Ce personnage, c’est moi

Je suis une personne empathique. Il y a des personnages qui trouvent une certaine résonance en moi, j’ai des identifications assez fortes. Certains personnages sont de toute façon écrits comme ça, ça nous permet de rentrer plus facilement dans un récit. Tiens, faudra un jour que je vous fasse un article sur “mon prof remplaçant de remplaçante de seconde nous a expliqué Se7en en quelques minutes”, ça m’a marquée. Mais aujourd’hui, je veux vous parler d’un personnage qui me choque… parce que je crois que cette fille, c’est moi.

Panneau la belle au bois dormant

Je vais donc en appeler ici à ceux qui ont lu ces romans pour me dire s’ils ont ressenti la même chose ou non, histoire de voir si tout n’est dû qu’au talent de l’auteur ou si, vraiment, j’ai un caractère semblable, voire identique à ce personnage. Mais de qui je parle donc, de façon si énigmatique ? Let me introduce Lenù. Lenuccia. Elena. c’est la narratrice de “la saga prodigieuse” d’Elena Ferrante, une suite de roman (quatre pour le moment, je n’en suis qu’au 2e que je devrais finir dans les prochains jours) qui se passe dans l’Italie post guerre dans un quartier populaire de Naples. Elle raconte surtout la vie de Lila, l’amie épouvantable (je la déteste) de Lenù mais ce n’est pas tant d’elle que je veux parler que de Lenuccia (j’adore cette façon qu’ont les Italiens de trouver des tas de surnoms affectifs à partir d’un seul prénom). Et surtout d’une phrase qui m’a fait tilt et dont j’ai envie de parler.

Naples dans les années 50

De façon générale, Lenù est une fille plutôt brillante et très appréciée de son entourage. Son principal souci dans la vie, outre l’image déplorable qu’elle a d’elle-même (surtout à l’adolescence mais qui lui en voudrait ?), son amitié toxique avec la personne la plus infecte du monde. Je vous jure, y a des moments, j’ai envie de secouer Elena en lui hurlant “putain, mais c’est quoi cette demi-vie que tu vis, tout ça parce que tu passes ton temps à t’effacer devant Lila qui n’en mérite pas tant ?”. Je vais essayer de pas trop spoiler mais à un moment, Lenù est folle amoureuse d’un garçon qui va lui préférer Lila. Alors qu’elle a le coeur en miette, elle réalise soudain “non mais c’est mérité, en fait, j’ai pas voulu accueillir la passion alors il en a choisi une autre”. Et là, je me dis “mais carrément, en fait !” Aujourd’hui, je vis une belle histoire mais pendant longtemps, j’ai été prudente en amour. Je vais en faire un article à part entière (parce que j’en ai parlé à Victor et du coup, j’ai de quoi faire un article). Mais avant de lire cette phrase, de lire cette histoire de fille qui marche sur la plage, mi dégoûtée, mi réaliste, je n’avais pas percuté.

Sur la plage d'Ischia

La plage d’Ischia où il se passe quelques scènes du roman, ça me l’a fait aimer encore plus

Alors il est vrai qu’aujourd’hui, je n’ai pas besoin d’analyser ma vie sentimentale, il n’y a plus de questions et je passe donc un peu plus de temps à guetter les petites accointances des uns et des autres, écouter des histoires qui ne sont pas miennes pour avoir un peu de matière à réflexion (j’aime réfléchir). Mais à ce moment là de ma lecture, j’ai été comme frappée par cette révélation, comme si ma vie amoureuse passée venait de subir un nouvel éclairage, cru mais qui permettait d’emboîter toutes les pièces d’un coup. Alors ça me sert pas à grand chose dans l’absolu mais c’est si troublant de suivre un personnage dans lequel on s’identifie à la perfection, au point qu’on ressent les mêmes agacements et colères qu’elle…

dessiner un personnage

(c) Le blog apprendre à dessiner

Et du coup, je me demande : comment qu’on arrive à provoquer ce sentiment ? Est-ce un génie d’écriture ou juste que c’est tombé pile sur quelque chose qui me parle. Encore un truc à analyser.

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Le collectif « tous des connards »

L’autre jour, Mister Big a dit dans son article : « vu la propension de murs qui affleurent en ce moment, vous êtes en droit de vous dire qu’en automne, saison déjà propice à la déprime, les Vingtenaires vont tous passer du côté sombre… Genre « je crois plus à la vie, j’en ai marre… tous des connards, etc etc… ». ». Je profite de l’occasion pour présenter notre collectif « tous des connards. »

connards

Bon, vous lisez un peu notre vie, quand même et vous avez pu remarquer qu’on a pris quelques murs (oui, on est monomaniaques, et alors !). Et y a des fois où le nez pété sur le mur, on le prend mal et là, le collectif entre en jeu. De quoi s’agit-il ? On se réunit en groupe, le blessé énumère un peu ses malheurs et les autres répondent : « TOUS DES CONNARDS ! ». Petite mise en situation :

« Putain, il m’a pas rappelé alors qu’il devait le faire

– TOUS DES CONNARDS !
– Il a couché avec un(e) autre
– TOUS DES CONNARDS !

