Qui de la mode ou de moi ?

Ma vie manquant cruellement de légèreté et de superficialité ces derniers temps, samedi, j’ai profité d’une escapade dans mon pays chéri pour faire un peu de shopping avec ma maman. Alors que je me promène dans les rayons en pleurant sur la forme slim long très en vogue (alors même que je le déteste), je m’arrête devant les imprimés à pois, Liberty et même orange. Ce que je détestais quelques années auparavant.

Notons que seuls les imbéciles nez changent pas d’avis, ok. Sauf qu’alors que je faisais ma crâneuse dans mon top liberté vert amande (il est sublime) dans ma cabine d’essayage, je me demandais qui de la poule ou de l’oeuf. Autrement dit : mes goûts ont-ils évolué seuls ou suis-je victime malgré moi de la mode ? Ai-je fini par devenir accro aux pois parce que j’en ai tellement vu partout que j’ai intégré le fait que c’était cool ? Terminerai-je par porter des spartiates parce qu’à force d’en voir partout, je vais me dire que c’est pas si mal ? Après tout, j’ai dit pendant des années que le leggings ne passerait pas par moi et finalement…


Je parle de mode mais ça peut m’arriver pour des séries télés ou des chansons. Je suppose que je ne suis pas particulière sur cette question : osez me dire que jamais une chanson que vous n’aimiez pas de prime abord est finalement devenue agréable à vos oreilles. Moi, par exemple, je détestais « Alors on danse » de Stromae que je trouvais totalement déprimante dans ses tonalités. Depuis, elle est dans ma playlist bestone, entre The power de SNAP! et Padam de Benjamin Biolay (j’ai mon quota de chanteurs pas gais). Idem pour Dr House, ce que je trouvais ça insupportable ce connard irascible et gratuitement méchant qui va cambrioler ses patients en toute décontraction… Finalement, j’ai fini par apprécier. Juste House, hein, les personnages annexes sont globalement sans intérêt.


Bref, la question est : nos goûts personnels peuvent-ils survivre face à une douche médiatique continue ? Je bosse dans le digital, je suis malgré moi dans un bain tendanciel. Aime-ci, aime-ça, ceci est à bon, ceci ne l’est pas. Je résiste, je dis non. Je refuse de regarder Bref tant que tout le monde s’extasiera dessus, je manquerai trop d’objectivité. La hypittude est mon quotidien, je m’y crois imperméable car j’en connais les rouages et mécanismes et est-ce si sûr ? Aime-je le Liberty parce que mes goûts personnels m’y poussent ou parce que ma carapace à une fuite ? Est-il réellement possible d’éviter toute influence de la tendance à partir du moment où on y est exposé ?

De tout façon, m’en fiche, mon top, il est trop beau ! Mais peut-être devrais-je arrêter de fustiger ceux qui suivent toutes les tendances vu que je finis par les suivre. Certes 2 ans plus tard en moyenne.

PS : En fait, ce que j’aime le plus dans la mode, ce sont les dessins de créateurs.

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Halte au terrorisme intellectuel

L’autre jour, en lisant mes blogs préférés, une discussion en comm m’interpelle. Dans sa planche, notre ami blogueur explique qu’il n’aime ni Céline ni Vian et en comm, ça ne rate pas : « mais comment tu peux dire ça ? ». Et oui, les goûts personnels n’ont pas leur place en culture, apparemment.
 

Bon, tu me connais lecteur, je ne supporte pas l’inculture. Ne pas savoir qui a écrit Le Rouge et le Noir, les Misérable, le Horla, les Yeux d’Elsa ou Voyage au bout de la nuit, ça me dépasse. Surtout que bon, suffit d’écouter ses cours de français pour le savoir. Alors quand je regarde des trucs du genre Qui veut gagner des millions ? (enfin, je regarde plus justement) et que le candidat sait pas répondre à des questions de ce genre, ça me fait frémir. Mais ce n’est pas parce que j’estime qu’il faut connaître ses classiques qu’on doit les apprécier. Honnêtement, jamais réussi à lire Le rouge et le noir ou Madame de Bovary (malgré plusieurs tentatives), j’ai sauté des paragraphes entiers des Misérables… Bref, je connais les auteurs de ces romans, je sais qu’ils existent, j’ai essayé de les lire mais je ne les ai pas appréciés. Même quand j’étais en histoire et que ces romans « sociaux » m’auraient été utiles pour illustrer mes dissertations. Et alors, je devrais m’en excuser ?

En maîtrise d’histoire, j’ai eu un cours sur « l’histoire du genre et de la sexualité » (avec une prof topissime) et, à un moment, la prof nous parle de Bourdieu. Alors, moi, Bourdieu, c’est un peu le sociologue qui me fait marrer : « il faut rendre la sociologie accessible à la plèbe mais je vais pas vulgariser ma prose, faut pas déconner non plus ». J’ai fait un exposé sur Bourdieu, plus tard, je vous jure que je devais lire chaque phrase plusieurs fois pour la comprendre. Dommage car Bourdieu, des fois, il a des observations très intéressantes. Notamment sur le bon goût et hop, je récupère le fil de mon article. Selon M. Bourdieu, donc, ce sont les valeurs bourgeoises qui définissent ce qui est de bon goût et ce qui ne l’est pas. En somme : il est de bon ton quand on a un certain statut social d’avoir lu ses classiques. Et il est bien vu de les avoir appréciés. Je me souviens, petite, ma grand-mère paternelle, pour qui le mot pédante a dû être inventé, m’expliquait toute fière : « tu vois, Nina, moi, j’ai des Proust dans ma bibliothèque, mais moi, au moins, je les ai lus, c’est pas comme beaucoup de gens ! ». Moi, je savais pas qui c’était Proust mais depuis, dès qu’on me parle de Proust, les premières choses qui me viennent à la tête, c’est « auteur chiant que personne ne lit mais tout le monde fait semblant ». Et après la chanson de Dave (« Et si on allait un tour du côté de chez Swan, lalalala ». Maudissez-moi, vous allez l’avoir dans la tête, maintenant) mais ça, je devrais pas le dire. Même les madeleines, ça arrive après.

