Une plume décalée… mais gonflante

Leçon d’écriture n°3 de ce roman si horrible. Quand j’ai fini ce roman, je suis quand même allée jeter un coup d’oeil sur les avis et globalement, ils sont assez bons (sauf certains qui ont manifestement ressenti exactement la même chose que moi) et beaucoup évoquaient une “plume décalée”. Aaaaah, la plume décalée, cette façon différente et innovante d’écrire. Mais c’est pas parce que la forme est différente que c’est forcément suffisant pour faire un roman acceptable.

Plume décalée

Je ne suis pas forcément attachée au style. J’aime certains auteurs pour la force de leur plume, oui, c’est le cas notamment de Moravia, mais pas mal d’autres romans ne se distinguent pas par un style soigné, plus par leur intrigue, et ça peut me suffire. En fait, je demande grosso modo à un roman de m’embarquer dans son histoire. Un roman, c’est une personne qui vous raconte quelque chose et si la personne a une façon insupportable de s’exprimer, elle va vite gagner mon antipathie et je n’aurai plus envie de l’écouter. Je n’avais par exemple pas aimé le style de Katarina Mazetti dans Le mec de la tombe d’à côté ou dans mon doudou divin (et je réalise que j’ai peu aimé l’héroïne de celui là, faudra que je revienne dessus rapport à mes leçons d’écriture tirées de l’épouvantable roman sans nom dont je suis en train de parler parce que y a lien), j’ai exécré le style de La petite fêlée aux allumettes de Nadine Monfils qui m’a fait sortir du roman toutes les 3 pages… et là, encore, dans le roman horribilus, une petite voix dans ma tête lisait en hurlant “mais ta gueule, ta gueule, ta gueuuuuuuuule !!”.

Silence !

Avoir une plume “décalée” dans l’absolu, pourquoi pas. La volonté de proposer quelque chose de neuf est toujours une démarche intéressante dans l’absolu sauf que… faut pas que le fait de faire différent masque un manque de talents. Plaf,oui. Là, l’autrice parle en hashtag et en phrases barrées. Oui en hashtags et en phrases barrées, comme sur un blog (enfin comme sur un réseau social d’un côté et blog de l’autre). Arrêtons nous là-dessus : on pourrait voir dans cette écriture déstructurée la volonté de faire djeuns et pourquoi pas dans l’absolu. Sauf que personne ne parle ou n’écrit comme ça dans le cadre d’une narration. Par exemple, quand est-ce que j’utilise un hashtag ? Sur un réseau social, éventuellement lors d’une conversation pour appuyer quelque chose dans un contexte très précis (et généralement dans le cadre du travail) et toujours dans l’ironie. Pour le texte barré, on est plus dans le “je le pense mais faut pas que je le dise”. Sauf qu’on suit un récit narré à la première personne censément écrit après les faits, ça n’a donc aucun sens ! Le texte barré, c’est vraiment du “oups, j’aurais pas dû dire ça” alors que le livre est censé être un témoignage livré à posteriori et contenant une certain drame, genre l’assassinat de la Présidente de la République, au hasard…

Monk

Mais le pire, c’est que pour nous prouver à quel point l’héroïne est sans filtre, l’autrice transforme les pensées en ligne de dialogue ni vu ni connu. Genre l’héroïne pense un truc et son ex lui répond direct pour bien nous faire comprendre qu’elle prononce ses pensées. Alors déjà, comment tu veux que j’ai une quelconque empathie pour un personnage qui a la maturité d’un enfant de trois ans mais surtout… c’est incompréhensible. Ce moment où l’héroïne pense, que ça m’est présenté comme ça, et que son ex lui répond, j’étais un peu en PLS, cherchant à comprendre comment j’étais censée différencier une pensée d’une ligne de dialogue. On en est là, oui.

Je dis ce que je pense de Jul

Bref, ne pas pondre la même prose que les autres, dans l’absolu, c’est une démarche intéressante… mais encore faut-il maîtriser un minima sa technique. Et surtout permettre à la personne qui lit de comprendre ce qu’il se passe. Non parce que des livres incompréhensibles en première lecture, j’en ai eu un, hein, je fais partie des rares personnes qui sont allées au bout d’Ulysse de Joyce MAIS il y a des clés de lecture, complexes mais réelles. Là, c’est juste une enfant qui se retrouve au coeur d’une histoire qui la dépasse et qui raconte ça comme une ado attardée qui écrirait dans son journal en faisant des coeurs sur les i. Gênant.

