Se divertir tout en apprenant, c’est possible ! le cas Max Bird

“Oui, je sais que c’est con et nul mais je regarde ça le soir parce que ça me détend”. 10 fois sur 10, j’ai envie de hurler sur celui ou celle qui légitime la médiocrité par une fatigue mentale. Je me demande souvent à partir de quand la culture (petit c) est devenue aussi fatigaaaaante surtout que ça va, y a des moyens d’apprendre ou de rire sans se taper la lecture de l’encyclopédie ou faire dans l’humour oppressif. Une preuve ? Oui, Max Bird.

L'affiche de l'encyclo-spectacle de Max Bird

Bon y a Alexandre Astier aussi, avec notamment son Exoconférence, mais ce n’est pas de lui donc je voulais parler même si je souscris totalement à ce qu’il dit sur le divertissement : “On ne peut pas ranger tous ceux qui réfléchissent dans le camp de ceux qui se prennent la tête”. Et c’est navrant de cette persistance, de se dire que si on est fatigués, on passera un meilleur moment devant Secret Story ou je ne sais quoi plutôt que devant C’est pas sorcier (qui n’existe plus certes mais je sais plus ce qu’il y a à la télé) ou un reportage d’Arte. Arte vu comme une chaîne chiante alors qu’elle parle énormément de pop culture, au passage… Pourtant, petits, on regardait des dessins-animés éducatif du genre Il était une fois… et je ne crois pas qu’on en ait été malheureux. Je suis même sûre que si vous retombiez dessus, vous regarderiez avec plaisir. Apprendre n’est pas ennuyeux.

Extrait d'il était une fois la vie

La vie, la vie, la vie, la vie… (oui, je sais que vous l’avez instantanément eu dans la tête aussi)

Et justement, aujourd’hui, je vais vous parler de Max Bird et son (un peu trop) court spectacle “l’Encyclo-spectacle”, situé au nez rouge (c’est sur une péniche vers Stalingrad, de suite, j’étais conquise, j’adore les péniches). De quoi ça parle ? Et bien, c’est un peu dur à résumer car y a de la biologie, des dinosaures, des pingouins et des manchots, de la mythologie égyptienne et grecque, une chanson, un jeu vidéo… et un sketch final dont je vous parlerai une prochaine fois car il mérite un article à part entière. Ouais, tout ça et en une heure, s’il vous plaît. Alors forcément, dans le lot, vous allez apprendre un truc ou deux, c’est promis. Et je vous garantis qu’on s’est bien marrés avec Victor.

Max bird fait le vélociraptor

Et j’en suis sortie, résolue à diffuser cette bonne parole : apprendre, savoir n’est pas chiant. Il faut arrêter de croire ça. Il n’y a même pas besoin de réfléchir de trop, de se “prendre la tête”, le savoir vient à vous, tout doucement, vous rigolez mais vous retenez des choses. Par exemple, vous saviez qu’il existe un rapace extrêmement rare en Amazonie qui s’appelle la harpie féroce ? Moi non plus mais maintenant, je sais. D’ailleurs, coucou, la voilà :

Photo d'une harpie féroce de Guyane par Maxime Dechelle

Harpie féroce. Famille des Accipitridés. Ordre : Accipitriformes

Prise justement en photo par Max Bird himself. J’ai rafraîchi mes connaissances sur le mythe d’Osiris (j’en étais à “il a été découpé par Seth, Isis l’a remonté et voilàààààà”, donc assez loin, en fait), j’ai appris l’existence de la harpie féroce, comment différencier un pingouin d’un manchot, que les iguanes se masturbaient… Franchement, il faut y aller. Et pour ceux qui ne peuvent pas, vous pouvez toujours vous abonner à sa chaîne Youtube dédiée au spectacle (y a le sketch d’Oedipe dispo, par exemple).

Oedipe et le sphynx, un tableau de Ingres

Et portons ce message : OUI, on peut se cultiver tout en riant franchement. Le savoir n’est pas prise de tête… Et ça évite de laisser la médiocrité prendre toute la place. Pensez-y la prochaine fois que vous aurez envie de mater de la merde (moi, j’ai arrêté, je me sens beaucoup mieux) juste parce que “ça repose le cerveau”. Loin de moi l’idée de vous imposer un programme plutôt qu’un autre mais juste, soyez honnêtes : vous regardez parce que vous aimez ça, par par peur de vous “prendre la tête”.

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Humiliation et humour oppressif à l’apéro ?

Il y a quelques semaines, je vous parlais vaguement de notre chère télé au détour d’un article sur Idiocracy mais j’ai envie d’y revenir parce qu’il y a vraiment quelque chose de pourri au Royaume du PAF. En fait, ce n’est pas tant de la télé en soi que je veux parler mais de ce qu’elle légitime, qu’elle fait passer pour cool et normal alors qu’on devrait crier d’effroi. Bienvenue dans un monde où on vous sert l’humiliation et l’ humour oppressif sur un plateau… télé.

Dora Tillier humilie Nicolas Bedos sur le plateau du grand journal

Comme je l’ai dit ça et là, je n’ai plus la télé depuis 2 ans et demi  donc forcément, les bouts d’émission télé qui arrivent jusqu’à moi sont certainement les pires. Mais ça met parfaitement en lumière un travers de la société que je ne supporte pas : l’humour oppressif. Deux exemples ici me viennent en tête : le vomitif Touche pas à mon poste et la téléréalité.

Les anges de la téléréalité

Je vais d’abord m’attarder sur cette dernière. Qu’est-ce que la téléréalité : des gens que l’on filme H22 (je crois) dans des contextes donnés. On nous les présente facilement comme un peu cons, pas très cultivés, sans grand talent et qui n’ont finalement que ça comme voie de sortie. Alors on les filme, on les filme et on file au public leurs pires moments. Alors je ne dis pas, certains sont manifestement sous-cultivés (je ne me suis jamais remise de l’histoire des lunes et des satellites) mais au fond, a-t-on réellement le contexte de la conversation ? Ce que je sais des émissions de téléréalité, c’est qu’il n’est pas rare que les candidats soient “légèrement” alcoolisés. Bon après, y en a qui sont certainement pas futés mais quand même… Je suis une personne plutôt cultivée et lettrée, on va dire, j’ai du vocabulaire. Mais si tu me filmes 22h/24, fatalement, y a un moment où je vais dire une connerie, que je vais faire une faute de français. Surtout si on considère que ces personnes là dorment assez peu (faut bien montrer des choses à la télé et encore, je crois qu’ils ne font plus les chaînes en continu) et qu’ils ont souvent pas mal d’alcool… Mais ça, on s’en fout. Il faut montrer leur bêtise crasse, rassurer le spectateur : “regarde, y a plus con que toi, tu vois !”, lui faire oublier que sa vie, c’est de la merde en lui montrant des vies encore plus vides et méprisables. On voit des candidats se faire maltraiter, humilier H24 et on en redemande. Ahahah, la jolie bimbo rejetée, ça nous venge de la meuf populaire du lycée qui ne nous a jamais adressé la parole. Elles sont belles mais connes, que du plastique et du vent ces pauvres filles. Et les mecs : vite faits beaux gosses mais y a que de l’eau gazeuse entre leurs deux oreilles. Quoi que pour les hommes, y a toujours le beau connard un peu manipulateur qui va séduire toutes les belles filles de service. Donc en résumé, la téléréalité, ce sont des gens bêtes et vides, un peu jolis mais pas toujours, vaguement télégéniques, souvent vulgaires, les femmes n’ont qu’un corps, les mecs qu’une bite qu’ils vont essayer de planter dans les dites demoiselles et si tu les traites mal, elles voudront coucher avec toi. Vomi dans ma bouche. Ah oui, des fois, il y a des moins jolis (éliminés au premier tour, à peu près), des un peu moins cons (que tu ne verras à peu près jamais à l’image), des gays (qui servent limite de voix off et les lesbiennes auront droit à leurs love stories mais pas les hommes, il me semble).

