L’irréel est-il loin de l’IRL ?

Par Lucas

Pour les gens qui ont passé les 10 dernières années sur une ile déserte, IRL est l’acronyme de  « In The Real Life »…

Vous connaissez  FoxyTunes ?
Mais siiiiii ! Foxitiounz, c’est le site rigolo qui a développé un moteur de recherche orienté miouzik !
Quand vous tapez U2 par exemple, vous avez une page qui présente dans de petits cadres proprets tout ce qu’il faut savoir sur le groupe : biographie, chansons phare, site officiel, paroles,
videos sur You Tube,  CD sur amazon, etc. Un moteur super complet pour la miouzik…

NB : Faut-il en déduire qu’on va avoir de plus en plus de moteurs de recherche dédiés à des sujets en particuliers ? J’en doute vu que pour moi Google aura toujours le monopole du cœur. Bon
d’un autre coté, je n’ai aucune connaissance et encore moins d’expérience dans ce domaine donc je n’ai aucune vista (ouarf, ouarf ouarf)


Toujours est-il…


J’ai voulu taper le nom d’une demoiselle avec qui j’échange des pensées éparses sur le filet mondialisé, suite à un article à la con de votre serviteur. Oui, histoire de voir s’il n’y avait pas
des photos d’elle qui trainaient et que je pourrais mater comme un crevard concupiscent. On ne change paaaaaaaaaaaas
J’ai donc tapé son prénom, « Raoulette » et son nom « Zgo ».

NB : je tiens à rappeler à mes aimables lecteurs que les jeux de mots à deux balles de Louka c’est comme la France de Nicolas : soit on les aime soit on les quitte. Et pour revenir au sujet hilarant des MDR (ouarf ouarf ouarf, désopilant cet article)…

J’ai donc tapé Raoulette Zgo sur Google et là j’ai obtenu un lien.
Vers un site, en franglais dans le texte : 123 People.
Un site over méga badant…

Vous tapez nom / prénom de la demoiselle et là vous avez :
–    Les numéros de téléphone référencés par le 118 000
–    les articles qui citent la donzelle ainsi que les brèves dans les actualités,
–    les documents (pdf, word, etc…) où son nom apparait,
–    les photos, les films où elle est taggée (les photos du profil Facebook par exemple mais manifestement c’est uniquement pour ceux qui n’ont pas verrouillé leur profil)
–    les  sociétés en rapport avec son nom (que la personne y ait été employée, qu’elle y ait fait un séminaire, peu importe),
–    ses adresses mail publiques (3 pour Raoulette en l’occurrence, du mail pro au mail perso…)
–    sa bibliographie (articles parus en ligne)
–    le lien vers tous ses profils communautaires ( de Viadeo à Facebook)

Ce à quoi je rajouterai, justement, que la donzelle a laissé ouvert son profil FB : n’importe qui peut s’y ballader pour voir où elle est partie en vacances, les groupes auxquels elle appartient,
etc. (c’est pourtant pas compliqué de tout verrouiller: barre de menu bleue,  Settings, Privacy Settings).

Bref…
Juriste prouve que tu existes.
J’ai l’article 9 qui me démange alors je gratte un p’tit peu…


Je me demande si les proprios de 123 People vont pouvoir se défausser en arguant que les infos qu’ils ont publiées sont ratissées dans l’espace public donc qu’il faut reporter la faute sur les
épaules de celui qui a divulgué les infos le premier…  J’ai tapé le nom d’une copine dont on va fêter l’anniversaire ds 15 jours. Eh bien pour le coup, 123 People reste silencieux ! Quelques
articles dans des publications juridiques, des tags associés à ses études, à son employeur, à sa fac aux USA : probablement un ratissage de son profil Linked In. Rien de violent, rien de gênant.
Alors quid ??