Journal intime pour adolescente

La prochaine fois, je vous parlerai de l’héroïne, un calvaire.

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« Dieu me déteste » de Hollis Seamon

Après m’être avalé sans plaisir aucun Anagrammes de Lorrie MooreA la fin tout le monde meurt de Johanne Rigoulot et surtout l’imbitable « La petite fêlée aux allumettes » de Nadine Monfils, il était temps que je m’offre un petit bonbon littéraire. Ma mère, en dealeuse de bonne came romanesque, me conseilla donc « Dieu me déteste » d’Hollis Seamon, que j’ai ouvert sans lire le résumé.
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Claque dès la première page : le héros est un ado de 17 ans hébergé en soins palliatifs. Un cancéreux en phase terminale. Merde, me dis-je, j’avais pas précisément prévu de lire un bouquin larmoyant. Sauf que Dieu me déteste ne l’est pas justement. Car ce garçon, Richard, est un petit malin. Attachiant comme pas deux, il entraîne son petit monde dans de joyeux périples, manie l’humour, souvent noir, avec finesse et provocation. Dans le petit monde confiné des soins palliatifs, Richard observe ses congénères, patients en fin de vie comme famille qui vient les voir. Et il y a Sylvie, la jeune ado de 15 ans avec qui il noue des liens particuliers.
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La force incroyable de ce roman, c’est que tu as la sensation de suivre une joyeuse bande. Richard et Sylvie se bricolent des aventures sous l’oeil sévère mais au fond complice du personnel soignant. Pourtant, la mort est là, souvent, au détour d’une page. Un patient meurt. Le père de Sylvie s’abîme dans la souffrance jusqu’à frapper Richard de désespoir quand sa fille est au plus mal après l’une de leurs facéties. Il y a aussi la culpabilité de Richard face à sa mère qui se tue pour lui, le personnel hospitalier qui doit gérer la mort au quotidien et Richard lui-même, qui sait qu’il n’en a plus pour longtemps. D’ailleurs, son corps ne suit plus…
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Et pourtant, malgré ce background plus que pesant, on dévore les quelques 275 pages de ce roman en souriant. Malgré sa mort imminente, Richard reste drôle mais réaliste, jamais dans l’abattement. Car il le sait, s’il est là, c’est qu’il est atteint de « DMD »: Dieu Me Déteste. Ce roman est finalement un élan d’optimisme et d’espoir : tant que c’est pas fini, faut profiter. Donc, oui, ce roman là, tu peux l’amener à la plage. Promis, tu ne pleureras pas

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Et à la fin, tout le monde meurt de Johanne Rigoulot

Après la première très mauvaise pioche dans la bibliothèque maternelle avec l’insupportable La petite fêlée aux allumettes, je regardais avec circonspection le deuxième roman piqué : « et à la fin, tout le monde meurt » de Johanne Rigoulot. Sachant que ma mère m’avait du mal de l’un comme de l’autre. Mais bon allez, 200 petites pages et je suis en vacances, allons-y.

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Résumons l’intrigue : un soir, François vient frapper à la porte de Manu et Claire, petit couple installé dans sa routine du côté de Dijon. Aux abonnés absents depuis 12 ans, l’ancien copain qui avait fait chavirer les coeurs bouleverse le petit train train de notre sympathique couple, mettant à l’envers le coeur de cette brave Claire qui va alors expérimenter le mensonge et la dissimulation pour rendre service à son coup de coeur de jeunesse avec qui elle n’avait encore jamais péché.

