L’épée de Darwin de Dan Simmons

J’aime varier les plaisirs et après Anna Karénine, j’avais envie d’un bon polar et l’épée de Darwin de Dan Simmons sonnait bien à mes oreilles. Surtout que le monsieur est l’auteur de “l’échiquier du mal” que je n’ai pas lu mais dont j’ai entendu beaucoup de bien donc vas-y, liseuse, on part à la conquête de ce nouveau polar.

l'épée de Darwin de Dan Simmons

L’histoire : Darwin Minor, docteur en physique spécialisé en accidentologie, intervient sur les accidents mortels pour une assurance afin de décider quelles sont les responsabilités des uns et des autres. Mais le voilà soudain pris en chasse par des tueurs à gage russes. En leur échappant, Darwin se retrouve désormais face à une mafia locale qui organise des tas d’arnaques à l’assurance avec des accidents provoqués. Il va s’associer à Sidney, une inspectrice de choc.

The Mentalist

Un consultant et une inspectrice, c’est vrai qu’on n’a jamais vu ça

Alors dis comme ça, avouez que c’est assez sexy… Et bien, c’est un leurre ! Le livre fait 463 pages, il aurait pu tenir en 150. Une souffrance.

Alerte mauvais livre

Alors reprenons, qu’est-ce qui ne va pas dans ce roman ? En premier lieu le héros principal. Mon Dieu que ce type est insupportable. En fait, Darwin Minor souffre de ce qu’on pourrait appeler le syndrome Robert Langdon, le héros de Dan Brown (Da Vinci Code, Inferno, Le symbole perdu…) : le mec sait tout sur tout, il sait tout faire et les femmes en tombent systématiquement amoureuses. Non mais bonjour l’ennui ! Du coup, notre ami Darwin te dit en 34 secondes ce qu’il s’est passé sur cet étrange accident, il va faire du planeur et joue à la guérilla dans la forêt avec des armes, te shootant un mec à au moins 10 km pépouse. Sa seule faille : il a perdu sa femme et son fils dans un crash d’avion auquel il a lui même survécu. Alors je sais pas vous mais moi, M. Parfait, j’ai toujours du mal à avoir de l’empathie pour lui…

Zodiac-de-David-Fincher

Mais encore, il n’y aurait que ça… L’écriture de Simmons est insupportable. Soit le mec veut nous partager toutes ses passions soit il veut nous montrer qu’il s’est bien documenté mais… la moitié des écrits sont juste inutiles. On a le droit à de trop longues listes d’armes et de voitures (ne m’y connaissant ni dans l’un ni dans l’autre, ça ne m’aide pas vraiment à rentrer dans le récit), tout une histoire de planeur qui ne sert strictement à rien (mais on a bien compris que Darwin était le meilleur pilote du monde), un flash back sur un épisode infiniment long de la guerre du Vietnam (spoil : Darwin est le seul militaire à s’en sortir) qui n’a pas la moindre incidence sur le récit. Mais bon sang, Simmons, à quoi tu joues ? Tu avais un nombre de signes trop élevé à respecter ou ?

long manuscrit - sur la route

Quant à l’intrigue. Bah, c’est un épisode des Experts, quoi, ni plus, ni moins. On a des crimes, on enquête, on te plie ça en 2*2, merci bisous. A la limite, pourquoi pas, j’ai pas mal regardé les Experts il y a 15 ans mais là, c’est même pas bien amené ! L’enquête avance un peu par la grâce du Saint Esprit, Darwin comprend des trucs tu ne sais même pas comment, la piste se remonte bien trop facilement… Et du coup, niveau rebondissement, tu repasseras.

Le cross over des Experts

Nyeeeeeeeeeeeeeeah !

Bref, je me garde L’échiquier du mal pour plus tard, pour voir, mais je vous cache pas que je vais le lire un peu à reculons. J’ai fait une légère comparaison avec Dan Brown et on n’en est vraiment pas loin : héros bien trop parfait, héroïne simple faire valoir (même celle qui devient la descendante de Jésus), enquête qui se débarrasse du bon sens… mais je ne rends pas tout à fait justice à Brown : malgré ces gros défauts, son écriture est efficace et tu dévores le bouquin comme un paquet de Malteser. Alors que là, c’était plutôt grosse plâtrée d’haricots* verts en boîte… C’est assez dégueu et ça se digère pas très bien.