candidats de téléréalité en couple

(je ne sais pas du tout qui sont ces gens)

Et puis y a Touche pas à Mon poste et ses avatars. Je m’étais dit la dernière fois que les Coucou c’est nous et Cauet de ma jeunesse devaient pas être forcément mieux mais j’avoue que je n’ai ni le temps, ni le courage et surtout pas l’envie de tout remater/écouter pour être la plus objective possible. Il me semble cependant que Hanouna pousse le concept de l’humiliation, de l’humour oppressif plus loin. Je ne reviendrai pas sur son traitement des gays, des femmes, ça a déjà été dit en long, large et travers, je vous laisse cliquer pour en savoir plus si ça vous intéresse. Des « dérapages » avec toujours la même réponse “mais non, on est une famille, c’est pour de rire, roooooooh !”. Alors j’avoue que dans ma famille, on n’a pas trop l’habitude d’aller toucher la bite du cousin ou de l’oncle pour rigoler ni se garnir le slip de nouilles mais je ne juge pas, hein (un peu quand même). Mais cette émission légitime ce qui ne devrait pas l’être en donnant un arme terrible à tous les connards racistes/homophobes/misogynes qui, sous couvert d’humour, vont nous asséner leurs vérités malaisantes à longueur de journée. Et vous savez, chez les esprits les plus jeunes, entendre toute la journée qu’un gay est une “folle” ou que les femmes, ça dit non pour dire oui, qu’on peut insulter les gens parce que “c’est de l’humour”, y a un moment où ça devient dangereux. Qu’Hanouna ait une passion pour exhiber son sexe, ok, rien à foutre. Qu’il le fasse sous le nez ou sur l’épaule de ses employées déjà, gros malaise, ça s’appelle du harcèlement sexuel et c’est puni par la loi (mais comme souvent, aucune plainte…). Qu’il pratique l’humour lourd dans l’intimité de son foyer, auprès de ses potes, ok, on s’en fout. Mais quand il le fait devant des caméras, il légitime. Je passe parfois pour une pisse-froid car je prends mal certaines remarques, je ne ris pas de l’humour oppressif (que je ne trouve que très rarement drôle, déjà, à la base…) mais quand j’essaie d’expliquer, c’est toujours “roh ça va, c’est pour rire !”. Le fait que la personne ait pu blesser quelqu’un avec sa vanne de merde ? Non mais c’est de l’humour, faut rire de tout, comme dirait Desproges. Des excuses ? Ahah, tu rêves. C’est toi qui as pas d’humour, ce serait limite à toi d’en faire…

Humour oppressif

Même les enfants comprennent, pourtant…

Mais surtout, ce qui me choque le plus, c’est la relation très malsaine entre l’employeur et ses employés qui sont obligés de déballer leur vie privée pour un peu d’audience. On se retrouve avec des scènes ahurissantes de demandes en mariage devant “la France entière” avec une femme qui semble plus gênée que ravie (je te comprends, meuf, j’aurais pété un plomb à ta place), des confidences en veux-tu, en voilà, tout est exhibé, donné, disséqué. Mais remettez ça dans le contexte de votre propre emploi. Imaginez que votre patron vous demande de vendre vos intimité, dévoiler vos souvenirs, exposer votre couple juste pour toucher votre salaire à la fin du mois. Vous le voyez, là, le malaise ?

Plateau de TPMP

Et je ne sais pas comment on peut arrêter tout ça. Je parle d’Hanouna et sachez que ce mec me met profondément mal à l’aise car je ressens que c’est quelqu’un de foncièrement mauvais mais c’est juste de l’air du temps. Dans 3 ans max, il sera fini, on en aura un autre à la place. Idem pour la téléréalité, on trouvera toujours des gens prêts à vendre leur âme pour quelques biftons, pour caresser du doigt leur rêve de célébrité. Alors on fait comment pour arrêter ça ? Comment on arrête la télé de merde ? Comment on apprend aux gens que se vider la tête, c’est pas juste regarder du vide nauséabond ? Comment faire comprendre que mater des gens que vous jugez plus misérables que vous ne vous rendra pas meilleurs (au contraire…) ? Et encore, je parle de télé, faudrait aussi voir du côté des comédies françaises et leur humour bien réac et oppressif, aussi…
Y a des jours où je suis un peu fatiguée, en fait.

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La France moins rance ?

L’autre jour, je parlais rapidement de l’influence des réseaux sociaux sur les médias et, donc, sur l’opinion, un gros serpent qui se mord la queue et qui est bien difficile de disséquer en un seul article (ça mériterait une thèse, facile). Mais du coup, la France, elle pense quoi en vrai ? Alors que j’ai envie de hurler de rage dès qu’un shitstorm de commentaires violemment racistes et haineux viennent envahir les discussions sous un article. Mais si finalement, la fachosphère est extrêmement active et monopolise la parole, ça veut dire que la France est moins rance que ce que je pense ?

 

Je n’arrive plus à démêler l’histoire, qui de l’oeuf ou la poule. C’est vrai, on cherche toujours à distribuer les mauvais points, qui a permis au FN de faire les scores qu’ils font toujours au 1er tour, qui a permis à *spoiler* Marine Le Pen d’arriver au second tour des Présidentielles ? Tous ceux qui n’ont pas mis le bulletin honni dans l’urne vont montrer du doigt avec colère : ce sont les médias, non, ce sont les réseaux sociaux !! Un peu comme pour l’élection de Trump, voyez. Alors que bon, la réponse est facile : ceux qui poussent Le Pen là où elle est, ce sont ceux qui ont voté pour elle.

