Pourquoi la drague de rue fait chier

Et que vous seriez fort aimables d’arrêter de nous faire subir ça, bordel à queue. J’en ai déjà parlé sur mon blog quelques fois par le passé mais c’était y a longtemps et j’aime à me répéter parfois car comme disait une ancienne collègue commerciale “répéter, c’est convaincre”. Donc on note : la drague de rue, c’est chiant. Et non, ça ne fait pas plaisir, désolée de vous l’apprendre.

Drague de rue

En 37 ans d’existence donc 25 avec des seins, j’ai réalisé un truc, mmmm, intéressant. Je ne me fais draguer que quand je dégage une certaine vulnérabilité. C’est quand je suis en jogging, quand je suis rêveuse et que j’ai baissé mes défenses. Et du coup, maintenant, quand un mec m’adresse la parole pour me draguer, je flippe “merde, j’ai l’air vulnérable”. Alors ouverture des épaules, technique de sophrologie du tigre et on repart. Car la drague de rue se caractérise par son manque de sincérité neuf fois sur dix.

Un homme importune une femme dans la rue pour la draguer

Reprenons. Je suis dans la rue et un mec vient m’aborder. Que sait-il de moi ? Je suis dans cette rue à ce moment donné et à priori, il doit me trouver un peu jolie (ou cherche juste à me rappeler à qui appartient la rue). Point. Et je trouve ça insultant autant pour moi que pour lui. Moi parce que manifestement, l’emballage est suffisant, on s’en fout du reste. Lui parce qu’il ne s’intéresse qu’à l’emballage. Si j’inverse les rôles, pourquoi j’irais draguer un inconnu. Il y a cet homme, bien joli, avec sa petite barbe, ses lunettes, son joli nez, tout ce que j’aime. Mais après ? D’abord, il peut être en couple donc soit il est fidèle et je l’ai juste dérangé pour rien, soit il a une meuf mais j’ai pas forcément prévu d’être sa maîtresse (dans l’hypothèse où il serait réceptif à ma demande). Mais ça, ce n’est qu’une donnée parmi tant d’autres. Peut-être que je vais lui parler à un moment où il est anxieux car il va à un entretien et se le répète dans sa tête. Peut-être est-il en colère. Peut-être est-il en train de tisser une jolie histoire dans sa tête dans laquelle je n’ai rien à faire, peut-être qu’il est triste car il a appris une mauvaise nouvelle… Je ne connais pas son état psychique et peut-être que je vais tomber au pire moment et qu’il n’a juste pas envie de subir ça juste parce qu’il est sorti de chez lui et que je l’ai trouvé fort appétissant. Mais ce n’est pas tout. Peut-être qu’il est raciste et/ou homophobe, peut-être qu’il est violent, peut-être qu’il est macho, peut-être qu’il a des passions dans la vie qui ne me parlent pas du tout, peut-être qu’il adore Hanouna et les anges de la téléréalité, peut-être qu’il écoute Jul en boucle chez lui, peut-être qu’il ne boit pas d’alcool… (c’est pas un défaut ça mais on risque d’avoir un léger souci de compatibilité). Ce que j’aime chez un homme, c’est pas juste sa jolie frimousse et son petit cul frétillant, non. C’est un tout. Alors ce joli garçon, au pire, je le prends en photo mentale et je m’en servirai pour l’un ou l’autre de mes romans. Ou je l’oublierai parce que ce n’est pas très important.

Hernano Fuentes Sense 8 Alfonso Herrera

Ensuite, la drague dans la rue, ça me rappelle ma vulnérabilité, comme je disais. Ça me rappelle ma période de journaliste en plein micro-trottoir. Lors de mon premier micro-trottoir, je me jetais à la tête de tout le monde avec un taux de réussite très bas. Alors j’ai changé mon fusil d’épaule et j’ai pris des gens immobiles : ceux qui attendent, ceux qui rêvent, ceux qui traînent… Bref, ceux qui sont peu attentifs et n’oseront me dire non car ils ne sont pas en action. Une femme l’avait souligné lors de la vidéo indigne de Guillaume Pley en mode PUA “abuser de la confiance des femmes pour les embrasser de force”, vous savez, le “je peux te poser trois questions ?”, cette femme avait relevé que les femmes abordées étaient soient assises soit au distributeur automatique donc pas en position de s’enfuir… donc en position de vulnérabilité.

