La liberté sexuelle pour les femmes : le grand leurre

Elle s’appelle Isabelle. 44 ans, divorcée, “pas mal pour son âge”; comme on dit. Pourtant le matin, quand elle se regarde dans la glace, ce n’est pas ce qu’elle voit. Elle ne voit que la peau qui perd un peu de sa tonicité, quelques taches discrètes qui commencent à apparaître, du gras sur le ventre qui refuse de partir. Ce matin, encore un nouveau cheveu blanc. Une sensation que ses belles années sont désormais derrière elle et qu’elle ne les retrouvera plus. Ainsi, elle n’a pas cru sa chance quand ce jeune homme croisé quelques fois à la machine à café est rentré dans son jeu de séduction. Après quelques verres et beaucoup de rires, il l’a ramené chez lui, ils ont fait l’amour, une fois, deux fois . Quelle fougue, ces jeunes hommes, elle avait oublié. Elle repart le lendemain, la confiance en elle remontée, le sourire aux lèvres.

Femme quadragénaire sourit à la vie, confiance en elle, New York

Elle s’appelle Axelle et c’est une femme libre. Elle aime les hommes, beaucoup, elle en rencontre souvent, elle se donne sans calcul et avec délectation. Ce soir, elle prend un verre avec Tiago, un beau garçon croisé sur Tinder. Ils se cherchent, ils se séduisent. Le contrat est clair : juste du cul, pas d’attaches. C’est donc sans surprise qu’ils finissent ensemble au lit pour une nuit torride. Axelle jouit, Axelle est heureuse : elle prend son plaisir avec un beau garçon après une bonne soirée.

une femme nue dans la forêt adossée à un loup, femme sauvage et libre, liberté sexuelle

Elle s’appelle Daria. Depuis quelques temps, elle flirte avec ce garçon, Charles, qui est en cours d’éco avec elle. Il est drôle et prévenant. Un soir, il l’invite à prendre un verre ailleurs qu’à la fac. Soirée délicieuse mais elle ne cède pas, elle veut être sûre. Ce ne sera qu’au bout du 3e rendez-vous qu’elle se donnera à ce garçon qui a conquis son coeur.

Un jeune couple flirte en buvant un verre en terrasse

Le point commun entre Isabelle, Axelle et Daria ? C’est qu’elles sont tombées sur des connards… Mais des connards puissance 10 000 qui les ont photographiées et balancé des photos d’elles nues ou presque prises à leur insu avec des commentaires pas forcément sympa sur leur âge, leur plastique ou leurs performances. Oui, en 2017, ça existe et pour une page Facebook trouvée, celle de Babylone 2.0, il en existe encore beaucoup pas encore débusquées parce que vous vous doutez bien que, nous, les femmes, ne sommes pas les bienvenus dans ce type de groupe fermé.

Un jeune homme prend une photo avec son smartphone

Quels torts ont eu nos trois demoiselles ? D’avoir une activité sexuelle. Point. Et d’avoir mal jugé une personne, pensant être dans un environnement safe avec lui. Et franchement, l’addition est très salée pour juste une erreur d’appréciation. Alors, oui, il est possible qu’elles ne sachent jamais qu’elles ont été exhibées là mais la situation reste dramatique. Des centaines ou milliers d’individus ont pu voir leur corps, allez savoir ce qu’ils ont pu faire sur ces photos. Et rappelez-vous qu’on ne parle que d’un seul cas, là… 

Un homme regarde des photos de jeunes femmes sur un ordinateur

Parce que la femme sexuée est systématiquement brimée. Quand j’écrivais mes aventures sexuelles ici (sans photos, sans vrai prénom ni détails permettant de reconnaître le mec impliqué, des fois qu’un mec ait envie de m’expliquer que je faisais pareil), qu’est-ce que j’ai pu me prendre comme seau d’insultes et de messages de type “va te faire gang banger* connasse” et autres joyeusetés. Dès que j’ouvrais la bouche, j’étais rabaissée par un “ta gueule, restes-en à tes histoires de cul”. Oui parce que le fait que je vive une sexualité épanouie semble me disqualifier pour parler de tout autre sujet… On me renvoyait systématiquement à ça, tout le temps. Mais quel est le rapport entre mon activité sexuelle et ma culture gé ou mes opinions ? Je cherche encore.