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Alors évidemment, comme j’ai pioché ce livre, je m’étais arrêtée au titre, j’ai un peu froncé les sourcils quand je me suis rendue compte que c’était avant tout l’histoire d’une mère de famille assez bégueule qui se rend soudain compte que sa vie est merdique, qui prend tout le monde de haut. Johanne Rigoulot utilise un procédé narratif assez intéressant en soi : on a un chapitre très narratif à la troisième personne suivant Claire puis un chapitre plus introspectif rédigé à la première personne du singulier nous invitant dans les pensées de Claire mais aussi Manu, son mari, son frère, sa belle-mère, sa fille et même le beau François. Le style d’écriture est intéressant. C’est pas du ciselé mais on retrouve un style parlé crédible, qui colle bien aux personnages « Français classe moyenne », ceux qui n’ont pas fait de longues études mais qui surclassent largement les « Français Confessions Intimes ». La normalité des personnages est un élément fort de l’écriture. Manu et Claire, mariés, 2 enfants, avec des boulots moyens qui ne suscitent ni envie ni pitié, ça peut être toi, moi, le voisin ou n’importe qui.

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Maintenant l’intrigue. Avouons-le : c’est l’ennui. Tout tourne autour du secret de François, obligé de se cacher dans la ferme d’enfance de Claire et le désir trouble de Claire, obligée de mentir pour aider cet homme qu’elle adore et méprise, craint un peu… Sauf que le secret de François est bien mal dissimulé et le reveal tombe à plat. Oui, on savait dans quoi il était impliqué, merci… Autour de ça sont brodées des intrigues non développées, on se demande bien ce qu’elles font là. Johanne Rigoulot insiste sur le passé de tombeur de François, on s’attend à ce qu’il en ressorte quelque chose mais non. C’est juste un élément posé là. Idem pour le frère aîné de Claire dont on découvre qu’il s’est suicidé des années auparavant. Pourquoi ? On ne saura pas. Quelle incidence sur les personnages ? Dans les faits, aucun. Pourquoi est-ce plus ou moins corrélé avec François. Non, ce doit être une maladresse d’écriture ou une volonté de nous envoyer sur une fausse piste. Dommage que cette piste se révèle un cul de sac.

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En somme, ce livre n’est pas désagréable à lire en soi mais… Ca tombe à plat. Aussitôt fini, aussitôt oublié et ça ne colle pas très bien avec la plage en plus. Heureusement, pour me rattraper, ma mère m’a prêté un livre. Et celui-là m’a ravi le coeur. Je vous en reparle vite !

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La petite fêlée aux allumettes de Nadine Monfils