– Il a pas voulu me payer la super robe de mes rêves pour la modique somme de 249 euros

– TOUS DES CONNARDS ! »
 

Bon, ok, le dernier exemple, c’était pour rigoler. Je te vois venir lecteur, surtout si tu es pénissalement équipé : c’est stérile, gratuit et débile. Oui et alors ? Quand on a le cœur en miettes, on s’en fout de la finesse. Quand on est malheureux, ça soulage un peu de voir qu’on est pas les seuls à souffrir ou à avoir souffert à cause d’un homme. Et de se sentir soutenu, surtout. Non parce que dans l’optique de « tous des connards », ça prouve que c’est pas moi, spécialement, qui les attire, on tombe tous sur des connards à un moment ou à un autre. Et puis d’abord, tous des connards ! Oui parce que quand on est triste, on a tendance à mettre tous les mecs dans le même panier. Même si au fond, on ne le pense pas. Mais, franchement, lecteur, quand tu te prends un mur, tu débordes d’amour pour la terre entière, toi ? Ben nous non plus !

Bref, on en revient un peu au principe de solidarité féminine (mais ça marche aussi avec les pédés vu qu’ils sortent avec des hommes aussi). Par exemple, lors du dernier vent que j’ai pris, j’ai retrouvé Tatiana au Cour St Emilion et devant mon browniccino (faut que j’arrête de manger des trucs pareils sinon je vais augmenter les risques de me prendre des vents) et là, quelques uns ont été rhabillés pour l’hiver. D’abord, il l’a dit lui-même dans son mail « oui, je sais, tous des connards  » (ah ben si tu le dis tout seul, il sert à quoi le collectif??). Bon, j’ai quand même eu la classe de faire preuve de discernement mais c’est con comme ça fait du bien de cracher son fiel, un peu, de se dire « non mais tous les mêmes, ils font les quéqués mais ils ont des tous petits zizis, ils assument pas après ! ». Là, on comprend qu’on a été trop naïve de le croire, ce bâtard de sa mère (on est énervées, on vous dit !). Quelle lucidité tout à coup, on lit soudain en les hommes comme dans un livre ouvert. Eux, ce qui leur plaît, c’est le jeu de séduction et une fois qu’ils ont eu ce qu’ils voulaient, ciao ! Et puis d’abord, forcément qu’il y avait anguille sous roche, tous des connards on vous dit ! On s’improvise psy pour hétéros dotés d’un pénis, on cherches les pourquoi des comment puis on soupire : merde quoi, on est des filles biens, pourquoi on est célibataire ? Non parce que Pauline qu’est conne, vulgaire et même pas belle, elle a un mec, elle… Ah oui, il faut savoir que quand on est en phase « tous des connards », on se défoule tellement qu’il peut y avoir des dommages collatéraux. Bref, même s’ils sont pas tous comme ça, ça fait rire d’être bêtement misandre, comme ça, de sortir des considérations générales à la con sur le mal(e), de se dire qu’on est trop bien pour eux, de toute façon. De déclarer qu’on ferait mieux de devenir lesbienne ou nonne avant de dire : « Ouais, mais non… J’aime pas les filles et je crois pas en Dieu. ».
 

Parce qu’on a beau dire, les mecs, c’est comme une drogue : on a beau dire qu’on arrête, on le fait jamais, il suffit qu’un beau brun passe et hop, on disait quoi, déjà ? Tous des connards… Et tu crois qu’il est célibataire ? Après tout, c’est pas parce que le précédent était un connard que le suivant va l’être… Si ? Non ? Bah, de toute façon, au pire, on retrouvera notre collectif préféré pour nous remonter le moral !

 

Bon, la prochaine fois, dans un souci d’équité et pour ménager la susceptibilité de mes lecteurs pénissalement équipés que j’adore (surtout s’ils sont bruns, entre 1m70 et 80, mal rasés, célibataires, avec un beau petit cul, intelligents, raffinés, peut-être avec des lunettes, des beaux yeux, un beau sourire et s’ils m’envoient un mail pour me proposer de m’aimer au minimum toute une nuit), je vous parlerai du collectif toutes des salopes.


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