 

Mais justement, pourquoi ? Déjà, la première erreur est de considérer que le vote FN est un vote monolithe, il n’y a pas une seule explication. Pour reprendre le vote Trump, par exemple, beaucoup y ont vu le vote d’une Amérique raciste mais pas tant que ça, finalement, il y a surtout eu un vote de l’Amérique déclassée, celle qui survit avec des petits boulots merdiques et cherchent un responsable à ce marasme. Je n’ai pas étudié le sujet mais je pense qu’on peut très facilement corréler vote pour l’extrême droite et crise économique (du coup, est-ce que le vote extrême gauche est corrélé à une période de faste économique ? Intéressant comme sujet, tiens). On choisit le candidat qui changera sans doute les choses en foutant un bon coup de pied à la fourmillière : au point où on en est, y a plus grand chose à perdre. D’où d’ailleurs la campagne “je suis le candidat anti système” (lolilol) qu’ils nous préparent tous.

 

Alors du coup, malgré la pléthore de commentaires racistes dégueulasses que je vois bien trop souvent et l’envolée de Mme Le Pen dans les sondages, suis-je victime d’un effet trompe l’oeil de ceux qui se sentent pousser des ailes et estiment leur parole raciste légitimée ? Ou est-ce juste que les commentaires crados autrefois limités au comptoir crasseux d’un vieux bar qui pue la clope froide sont parvenus à mes oreilles. Il est vrai qu’en tant que bobo gauchiasse, mon entourage immédiat est plutôt du genre cosmopolite et tolérant. On fréquente des gens de différentes origines et on n’en retire aucune gloire particulière vu qu’on ne choisit pas nos potes de par leur couleur de peau mais juste parce qu’on les trouve sympas, drôles et intéressants. Bien sûr, il reste toujours des relents de racisme ordinaire, ces petites vannes bien nases qu’on fait sur les Asiats, Noirs ou Arabes sans se rendre compte que c’est de l’humour oppressif mais globalement, personne dans mon entourage ne veut pendre haut et court les Arabes (c’est surtout eux qui prennent mais avec l’arrivée de Trump, on devrait pas tarder à se prendre un remake du péril jaune). Du coup, d’où ça sort, ces conneries de rémigration, grand remplacement, de “collabo islamiste”, d’associer systématiquement migrants à violeur… Pourquoi, quand tu appelles à la tolérance ou que tu te moques de ces conneries, on te traite de collabo islamo gauchiste alors que toi, l’Islam, tu t’en fous franchement. Vrai phénomène de fond ou gesticulation de quelques énergumènes très énevés ?

 

Parce que les réseaux sociaux sont quand même un effet très grossissant, j’ai envie de continuer à croire que la France reste un pays ouvert et tolérant, malgré la fièvre islamophobe qui se rapproche de plus en plus de mon entourage. On est loin des délires du grand remplacement mais quelques remarques qui me font voir rouge à chaque fois que je les entends, surtout quand ça vire à l’acharnement. Ici, tout n’est pas noir ou blanc, évidemment, le vivre ensemble se construit à tous et dans l’Islam comme dans toute autre communauté, y a des cons qui jouent pas le jeu. Mais la question reste : est-ce que le bruit de fond généré par tous les excités de la France rance ne finit-il pas par contaminer l’opinion ? Est-ce que je me leurre en pensant que tout ceci n’est que le fait de trois acharnés mais que globalement, en France, on reste super ouvert au cosmopolisme ? Et s’il n’est pas possible de répondre définitivement à la question, n’ai-je finalement pas le droit de choisir le camp de l’optimisme, être un Bisounours qui ignore les haineux parce qu’au fond, ils ne sont pas très nombreux ?

 

Mais d’un autre côté, n’est-ce pas un peu lâche de faire comme si ça n’existait pas et leur laisser tout un espace de parole, quitte à laisser une certaine contamination se faire ?

 

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Dead Landes : quand la fiction française déboîte

Je sais pas comment ça se passe à l’étranger mais en France, on aime bien cracher sur nos fictions. Et j’ai quand même parfois tendance à crier avec la meute. Une comédie française majoritairement oppressive (sexisme, racisme, homophobie… mais allez, c’est de l’humour, roooooooooh), des fictions où les acteurs sont en roue libre neuf fois sur 10… Non mais pardon mais suite à un passage dans ma belle-famille, j’ai eu droit au prime de Plus Belle la vie (alors déjà qu’on connaît pas les personnages, imagine la violence du truc) et… putain, mais ils jouent tous comme des quiches ! Chacun a l’air de faire ce qu’il a envie “tu as un texte, fais en ce que tu as envie… et oublie pas l’assent, steuplé !” (quoi que dans Plus Belle la vie, tu dois avoir deux personnages avec l’accent marseillais). Mais parfois, la fiction française te réserve de jolies pépites comme Dead Landes

Casting de la série Dead Landes de François Descraques diffusée sur France 4

Comme j’ai déjà dit ça ou là, j’ai une certaine culture Youtube, c’est ma télé à moi. Fin novembre, Antoine Daniel annonce qu’il va bientôt apparaître dans une série de François Descraques et François Uzan. Alors je sais pas trop si je dois présenter ces deux personnes… Si vous avez vaguement traîné sur Youtube, vous ne pouvez que les connaître mais je vous ai mis un lien sur leur nom pour découvrir un peu leur travail. Bref, c’est parti pour Dead Floor, une petite série diffusée sur Youtube a raison d’un épisode par jour, l’histoire de jeunes gens coincés dans une discothèque suite à un étrange séisme. Au bout de 5 épisodes, on découvre qu’il s’agit d’un préquel à une série qui sera diffusée sur France 4 : Dead Landes.

Casting de la web série Dead Floor de François descraques et François Uzan avec Antoine Daniel , Julien Josselin, FloBer

Alors Dead Landes, ça raconte quoi ? Tout commence dans un camping filmé pour un reportage au coeur des landes “l’escapade”. Alors que tout va bien, un étrange séisme survient, des colonnes de feu montent dans le ciel. Après le drame, les survivants vont découvrir qu’ils sont encerclés par un étrange brouillard infranchissable. Durant dix épisodes, nous allons donc suivre les aventures des “escapés”, cette bande de survivants pris au piège, filmés en permanence par les cameramen du reportage TV, parfois par des mobiles, caméras de surveillance…

Dead Landes saison 1, Agathe, Sam, Michel, Natalia et Clovis

Ah oui, y a Sören Prevost , aussi, très bon

Dis comme ça, ça ressemble à REC (enfin, je crois, je n’ai évidemment pas vu le film) et honnêtement, le jeu avec la caméra est très bon, les personnages interpellent régulièrement les cameramen pour nous rappeler que oui, il y a bien quelqu’un derrière la caméra, quelqu’un qu’on ne verra d’ailleurs jamais.