Week-end de mai : ma boîte m’ayant gentiment filée tous les ponts (en me piquant quelques RTT au passage), me voici rentrée dans mes pénates parentales avec une furieuse envie de lire. Un tour dans la bibliothèque maternelle qui déborde et je m’embarque 2 romans qui semblent être des polars. Le 1er, « la petite fêlée aux allumettes », le titre et la couverture m’attirent. Sans doute un vague rappel du tome 2 de Millenium, allez savoir. Il n’empêche que je devrais arrêter de choisir des livres ainsi. Parce que paie ta mauvaise pioche.
la-felee-aux-allumettes
Je vous raconte en gros : dans la ville de Pandore, située peut-être quelque part en Belgique mais rien n’est moins sûr, il y a un  vilain meurtrier qui tue des jeunes filles et met leur corps en scène façon contes de fées. Sur l’enquête, un vieux flic usé et son jeune assistant gay, travesti durant ses heures libres. Autour d’eux gravite une fille paumée tatouée d’une pieuvre sur l’épaule qui a des visions des meurtres dès qu’elle craque une allumette héritée de sa grand-mère morte dans les premières pages du roman qui se retrouve avec un drôle de locataire dans sa mansarde. Et une vieille azimutée amoureuse de Jean-Claude Vandamme qui tue tout le monde parce que… je sais pas.
Jean-Claude Van Damme
Déjà vous sentez à mon résumé que c’est le bordel ? Bon ben en fait, c’est pire. Tu lis le truc, c’est déjà mal écrit. Enfin, non, c’est un style, un peu gouaille, super vulgaire à mon goût avec des « bourre-pif » et « keuf », « il va me jeter en cabane pour des plombes », « un ptit coup dans le lampion », ce genre d’expressions que je n’aime pas lire. Chacun ses goûts mais cette façon d’écrire m’a profondément gonflée. Ne nous attardons pas sur la forme, passons sur le fond parce que… c’est pire.
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Désossons dans un premier temps Pandore. Qui n’est pas une planète bleue, non. C’est une ville avec un maire mystérieux qui ne s’exprime que par énigmes, 21 bois tous nommés en fonction des cartes de tarots. Il y a du fantastique là bas sauf que… sauf que ça sert à rien. L’intrigue aurait pu se passer à Bruxelles ou à Boulogne (pour le côté forêt), ça n’aurait strictement rien changé. A part la fameuse énigme du maire qui devait donner la solution du meurtre… sauf que dans les faits, sa résolution n’a pas le moindre sens. C’était un peu du genre « L’inspecteur se coucha avec une envie de fruit. De pomme… Comme Blanche-Neige, mais bien sûr, c’était la source de tout ! ». A peu près. A Pandore aussi, on est super fans de Magritte et les anciens meurtriers se promènent dans la rue la nuit, vêtus d’un grand manteau et d’un chapeau rond sur la tête en attendant que des gens glissent des voeux, réalisables, dans leur poche pour qu’ils rachètent leur péché. En fait, c’est limite ça qui est agaçant : y a deux, trois bonnes idées pas mal mais ça ne sert pas à grand chose, ce n’est pas poussé. Ok, la fille voit les meurtres mais à la fin, on ne voit pas bien l’intérêt de ce ressort. Ni de tous les autres liés à l’ésotérisme en toc de Pandore. La fille paumée a des visions grâce à une boîte d’allumettes, la mémé azimutée lit l’avenir dans le tricot… Mais ces visions n’aident pas à résoudre l’énigme, juste à annoncer un mort de plus. Trouvé par la police trois pages plus loin.
mort-foret
Passons aux personnages, tous tellement caricaturaux que je ne sais même pas par quel bout commencer. Déjà, ce roman est tellement bien écrit et pensé que la fille paumée est posée au départ comme la dealeuse officielle du gay-travesti… qui devient en fin de compte le dealer de la paumée et de quelques autres. Oui, voilà, on a qu’à intervertir les rôles ni vu ni connu j’t’embrouille, ça passe. Le gay, tout en cliché, reste pourtant le personnage le plus crédible. En début de roman, la fille paumée va chez un mec croisé en bar et il la cogne. Du coup, elle finit par le tuer pour se défendre. Elle a un doute sur ses intentions « oh mais peut-être qu’il voulait pas me tuer/violer finalement. Bon, tant pis, fait c’est fait, je rentre chez moi ». Et voilà, elle n’y repense plus du roman et quand le flic gay-travelo lui en parle, elle hausse les épaules « oui bah j’ai cru qu’il voulait me violer » « ah ok, tout va bien alors! Tu veux de la coke ? ».
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Autre personnage très mauvais : le vieil inspecteur. Le mec le moins crédible du monde. Ce personnage marche pas mal en duo avec la catastrophe littéraire de ce livre : mémé Cornemuse. La vieille amoureuse de JCVD (élément narratif qui ne sert globalement à rien mais pourquoi pas) qui commence le roman par buter une meuf par accident et une voisine qui l’enquiquine. Comme ça, sans réelles raisons mais on va  dire que ça passe. Après, elle va squatter la maison du flic et lui, quand il la découvre, qu’est-ce qu’il fait ? Rien. Elle siffle sa cave, planque un cadavre dans son puits, fait brûler sa baraque mais il dit rien car elle sait qu’il collectionne les canards en caoutchouc et si elle le dit, ce sera trop la honte. Et puis on pourrait penser que c’est lui qui a tué la voisine chiante planquée dans son puits. C’est vrai, le mec est flic, il se laisse pourrir la vie par une vieille tueuse alors qu’il pourrait l’incarcérer en 5 minutes mais non, tu comprends… Donc le vieux flic est un Bourvil version Corniaud totalement foiré et la vieille, un prétexte à vulgarité puisque, totalement obsédée, elle passe son temps à vouloir baiser et l’exprime crûment. Non mais je cite (à propos d’un flic qu’elle était en train de sucer): »Je terminerai la prochaine fois parce que là, j’ai mon dentier qui m’remonte dans les amygdales ». Tant de poésie…
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Bref, vulgaire, une histoire mal ficelée, un style horripilant, des personnages sans queue ni tête. Il paraît que c’est une sorte de roman dans la droite ligne de l’Absurde belge. Je me contenterai de Magritte.

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