Alors il est évident qu’on a une responsabilité personnelle dans l’affaire (ce qui est sympa quand tu défonces une porte ouverte c’est que tu ne te fais pas mal à l’épaule) Toute la question maintenant est de savoir quelle est la durée de vie d’une page web et nos recours histoire de limiter nos erreurs passées… Comment faire pour contrôler la diffusion de nos dénominations et qualités par des tiers. Voire contrecarrer l’intrusion implicite des DRH ou des fouineurs qui vont se ruer sur 123 People. Rappelez-vous l’article du Zebre qui nous décrivait de A à Z la vie d’un inconnu rien qu’avec des infos glanées sur le web…

Perso,  je suis le king du proxy mais il est des sites  un peu trop inquisiteurs qui veulent prévenir les emmerdes, donc qui contrôlent à fond l’entrée de leur BDD et qui empêchent l’accès à la main pour se logger si on vient d’un serveur tropical (reconnu comme un proxy qui  nous rend anonyme). Ce qui est marrant, c’est que ma cousine m’a justement envoyé un guide pour lutter activement contre hadopi, un petit guide bien utile, histoire de télécharger en toute quiétude mais aussi inciter les gens à se protéger encore plus !  Mais attendez, on fait quoi maintenant ???


Faut-il donc devenir un être inhumain, une sorte de Paranoid Android et limiter tout ce qu’on dit ?
J’ai d’ores et déjà le sentiment de vivre dans une société qui s’américanise à vitesse grand V.  Une société où dire les choses clairement c’est mal et où il faut constamment utiliser
des mots diplomates et stériles.

Une société où même les infos du JT de 20h n’ont rien de sincère. Seulement un p’tit coté images choc/émotions faciles histoire de fidéliser le spectateur avide de sensations (c’était la pause « Louka découvre la vie »). Ma télé a une couche de poussière énorme mais il y a 3 mois en regardant le journal de Claire Chazal, oui vous savez

la journaliste-de-France2-qui-ne-sait-pas-parler-aux-téléspectateurs-sans-avoir-la-tête-de-traviole-et-donc-qui- nous-regarde-toujours-de-manière-oblique,

j’ai fait la démarche de couper le son lors des reportages.

Eh bah, les images n’apportaient rien d’intéressant et aucune info. Je sens que pour les niouzes je vais rester fidèle à France Inter & BFM…

Mais je m’égare encore excusez moi… Je pars du postulat que l’internaute est naïf  mais comme dirait une demoiselle avec beaucoup d’à propos : « es tu sûr que ces infos soient justes
?
« . Elle continue en évoquant le postulat d’une vie en société où tout serait markété (dans mon langage, « sublimé »). Faut-il donc croire qu’on va arriver à un société artificielle à la
Philippe K Dick où nos avatars virtuels vont prendre le dessus sur notre vrai personnage : cf cette vidéo

Bon, les lecteurs les plus rigoureux diront surement que 123 People n’est là que pour vendre du rêve à celui qui cherche des infos tel le mateur classique sur Facebook.  123 laisse croire
qu’on va tout savoir sur tout le monde. De quoi attirer les ingénus et justifier un prix élevé pour les pubs présentes sur la page… Et même si on découvre que Raoulette bosse chez Bidochon
Corporate, qu’elle a commenté un article sur un blog, qu’elle en possède un, qu’en est-il de sa personnalité propre ? Est-elle vraiment comme ça en vrai. Poncif facile, mais j’ai besoin de me
rassurer et de croire que l’ireel est loin de l’IRL et que les DRH sont suffisament futés pour ne pas tirer des conséquences faciles de ces impressions recueillies… Z’en pensez quoi vous ?

Autant en rester là, avec une anecdote personnelle.

Il  y a qq mois en mettant mon CV en ligne j’avais inséré des tags et metatags assez clairs « Lucas » « d’Amore », « Reims Management’s Cool »,  « Stratégie », « Conseil », « Et vous ça va ? »,
etc.
En conséquence, il y a encore 2 mois, quand on tapait mon patronyme, j’étais premier sur Yahoo,  40eme sur Gogol (là c’est le contraire : va comprendre…) De fait j’avais clairement choisi de
ne pas être un cowboy solitaire dans le Wid Wild Web. Toute la question est donc de savoir où commence la vie privée et si le magistrat doit suppléer le citoyen pour l’estimer… J’aimerais bien
avoir ton avis, oui toi la gente del barrio Vingtenaires !

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Fermer le journal et éteindre la télé

Je suis ce qu’on appelle une hyper connectée (mais pas comme Clément le no life, faut pas déconner non plus). Je vis dans un bain d’actualité : le matin, j’ai le gratuit qui me rappelle ce qu’il se passe. En journée, sur mon netvibes, j’ai les dernières nouvelles du Monde. Quelqu’un meurt, je le sais dès que la dépêche AFP tombe. Enfin, si j’ai le nez sur mon netvibes car quand une bombe explose pas loin de mon taf, je le sais même pas de suite (mais on l’a pas entendue). J’ai viré le JT de 20h de ma consommation d’info vu que c’est à l’heure que je
rentre et que je veux me détendre. Mais voilà, je suis au courant limite malgré moi de ce qu’il se passe dans le monde.