Dead Landes saison 1, Agathe et Sam

Le rythme est savamment dosé entre tension et humour. Ah oui parce que si je devais comparer Dead Landes à ce qui existe déjà, j’aurais tendance à évoquer un peu Kaamelott. Un tout petit peu, c’est pas forcément le même humour mais pour ce subtil mélange qu’il peut y avoir entre humour et tension (ah oui Kaamelott de la fin, j’avais oublié de préciser), le tout appuyé par une musique très tonitruante qui n’est pas sans rappeler du Hans Zimmer (le mec qui fait la musique de tous les films d’action, j’ai l’impression).

Tournage de la série Dead Landes de François descraques et François Uzan

Et franchement, ça fait du bieeeeeeen. On n’est peut-être pas les plus objectifs du monde vu qu’on est assez fans des productions “from Youtube” mais on a vraiment pris du plaisir avec Victor à mater cette petite série et j’espère très fort que ça va marcher car de la fiction française de ce niveau, j’en veux tous les jours ! Et surtout, je trouve très prometteur cette utilisation multimédia (websérie + série tv) pour développer un univers étendu en peu de temps. Encore, encore !

 

Ah et au fait…

Joyeux Noël, ouiiiiiiiiii !

sapin de Noël, boule en verre avec un renne et guirlandes lumineuses

Photo prise dans le sapin de ma chère Amy parce que moi, j’ai pas de sapin cette année

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Je suis pas féministe mais…

“Moi, je suis pas féministes mais…” donc si, tu l’es. Je sais pas si vous avez remarqué le nombre de phrases commençant par “je suis pas [insérez truc plutôt honteux] mais…” et le reste de la phrase vient précisément démentir cette affirmation. Mais… attendez, en général, on dit ça de quelque chose d’assez honteux genre “je suis pas homophobe” ou “je suis pas raciste” mais alors pourquoi on dit ça du féminisme ? Facile ! Parce que les medias (et les gros machos de merde et leur humour oppressif) nous en donnent une image déplorable.

Ah oui, les Femen, l'exemple adoré de tous ceux qui vomissent les féministes et qui jouent l'amalgame à fond

Ah oui, les Femen, l’exemple adoré de tous ceux qui vomissent les féministes et qui jouent l’amalgame à fond

Alors souvent, ce “rejet” du féminisme n’est pas tant une dépréciation de ce combat mais la volonté de finalement donner plus de poids à son propos. Un peu un “moi, je suis citoyenne neutre et je trouve que ça, ça pose problème”. Je peux comprendre cette posture parce que si tu arrives en tant que féministe sur un débat, le contradicteur va te disqualifier de suite parce que “t’es pas objective” (alors que lui, oui, forcément). Le fait que mon féminisme ait pu m’apporter la réflexion,le recul, les références sur certains sujets (non, je n’entre pas dans une discussion comme un chien dans un jeu de quilles juste pour dire “hé non, je suis pas d’accord parce que je suis féministe, d’abord!”), apparemment, ça ne compte pas parce que je ne suis pas objective. Pourtant, y a-t-il besoin d’être objective pour noter que la situation de la femme en France s’aggrave de jour en jour ? Qu’on peut difficilement sortir dans la rue sans se ramasser le relou dragueur de service et qu’en plus, si on ose s’en plaindre, on est des connasses et on doit essuyer des litres de male tears sur le fait qu’on n’est pas gentilles parce que tu comprends, la drague dans la rue, c’est pas facile (sans doute parce que 9 fois 10, ça nous saoule, on ne vous a rien demandé, foutez-nous la paix). Est-ce mon féminisme qui tue dans une relative indifférence une femme tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Est-ce mon féminisme qui me fait lire ou entendre que les journalistes, dégoulinants de paternalisme, se réfèrent aux femmes par leur prénom, couleur de cheveux voire carrément compagnon… ?  Mais non, je suis pas objective, merci de sortir du ring.

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Mais il reste cette douloureuse impression que le terme “féministe” est mal perçu. Alors regardons un peu mon parcours féministe. Plus jeune, jusqu’à mes débuts par ici, d’ailleurs, je me définissais comme préoccupée par l’égalité homme-femme mais “surtout pas féministe, hein, je suis pas Isabelle Alonso !”. Alors pour les plus jeunes d’entre nous, Isabelle Alonso passait pas mal de temps à l’époque à squatter le plateau de Ruquier, certainement pour l’émission “On a tout essayé” mais j’ai un doute vu que j’ai jamais pu supporter Ruquier (je déteste les gens qui rient de leurs propres blagues et qui débordent de fierté et de suffisance. Même si à ce niveau là, reconnaissons que notre ami Laurent n’arrivera jamais aux chevilles des égotiques suprêmes Ardisson ou Hanouna, dans des styles très différents pour le coup). Et donc je détestais cette brave Isabelle parce que… et bien dix ans plus tard, je suis plus bien sûre. Je me souviens d’une chronique de Guy Carlier qui se moquait de ce féminisme de salon qui se bat pour des clopinettes car les vrais combats sont ailleurs. Oui, je n’avais pas bien notion du mansplaining à l’époque. Et puis y avait ce combat contre une pub Fleurette “oh ça va, c’est bon, c’est de l’humour”, haussais-je les épaules, ignorant le concept même d’humour oppressif. Bref, j’étais au degré zéro du recul et de la réflexion. Les medias me disaient que les féministes étaient des hystériques s’agitant sur des combats “moins importants que le viol ou la violence conjugale”, je les croyais. Féministe, moi ? Ah non, pas du tout !

Déclaration de la demoiselle “Féminisme. Je déteste ce mot parce que ça ne devrait même plus exister. Nous sommes tous égaux, alors pourquoi est qu’il y a un débat sur le sujet ?”  Je me frappe le front...

Déclaration de la demoiselle “Féminisme. Je déteste ce mot parce que ça ne devrait même plus exister. Nous sommes tous égaux, alors pourquoi est qu’il y a un débat sur le sujet ?” Je me frappe le front…

Puis j’ai eu ma période “égalitariste”. Je n’étais pas féministe mais égalitariste parce que je voulais l’égalité entre humains quelque soit leur sexe ou couleur ou origine sociale. Je le suis toujours, hein, sauf que j’ai compris un élément essentiel : pour arriver à une égalité entre les sexes, le rattrapage ne peut se faire que du côté des femmes vu que les hommes sont dominants et que l’égalité ne peut se faire en renonçant à certaines choses mais bien en donnant à tout le monde la même chose. Donc féminisme (pardon pour cette explication horriblement bâclée). Et lutter pour le droit des femmes, c’est aussi bénéfique pour les hommes en les débarrassant du poids du patriarcat qui rend par exemple difficilement envisageable en 2016 qu’un homme puisse prendre un congé parental pour élever son petit. Bref, petit à petit, en lisant la prose de féministes, en comprenant qu’il ne s’agissait pas d’un bloc parlant d’une même voix et que j’avais tout à fait le droit de me dire féministe et de ne pas cautionner tout ce qui sort de la bouche d’une féministe. Alors, oui, ok, je suis féministe. Malgré mon fard sur les yeux, le noir sous mes yeux, ma traque (ok très relative) du poil et ma liste un peu longue de personnes ayant mélangé leur corps nu au mien.

