Islanova : un roman au cœur de la ZAD

Souvent, je m’agace, je vitupère, j’égratigne ces films ou ces romans qui m’ont raconté un joli synopsis mais derrière, c’est tout moisi. Je me suis répandue sur des articles sur le roman horribilus, je reste avec un goût amer après la lecture d’Un monde après l’autre de Jodi Taylor. Sans doute parce que j’en attendais quelque chose qui me transporte, qui me capte… pas des pages qui le donnent envie de gifler des êtres d’encre et de papier. Alors quand je tombe sur un roman qui me plaît fort, je jubile. Aujourd’hui, on va donc parler d’Isla Nova de Nathalie Hug et Jérôme Camut.

islanova couverture

L’histoire en bref : la famille recomposée Macare-Stark coule des jours heureux dans les Vosges… jusqu’à ce que le père, Julian découvre sa fille, Charlie, dans le même lit que Leni, fils de sa compagne Wanda. Un malheur n’arrivant jamais seul, un terrible incendie ravage la vallée, allumé par des extrémistes écologistes décidés à accélérer la 6e extinction de masse (donc faire disparaître l’humanité). Pendant que Julian essaie de sauver sa maison et son chien, Leni et Charlie prennent la poudre d’escampette et le train pour une ZAD installée sur l’île d’Oléron. On va donc assister à l’installation de nos tourtereaux dans la zone, les affrontements avec la police et la prise d’un espèce de Center Park construit par la Chine qui sera proclamé territoire indépendant nommé Islanova. Mais tout n’est pas rose à la ZAD, Leni le découvre à ses dépends tandis que Charlie devient un des éléments forts de la nouvelle contrée.

Une maison dans les arbres

En gros. C’est assez compliqué à résumer car il se passe plein de choses donc je vais m’arrêter là pour l’histoire et vous dire pourquoi j’ai aimé ce roman et pourquoi il m’a bien inspirée. Non parce que je dis toujours “ah non, ce livre est nul, faut pas faire ça, ça et ça” mais faut aussi étudier ces romans qui nous séduisent. On va commencer par ce qui m’a un peu dérangé dans le roman : les personnages masculins. Je n’ai aucune idée de comment travaillent notre couple d’auteurs (oui, c’est un couple, je trouve ça chou) mais j’ai trouvé trouvé les personnages masculins principaux très faibles, un peu beaucoup bourrin, surtout Julian et Leni (Vertigo et Aguir sont mieux balancés). Julian, c’est un peu un prototype Vin Diesel-Jason Statham, tout en force, malgré la grosse faille qu’on lui a collée (et que je trouve assez mal exploitée, globalement). Leni subit. Durant tout le roman, il suit des femmes en chouinant, grosso modo. Du coup, les scènes les concernant m’intéressaient moins. A l’inverse des personnages féminins que je trouve bien mieux gérés, notamment Charlie. On parle d’une ado de 16 ans un peu naïve, follement passionnée, parfois trop gentille mais qui n’a pas froid aux yeux et j’ai bien aimé ce personnage qui nous fait découvrir la ZAD dans toute sa réalité.

Nathalie Hug et Jérôme Camut

Autre point : les auteurs sont audacieux à un niveau… En fait, vers le milieu du roman, il se passe un truc que je ne dévoilerais pas et j’étais là “Non… Nooooon ? Non mais je suis sûre y a arnaque, ils ont pas pu faire ça… Ah mais si putain !”. Ce qui m’agace dans pas mal d’oeuvres de fiction, c’est une sorte de volonté de ne pas choquer, entre guillemets, qui fait que tu ne sens pas tellement de tension, pas d’enjeu. Typiquement sur la survie en bonne santé des personnages. On peut penser ce que l’on veut de The walking dead ou Game of thrones par exemple mais il faut du courage pour tuer ou mutiler des personnages (dans les versions écrites, les deux mâles alpha que sont Jaime et Rick perdent leur main, par exemple) et tu lis avec inquiétude car tu n’as aucune garantie que tout le monde va s’en sortir sans trop de casse. Idem sur le manichéisme de très nombreuses oeuvres où les gentils gagnent et les méchants perdent. Si tu sais que la cause d’un personnage est bonne, peu importe les circonvolutions de l’intrigue, tu sais qu’à la fin, il triomphera… Alors que là, tu n’as aucune idée de l’issue, tu ne sais même plus qui a de nobles intentions et qui n’en a pas. 