Draguer dans la rue

Et puis, ça me rappelle assez méchamment que dans la rue, je suis pas dans mon espace, j’en ai déjà parlé. En gros, je pénètre un univers masculin, je suis priée d’être disponible, souriante et polie sinon, j’aurai droit à ma petite insulte.

Des hommes matent une femme qui passe

Mais surtout, le point chiant de la drague de rue, c’est le non. Jean-Michel dragueur décide de m’aborder, je lui indique que je suis pas intéressée (quand j’entends, je suis devenue une ninja du j’entends pas…) mais pas de bol, je suis tombée sur la version lourde qui veut savoir pourquoi je ne veux pas aller boire un café avec lui. T’as déjà un mec ? Pas grave, je suis pas jaloux, mouarfffff ! Tu vas bosser ? Ben donne ton numéro, je t’appelle et on se voit après ! Je vous jure, c’est insupportable. Parce que le coup du petit copain, ça m’est arrivé de le sortir en période de célibat par politesse. Parce que oui, j’ai pas forcément envie de dire cash au mec que sa gueule me revient pas et que j’ai pas envie de prolonger cette conversation, merci, au revoir. C’est quand même pas dur à piger, il me semble. “Oui mais si le mec était beau, tu dirais pas ça…”. Non, un mec qui me colle et me saoule, je vois pas trop comment je pourrais le trouver autrement que flippant, en fait…

Krysten Ritter - Jessica Jones

Bref, vous trouvez une femme bien mignonne dans la rue et vous pensez que c’est la mère de vos futurs enfants ? C’est votre droit. Elle vous envoie quelques regards invitant à la conversation ? Vous pouvez lui répondre. Sinon, foutez-nous la paix. Parce que si vous avez le droit de nous trouver jolie, nous avons le droit de ne pas être intéressées et de ne pas prendre d’insultes pour ça ou de devoir se justifier pendant dix bonnes minutes alors qu’on a franchement autre chose à faire. Même si on n’a rien à faire, d’ailleurs, ce sera quoi qu’il en soit plus sympa que de commencer à flipper parce qu’un mec nous colle et qu’on ne sait pas s’il va pas finir par nous agresser parce qu’on n’a pas envie de lui.

Femme agressée dans la rue

Et pour les chouineurs qui comprennent pas la différence entre jeu de séduction et harcèlement, le projet crocodile vous expliquera ça très bien, hop !

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Je suis pas féministe mais…

“Moi, je suis pas féministes mais…” donc si, tu l’es. Je sais pas si vous avez remarqué le nombre de phrases commençant par “je suis pas [insérez truc plutôt honteux] mais…” et le reste de la phrase vient précisément démentir cette affirmation. Mais… attendez, en général, on dit ça de quelque chose d’assez honteux genre “je suis pas homophobe” ou “je suis pas raciste” mais alors pourquoi on dit ça du féminisme ? Facile ! Parce que les medias (et les gros machos de merde et leur humour oppressif) nous en donnent une image déplorable.

Ah oui, les Femen, l'exemple adoré de tous ceux qui vomissent les féministes et qui jouent l'amalgame à fond

Ah oui, les Femen, l’exemple adoré de tous ceux qui vomissent les féministes et qui jouent l’amalgame à fond

Alors souvent, ce “rejet” du féminisme n’est pas tant une dépréciation de ce combat mais la volonté de finalement donner plus de poids à son propos. Un peu un “moi, je suis citoyenne neutre et je trouve que ça, ça pose problème”. Je peux comprendre cette posture parce que si tu arrives en tant que féministe sur un débat, le contradicteur va te disqualifier de suite parce que “t’es pas objective” (alors que lui, oui, forcément). Le fait que mon féminisme ait pu m’apporter la réflexion,le recul, les références sur certains sujets (non, je n’entre pas dans une discussion comme un chien dans un jeu de quilles juste pour dire “hé non, je suis pas d’accord parce que je suis féministe, d’abord!”), apparemment, ça ne compte pas parce que je ne suis pas objective. Pourtant, y a-t-il besoin d’être objective pour noter que la situation de la femme en France s’aggrave de jour en jour ? Qu’on peut difficilement sortir dans la rue sans se ramasser le relou dragueur de service et qu’en plus, si on ose s’en plaindre, on est des connasses et on doit essuyer des litres de male tears sur le fait qu’on n’est pas gentilles parce que tu comprends, la drague dans la rue, c’est pas facile (sans doute parce que 9 fois 10, ça nous saoule, on ne vous a rien demandé, foutez-nous la paix). Est-ce mon féminisme qui tue dans une relative indifférence une femme tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Est-ce mon féminisme qui me fait lire ou entendre que les journalistes, dégoulinants de paternalisme, se réfèrent aux femmes par leur prénom, couleur de cheveux voire carrément compagnon… ?  Mais non, je suis pas objective, merci de sortir du ring.