 

* Je reste fascinée par la différence radicale de goût entre les haricots verts en boîtes et les haricots verts frais.

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Le majordome de Lee Daniels

Continuons sur la vague biopic : après Yves Saint Laurent, penchons nous sur le Majordome de Lee Daniels avec Forrest Whitaker. Rappelons donc que j’aime pas vraiment les biopics, surtout quand ils prennent de faux airs de Forrest Gump mais quand on a plein d’heures d’avion à tuer, ça passe. Donc voici mon avis sur le Majordome, film encensé par la critique.

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L’histoire : Cecil Gaines démarre un peu mal dans la vie : fils de deux travailleurs dans les champs de coton (esclaves ?), son père est tué par le patron après que celui-ci se soit tapé sa mère. Cecil est pris en charge par la mère du patron qui en fait son petit majordome. Fort de cet apprentissage, Cecil grimpe les échelons jusqu’à travailler dans un luxueux hôtel. Jusqu’au jour où il est convoqué à la Maison Blanche pour devenir majordome là bas. Il côtoiera ainsi pas moins de 7 Président américains. Parallèlement à sa carrière, on suit également l’histoire de sa famille : femme dépressive et alcoolique, fils en pleine rébellion qui trouve que les Noirs souffrent de la ségrégation aux Etats-Unis. Le parallèle est intéressant : on va suivre d’un côté Cecil, le Noir intégré dans un monde de Blanc et qui en accepte la domination, et son fils, le Noir rebelle qui va tenter de se rebeller contre cette même domination, passant de Martin Luther King aux Black Panters. Ok, bien.
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Alors là, sortez votre bingo « événements historiques américains qui doivent figurer dans tout film ricain racontant une vie » genre Forrest Gump ou Benjamin Button, par exemple. Prêts ? Go, on coche : Vietnam, Kennedy, Watergate, on est bons. Rajoutons la mort de Luther King et les Black Panters, le Klux Klux Klan du fait qu’on parle de la destinée de Noirs et on a le paquet. Curieusement, aucune mention de Rosa Parks alorq qu’en tant que Française blanche ayant une connaissance somme toute relative de l’histoire américaine, ça me paraissait un acte très fort. Comme quoi, peut-être pas. Alors évidemment, ça agace légèrement cette sensation de passages obligés, cette sensation que le fils est forcément au coeur de toutes les manifestations noires, de tous les happenings de provocation pour dénoncer la domination blanche, c’est un peu trop systématique pour être vrai. De la même façon, le fait que Cecil soit toujours le chouchou des Présidents est légèrement fatigant. Je regarde et je me demande : où s’arrête la réalité, où commence la fiction ? Le réalisateur serait blanc, ça puerait le mea culpa à trois kilomètres à la ronde.

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Cependant, n’être que négative serait de mauvaise foi. D’abord, je dois confesser que la VF diffusée dans l’avion était vraiment très bizarre (oui, j’arrive pas à regarder en VO non sous-titrée, j’ai un complexe rapport à ça alors même que je rends des PPT en anglais mais bon…), j’ai légèrement du mal à être objective vu que c’était assez agaçant. J’ai un peu été interpellée en retrouvant tout le casting de Precious dans ce film mais après tout, pourquoi pas. L’angélisme des personnages est crispant, l’impression que l’on doit suivre un cahier des charges de l’événement historique lassant. Mais. MAAAAAAAIIIIIIIIS. En un, ça m’a permis de réaliser que j’y connais que pouic en histoire des minorités noires américaines et que c’est un sujet très intéressant. En deux, ça ne fait jamais du mal de rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, les Noirs étaient des sous citoyens de l’un des plus grands pays de l’Occident. Malgré une certaine naïveté et un grand manichéisme, les faits sont là. Et on n’est jamais loin de retomber dans la suprématie du Blanc (ou de l’hétéro ou de l’homme, finalement).

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