Alors, là, je prête fantastiquement le bâton pour me faire battre alors rien que pour vous emmerder, je désamorce de suite pour pas que vous puissiez le dire en comm. Alors : « Non mais toi, Nina, si méprisante envers les incultes, tu te foutrais pas un peu de notre gueule ? ». Pif paf, dans ma gueule, toute seule. Oui, c’est vrai, c’est curieux de réclamer le droit de ne pas aimer les classiques, de les trouver mauvais alors que je n’accepte pas que les gens ne connaissent pas les noms de ces auteurs. Sauf que je les ai lus, ou du moins, j’ai commencé, je ne les ai pas rejetés à priori en hurlant à la chiantise. Mais d’un autre côté, s’il me paraît normal d’avoir de la culture générale (il me semble quand même pas incroyable de savoir que Notre Dame de Paris est un livre de Victor Hugo avant d’être un film, un dessin animé ou une comédie musicale), je pense qu’il faut avoir l’honnêteté d’affirmer ses goûts plutôt que de suivre la foule et surtout la bienséance. Dire que Flaubert, c’est chiant, ça se fait pas. Alors que lui, je trouve vraiment qu’il a la palme. Et là, je parle de littérature mais on peut faire pareil pour le cinéma ou la musique. J’ai une culture cinématographique « impressionnante » sur papier, genre je connais le nom des grands films, des grands acteurs, l’histoire du cinéma en gros mais je n’ai vu aucun classique ou presque. Au moins, je connais le nom mais qu’on m’insulte pas si dans ma DVDthèque, je les ai pas (alors que c’est vrai que j’ai Cube). Je n’ai pas tellement le goût des vieux films, pour le moment. Mais même sans parler des classiques, il y a des films qu’il est bon ton d’aimer et d’autres qu’on regarde en cachette. Faites un test autour de vous, parlez cinéma. Et bien, tout le monde vous dira avoir vu et adoré des films classiques genre La Dolce Vità ou le Mépris ou ce que vous voulez et personne, oh non, n’est allé voir Brice de Nice ou les tribulations cinématographiques de Michaël Youn. C’est comme à la télé, personne ne regarde Julien Courbet mais il pète les scores d’audience. Franchement, des films de merde, j’en ai vu un beau paquet et je m’en cache pas. Oui, Scary Movie, c’est lourd et prévisible mais moi, ça me repose le cerveau et je l’ai vu ! Et même que j’ai rigolé. Et même que je suis pas la seule parce que y a toujours quelqu’un pour y faire référence à un moment (ou à American Pie, au choix). Bon, par contre, Michael Youn, je peux pas.

 Bon, je pourrais développer l’exemple pour la musique mais t’es pas idiot, t’as compris. Alors, moi, ça m’agace qu’on me demande : « mais comment tu oses aimer ça et ne pas aimer ça ? ». Mais je n’en sais rien comment j’ose, c’est comme ça et puis c’est tout. J’ai le goût des styles littéraires légers avec un vocabulaire riche mais précis. Le verbiage pompeux, ça me fatigue. J’aime Moravia qui est mon modèle absolu en la matière. J’aime bien le style d’Amélie Nothomb (même si je trouve qu’elle retombe toujours sur les mêmes thèmes), j’aime les intrigues de Barjavel, je suis incapable de lâcher un Van Cauwelaert une fois entamé. J’aime les films comme Cube, faits avec trois bouts de ficelle et qui reposent sur un scénario original, j’ai aimé Dark City et le principe de Matrix (le principe, pas le film, attention). J’aime les Tim Burton. Mais Lelouch m’a toujours fait chier, aujourd’hui comme hier. J’ai failli mourir d’ennui rien qu’en regardant la bande annonce de l’épisode 2 de sa trilogie parisienne. Le seul intérêt que j’ai trouvé dans « La belle histoire », c’est Gérard Lanvin en Jésus châtain aux yeux verts, jamais Jésus n’avait été aussi sexy. Je n’ai vu qu’un seul Woody Allen (« Tout le monde dit I love you ») et je m’en fous. Je ne vais pas m’excuser pour tous les classiques que je n’ai pas vus/lus/entendus. Je peux m’excuser de ne pas avoir essayé de le faire, ça, oui. Mais si j’accroche pas, je vais pas me forcer pour faire bien en société. Parce que Monsieur et Madame Pouet-Pouet-j’me-la-pète, s’il le faut, dans le secret de leur chambre, ils se fendent la poire devant Les Bronzés plutôt que de se pâmer sur le génie esthétique du Cuirassé Potemkine.
 
Moi, des fois, j’ai des goûts « de merde » et en plus, j’assume. Surtout qu’en général, quand je confesse regarder « Amour, gloire et beauté » ou « Sunset Beach », y a toujours quelqu’un pour s’esclaffer : « Ahah, moi aussi ! ».
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