Une artiste de burlesque lit le journal avant de monter sur scène

Pourtant, on nous l’a vendue cette liberté sexuelle féminine. On regardait Samantha dans Sex and the city mener de front une carrière réussie (enfin, sa carrière, on la voyait que rarement dans la série) et une vie sexuelle débridée, se tapant les plus beaux mecs de Manhattan, dans la joie et la bonne humeur. Idem pour Miranda qui trouva l’amour en se tapant un barman random dans un bar, Charlotte qui finit avec un avocat qui avait pour seul intérêt au départ de la faire grimper aux rideaux et Carrie… Je sais plus. Sauf que non, dans la vraie vie, une femme qui couche est indigne selon les hommes (pourtant ravis de coucher), on peut l’insulter, la dégrader, l’humilier, elle l’a bien cherché. En 2017, on en est encore là et le pire, c’est que je suis moi-même un petit rouage de ce système. Je veux dire pourquoi j’ai arrêté de parler de sexe sur ce blog ? De peur qu’un employeur tombe dessus et ne m’embauche pas alors que… ben ce que je fais de mon cul n’a aucun rapport avec mon professionnalisme (vu que j’ai jamais eu de coït sur la photocopieuse en plein open space donc je ne perturbe personne). Alors je dirais bien que je vais vous reparler de mes histoires de fesses mais vu que je suis désormais monogame, le suspense est un peu limité. Mais on mesure une nouvelle fois à quel point le féminisme est nécessaire aujourd’hui, plus que jamais, car nous sommes de plus en plus opprimées, jusque dans nos libertés de jouir.

scène de sexe sur le piano dans Pretty Woman avec Richard Gere et Julia Roberts

J’ai publié un tweet sur le sujet vendredi et j’ai reçu des réactions assez diverses. J’ai passé beaucoup trop de temps à expliquer des concepts féministes de base comme le “not all men” et mansplaining donc je prévois pas mal d’articles à caractère féministe dans les prochaines semaines donc si ça vous ennuie… Ben arrêtez de lire mon blog car je passe en mode poing levé.

Logo féministe poing levé

* Je l’ai vraiment eu, celui là…

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Courrier des cœurs, réponse à Juliette

Cette semaine, Juliette nous a posé la question suivante :

« Bonjour les vingtenaires ! Alors voilà ma situation : je sors avec un garçon depuis plusieurs mois. Pendant les premiers pas, on n’a pas fait l’amour car j’étais vierge et je ne voulais pas précipiter les choses. Maintenant, au bout de 4 mois, on a fini par le faire. Sauf que maintenant, on ne se voit que chez lui et à chaque fois,on fait l’amour. Moi j’aime bien mais des fois, j’aimerais faire autre chose, sortir au cinéma… C’est pas facile de se voir car on n’a pas les mêmes horaires mais quand même, depuis qu’on fait l’amour, j’ai l’impression qu’on ne fait plus que ça. Qu’en pensez-vous »


La cellule love and sex des vingtenaires s’est réunie, voici ce que nous en pensons.

Bobby : Ma chère, tu as de la chance d’avoir un petit ami, car vue la façon dont vous autres, femelles du troisième millénaire, traitez les pauvres hommes que nous sommes, tu devrais t’estimer heureuse qu’il existe encore des mâles hétérosexuels en mesure de vous culbuter par plaisir, et non par pure nécessité de procréation. Alors prend ton pied et profite, car bientôt les garçons seront las de vos caprices et vous laisseront tomber, et on recréera des ovules artificiels pour pouvoir sexer tranquilles
sans se soucier de vous, pendant que vous irez au cinéma entre copines.
Désolé si ma réponse n’aide pas, mais j’avais envie de faire dans le mordant, pour une fois.