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Cette semaine, je suis littéralement tombée sur le cul en suivant l’actualité : Khadafi à Paris, youpi, youpi, vendons lui des avions et même du nucléaire et du matériel militaire, le tout dans une indifférence générale ou une indignation molle. Là, ça dépasse tout simplement mon entendement. Aurais-je vécu un coma ? Aurais-je raté des épisodes ? Comme me disait Tatiana d’hier, ce doit être le prix de la libération des infirmières bulgares. Oui, c’est de la real politik mais quand même, ça gratte et c’est pas du tout agréable, franchement.
Seulement, voilà, je suis Nina Bartoldi, jeune citoyenne de 27 ans qui n’a aucun rapport avec la politique alors autant dire que mon avis, on s’en contrefout. Je pourrais hurler mon indignation, ça n’aurait finalement aucune espèce d’importance.

Le monde tourne sans nous. C’est pas une découverte, hein, je le savais avant. Mais la question que je me pose parfois, c’est pourquoi je continue à suivre l’actualité, vu que ça ne sert qu’à me déprimer/énerver. Après tout, pourquoi ne pas me contenter de l’actualité de mon domaine professionnel ? C’est pas parce qu’on lit pas les journaux que les choses ne se passent pas. Bien sûr, se tenir informée tient parfois du réflexe. Il y a des sujets qui m’intéressent, surtout géopolitiques, des pays dont j’aime suivre l’actu et parfois, ça me titille
d’écrire des articles dessus pour un blog journalistique que je créerais. Evidemment, ça demande du temps et je n’en ai pas forcément beaucoup. Même si je m’organise, arrive un moment où j’ai aussi envie de vivre, pas juste écrire. Et puis peut-on réellement se couper de la politique intérieure ? Même si s’informer ne fera pas changer les choses, être informée du pourquoi les
grèves, pourquoi mon pain ou mon lait coûtent plus chers, ce qu’il se passe, ce qui est prévu.

Et pourtant, avouez comme c’est bon quand, pendant les vacances, on se déconnecte. On ne regarde pas la télé, on n’achète que des journaux légers comme des plumes. Quand on est à l’étranger, on n’achète carrément rien, on se contente des romans qu’on a achetés. Et c’est bon, franchement. Evidemment, quand on revient à la civilisation (enfin, à sa vie de tous les jours, quoi), on se reconnecte aussi vite. Je me souviens quand j’étais partie en Irlande en avril 97, première chose que je demande à mes parents une fois de retour « alors, il se passe quoi en France ? – Bah rien ! ». Oui, j’ai juste après quelques heures plus tard en regardant les infos que Chirac avait dissous l’Assemblée, rien de grave, quoi. Mais à l’époque, j’étais mineure alors au fond, que je sache ou pas, qu’est-ce que ça aurait changé ? Rien, si ce n’est me sentir conne quand on m’en parle. Ah oui, là, je touche du doigt un truc. Je sais pas vous mais je déteste être prise en flagrant délit de « je suis pas au courant de l’actu ». Enfin, je parle pas de l’actu d’il y a dix minutes, genre quelqu’un vient de mourir.  Non, je parle de celles d’il y a quelques jours genre un tsunami, par exemple. Ben oui, je reste quelqu’un d’orgueilleux quoi qu’il en soit. Puis c’est vrai que même si on fuit les journaux, télés, radios, l’actu est partout : sur tous les kiosques, dans la conversation des gens, sur les blogs des uns et des autres. La seule façon d’être totalement déconnectée, c’est de vivre dans une grotte. Mais je n’aime pas les grottes, il fait froid, humide, ça sent le moisi et y a des bêtes dedans. Pour la spéléo, ok, mais y vivre, non.

Alors puisque je suis un peu obligée de vivre dans une soupe d’actu, je l’accepte ok. Mais je vous préviens, ici, je ne parlerai plus d’actu. Parce que mon analyse, on s’en fout, parce que ça ne changera rien. Parce que je ne parle que de ce qui m’énerve et ça donne pas envie de se détendre ici. Alors voilà, maintenant, ici, je jouerai les bisounours égocentrés. C’est pas que je sais pas ce qu’il se passe, c’est juste que je ne veux plus en parler. Y a des trucs plus gais dans la vie, goûtons-les.