Original Film Title: ANATOMIE DE L'ENFER. English Title: ANATOMY OF HELL. Film Director: CATHERINE BREILLAT. Year: 2004. Stars: AMIRA CASAR; ROCCO SIFFREDI.

Sans doute qu’on ne naît pas féministe mais qu’on le devient (une référence subtile vient de se glisser ici), c’est une démarche, une réflexion. Et le premier pas, c’est de détricoter l’image négative de celles qui lèvent le poing encore aujourd’hui pour défendre le droit des femmes. Parce qu’en 2016, ça va vraiment pas mieux. Allez ma soeur, n’aies plus peur et ouvre les yeux. Ah, par contre, je te préviens, une fois que tu découvres les mécanismes parfaitement huilés du patriarcat, le monde devient un endroit bien laid. Mais à nous de relever le gant pour en faire quelque chose de mieux. 

 

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Le débat a-t-il pour réel objectif de faire changer d’avis l’autre ?

De temps en temps, je me lance dans un débat sur Twitter : des échanges d’arguments ponctués d’attaques sur mon ouverture d’esprit et quelques noms d’oiseaux en prime. J’en ressors parfois lessivée et certains me disent “non mais tu ne le feras pas changer d’avis, laisse tomber”. Non. Parce que c’est pas forcément elle ou lui que je vise mais ceux qui lisent l’échange en silence et pourraient être touchés par certains arguments.

chatrier-loges-vides-tennis

Un soir de 2012, deux hommes engoncés dans un costume débattent sous l’oeil torve d’un homme et d’une femme qui balancent aléatoirement des timings. A droite, Nicolas Sarkozy, à “gauche”, François Hollande. Les deux se balancent chiffres, promesses et punchlines sur des sujets lancés par les deux arbitres qui ne servent pas qu’à donner l’heure. Nous voici au coeur du débat d’idées de la Ve République, le fameux débat présidentiel d’entre deux tours qu’on regarde pour… se laisser convaincre ? J’aimerais avoir une étude précise sur la réelle influence du débat d’entre deux tours sur le résultat final… J’en étais restée à environ 10% de l’électorat qui est indécis et qui peut être conquis lors de cette grande cérémonie mais est-ce toujours le cas ? Bref, ça échange, ça débat, ça s’indigne et à la fin, chacun reste campé sur ses positions… Ca vous étonne ? Bien sûr que non, imaginez la scène “Mais… mais vous avez raison en fait. Mais oui, vous venez de m’ouvrir les yeux ! Bah écoutez, vu que vous êtes dans le vrai, j’invite tout le monde à voter pour vous.” Non, non, soyons sérieux deux minutes. Mais alors du coup, pourquoi débattre vu que personne ne lâchera le morceau ?

le débat télévisé de la présidentielle

Parce qu’on ne cherche pas à convaincre son contradicteur direct mais bien l’audience passive. Déjà, admettons assez facilement qu’il est difficile de faire admettre à quelqu’un ses torts en public. Je pense pouvoir plaider coupable, ce moment où tu sais que l’autre a raison mais ça t’arrache la gueule de l’admettre. Mais il y a aussi les autres, ceux qui te répètent en boucle les trois mêmes arguments foireux que tu entreprends de démonter à grand coup d’articles (écrits par d’autres) ou de vidéos qui expliquent en long, large et travers les quelques notions que tu balances de ci de là genre, au hasard, l’humour oppressif (humour oppressif, humour oppressif, humour oppressif, voici mes références habituelles, n’hésitez pas à m’en balancer d’autres au besoin). T’as beau expliquer, gentiment ou plus “énergiquement” le pourquoi de ta colère, tu butes systématiquement sur un mur de “mais je dis ce que je veux”, “j’ai encore le droit d’avoir mon opinion”, “mais moi, je connais quelqu’un qui prouve le contraire de ce que tu dis” (selon la grande loi qui dit qu’une seule exception dans ton entourage nique l’ensemble du travail des statisticiens et sociologues, t’séééé), “moi ça me fait rire, donc c’est drôle”, “ah Coluche et Desproges seraient bien malheureux aujourd’hui”, “on ne peut plus rire de rien” “oh, ça va les minorités, hein !”, “t’es qui pour me juger d’abord ?”, « c’est la liberté d’expression ! » « t’es pas Charlie, toi ! ». Bref, vous avez beau tenter différentes techniques, c’est le bide.

Hé oui, des fois, ça démange un peu de choper l'adresse du crétin qui s'entête pour aller lui en donner une

Hé oui, des fois, ça démange un peu de choper l’adresse du crétin qui s’entête pour aller lui en donner une

Et ce n’est pas grave. Parce que pendant que vous croisez fermement le fer avec Jean Connard (ou Jeanne Connasse), il y a Jean Naïf (Jeanne Naïve) ou Jean-ne “je n’avais pas d’opinion sur le sujet mais à présent que je te lis, j’ouvre les yeux” qui suit l’échange en silence. Et si vous avez bien argumenté, c’est celui là que vous allez convaincre. Si j’en reviens à mon cas personnel, j’ai appris énormément de choses en suivant des débats dans lesquels je n’étais pas impliquée, parfois par manque d’opinion, parfois parce que j’arrivais deux heures après la bataille. Prenons, au hasard, le débat sur le “mademoiselle” que les féministes ont souhaité supprimer des formulaires. Ma première réaction fut à peu près : “mouiiiiiiii ?”. Soit “heu ben appelez moi madame ou mademoiselle, peut me chaut”. Puis j’ai lu des échanges, parfois acerbes, entre celleux qui défendaient cette proposition et ceux qui s’indignaient parce que… ben, c’était soit par coquetterie (“hihi, j’aime qu’on m’appelle mademoiselle, c’est une façon subtile de me draguer, hihi”) et les “mais y a plus important comme combat, putain !” J’ai donc aussi réalisé à quel point les gens qui se foutaient des combats féministes étaient par contre très préoccupé par leur liste des priorités… Parce que c’est bien connu que les féministes sont un bloc monolithe qui ne peut prendre les problèmes que les uns à la suite des autres. Bref, d’un sujet sur lequel je n’avais pas grand avis, je me suis mise à défendre la suppression du “mademoiselle” dans les formulaires car j’ai compris en lisant des argumentaires qui ne m’étaient pas adressés en quoi, effectivement, c’était problématique. Je prends cet exemple mais je pense que ma conscience féministo-gauchiste (et surtout le fait que j’assume l’être, nous en reparlerons) s’est construite grâce à ses débats qui fleurissaient sur ma timeline, sur Twitter ou Facebook.

jeune fille lit sur un écran portable

Alors échange avec Jean-Connard, balance des arguments et tes liens et une fois que tu as bien tout étayé, pars la tête haute, un petit coup pour balancer tes cheveux avec classe par dessus l’épaule (comme c’est virtuel, tu peux le faire même si tu n’as pas de cheveux) et adresse un clin d’oeil complice à celui ou celle qui te lit sans savoir et qui sera convaincu. Limite, sois un troll et quitte Jean-Connard en le remerciant de t’avoir permis d’argumenter et de gagner de nouvelles personnes à ta cause.