The walking dead, morts

Et justement, on touche là LE point qui m’a fait aimer ce roman : il n’y a pas de bien ou de mal en soit. Déjà, selon qui tu suis, le point de vue sur la ZAD peut énormément évoluer, il y a pas mal de violence et nous-mêmes, en tant que lecteurs, on est un peu ballotés. Il y a d’un côté la cause. Belle, forte, elle est unanimement reconnue par tous les personnages mais certains sont rebutés par la violence d’Islanova (dans la défense de son territoire) et par la méthode de lutte (prise d’autorité d’un centre aquatique pas encore ouvert). Et ça touche ici le sujet qui me fascine depuis des années : la lutte, comment. C’était un peu tout le propos du roman de Maja (que j’ai toujours pas commencé à relire malgré ma semaine d’intercontrat… Je suis une loseuse) et c’est hyper bien amené car il n’y a, dans son roman, aucune vérité. Oui, la cause est juste mais est-ce qu’on peut agir ainsi ? Oui pour les soutiens de la ZAD (dont Charlie), non pour ses opposants (Julian en tête), ça dépend pour les dirigeants même de la ZAD car même dans un même camp, il y a des différends.

Croquis du futur centre aquatique à Lormont par Stark

J’avoue que j’ai acheté le roman avec un peu de crainte : je ne pouvais résister puisque le sujet me branchait mais j’avais peur d’un traitement un peu réac de la ZAD. Il n’en est rien, on n’est pas non plus dans une admiration béate. Les personnages féminins sont bons, les masculins moins mais je me demande limite si ce n’est pas fait exprès, notamment Leni qui ne fait que suivre différentes femmes dans le roman sans vraiment servir à grand chose. Bref, je l’ai lu en vacances (dans un centre thalasso, la mise en abyme était un peu troublante) et je l’ai dévoré. Donc puisqu’on est pile dans la saison où l’on passe beaucoup de temps à lire… foncez.

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Ton personnage, j’ai pas d’empathie pour lui

L’avantage de ne pas avoir trop le temps d’écrire, c’est que ça me permet d’avoir quelques livres d’avance à chroniquer. Ou pas, il y a certains bouquins sur lesquels je n’ai rien à dire. Depuis que j’ai abandonné « Je suis Pilgrim », j’ai avalé la promesse de l’ange de Frédéric Lenoir et Violette Cabesos, Piégée de Lilja Sigurdardottir et Un monde après l’autre de Jodi Taylor. Et autant vous dire que réussir à créer un personnage suscitant un minimum d’ empathie, c’est vraiment un sacré challenge.

La promesse de l'ange de Frederic Lenoir et Violette Cabesos Piégée de Lilja Sigurdardottir Un monde après l'autre de Jodi Taylor

Sur ces 3 romans sus-nommes, nous avons 3 héroïnes : Johanna, Sonja et Maxwell. Et bien autant vous dire que je n’ai eu de sympathie et donc d’empathie que pour la 2e. Je ne sais pas encore si j’écrirais un jour un article sur ce roman donc à tout hasard : je vous le conseille. Alors pourquoi Johanna, Maxwell et ce bon vieux Pilgrim, qui n’a jamais été appelé ainsi pendant les 400 pages que je me suis cognées mais j’ai oublié son nom, ne m’ont pas émue ? C’est un peu difficile à lister mais en gros :

 

Leurs réactions sont illogiques

Alors ça, ça me rend hystérique aussi dans les séries Ou au cinéma, quand un personnage fait un truc débile alors que s’ouvrait devant lui un autre chemin tellement plus joli et évident. C’est souvent le signe d’un scénario mal maîtrisé, un peu un « Merde, je dois déclencher un nouvel événement, comment faire… ah ben tiens, mon héros/héroïne va sauter de l’immeuble en parachute. Oui, ok, il aurait pu prendre l’ascenseur mais c’est pas badass ». Un peu ce genre. Alors je sais qu’au naturel, je suis pas la fille la plus aventurière du monde, je suis à -17 sur l’échelle du trépidant (je ne cours pas pour descendre les escaliers car j’ai peur de tomber… monter en courant, je peux par contre) mais y a des moments où les personnages prennent des risques TOTALEMENT inutiles juste parce qu’ils raisonnent n’importe comment. Du coup, qualité de m’inquiéter pour eux, je m’agace de leur manque de jugeotte.

