Quand les femmes n’ont pas le droit à l’erreur

Coucou les petits choux ! Vous vous souvenez, la dernière fois, y a 15 jours parce que ma vie est horrible en ce moment (enfin, elle est horrible de 9h à 19h à peu près si vous voyez ce que je veux dire), je vous évoquais une conversation Twitter autour des femmes vidéastes. Du coup, après avoir parlé trolls, je vais vous parler du droit à l’erreur des vidéastes femme… Et du fait qu’il n’existe pas, en fait.

Femme humiliée

Despaired secretary picking up some files

Sur ce coup là, je vous renvoie en premier lieu sur le thread de Ginger, vidéaste dont j’ai déjà parlé et qui, étant une féministe assumée, se prend régulièrement des stormshits dans la gueule. Pour ceux qui auraient la flemme de lire le thread, je résume viteuf : quand t’es une femme vidéaste, tu crouleras sous les messages à la moindre erreur ou inexactitude (y compris dans la prononciation d’une ville) alors qu’un mec qui balancera une contre vérité sur un élément, ça passera crème. Et en fait, elle n’a pas tort…

Droit à l'erreur des femmes

Je vais sortir du cadre de l’Internet pour étudier un peu cette vérité dans la vraie vie (même si, sur ce blog, j’ai jamais eu droit à l’erreur non plus, me ramassant parfois des insultes pour une putain de faute d’inattention). Je vais vous parler de Boris, un garçon certes fort sympathique croisé dans une autre vie, dans un cadre pro. Boris était un mauvais exécutif, il multipliait les conneries par manque de soin sur ses dossiers, a réussi l’exploit de faire perdre un client car il l’avait critiqué sur son Facebook (en oubliant qu’il était pote avec ce dernier)… Bref, pas l’employé de l’année. Il est aujourd’hui directeur. Dans la même équipe, des femmes ont été virées pour des bourdes sans réelles conséquences (pas de client perdu) mais bon, tu comprends, ça ne le faisait plus trop, bla bla bla. Y en a une, je crois que je sais même pas ce qu’ils ont pu invoquer pour la virer. Dans une autre boîte, j’ai pu croiser la route d’Antonin, garçon fort sympathique mais brouillon dans son exécution qui fut un jour puni d’une terrible sentence “puisque tu es nul en exécutif, très bien, tu ne feras plus que de la strat !”. Alors que bon, moi, par exemple, dont on louait le sérieux et la rigueur, j’aurais bien aimé passer en strat, justement. C’est peut-être le hasard, me direz-vous. Sauf que…

Une femme en réunion

“Pfff, les féministes, vous vous cherchez toujours des excuses à vos propres échecs”. Ok alors on passe en level hardcore sur le pardon aux fautes des hommes alors que les femmes n’y ont pas droit, c’est parti pour le rayon dégueulasse du sexe et surtout des violences sexuelles voire viols. Si je vous dis Johnny Depp, Roman Polanski, Bill Cosby, même DSK… Ces hommes ont violenté ou violé des femmes et pourtant… rien n’a arrêté leur carrière, ce n’est que très récemment que les lignes ont bougé et encore : Cosby et Polanski restent libres, Depp à l’affiche d’un blockbuster, DSK se fait des tapis rouges avec sa copine à la cool. A côté, prenons Maruschka Detmers. Je ne sais pas si vous connaissez de nom, c’est une actrice des années 80 que j’avais vu pour ma part dans La vengeance du serpent à plumes où elle jouait une italienne alors qu’elle est néerlandaise. En 1986, le festival de Cannes ne parle que d’elle. Pourquoi ? Parce que dans le film Le diable au corps de Marco Bellochio, elle gratifie son partenaire d’une fellation non simulée. L’histoire prétend que ce geste était son initiative mais qu’elle le regretta car non seulement ces quelques secondes ont éclipsé tout son travail sur ce film (que j’ai pas vu donc pas d’avis) mais surtout que sa carrière en a été plombée. Sinon, un épisode de cleptomanie tuera plus sérieusement une carrière que des accusations (et condamnations) pour viol, n’est-ce pas Béatrice Dalle ou Winona Ryder. Une erreur coûte toujours plus cher à une femme qu’à un homme (bien que j’ai du mal à parler “d’erreur’ en matière de viol et de violence, mmm).