Rihanna double doigt d'honneur clip we found love

PO PO PO !!!

Ah oui, je vais faire ça la prochaine fois. Délicieux !

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Etre une femme sur le web : la curée

Semaine dernière, je traînasse mollement sur Twitter entre deux dossiers quand je vois fleurir un article “une Youtubeuse quitte momentanément Twitter après des menaces de meurtre et de viol”. Whaaaaaat ? Alors la Youtubeuse en question, je la connais très bien puisque je suis ses oeuvres vidéo, il s’agit de Ginger, une féministe assumée qui n’hésite pas à monter au créneau. Ici, elle avait expliqué en une demi douzaine de tweets qu’une miniature de vidéos de Squeezie posait problème dans le message qu’il délivrait à son audience (plutôt très jeune) et vlan, des kilotonnes de merdes déversées sur sa gueule. Car oui, être une femme sur le web, c’est souvent s’en prendre plein la gueule pour pas un rond.

ginger_force_adaptation_ être une femme sur le web

Je vis évacuer la dimension “féministe” pour aujourd’hui, j’y reviendrai à l’occase mais là n’est pas mon propos. Je vais juste parler des femmes qui ont l’outrecuidance de s’exprimer publiquement. Commençons par les blogueuses et vlogueuses mode et beauté, exemple ô combien parlant car elle s’en prennent systématiquement plein la gueule. “Idiotes”, “superficielles” et sans parler des attaques sur leur physique, le summum de l’intelligence. Alors je ne dis pas qu’elles sont toujours irréprochables mais sérieusement, arrêtons trente secondes. Une femme qui se maquille peut aussi avoir une culture G bien plus étendue que la vôtre. Quant aux attaques sur le physique… Là, ça touche carrément toutes les femmes. Regardez n’importe quelle vidéo de Youtubeuse et checker les comms, y aura toujours des commentaires sur le physique, soit pour dénigrer, soit des élégantes expression d’un désir brusque de faire des choses sales à la pauvre demoiselle qui n’a rien demandé. Vous avez le droit de ne pas être sensible au charme d’une personne, de là à le lui balancer… Même moi, alors que je n’ai jamais montré ma trombine en ses lieux, je m’en suis pris plein la gueule sur mon physique. Wokééééé…

Voilà, si vous arrivez à juger là dessus, faites-moi signe

Voilà, si vous arrivez à juger là dessus, faites-moi signe

A ce niveau, vous allez me dire que c’est pas grave, qu’il faut pas écouter les cons. Oui mais déjà, à un moment, si tu tapes sur le cuir à répétition, ça finit par l’attaquer. Est-ce que vous imaginez la force de caractère qu’il faut avoir pour réussir à ne pas être blessée par ces attaques incessantes ? Les gros cons limités qui s’attaquent au physique ont-ils seulement conscience du mal qu’ils peuvent faire ? Ont-ils seulement envisagé que la demoiselle qui s’exprime a pu souffrir de complexes physiques graves par le passé, que s’exposer est pour elle une véritable épreuve et que leurs attaques “pour le LOL” peuvent lui faire mal plus que de raison ? Et puis sérieusement, attaquer sur le physique, passé un certain âge, faut passer à autre chose les enfants. Vous n’avez rien d’intelligent à dire sur le fond ? Bah taisez-vous. Et tant qu’on est sur le physique, les remarques sur nos seins, nos formes qui vous mettent en appétit ou sur le fait que ça vous colle la trique et autre joyeusetés, ça ne fait pas plaisir non plus.

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Mais le pire, ce sont les menaces. Parce qu’une femme dit quelque chose qui déplaît, elle se prend des menaces de claques dans la bouche ou pire, de viol. Parce que si on n’est pas d’accord avec l’Homme, c’est souvent qu’on est mal baisées et qu’une bite bien placée nous ferait voir la vérité ou du moins nous dissuaderait de continuer à expliquer en quoi la personne a tort.

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Le problème, in fine, c’est qu’en 2016, on essaie encore et toujours de confisquer la parole aux femmes. Vous allez me dire “oh mais les mecs aussi, ils s’en prennent plein la gueule”. Sincèrement pas autant : ils ne sont pas systématiquement attaqués sur leur physique, sur la profondeur de leurs propos (je suis pas sûre qu’on reproche avec un tel systémisme la superficialité des blogueurs et vlogueurs geeks ou jeux vidéo), sur leur façon de s’exprimer, ils se prennent bien moins de menaces de violence ou de viol dès qu’ils ouvrent un peu leur gueule. La parole de la femme est bien trop souvent dénigrée. Et pourquoi ? Parce qu’une fois de plus, certains refusent à la femme d’occuper une place égale à celle de l’homme sur la place publique (souvent inconsciemment), parce qu’une femme n’aura jamais rien d’intéressant à dire, parce qu’elle sera forcément taxée “d’hystérique”, de “pas pédagogue”, de “mal baisée” et qu’évidemment, elle n’a pas d’humour… C’est fou cette propension d’une classe dominante à toujours vouloir imposer un humour oppressif en refusant de voir ce qu’est le problème.

humiliation

Etre une femme engagée sur le web, c’est dur. Même quand on n’est pas engagées, d’ailleurs. Parfois, on se dit qu’on va juste remballer et partir sur la pointe des pieds, revenir dans la vraie vie ou personne ne nous insulte ou nous menace juste parce qu’on a eu l’audace de partager son avis, de le défendre, de s’affirmer, de souligner qu’un propos de dominant est problématique. Puis on pense aux autres, à celles qui n’osent rien dire, à celles qui se défendent d’être féministes parce que les féministes, ce sont des misandres hystériques (révélation : non). Alors on va laisser Ginger se reposer, profiter des gens de la vraie vie et on va continuer à faire du bruit en attendant. Parce que si ton seul contre argument, c’est attaquer mon physique ou mon sens de l’humour, c’est bien que mon raisonnement est difficilement démontable.

