Manifester, c’est anti démocratique

Aaaaaaaaah, je suis bien en ce moment, je suis bien… bien remontée. Ah, faut dire que les gens, ils me cherchent aussi genre à nous expliquer que descendre dans la rue parce que Macron fait de la merde, ce serait nul parce que Macron, c’est le choix des Français. Alors d’abord, vous allez me regarder cette vidéo de Data gueule et ensuite, revenez m’expliquer pourquoi manifester, c’est anti démocratique.

Manifester

Sur ces simples élections, nous avons un Macron passé au second tour grâce à ces 24% de votes au premier tour. Est-ce que ça veut dire que 24% des citoyens au vote exprimé sont pour ce fantastique détricotage de notre modèle social ? Non, 41% de cet électorat là l’a fait par défaut et non par conviction (et on remercie les sondages qui ont bien fait peur avec Marine, Fillon et tout ça histoire que les gens votent utile pour le moins dangereux… sur le papier). Donc 59% de 24%, ça nous fait 14% des votes exprimés. Soit en reconvertissant en terme de voix 5 millions de Français convaincus par un projet… soit environ 5 millions sur 47 millions d’électeurs ou 52 millions de Français de plus de 18 ans (ouais, j’ai enlevé les mineurs, je trouvais pas leur présence très pertinente dans mon analyse). Et comme depuis Chirac, celui qui remporte les élections présidentielles a un fauteuil pour les législatives, Macron obtient une confortable majorité… bien que plus de la moitié des citoyens n’aient pas fait le déplacement mais apparemment, ça marche quand même. Je remets le lien vers Data Gueule, des fois que…

Sondage présidentielle janvier 2017

Mais admettons. Voyez, moi, en 2012, j’ai voté Hollande parce que j’ai été tellement la reine des connes, bordel. Je ne croyais pas qu’il allait faire des miracles (ma propre connerie a des limites), je souhaitais juste de l’apaisement après Sarko. Et bah j’ai pas été déçue du voyage, la vache ! Et c’est précisément là où je veux en venir. Pour qui vote-t-on ou pour quoi vote-t-on ? Je suppose que c’est personnel et que ça dépend de son degré d’intérêt pour la politique, je vote personnellement pour une vision d’avenir. Parce que 5 ans, c’est court et long à la fois. Je vote pour un projet (projeeeeeet)… des promesses car je n’ai que ça. “Han mais genre, les politiciens, ils tiennent leurs promesses, LOL”. C’est bien tout le problème, Bobby, c’est bien tout le problème. Quand je mets un bulletin dans ma petite enveloppe, je n’ai pour faire mon choix que deux outils : mon adhésion à un projet et ma confiance en la personne ou le parti. Il y a une part de naïveté dans le vote, une part de résignation aussi. Je vais prendre lui ou elle parce que je pense qu’il me ment pas, parce que je veux croire qu’il me ment pas… ou au pire, ce sera lui ou elle le/la moins catastrophique. Je suppose que certains se demanderont alors pourquoi je continue de voter, je leur répondrai que… je sais pas vraiment, un peu par réflexe, un peu par espoir, quand même.

voter aux élections françaises

Cependant si les promesses ne sont pas tenues (et Dieu sait qu’elles ne le sont jamais), on fait quoi ? Voter n’est pas remettre un chèque en blanc à une personne ou un parti pendant 5 ans. On a signé un deal, monsieur madame, si vous ne le respectez pas, je pense avoir légèrement le droit d’ouvrir ma gueule. Et même si je n’ai pas voté pour le vainqueur, je dois laisser détricoter nos acquis sociaux parce que j’ai pas mis le bon bulletin dans l’urne ? Sérieusement ?

Manifestation anti loi Baillon en Espagne

Je sais que les manifestations ont mauvaise presse, je fus de celles qui soupiraient à l’époque en mode “mais ils ont rien d’autres à faire ?”. Aujourd’hui, j’ai complètement fait évoluer mon discours parce que j’ai compris qu’il fallait parfois entrer dans le rapport de force pour arracher quelque chose. Non parce que la prise de la Bastille, que nous célébrons à grand coup de feux d’artifice chaque année, vous croyez que ça s’est passé avec des bisous et de la barbe à papa ? Honnêtement, je suis toujours un peu saoulée de voir des abribus et vitrines pétées parce que je sais que les médias ne relaieront que ça (et je ne suis jamais déçue) mais je le suis encore plus quand je vois les gens chialer plus pour ces bouts de verre que sur les manifestants blessés… Et me racontez pas qu’ils l’ont cherché ou que c’était accidentel, on a eu lors de la manif du 1er mai à Paris pas moins de 11 blessures au crâne par matraque au bouclier dont 7 plaies ouvertes . Vous allez me faire croire qu’il n’y avait aucune volonté de faire mal. Mais non, les vitrines valent plus que l’intégrité physique de ceux qui exercent leur droit de manifester. Intéressant.