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Mais il reste cette douloureuse impression que le terme “féministe” est mal perçu. Alors regardons un peu mon parcours féministe. Plus jeune, jusqu’à mes débuts par ici, d’ailleurs, je me définissais comme préoccupée par l’égalité homme-femme mais “surtout pas féministe, hein, je suis pas Isabelle Alonso !”. Alors pour les plus jeunes d’entre nous, Isabelle Alonso passait pas mal de temps à l’époque à squatter le plateau de Ruquier, certainement pour l’émission “On a tout essayé” mais j’ai un doute vu que j’ai jamais pu supporter Ruquier (je déteste les gens qui rient de leurs propres blagues et qui débordent de fierté et de suffisance. Même si à ce niveau là, reconnaissons que notre ami Laurent n’arrivera jamais aux chevilles des égotiques suprêmes Ardisson ou Hanouna, dans des styles très différents pour le coup). Et donc je détestais cette brave Isabelle parce que… et bien dix ans plus tard, je suis plus bien sûre. Je me souviens d’une chronique de Guy Carlier qui se moquait de ce féminisme de salon qui se bat pour des clopinettes car les vrais combats sont ailleurs. Oui, je n’avais pas bien notion du mansplaining à l’époque. Et puis y avait ce combat contre une pub Fleurette “oh ça va, c’est bon, c’est de l’humour”, haussais-je les épaules, ignorant le concept même d’humour oppressif. Bref, j’étais au degré zéro du recul et de la réflexion. Les medias me disaient que les féministes étaient des hystériques s’agitant sur des combats “moins importants que le viol ou la violence conjugale”, je les croyais. Féministe, moi ? Ah non, pas du tout !

Déclaration de la demoiselle “Féminisme. Je déteste ce mot parce que ça ne devrait même plus exister. Nous sommes tous égaux, alors pourquoi est qu’il y a un débat sur le sujet ?”  Je me frappe le front...

Déclaration de la demoiselle “Féminisme. Je déteste ce mot parce que ça ne devrait même plus exister. Nous sommes tous égaux, alors pourquoi est qu’il y a un débat sur le sujet ?” Je me frappe le front…

Puis j’ai eu ma période “égalitariste”. Je n’étais pas féministe mais égalitariste parce que je voulais l’égalité entre humains quelque soit leur sexe ou couleur ou origine sociale. Je le suis toujours, hein, sauf que j’ai compris un élément essentiel : pour arriver à une égalité entre les sexes, le rattrapage ne peut se faire que du côté des femmes vu que les hommes sont dominants et que l’égalité ne peut se faire en renonçant à certaines choses mais bien en donnant à tout le monde la même chose. Donc féminisme (pardon pour cette explication horriblement bâclée). Et lutter pour le droit des femmes, c’est aussi bénéfique pour les hommes en les débarrassant du poids du patriarcat qui rend par exemple difficilement envisageable en 2016 qu’un homme puisse prendre un congé parental pour élever son petit. Bref, petit à petit, en lisant la prose de féministes, en comprenant qu’il ne s’agissait pas d’un bloc parlant d’une même voix et que j’avais tout à fait le droit de me dire féministe et de ne pas cautionner tout ce qui sort de la bouche d’une féministe. Alors, oui, ok, je suis féministe. Malgré mon fard sur les yeux, le noir sous mes yeux, ma traque (ok très relative) du poil et ma liste un peu longue de personnes ayant mélangé leur corps nu au mien.