Les réactions illogiques des personnages : prometheus

Ils sont débiles

Le suspense est quelque chose de difficile à installer, notamment dans l’univers polar/thriller. On suit donc le personnage dans sa perception de l’énigme à résoudre, on dispose du même faisceau d’indices qu’eux. Or il arrive parfois que nous trouvions qui est le coupable avant la résolution de l’énigme… parce que c’est évident. Mais l’écrivain.e a choisi de ne pas arrêter son récit là et pendant les 100 pages restantes, on a envie de leur hurler qu’ils sont cons. Parfois, c’est juste qu’ils se noient dans un verre d’eau, qu’ils cherchent une solution et partent dans des pensées complexes alors que la solution est ultra simple et tu passes une partie du roman à soupirer devant les fausses difficultés du personnage.

Pretty little liars

« Mais comment elle sait tout, A. ? » Et jamais vous cherchez des micros, par hasard ?

Je ne les connais pas

Et là, on touche au cœur du problème. Je sors de mes romans pour parler du docufiction Mars qui est extrêmement révélateur du problème. Dans le 1er épisode, un astronaute, Ben, est salement blessé et tout ce 1er épisode va s’organisée autour de la survie du groupe en général et de la sienne en particulier. Sauf que j’ai vu ce mec 5 mn en cumulé et suivre son agonie et celle de ses camarades qui se mettent en péril pour le sauver… ben je m’en fous, en fait. Surtout qu’on avait en parallèle un laïus en mode « oui, on peut mourir mais c’est pour la science donc on est en paix avec ça ». Alors pourquoi vous êtes tous prêts à crever pour un mec qui a 9 chances sur 10 d’y passer ?

Le docu fiction Mars

Autre problème : le nom. Dans Pilgrim, le mec a plein de nom parce que espion, tout ça… du coup, j’avais du mal à vraiment m’intéresser à lui. Mais le pire, c’est Un monde après l’autre. Les personnages s’appelaient par leur nom de famille et donc notre héroïne était Maxwell voire Max. Pourquoi pas. Par contre, je n’ai pas compris si son prénom était Madeleine ou Lucy vu qu’elle a eu droit aux 2. Pareil, un autre personnage est soudain appelé par son prénom au bout de 200 pages, prénom qui avait dû apparaître dans une phrase de type « Je te présente Baptiste Tartempion qui fait ci, ça et ça et pia pia pia ». Le mec sera appelé alternativement chef et chef tartempion (à ne pas confondre avec Boss, c’est un autre personnage, ça). Du coup, quand y a un Baptiste qui pop tout à coup, je perds quelques secondes à comprendre de qui on me parle. Le nom est important, un personnage peut être nommé différemment selon qui s’adresse à lui… du coup, autant je peux admettre que je ne suis pas toujours 100% attentive quand je lis, autant un roman où j’identifie mal plusieurs personnages, le souci ne vient pas forcément de moi.

Halle Berry dans Catwoman de Pitof

Leurs motivations sont pétées

Là, c’est surtout le cas de la promesse de l’ange où la psychologie du personnage est un peu… surréaliste, dirons nous. Pendant tout le roman, je secouais la tête dès qu’elle justifiait un acte en mode « non, meuf, tu n’as pas le droit de piller une tombe parce que tu as fait un rêve chelou quand tu avais 8 ans » (c’est le vrai pitch du roman). Son obsession la rend d’ailleurs absolument insupportable.

Avoir de l'empathie pour un personnage

Ils sont insupportables

Justement. Que ce soit Johanna, Lucy-Madeleine ou le Pilgrim, ce sont des gens que je n’aurais aucun plaisir à rencontrer dans la vraie vie. Johanna et Pilgrim sont très imbus d’eux-mêmes, Lucy-Madeleine est lourde… mais très en fait. Elle m’a fait penser à plusieurs reprises à la Mickey du roman horribilus… en mieux écrit néanmoins. Ouf.

Leila Bekhti dans jour polaire

Construire un personnage qui va plaire aux gens est un défi… colossal. Peut-être qu’il est même impossible de créer un personnage faisant l’unanimité, ça doit dépendre de notre sensibilité, je suppose…

Peut-on avoir de l'empathie pour Ted Mosby

Mais s’ils pouvaient arrêter d’être cons, ça me faciliterait l’empathie.

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