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Acteur ou témoin ?

Samedi 13 heures. Comme tous les samedis, la famille est installée devant la télé et regarde le JT. Peu importe la chaîne, au fond, le spectacle est sensiblement le même. En ce moment, ce qui fait fureur, ce sont les manifs Anti-CPE. Mais pas tellement le côté manifestation de syndicats qui ont un discours, non, pas tellement le côté les étudiants découvrent le militantisme et ont des choses (parfois même intéressantes) à dire, non. Ce qui est amusant de montrer, ce sont les casseurs, ces espèces de brutes épaisses qui ne savent sans doute même pas ce que veut dire CPE et qui croient que Chirac est juste un personnage en latex d’une émission bizarre. Et on les voit : là, ils brûlent une voiture, là, ils pètent une vitrine, là, ils cognent un étudiant qui n’avait rien demandé. Le tout sous le regard impitoyable de la caméra.

Je regarde donc les infos et là, grande réflexion. En tant que journaliste, tu serais à la manif, tu ferais quoi ? Est-ce que je filmerais aussi un pauvre gamin en train de se faire tabasser ou je poserais ma caméra pour essayer de faire quelque chose (bon, ok, du haut de mon mètre 57 avec ma tête de Bisounours, je ne fais pas vraiment peur mais quand même…) ? Suis-je avant tout journaliste ou citoyenne ? Franchement, ce questionnement me laisse perplexe, j’essaie de réfléchir. Je vous rassure, à la fin, je sais toujours pas. Et puis, je me dis
que c’est toujours facile de raisonner par l’absurde et de se donner les vêtements du héros tant qu’on n’est pas confrontés à la situation. Genre tous les gens qui disent : « moi, à la seconde guerre mondiale, j’aurais été résistant ». Mais bien sûr, c’est tellement facile de dire ça 60 ans après sans jamais avoir connu l’état de guerre. Ah, ça, les courageux virtuels, y, en a, mais pour le reste… Enfin, bref, je vous fais quand même part de mes élucubrations.

 
Journaliste

Bon, imaginons que je suive une formation de JRI (journaliste reporter d’images) et que je me retrouve employée par France 2, on me jette dans la manif. Alors, pour ceux qui n’ont pas fait journalisme, je préfère préciser : on ne part pas de la rédaction avec juste le matériel. Non, si on va là-bas, c’est avec une thématique précise. Par exemple, France 2 va envoyer deux équipes sur les manifs, une qui traitera de la manif en elle-même avec deux, trois interviews de syndicalistes étudiants et de manifestants lambda et une autre qui couvrira la violence des casseurs. Donc j’hérite du sujet et je pars avec mon acolyte, Jean-Paul. Nous voilà arrivés sur les lieux, on règle la caméra, c’est lui qui filme parce qu’une caméra, c’est lourd et que je suis une petite chose fragile. Surtout petite, je filmerais plus le cul des manifestants que leur tête et comme je suis censée bosser à France 2 et pas à Pink TV, ça le fait pas. Donc Jean-Paul
tourne, moi, je microtte et je repère ce qu’on peut filmer. Oh, devant moi, un gentil étudiant qui ne demandait rien à personne vient d’être la proie d’un groupe de casseurs qui l’ont fait chuter au sol et commence à lui filer des coups de pieds et de poing pour lui voler son portable. En tant que journaliste, que fais-je ? Je hurle : « tourne ! ». On filme donc l’agression, on coupe quand les agresseurs sont partis avec le portable, la montre, l’ipod et la paire de reebok (heureusement, le gars portait un slip pas tendance du tout). On attend que le
petit se relève, crache sa dent cassée et on attaque. On fonce sur lui avec notre caméra et interview. Avec de la chance, le petit est dégoûté par ce qu’il vient de lui arriver et va nous faire un bon petit témoignage. Hop, on enregistre, on prend son nom. Comme on est sympa, on reste deux minutes avec lui en attendant que quelqu’un vienne le soigner puis on file. Vous croyez quoi,
vous ? Qu’on fait un reportage de deux minutes avec juste une agression ? Mais non, il faut toute une série d’images choc, on fait deux, trois interviews d’agressés, le meilleur gagne le droit de passer au JT de 20 heures. Les autres, c’est définitivement pas leur jour mais avoir ses quinze minutes de gloire parce qu’on s’est fait piquer son sac, ça craint du boudin. Pour fignoler, on interroge un représentant des forces de l’ordre et direction la rédaction pour monter notre sujet. Ces gamins tabassés ne sont plus que des noms griffonnés sur un papier, on est plutôt content : on a bien travaillé. Tant pis si un de nos interviewés a eu le bras cassé.