Original Film Title: ANATOMIE DE L'ENFER. English Title: ANATOMY OF HELL. Film Director: CATHERINE BREILLAT. Year: 2004. Stars: AMIRA CASAR; ROCCO SIFFREDI.

Sans doute qu’on ne naît pas féministe mais qu’on le devient (une référence subtile vient de se glisser ici), c’est une démarche, une réflexion. Et le premier pas, c’est de détricoter l’image négative de celles qui lèvent le poing encore aujourd’hui pour défendre le droit des femmes. Parce qu’en 2016, ça va vraiment pas mieux. Allez ma soeur, n’aies plus peur et ouvre les yeux. Ah, par contre, je te préviens, une fois que tu découvres les mécanismes parfaitement huilés du patriarcat, le monde devient un endroit bien laid. Mais à nous de relever le gant pour en faire quelque chose de mieux. 

 

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Défendre ses convictions

Connectée, moi ? Oh si peu. Je suis le monde au travers des réseaux sociaux, prenant de face les humeurs et combats des uns et des autres. Ce qui me permet de toujours savoir où on en est de l’actu alors que je n’ai plus télé, radio et pas le temps de lire le journal. Mais du coup, dans les flux et reflux, je vois apparaître quelques pasionarias* de certaines causes.

La_Passionara

Rapide paysage : nous avons Philippe, l’anti nucléaire, Vincent, l’anti OGM, Celia, la féministe et Caroline la végétarienne. Je vais m’arrêter sur ces deux dernières car elles représentent deux aspects d’une indignation.

  • Celia, féministe engagée qui me permet de ne manquer aucun débat sur la question ou presque, vive, mordante, parfois agressive mais passionnée. Etant moi même féministe, je distribue des “j’aime” et quelques commentaires pour défendre, parfois, soutenir.
  • Caroline, végétarienne engagée, qui me permet de ne manquer aucun débat sur la question ou presque, vive,mordante, parfois agressive mais passionnée. Etant “flexitarienne”, je lève les yeux au ciel et me dis que quand même, des fois, faut arrêter d’exagérer.

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Vous avez noté la *subtile* différence ? Pour l’une dont je partage le combat et les idées, j’applaudis son courage et prise de position quand, pour l’autre qui a un combat plus éloigné de moi, je me lasse de son unique prisme de lecture. Alors oui, il me semble que Caroline a moins de nuance que Celia dans son discours (cette dernière ne considère pas que tous les mecs sont des raclûres de bidet quand tu sens que l’autre trouve plus d’humanité dans les animaux que dans les hommes – ce qui n’est pas si faux pour certains – et t’interdit de t’indigner sur le festival Yulin parce que tu comprends, tu manges de la viande donc tu es hypocrite) mais au fond, pourquoi je suis agacée par son comportement que je peux adopter moi-même sur d’autres sujets ?

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Bon, les végétariens sont souvent les victimes préférées de la police des réseaux sociaux qui adore les tacler. Oui, ok, associer le fait de manger de la viande aux heures les plus sombres de notre histoire manque cruellement de recul et de nuance, je me suis moi-même un peu agacée sur le sujet mais en dehors de ça, quel est le problème ? Je veux dire ça vous dérange les gens qui ne mangent pas de viande et qui ont envie de partager leur opinion sur le sujet ? C’est pas comme si, tous autant que nous sommes, passions nos journées à émettre des avis sur tout et n’importe quoi. Pour ma part, je vomis sur les machistes, racistes, homophobes et les débiles incultes d’extrême droite et je retweete et invective en ce sens. Je suppose que pour certains, je suis l’insupportable gauchiste qui casse les couilles alors que bon “ouais, de gauche alors qu’elle gagne sa vie et se paie des beaux voyages hin hin hin!”. Faudrait un jour que je me penche sur la question sur ce blog. Mais ce sont mes convictions et je vous emmerde, j’ai envie de dire. Et bien tout pareil pour les végétariens. Et vous savez quoi ? Mine de rien, je glisse peu à peu vers ce mode de vie, j’ai décidé de ne plus manger de viande que quand je suis invitée chez des gens qui m’en préparent, une sorte de flexitarisme poli. D’abord parce que je mangeais trop de viande et ensuite parce que mine de rien, y a quelque chose de pourri au royaume de l’élevage…

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Au fond, peu importe la cause, y a forcément des gens qui agacent parce qu’ils l’ouvrent. Mais vous savez quoi ? Si on arrêtait un peu de se la fermer par politesse, ça irait peut-être mieux. Car après tout, qui ne dit mot consent, non ? On en reparle demain (si j’ai le temps).