Enzo : Il a quatre mois à rattraper, c’est peut-être pour cela. Plus sérieusement, que répond-t’il lorsque tu proposes des activités extérieures ? Qui ne sont aucunement incompatibles avec le sexe, non pas qu’il faut absolument les cumuler (sexe au ciné) mais l’un après l’autre bien sûr. Bref il n’y a pas beaucoup d’explications à ce comportement, si vous arrivez à trouver du temps pour faire l’amour avec des horaires incompatibles, vous pouvez arriver à trouver du temps pour faire autre chose. Je ne vois qu’une explication (sous réserve que tu lui ai vraiment fait part de ta volonté de diversifier vos activités) : il est possible qu’il ne soit avec toi que pour cela. Tu as voulu attendre 4 mois pour être sûre ? Il a fait semblant pendant 4 mois. Il est possible aussi qu’il t’ait trompé pour patienter si longtemps. C’est pessimiste je sais mais voyons les choses factuellement : depuis cet acte, vous ne vous voyez plus que chez lui et vous ne faites que ça. Si tu ne lui as pas fait savoir que tu avais
d’autres passions dans la vie, fais le et tu verras si je dis vrai selon sa réaction (toutes proportions gardées, s’il a attendu 4 mois pour te faire craquer, il aura un seuil de tolérance aux activités diverses pour continuer à coucher avec toi et pourra aller au ciné de temps en temps sûrement). Si tu lui a déjà dit et qu’il ne change en rien, il y a de fortes chances pour que j’ai vu juste. C’est pas grave, tu es tombé sur un humain de mauvaise qualité, ça arrive. Tu  apprécieras d’autant plus les humains honorables que tu rencontreras après. N’hésite pas à recontacter la cellule de crise « love & sex » des vingtenaires si tu veux savoir comment le larguer en lui faisant le plus de mal possible.

Lucas : tu lui dis en face ce que tu viens de nous écrire. Une fois, deux fois, et s’il ne réagit pas, c’est qu’il te considère comme un jouet et basta. A toi de le larguer et d’oublier son nom et l’affection que tu avais pour lui. tu mérites surement mieux qu’être considérée que comme un vagin, don’t you ?

Tatiana : Alors tu dis que t’as chopé une infection et que tu peux plus faire l’amour et tu vois comment il réagit.

Diane : Lui homme = ouga bouga = milliards de petits spermatozoides à placer= crac boum hue le plus souvent possible.
Toi pas homme = mon vagin n’est pas une autoroute
Solution= …..polygamie ou compromis.
CQFD

Jane : Avec tout le respect que je vous dois les copains, je suis horrifiée à la lecture de vos réponses.
Vraiment.
Tu nous dit que c’était la première fois pour toi, statistiquement tu dois donc être dans la tranche la plus jeune des vingtenaires. L’âge où l’on n’est que fougue et hormone, et où la sexualité est une vaste découverte. Vous avez attendu, les hormones, tout ça, il se peut tout simplement qu’il apprécie de sexer avec toi et qu’il considère que les galipettes à chaque fois que vous vous voyez sont un bon moyen de partager de l’intimité, un moment rien qu’à vous. Ça ne veut pas dire que c’est un obsédé qui va te tromper si tu lui dis que tu aimerais aller au ciné au lieu de se sauter dessus immédiatement. Ça ne veut pas dire non plus que si tu lui dis que tu n’as pas envie un jour, tu dois te justifier ou lui dire qu’il peut aller voir ailleurs si sa frustration face à un refus est insurmontable.
Après je vais peut-être me faire traiter de douce utopiste castratrice qui mènera l’humanité à son extinction en me voilant ainsi la face, face à de sinistres réalités biologiques, mais il me semblait que le sexe étant une composante d’une relation, pas le point central. Donc oui, tu peux avoir ton caractère, vouloir faire d’autres choses que du sexe frénétique sans pour autant qu’il te lâche. Et sans flipper qu’il te quitte pour ça.