Manifestant blessé, violences policières

Mais le pire, c’est qu’on entre dans une ère où on est contraints de manifester non pas pour acquérir de nouveaux droits mais pour protéger nos acquis salement menacés… Vu qu’on se ramasse dans les dents en 3 mois de Macronie, je n’ose imaginer l’état de nos droits en 5 ans. Et j’en connais qui seront bien contents que certains soient aller manifester pour eux tout en s’indignant sur les abribus cassés. Le sens des priorités. Donc désolée mais peu importe le résultat d’une élection, manifester est un droit…et si ça continue, ça va limite devenir un devoir (en attendant de terminer en garde à vue parce qu’on n’a pas réussi à quitter la nasse à temps).

Rendez-vous sur Hellocoton !

Disparue de Lisa Gardner : les polars se déclinent au féminin

Forcément, semaine des droits des femmes oblige (oui, j’en fais une semaine, moi), j’avais envie de vous parler d’une auteure de roman. J’avais dans ma besace d’un côté Lisa Gardner et de l’autre “Sur ma peau” de Gillian Flynn mais j’ai préféré prendre celui où l’héroïne est la plus badass. Donc Disparue de Lisa Gardner.

Disparue de Lisa Gardner

Je vous raconte l’histoire : Rainie est enlevée au coeur de la nuit, son mari, dont elle est temporairement séparée, Pierce Quincy, va collaborer avec les forces de police locale pour tenter de retrouver celle qu’il aime. Voilà, ok, niveau originalité, on repassera, je suis d’accord. Mais ce roman va déjà me permettre de mettre en exergue quelques différences majeures entre une écriture masculine et féminine, à savoir :

Ecriture féminine

  • Le héros n’est pas omniscient ou omnipotent

Il y a un truc qui m’a toujours gonflée, c’est le héros parfait qui sait tout, qui voit tout, qui réalise des prouesses dès le petit déjeuner, genre Robert Langdon, Darwin Minor ou encore Miles Lord, ces mecs qui te sauvent le monde et ramassent la fille qui les aident à la fin, vous voyez ? Cet archétype masculin du mec infaillible qui hurle en sous-texte “l’auteur aimerait tellement être moi”. Ici, Quincy ne fait quasi rien, finalement. Il réfléchit certes mais c’est plutôt sa fille, Kimberly, qui va agir, une shérif, aussi. Même, par le passé, quand la famille de Quincy est disséminée par un serial killer, ce n’est pas lui qui va sauver sa dernière fille mais Rainie. Bref, sans les femmes, il n’est plus grand chose.

Lucy Lawless dans Xena

  • Les héroïnes n’attendent pas d’être sauvées

Pas de syndrome Belle au Bois Dormant ici (vous savez, la meuf qui roupille en attendant qu’un mec ait l’obligeance de la tirer de là où elle est), Rainie, dont on suit également les péripéties, essaie à tout prix de se sauver de la situation périlleuse où elle se trouve, devant par ailleurs sauver la vie d’un enfant kidnappé avec elle. Je vous dirai pas si elle s’en sort ou non mais elle perd pas mal de son intégrité physique au cours de l’histoire (ses cheveux pour commencer mais aussi un genou, quelques côtes…). Et pourtant, elle lâche rien… On dirait presque le méchant increvable d’Avatar, à force.

Sarah Michelle Gellar dans Buffy

  • Mais la beauté doit être préservée

Oui, la beauté reste la beauté. Je spoile un peu là donc pour ceux qui veulent lire le roman (qui est franchement pas mal), rendez-vous paragraphe suivant. Donc au cours de moult péripéties, la belle Kimberly (la fille de Quincy) et la shériffe pas très jolie se retrouvent dans un phare en flamme. Alors que la vie de Kimberly est menacée, elle est sauvée par la shériffe qui perd un peu son visage au passage. Alors certes, la belle Kim était évanouie au sol mais c’est quand même étonnant que la belle ne soit pas défigurée alors que l’autre… Par ailleurs, les personnages féminins sont souvent décrits en fonction de leur beauté (Rainie est belle, Kim aussi, un autre personnage secondaire et pas très sympathique par contre…). Mais bon, y a des mécanismes sociaux plus difficiles à démonter que d’autres.

Wonder woman

Alors du coup, Disparue de Lisa Gardner, on lit ou pas ? Ma foi oui : l’action est nerveuse, on n’échappe certes pas à quelques clichés mais qui passent sans trop faire lever les yeux au ciel. Par contre, y a eu une maladresse d’écriture à un moment, je sais pas si ceux qui ont lu ont eu pareil. C’est peut-être moi qui ai lu de travers, je dis pas mais du coup, à un moment, y a un dialogue mal ficelé et qui m’a révélé le nom du ou de la coupable… Sur le coup, je me suis dit “quoi, c’est iel ?” mais en fait, ce n’était pas encore l’heure de la révélation… mais ça m’a permis de tout remettre à l’endroit et quand j’ai su que c’était Emile le tueur, ça ne m’a guère émue.

Cité de la peur - Odile Deray

Bref, si vous voulez un polar sympa qui occupe le temps, celui-ci est très bien. Pas forcément le meilleur, je n’avais pas de mal à le remiser au fond de mon sac une fois ma destination atteinte mais ce fut quand même plaisant à lire. Et je pense retenter l’aventure avec Lisa Gardner à l’occasion

Rendez-vous sur Hellocoton !