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Ah, si on pouvait passer autant de temps à faire ce genre de vannes sur les racistes/machistes/homophobes etc. Non ?

* J’utilise aussi pasionarias pour les hommes autant que pour les femmes mais je parle pas espagnol donc je ne sais pas masculiniser/neutraliser le nom (pasionarios ?), je m’en excuse.

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Le politiquement correct nuit-il à la liberté d’expression ?

Au départ, j’avais prévu de te parler d’un sujet léger où il serait question de levrette dans les séries télé mais finalement, ce sera pour la semaine prochaine. Là, je vais plutôt évoquer un sujet qui m’a fait bondir et quand un truc m’énerve, faut que ça sorte.

 

Actuellement à Paris se tient l’exposition « Paris sous l’occupation », des photographies idylliques d’un Paris pendant la guerre prise par le photographe du journal collabo Signal André Zucca. Et voilà que ça polémique : on ne prévient pas assez le visiteur de cet aspect propagandiste et même qu’on voudrait nous faire croire que la France sous l’occupation, c’était pas si horrible. Alors là, ça me gonfle. De un, figurez-vous que pendant la guerre, les gens sortaient aussi de leur maison, avaient une vie… Oui, c’était pas la période la plus heureuse de leur vie mais ces photos montrent aussi une réalité. Sans parler de l’intérêt pédagogique : selon l’angle de vue, on peut montrer tout un tas de réalités. De deux, faut arrêter de prendre les gens pour des cons. Le contexte de l’époque, on le connaît, c’est même écrit sur l’affiche OCCUPATION. Si les gens qui vont voir l’expo prennent ce qu’ils voient pour argent comptant, on n’y peut rien non plus mais je pense qu’on est tous capables d’avoir suffisamment de recul pour comprendre le choix du photographe.

Cette histoire est une nouvelle anecdote à rajouter au lourd dossier du « le politiquement correct rend con ». J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on vit dans une espèce de parano : quoi que tu dises, fais gaffe car on aura vite fait de te prendre pour un raciste, un homophobe ou pire, un nazi. Ce qui fait que le catalogue des blagues qu’on peut raconter se réduit à peau de chagrin, il nous reste les Totos et les blagues carambar, le reste est choquant. Je suis d’accord sur le fait qu’on ne peut pas tout dire et tout faire mais faut
arrêter de pousser mémé dans les orties. Quand je dis par exemple : « ahlala, ces Italiens, tous des dragueurs », je pense qu’il est facile de comprendre que c’est une vanne et ne sort en général pas de nulle part mais je ne pense pas réellement que tous les Italiens sont comme ça. Allez, j’écluse les clichés, comme ça, ce sera fait : les Français sont sales et râleurs, les Ecossais radins, les Anglais boivent du thé at five o’ clock, les Noirs et les Corses sont feignants, les Arabes voleurs, les Asiatiques fourbes, les Espagnols fiers, les Portugais
fort en ménage et maçonnerie, les Grecs sont tous pédés (à se demander comment on peut encore croiser des Grecs, ce doit être héréditaire), les Scandinaves disciplinés, les Japonais racistes… Bon, je vais pas épiloguer 107 ans. Mais la phrase précédente est une horreur : tuez la, elle est xénophobe !

Bon, si on peut se passer des blagues vaseuses sur les nationalités (ou les pédés, les hommes, les femmes…), le cas de cette expo me paraît scandaleux. Il est vrai qu’en France, on a du mal à parler de la collaboration : tous résistants, c’est bien connu ! Montrer que beaucoup de Français continuaient leur vie pendant la guerre, sans résister, mais quel scandale, mon Dieu ! D’ailleurs, tant qu’on y est, on devrait brûler tous les films et tableaux tournés par les Allemands sous le IIIe Reich, des fois que des musées ou des chaînes de télé décideraient de les montrer. Le juif Süss ne doit jamais être montré, c’est une pure horreur. Tant pis si, analysé en cours, ce serait un exemple très pertinent de l’utilisation de l’art comme outil de propagande. On ne sait jamais, on est tellement cons qu’on est condamné à tout prendre au premier degré.