 
La citoyenne

On recommence, Jean-Paul et moi, lui caméra, moi, micro. Le gamin se fait attaquer et là, en tant que citoyenne, je cherche de l’aide. Oui parce que passer de la journaliste à la citoyenne ne me fait pas grandir et ne me donne pas de muscles donc j’essaie de trouver très rapidement soit une autorité compétente soit des jeunes étudiants qui seront prêts à aider leur pote. Même Jean-Paul est prié de mettre la main à la pâte. Le gamin, une fois débarrassé de ses bourreaux, on l’aide à se relever et on l’amène vers les pompiers pour qu’on le soigne. Naturellement, je ne supporte pas la violence, c’est un truc qui me dépasse complètement. Une fois, j’ai été témoin d’une agression, j’étais en voiture avec Anthony, on s’était perdus du côté de Rosny sous Bois. Je vois des gamins courir et bondir sur un collégien, sur le coup, je me dis : tiens, ce sont ses copains. En trente seconde, le collégien se retrouve par terre roué de coups, le portable tiré et les voyous déjà repartis dans la cité. J’avoue que je n’ai pas tout compris tellement c’est allé vite, personne n’a réagi mais je m’en suis voulue de n’avoir rien fait. Bon, techniquement, je vois pas ce que j’aurais pu faire mais si tout le monde laisse faire tout le monde comme ça, on ne s’en sortira jamais, à mon avis.

Le dilemme est simple : dois-je faire mon boulot envers et contre tout ? Est-ce que filmer ses actes de violence ne revient pas finalement à les banaliser ? Ou au
contraire les dénoncer. Le problème essentiel du journalisme est, à mon sens, qu’à force de montrer des images spectacle, on finit par être comme anesthésiés. Par exemple, prenez des images du tsunami ou du 11 septembre. Au début, ça vous remue. Au bout de la 20e rediffusion, vous mangez vos spaghettis devant toutes ces vies qui s’achèvent sans sourciller. Autre problème qui me paraît de taille : la multiplication des vidéastes amateurs. Ah ça, pour sortir le camescope et tourner une scène de violence, va y avoir de plus en plus de monde mais pour bouger… Tout dépend de la situation, jamais je ne me scandaliserai si un amateur lambda filme une prise d’otage et n’intervient pas, c’est peut-être mieux. Mais souvenez-vous de la vidéo d’une femme en train
de se noyer au Mont Saint Michel… Et voilà, on filme avec indifférence une vie en train de s’achever. Il y avait un film pas mal du tout sur le sujet avec Elie Semoun, je ne me souviens absolument pas du titre, un journaliste qui travaillait aux States et qui filmait des gens mourant, comme ça, sans intervenir. Mais au fond, quel est le rôle du journaliste ? Montrer. Le journaliste n’est pas censé intervenir sur les événements. Je citerai ici Gérard Filion, journaliste Québécois et ancien directeur du journal Le Devoir : « Ceux qui l’écrivent [l’histoire] seraient incapables de la vivre ; ceux qui la vivent n’ont pas le goût de l’écrire. » Les journalistes sont, quelques part, nos yeux et nos oreilles, ils nous permettent de voir ce qu’il se passe partout dans le monde mais n’interagissent pas avec ce qui se déroule sous leurs yeux. Tel est leur métier, tel est mon métier.

Alors, à la question qu’aurais-je fait, je crois qu’il sera plus honnête de répondre : je tourne. Même si la violence me donne la nausée, même si ça m’emmerde de laisser ce pauvre gosse se faire tabasser au lieu de l’aider, je n’ai pas le choix. Mon métier, c’est montrer, relater, inscrire sur un support un moment de notre histoire. Suis-je contrainte d’accepter ça ? Oh non, je peux tout à fait me rebeller, dire au rédac chef d’aller se faire foutre, que je refuse de rentrer dans cette surenchère de la violence…et je peux retourner le cœur lourd à l’ANPE. Car si quelqu’un doit changer la société, ce ne sera pas, a priori, un journaliste.

 
(à suivre)
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