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Tu n’es pas d’accord avec moi : tu n’as aucune ouverture d’esprit

Depuis le temps que je zone sur les réseaux sociaux, il s’est passé deux choses : je me suis “radicalisée” sur de nombreux sujets (genre le féminisme où je mords de plus en plus facilement) et par conséquent, je me suis retrouvée à “débattre” avec des gens aux avis radicalement opposés au mien. Ce qui entraîne en général deux réactions :

  • tu n’as vraiment pas d’humour (non, l’humour oppressif ne me fera jamais rire, sorry)
  • tu n’es pas ouverte d’esprit.

Ben tiens…

ouverture d'esprit

M’étant déjà énervée sur le sujet de l’humour, passons donc directement à l’autre sujet : l’ouverture d’esprit. Je peux affirmer sans rougir que je suis ouverte d’esprit : de nature curieuse, j’aime bien découvrir de nouveaux sujets, me passionner pour ceci ou cela, butiner tel un colibri un peu de connaissance à droite, à gauche. Il suffit que je lise un livre ou un article sur quelque chose qui attire mon attention pour que j’entame une boulimie d’infos sur le sujet. Ce qui crée une légère frustration au vu du temps libre dont je dispose actuellement… Parfois, je lis un article ou mate un reportage qui me laisse froide, ça arrive aussi. Bref, j’essaie de m’intéresser et de me cultiver dans la mesure du possible mais au vu de mon temps libre disponible, je vais me consacrer aux sujets qui ont allumé l’étincelle de mon intérêt. C’est ainsi que je ne vais pas lire 50 nuances de Grey juste “par ouverture d’esprit”. Ca va, je me suis déjà tapé 2 volumes de l’infect After, ça me suffit en terme de “tomber amoureuse d’un pervers narcissique qui va te faire chialer tous les 2 matins, c’est ça, l’amour, le vrai !”.

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Non mais à un moment, comment on a réussi à faire croire que l’amour, le vrai, saigne forcément ?

Parfois, je m’indigne sur certains sujets ou propos. J’ai ma sensibilité et certaines choses, je ne veux plus les entendre. Je vomis le sexisme donc quand je vois une remarque gratuite et déplacée sur les femmes, je ne vais pas hésiter à mordre. Idem, en ces temps troublés, je ne supporte plus le racisme ou la xénophobie et je ne vais pas hésiter à rentrer dans la mêlée. Et c’est là que le bât blesse : “han, tu ne tolères pas mon opinion [dégueulasse], t’es pas ouverte d’esprit”. Ou en sous texte : “tu veux pas être d’accord avec moi alors que je t’explique, t’es pas ouverte d’esprit”. Alors non, ceci n’est pas de l’ouverture d’esprit. Par exemple, un mec m’a fait chier dimanche sur une conversation autour de Ivan Rioufol, le mec néo réac qui recycle sans trembler le choc des civilisations d’Huntington et qui crache en toute occasion sur le multiculturalisme (“le cheval de Troie de l’islamisme”. Je cite, oui). Donc je trouve que, déjà, connaître les propos de ce monsieur, c’est déjà beaucoup. Mais quand je m’érige contre de tels propos et qu’on m’explique que les pays musulmans ne sont pas plus ouverts au multiculturalisme (pas du tout le sujet) et que je refuse de cautionner, voilà “je suis pas ouverte d’esprit”.

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A se demander si on ne prend pas les autres pour de sombres idiots. En somme : moi seul-e est le savoir et je te le confie. Tu refuses de me suivre ? Alors tu es borné-é, tu n’es pas ouvert-e. Mais quoi ? L’ouverture d’esprit, ce n’est pas adopter l’avis du dernier qui a parlé. Tu as exposé tes arguments et je ne suis toujours pas convaincue mais c’est moi qui ai un problème d’ouverture ? Pourquoi, toi, tu ne te remets pas en question ? En général, quand je l’ouvre sur un sujet, c’est que je me suis un minimum renseignée dessus, je ne contredis pas juste pour faire chier. Ca ne veut pas dire que je refuse toute conversation sur le sujet, mes opinions ont aussi évolué (heureusement), mais à un moment si tu n’arrives pas à me faire changer d’avis, pose toi la question : soit tu n’as pas su trouver les arguments, soit nous avons des vues totalement opposées sur le sujet et il est difficilement imaginable que nous trouvions un consensus. Et à la limite, ce n’est pas grave. Pour ma part, quand je débats, je sais très bien qu’à un moment, l’orgueil entre en jeu donc même si j’arrivais à convaincre la personne en face, je me doute que 9 fois sur 10, celle-ci ne l’avouera jamais. Et je m’en fous de ça, je veux juste que la personne réfléchisse, se dise qu’effectivement, y a peut-être une autre vision des choses, que oui, les propos tenus sont problématiques… ou peut-être que quelqu’un lisant le débat sera touché par les arguments.

le débat d'entre deux tours

Mais arrêtez de décréter qu’une personne qui n’adopte pas vos opinions manque d’ouverture d’esprit. Surtout quand elles puent bien fort la xénophobie.

 

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Soyons trashs, clashons les roux

Introduction : je ne supporte plus cette notion de clash.

Dimanche, dans le train (oui, encore, 6h de route, ça te laisse du temps pour plein de choses), je feuillette Néon, magazine que j’apprécie fort quand soudain, un passage me fait un peu bondir sur mon siège :
neon-rouquemmoute
Les rouquemoutes ? Sérieusement, les rouquemoutes ? On refait la même phrase avec nègre ou black, rebeu ou ratasse, jaune ou gniaqué (comment on est censé l’écrire ??), ça ne vous choque pas plus ?
red-hot
Je vomis le racisme anti roux, purement et simplement. Je trouve ça non seulement crétin mais surtout, c’est une récupération pure et simple de vieilles vannes racistes dont on aimerait pouvoir se passer. « Ahah, les Roux ont une odeur ». Oh mais rassure-toi, tu en as une aussi, hein et continue à parler comme ça et je vais finir par la trouver nauséabonde. Donc les Roux « ah bon, ils ont des amis, lol » (vanne sur la page Orangina France qui avait fait un tollé), « un trisomique a porté plainte car on l’avait traité de roux… pas cool » (M Poulpe dans un Dézapping du Before) ou encore l’effroyable « ils sont Roux mais beaux » d’un magazine féminin quelconque. Mais putain vous vous écoutez sérieux ? Remplacez une nouvelle fois par Noir, Arabe ou Chinois et de suite, ça glace le sang…