Bref, y a des jours où la société clean, ça me fatigue un peu. Déjà qu’on n’a plus le droit de critiquer les artistes sans risquer de se prendre un pain dans la gueule, surtout quand c’est Cali. On ne doit plus dire du mal de personne et dès que tu sors des lignes, tu es prié de présenter des excuses. Récemment, Cauet s’est un peu déchaîné contre l’attachée de presse de Sheryfa Luna. En gros, la demoiselle était venue à son émission radio et s’est tirée en plein milieu à la demande de son attachée de presse lui faisant remarquer que c’était l’heure de partir. Or la chanteuse était arrivée une heure en retard et a dû partir avant l’heure prévue. L’animateur s’est énervé, tapant au passage sur les attachées de presse. Bon, ok, c’est du Cauet et ce n’était pas fin mais voilà, on lui demande de présenter publiquement des excuses, ce qu’il a fait. Or pour le coup, même si mettre toutes les attachées de presse dans le même panier n’est pas intelligent du tout, il a raison sur le fond : la chanteuse s’était engagée à être là de telle heure à telle heure et son attachée de presse ne lui a pas permis de respecter son engagement. Et elle, elle n’a pas eu à présenter des excuses publiquement alors que c’est son métier de respecter ce genre d’engagement.

Bref, aujourd’hui, ne dis plus de mal de personne, même si tu le penses, c’est politiquement incorrect. Ne fais pas d’exposition sur la France sous l’occupation, pas plus que sur l’esclavage, la colonisation, on va dire que t’es collabo. Ah, tant qu’à faire, ne fais pas de reportage sur la Chine actuellement, on va dire que tu soutiens ce pays qui nie les droits de l’homme. Heureusement, il nous reste un havre de paix : le dimanche après-midi, regarde Drucker, le pays où tout le monde est beau, gentil, et roupille sur un canapé à côté du
chien de l’animateur.

Pauvre France.

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I wanna meet a man

L’autre jour, je glandais chez moi parce que je suis en vacances et j’ai droit. A un moment, je tombe sur « un gars, une fille » sur France 4 et là, c’est sûr : je veux un mec ! Un rien qu’à moi que je pourrai appeler chéri et qui m’appellera ma puce (ou comme il veut, on s’en fout).


Je regarde les événements de ma petite vie : je n’ai pas été amoureuse (mais vraiment, vraiment) depuis mai… Bordel, c’est pas brillant. Mais bon, entre mon petit cœur brisé qu’il a fallu réparer et le boulot, j’ai pas eu le temps de tomber amoureuse. Surtout que quand on bosse chez soi, niveau rencontres, c’est plus que limité. Donc maintenant que mon cœur est rafistolé et que mon avenir professionnel semble stable pour les six prochains mois, il est temps un peu de m’occuper de mes amours. Moi aussi, je veux un mec mais un rien qu’à moi ! Et un qui vit sur Paris, histoire de vivre le quotidien. Je veux une vie plus pépère ! Je veux dire « Ce soir ? Ah non, je peux pas, je vois mon roudoudou d’amour ! » (je précise que j’ai jamais appelé un mec comme ça, c’est pour rire). Je veux avoir l’air neuneu quand je parle de lui et qu’on me taquine « ouah, Nina, elle est amoureuse ! ». Je veux que toutes les étoiles du ciel soient dans mes yeux quand je parle de lui… Oui, l’amour rend nunuche donc je mets un max de petits cœurs, petites fleurs dans cet article.