Summer : Je suis assez d’accord avec Jane, vos réponses sont horribles. Je pense aussi que c’est une personne jeune et qui commence à peine sa vie amoureuse et qui se posent plein de questions idiotes comme toutes personnes qui commence une histoire de couple.
Pour répondre à la lectrice je lui dirais juste qu’il faut qu’elle essaie le NON. Tout simplement. Ce n’est pas parce que tu l’as fait attendre 4 mois que tu n’as plus le droit de dire non.
N’oublie jamais d’être en accord avec toi-même et ce que tu désires. Si ton mec ne comprend pas ça c’est qu’il manque une chose essentielle dans votre couple le respect de l’autre. Et si c’est le cas, tu n’auras pas perdu grand chose!

Keira : Alors je vais sans doute passer pour l’obsédée de service dans toute cette histoire mais quelque chose m’interpelle énormément dans tout ça…

Parce que d’après mes souvenirs, une fois les deux ou trois premières fois assez désagréables qui suivent le dépucelage, après c’est la découverte et l’éclate totale. Donc on en redemande sans cesse.

Enfin pour moi c’est comme cela que ça s’est passé. Et pour la plupart de mes amies aussi.

Donc dans mon esprit d’obsédée, c’est plutôt la fille que je ne comprend pas dans cette histoire.

Le ciné on y retourne logiquement au bout d’environ 3 mois, une fois qu’on a exploré toutes les possibilités sexuelles variées et
trouvé ce qu’on apprécie le plus en couple. Une fois les bases en place, on peut recommencer à faire autre chose que copuler parce que justement, on sait que côté sexe, on est sur la même longueur d’onde.

Et il est possible que dans ton cas ces 3 mois s’allongent parce que justement, tu l’as fait attendre 4 mois !

Enfin ce n’est que mon avis de femelle, si tu veux celui d’une femme, adresse-toi à quelqu’un de moins frustré.

Donc, mon conseil : parle-lui, ou alors mens en disant que tu es irritée à force de faire la chose et que tu as besoin de quelques jours de repos. Ce mensonge est cool parce que c’est tout à fait crédible et qu’ensuite, ça ne veut pas dire que tu le repousses indéfiniment non plus. Et ensuite, ça va permettre de restreindre la fréquence des ébats.

Mais encore une fois, je ne te comprends pas. 🙂

Nina : Mouais. Bon, alors, déjà, je retiens des réponses de mes collègues mâles que ne pas coucher le premier soir ne préserve pas des connards, on peut même les faire poireauter 4 mois et tomber sur un sale type. Petit moment de triomphe personnel : ah ! Qu’est-ce que je disais ? Bon, bref,revenons en à Juliette.
Bon, tu me sembles assez jeune donc je vais te révéler le secret de la réussite d’un couple : la communication. As-tu déjà signalé à ton mec que tu aimerais faire autre chose de vos soirées ? Si la réponse est non, si tu ne protestes pas quand il te donne rendez-vous chez lui, comment peut-il deviner que tu as envie d’autre chose ? Pour moi, tant que tu ne lui a
pas proposé un autre type de soirée, il n’y a pas anguille sous roche. Surtout que j’imagine qu’en 4 mois, tu as dû rencontrer ses amis… Donc je crois juste qu’il s’agit d’un non dit, d’un petit malentendu. Après, s’il refuse de faire autre chose, là, effectivement, ça va être plus compliqué.

Voilà, si toi aussi, petit lecteur, tu as une question love and sex à nous poser, tu n’hésites plus, par comm, mel (nina.bartoldi’at’gmail.com), facebook,
twitter…

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