adopteunmec
Alors oui, ce sont des vannes faciles, ça vaaaaaaa, on a bien eu des milliers de blagues sur la bêtise supposée des Blondes. Certes et je ne trouve pas ça forcément intelligent ni drôle mais là, ce que j’y vois de plus violent c’est bien le recyclage de vannes racistes. Comme si remplacer Noir par Roux rendait le tout politiquement correct parce que tu comprends, ça peut pas être raciste, on se moque d’un Blanc*. Une fois de plus, on tombe dans l’humour oppressif mais là, tu comprends, la victime est plus politiquement correcte. Mouais…
roux
Cette histoire de Roux me démontre surtout un point : l’Humour qui ne se fait pas au détriment d’autrui semble denrée rare. Je ne parle pas d’un humour qui dénonce en soulignant les travers de nos hommes ou femmes politiques par exemple (ex : les Guignols, Charlie Hebdo ou le Canard sur ses caricatures, Nawak que j’aime bien… qui, sous couvert d’humour, cherchent à nous présenter des faits qui doivent nous faire réagir). Je ne parle pas non plus de certaines caricatures de comportements un peu généraux qui nous font rire (ou non) (cf Muriel Robin ou Florence Foresti). Mais qu’il semble difficile de faire rire sans rabaisser quelqu’un au passage, un groupe donné, les « boloss » de l’histoire. Quand on rit d’un sketch caricaturant une situation donnée, on rit du fait que « ahlala, oui, c’est tout à fait ça ». Toute personne s’étant offert une semaine au ski aura reconnu quelques situations cocasses dans les Bronzés font du ski et en aura ri. De même que le Père Noël est une ordure n’avait pas pour but de rire avec condescendance des SOS amitié et de leurs « clients » mais de créer des situations burlesques via une galerie de personnages aussi drôles qu’improbables. Quand on rit des Roux (et avant des Noirs, Arabes et co…), on revient à la cour d’école où l’on rit bêtement en montrant du doigt ceux qui sont moins populaires, ceux qui sont différents de nous.
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L’humour doit-il servir à cliver ? Chacun rit à ce qu’il veut mais je trouve ça dommage. Dites non à l’humour anti roux !

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Et un petit sketch de la Rousse, elle en parle mieux que moi.

* Attention, cet article n’a aucunement vocation à lancer un débat sur l’existence ou non du racisme anti-Blanc sur lequel je donnerais bien mon avis mais vu que je veux pas lancer de débat là, c’est non.

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L’école de la vanne

Sous titre : ris d’être rabaissée sinon tu n’as pas d’humour.

L’humour, ah, l’humour ! Qu’il est bon de rire, ça fait tout un tas de choses à ton corps : ça te détend, ça fait brûler des calories, ça rallonge ta vie, ça crée de la cohésion et encore plein de choses, je suppose. Et j’avoue que j’aime rire, je suis d’ailleurs très bon public, j’explose facilement de rire devant la série abrégée des Chevaliers du Zodiaque (je rebalance le lien), les délires de Natoo ou Andy, le coeur a ses raisons, le dézapping du Before… Ouais, j’ai un humour Canal, apparemment. Mais y a un truc qui commence à me fatiguer. Faaaatiguer : l’humour de la vanne.

Dès le départ, ça situe le niveau

Dès le départ, ça situe le niveau

 

Ca fuse. Vite, trouver une vanne sur la dernière phrase de Clarisse, sur le pull d’Antoine, sur l’épi chelou de Marwa “et vazy, tu t’es crue dans Mary à tout prix, mouahahahah !” Tout le monde se marre. Et Marwa ? Bah, si elle est bien lunée, elle partagera l’hilarité générale, sinon… ben tant pis pour elle. Sauf que j’avoue que je suis plus que lassée par cet humour de la vanne, que j’en sois la cible ou non.

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D’abord, il faut bien choisir sa “victime”. Il y a des gens dont tu accepteras d’autant mieux les vannes car ils sont tes amis et tu sais qu’il n’y a pas de volonté de blesser derrière (en tout cas, qu’ils seraient désolés que ça arrive). Il faut également être attentif au sujet de la pique, on a tous certaines blessure où il n’est pas bon foutre un bon coup de hâche, même s’il est donné avec humour. On va éviter de répéter à une personne ayant pris du poids et ne le vivant pas très bien qu’elle risque pas de se noyer avec sa bouée, ahah ! Ou ironiser sur les difficultés d’une personne dans un domaine précis alors que celle-ci galère pour s’en sortir “Ahah, Jean-Claude, ça fait combien 2+2 ? Ah mais oui, c’est vrai, tu es nul en maths, mouahahahah ! Allez, fais pas la gueule Champion”. Vous saisissez l’idée.

humiliation

Le bashing est pour moi l’un des avatars les plus malsains de l’humour oppressif. Rire de soi, ok, je pense que ça peut être sain et dédramatiser. Seulement, il y a un fossé énorme entre “je ris de mes défauts pour les dédramatiser” et “je ris des défauts des autres pour passer pour le petit comique de service au détriment de quelqu’un”. Evidemment, le bashing permet de s’adonner à de bons mots, à se faire applaudir sur sa réactivité et son sens de l’à propos et il est si bon de rire des autres ! Au moins, ça ne nous tombe pas dessus.  Mais franchement, à quoi ça sert ? Se lier les uns en descendant les autres, mettre quelqu’un en faiblesse pour se mettre en position de force à l’inverse. Parce qu’on a beau avoir de l’humour, quand tu entends toute la journée que tu es moche, gros, bête, nul en ci ou en ça, tu finis quand même par intégrer un peu.

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Alors je dis stop. Je m’énerve, je peste, je ferme les portes de l’humour autour de moi. Je ne suis pas drôle ? Parce que tu crois que tu étais drôle quand tu m’as agressée un peu gratos juste pour faire marrer ta petite cour ? Tu n’as pas la sensation que je ne suis pas d’humeur ou que tu as tapé pile où il ne fallait pas ? Et t’excuser au lieu d’en plus attaquer mon humour non ? Bah non, c’est moi qui ne suis pas drôle. Parce qu’on est dans la culture de la vanne, du clash et du bashing, du “on peut rire de tout mais pas avec tout le monde”, cette phrase prononcée généralement par ceux qui n’en comprennent pas le sens. Et bien pardon mais perso, j’en ai marre. Je ne suis pas contre l’humour vache, trash, si celui-ci sert à dénoncer, à s’engager. Qu’on se moque de Hollande ou Sarko parce que leur politique est bancale, parce qu’ils se posent en personnes qu’ils ne sont pas (genre quand Sarko “lit” Victor Hugo). Qu’on les rabroue sur leur tour de taille ou leur taille, j’ai déjà dit à quel point c’était inutile et même franchement débile. Mais bon, peut-être attends-je peut-être trop de finesse de la part de mes congénères, moi aussi.

le-chat

Tellement…

 

Pourtant les vannes de cul, ça marche bien pour faire marrer, éventuellement (quoi qu’on flirte toujours un peu avec le sexisme…)

humour-moderne

Demain, je vous parlerai d’une vanne trèèèèèèès populaire sur les Internets que je ne supporte plus.

 

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