Je veux passer des soirées peinardes chez lui. M’enrouler dans son peignoir parce que j’adore piquer les affaires de mon mec, je nage dedans, on dirait que j’ai rétréci au lavage (déjà que…). Je m’allongerai, l’air de rien, sur son canapé pendant qu’il est sur son ordi pour travailler (ou qu’il lit ou qu’il fait une grille de sudoku, on s’en fout), je prendrai un air détaché et me plongerai dans la lecture d’un magazine ou d’un roman. Puis il viendra vers moi, s’allongera par-dessus moi, il glissera sa main le long de mon corps et krzt krzt krzt (désolée, la scène suivante étant susceptible d’heurter la sensibilité des plus jeunes, elle a été cryptée). On passerait la nuit à discuter de tout et de rien dans le noir, à choisir le prénom de nos futurs enfants pour rigoler, à débattre de la vie, de tout et de rien, de rigoler jusqu’à ce qu’il dise « Bon, Nina, faut se lever, demain, ça suffit, là ! » et moi, je chouinerais : « Mais j’ai pas sommeil et puis c’est moche comme prénom Marie-Hortense, ma fille ne s’appellera pas comme ça ! ». Puis je me collerai à lui pour le câlin du soir, je m’assoupirai un peu dans ses bras avant de retourner de mon côté du lit car je m’endors rarement dans les bras d’un homme (en plus, quand je le fais, je lui bave sur l’épaule donc pas bonne idée).

Je veux lui présenter Gauthier. Parce qu’un mec homophobe n’a aucun avenir avec moi, c’est clair. On ira tous les trois dans un bar ou ailleurs pour discuter de tout et de rien, Gauthier l’allumera un peu mais je ne dirai rien, au contraire : je rirai. Oui parce que Gauthier, il aime bien asticoter (à défaut d’astiquer) mes mecs, surtout quand ce sont de mignons petits bruns à lunettes qui parlent en mettant leur main sur sa cuisse. Il aime bien leur promettre les ultimes outrages et si mon mec est bien (oui parce que des fois, je me trompe), il rira et rentrera dans son jeu. Tant qu’ils ne passent pas aux actes, moi, ça me va très bien. Puis je le présenterai à mes autres amis, attendant avec impatience leur avis sur le bonhomme. Oh, je sais qu’ils ne diront jamais du mal de l’homme que j’aiiiiiiiime, même si c’est un fieffé crétin parce que je suis amoureuse donc aveugle et que je les écouterai pas. Quand je sortais avec Arnaud, je l’ai présenté à Gauthier et Anne, aucun des deux ne l’a senti mais ils ne m’ont rien dit. Par contre, ils ne m’ont pas menti en disant qu’il était « formidaaaaaaaaaable », ils se sont contentés de n’émettre aucun avis sur la question.

Je veux me sentir belle parce que lui, il m’aime et que c’est tout ce qui compte. Je veux lui raconter mes journées le soir, qu’il me raconte les siennes. J’ai envie de sourire à chaque fois que mon portable sonne et que je vois son nom apparaître. Et puis j’ai envie de l’embrasser dans le métro, de lui tenir la main dans la rue, de poser ma tête sur son épaule quand nous sommes assis côte à côté, juste pour faire râler les célibataires aigris qui voudraient en faire autant.

Bref, j’ai envie d’un mec qui me fasse vibrer, que les lendemains avec lui soient toujours rassurants. Et même qu’on me trouve chiante à en parler tout le temps, qu’on me dise de changer de disque ! Ah, le peton !

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Les gaytérosexuel(le)s

Par GauthierOui j’invente des mots, et alors ?

 

Aujourd’hui lecteur, je vais te parler d’une nouvelle espèce, le gaytérosexuel. N’ai pas peur lecteur, il ne te veut aucun mal 😉

 

On parle depuis quelques années des « métro », ou métrosexuels, qui en fait est la contraction de « métropolitain » et « homosexuel ». Je ne vais pas vous expliquer exactement ce que c’est, puisque vous le savez probablement déjà. Personnellement je ne suis pas pour ce néologisme. Tout simplement parce que comme les homos ne se définissent que par leur sexualité (et ben voyons, allons y gaYment dans les clichés !), on s’est senti obligé de mettre « sexuel » dans ce mot ! Alors moi je propose une autre contraction : « homopolitain » ! Ouaip c’est ridicule, mais ça a le mérite de montrer à quel point le mot précédent l’est aussi… Enfin bref, je ne suis toujours pas à l’académie française, donc on s’en fout.

