où Benalla, Croze et les flics (si) tabassent le couple de manifestants, les seules à spontanément s’interposer étaient des femmes…

Benalla maltraite une jeune femmes, deux femmes essaient de s'interposer

Vous, vous faites quoi ? Vous vous posez en victimes. On parle de femmes qui ont été agressées, qui ont eu peur, qui risquent d’avoir du mal à se rendre à nouveau dans une foule et vous avez l’audace de chialer sur le fait que quand même, vous n’êtes pas comme ça, vous ? Mais vous êtes nés avant la décence ! Personne, personne ne dit que toi, Thibault, tu es une raclure de bidet. Par contre, le fait que tu trouves légitime de pleurer sur ton sort sur un tel sujet, capturant le débat et refusant de partager la souffrance féminine… et bien si, Thibault, tu fais partie du problème. Et pas qu’un peu. Non seulement tu silencies la souffrance féminine en détournant le débat mais surtout, tu nous fais comprendre qu’on pourra continuer à se faire toucher, embrasser contre notre gré, agresser, insulter… tu prendras toujours la défense des “hommes” et non pas d’une victime. Alors oui, Thibault, tous les hommes ne sont pas de sombres ordures et ceux qui ne le sont pas ne se sentent d’ailleurs pas visés et partagent la parole féminine sans la prendre à leur place. Toi, par contre, tu es juste une merde.

Un homme vexé

Le jour où vous aurez compris ça, on aura déjà fait un énorme pas en avant. Commencez par éduquer vos potes, à ne plus rire des agressions dont se rendent coupables vos potes parce que “oh, c’est la fête, c’est pas grave”. Et laissez-nous la parole. Vous ne saurez jamais ce que c’est de tenter de sortir dans une foule festive et les risques que l’on prend quand on sort en soirée. Parce que les hommes se croient permis de nous importuner et que si vous n’êtes pas ce dragueur impétueux, il y a des chances que vous soyez le témoin silencieux.

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Le syndrome « Les petits mouchoirs »

Dimanche soir de Noel, mes parents m’ont proposé de voir « Les petits mouchoirs » film dont j’avais entendu de tout, surtout du bien mais je connaissais son potentiel émotionnel. A posteriori, le mater à trois jours de l’enterrement de ma mamie, je suis pas sûre que ce fut l’idée du siècle. Passons.

Je crois que j’ai encore été victime du fameux syndrome de « on m’en a trop parlé, j’ai finalement été déçue ». Je l’appellerai désormais le syndrome des petits mouchoirs. Ce film, j’avais bien envie de le voir et finalement, je n’ai quasi pas ri (sauf à la réplique : »prends un Lexomil avant d’aller embrasser tes enfants »). J’étais surtout occupée à me demander lequel j’avais envie de tuer en premier (en fait, je n ‘aurais sauvé que Magimel et Bonneton dans les personnages, les autres m’ineupportaient) et à admirer les paysages également. J’y achèterais bien une baraque par là-bas aussi. Je passerai sur l’hystérie des personnages en opposition aux provinciaux toujours si purs… Ouais bon, ok, j’ai pas aimé puis y avait trop de personnages, le grand dadais et sa Juliette ne servaient à rien, les guests se tapant Cotillard non plus. En fait, je déteste les films chorale, aucun personnage n’est creusé, tu comprends rien et je trouve le scénario de départ complètement bancal. Non mais sérieux qui partirait en vacances avec un pote à moitié mort à l’hosto ?

Mais revenons au syndrome des petits mouchoirs, celui là même qui m’a empêchée d’aller voir Intouchables et qui le fera boycotter Bref tant que tout le monde s’extasiera dessus. Parce que je suis forcement sur un terrain défavorable pour recevoir ces productions : on m’en a dit trop de bien, je serai forcement déçue. Pire, j’ai tellement été saoulée par les commentaires dithyrambiques des uns et des autres que je cherche le moindre élément de critique. Attention, je ne serai pas de mauvaise foi non plus mais si j’aime pas, je vais tailler le truc à la tronçonneuse. Cf paragraphe précédent.

Je me demande toujours d’où viennent ces quasi unanimités ? Je veux dire comment se fait-ce que tout le monde ou presque ait adoré Les petits mouchoirs alors que je le trouve profondément mauvais ? Est-ce dans une sorte de mouvement général, de quasi hystérie collective qui entraîne ceux qui découvrent ce film au moment de sa sortie ne peuvent qu’être emportés par la vague, ceux qui ne suivent pas le mouvement ne sont que des pisse-froid snobs et un peu aigris ? Ou à l’inverse, les critiques dithyrambiques conduisent-elles ceux qui n’ont pas vu le film à s’en construire une représentation qui sera forcément loin du film qui paraîtra alors décevant ? Ceci étant, ça ne me donne pas envie de voir certains grands succès, de risque d’être inévitablement déçue.

Mais sinon, vous trouvez vraiment qu’un film sur une bande de copains qui commence par l’abandon de celui qui s’est fait démolir par un camion à l’hôpital est crédible ?

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