Le métro est donc une nouvelle espèce d’homme (un mâle, un vrai, qui encule de la femelle libérée), qui adopte les habitudes des pédés. Il va chez le coiffeur, l’esthéticienne, la salle de gym, la salle d’UV, il fait de la thalasso, et file se faire injecter du botox le matin de ses trente ans. Mais il reste hétéro, profondément hétéro. Sauf que comme il accepte son côté féminin, il est devenu aussi chiant qu’une femme, il se pose toujours des questions, il ne veut plus coucher le premier soir « parce que je te respecte trop », il fantasme sur la sodomie « parce que les femmes libérées font ça, mais elle me font peur », il propose un pacs plutôt qu’un mariage, et offre une semaine de vacances sur l’île de la tentation à sa fiancée en guise de voyage pré-nuptial.

Bref, l’homme a changé, et tant mieux quelque part ! Surtout que maintenant quand on lui demande gentiment (et pour peu qu’il ait deux trois verres derrière la cravate D&G) il accepte avec plaisir de se faire sucer et/ou enculer par le pédé de service (c’est souvent moi d’ailleurs !).

Les pédés ont été à la mode à la fin des années 1990, il fallait obligatoirement en avoir un dans son groupe d’amis pour pouvoir sortir « Non mais moi le pacs je suis pour. Je connais un gay, il vient manger des fois à la maison, et c’est des gens comme nous… sauf qu’ils finissent par porter des couches à force de se faire enculer ! Mais bon on peut pas tout avoir (rires) ».

Le plus souvent se sont les filles qui se sentent bien avec deux trois pédés dans leur entourage « Non mais avec toi je peux parler, c’est tous des connards, et tu es le seul homme à pénis que j’aime ». Oui parce que des hommes sans pénis, c’est sûr, ça court les rues…

Alors voilà au début le pédé s’installe dans ce monde hétéro, il prend ces marques, il fait son trou, il se rend vite indispensable. Et même si les premières intentions ne sont pas pures, l’amitié finit par s’installer durablement et sainement. Alors que se passe t il pour ces hétéros qui fréquentent des tafioles depuis x années ? Virent ils tous pédés/lesbos ? Non, ils deviennent des gaytérosexuels.

Néologisme de mon invention (enfin je crois, mais bon j’ai pas vérifié faut dire…), issue de la contraction de « gay » et de « hétérosexuel », sous la même forme donc que « métrosexuel » (c’est pas parce que je l’aime pas que je vais pas reprendre l’idée !)

Explication du comment du pourquoi de ma théorie toute vaseuse :

A force de fréquenter des gays, de sortir avec eux, de vivre comme eux « non mais vous c’est plus facile pour baiser, et puis en plus ils sont tous beaux, merde ! Regarde les thons que je me tape moi ! ! ! ! », ça finit par laisser des traces. Au début le changement se fait en douceur, vous ne remarquez pas que le copain hétéro passe de plus en plus de temps dans la salle de bain avant de sortir, qu’il lit vos magazines de pédés, qu’il vous appelle pour vous proposer de voir un film complètement queer, qu’il pleure pour que vous lui prêtiez votre collection de AB FAB et de Samantha Oops, qu’il s’insurge à chaque passage de Bitch Christine Boutin à la télé, qu’il répond « homophobe » à chaque fois qu’une racaille lance un « pédé »… Et puis ça devient flagrant, votre ami(e) hétéro est plus au fait que vous de ce qu’est un gay aujourd’hui.

Nous parlons ici de culture gay, de way of life (fringues, films, tv, icônes…), les hétéros, sans pour autant renoncer à l’envie de fricoter avec l’autre sexe (beurk), s’accaparent la culture gay.

Pour vous donner un exemple, je vous parlerai de Nina (ben ouais, on est pas cul et chemise pour rien nous deux !). quand elle vient chez moi elle lit Têtu (alors qu’il y a aussi Le Monde Diplo, Courrier International, le Nouvel Obs…), elle me menace de représailles si j’ose regarder le DVD 3 de Samantha Oops, elle m’informe sur les films qui parlent des pédés, ou les émissions tv en rapport. Bref par moment je la sens plus connectée que moi au monde des pédés.

Ça ne me dérange pas, loin de là, ça nous fait encore plus de sujets de conversations. Mais c’est un fait moumour, si tu étais un mec, tu serais encore plus pédé que moi 😉

Alors je dis bienvenue à tous ces hétéros qui s’intéressent de plus en plus à nous les pédés, à notre façon de nous amuser et de vivre ! L’interculturel c’est l’avenir, comme dirait l’autre.

Pr Gauthier, conférencier à Paris LXIX.

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