Maruschka Detmers

Et en politique ? Qu’une ministre n’ait pas le malheur de bafouiller ou c’est déluge contre elle, alors même que son homologue masculin faisant la même erreur n’aurait pas droit au même acharnement. Un exemple récent qui m’a un peu frappée : l’histoire de l’appartement du couple Corbière-Garrido. Alors juste un point : oui, je sais que leur occupation des lieux n’était pas illégale puisque l’immeuble a été classé HLM bien après leur arrivée et qu’ils auraient tout à fait pu rester là sans qu’il s’agisse d’un arrangement ou autre. Après, moralement, quand on a la thune, c’est sympa de céder sa place à ceux qui n’en ont pas. Mais ce n’est pas de ça dont je veux parler mais du fait qu’elle s’en est pris trois fois plus dans la gueule option insultes sur le physique, bien entendu, alors que c’est quand même lui le député donc qui devrait faire preuve d’une probité sans faille. Vous voyez ? Et je suis sûre que si on analysait la campagne 2007 (Sarko vs Royal), on retrouverait plus d’articles sur ses erreur à elle et écrits de façon fort peu sympathique alors que lui-même en a sorti pas mal.

Ségolène Royal

Et je suis sûre qu’en fouillant, je pourrais multiplier les exemples de journalistes femmes rabaissées pour une coquille alors que PPDA pouvait faire une fausse interview de Fidel Castro sans que ça ne lui coûte sa carrière. En fait, l’explication est assez simple : la parole des femmes ne paraît jamais tout à fait légitime. La moindre erreur et on se foutra de notre gueule à vie. On aura une dette de crédibilité impossible à remonter. Parce qu’on ne veut pas nous donner crédit, de toute façon. Pas plus tard que cette semaine, sur Twitter, une nana qui racontait que lors d’une réunion, elle avait pris la parole et qu’un client ou directeur avait sorti un “ah mais elle connaît son sujet en plus”. Ah oui, un pot de fleur expert, je comprends que ça surprenne, hein… Sur ce sujet, je vous renvoie à tous les tumblr “paye ta”, je vous en avais listé plein, on croule sous les témoignages qui pourraient se résumer à “si tu es jolie, tu ne peux pas être pertinente”. Du coup le moindre caillou qui viendrait conforter cet édifice serait exhibé à outrance. Et on aurait tôt fait de nous enjoindre de façon fort peu courtoise à “rejoindre notre cuisine”, là où serait notre vraie place. Oui, en 2017, on a encore droit à ça. Il serait peut-être temps, messieurs, que vous éduquiez vos potes, non ?

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Ciao l’’abbé !

En tant que journaliste, je me dois d’être au top de l’actualité donc aujourd’hui, je vais vous parler de l’abbé Pierre, hé oui. Hier, je me lève aux petites heures de l’après-midi
(hum, no comment !), j’éteins la radio avant qu’elle ne m’énerve, je trafique et puis, à un moment, je décide d’allumer la télé. Là, en lieu et place des téléfilms débiles de l’après-midi, l’abbé Pierre. Enfin sa biographie narrée par Patrick Poivre d’Arvor. Un coup d’œil sur le site du Monde et c’est bon, j’ai compris : il est mort.

 abbe-pierre

Alors le but de cet article n’est pas de vous raconter la vie de ce monsieur, de réaliser une hagiographie comme on en verra 150 sur les blogs dans les prochains jours. Alors
comment parler d’une « célébrité » décédée sans parler de sa vie, me demandes-tu, lecteur ? Mais en te parlant du traitement journalistique de l’événement, of course.

Alors voilà, l’abbé est à peine décédé que TF1 nous gratifie d’un beau reportage émouvant avec la voix sensuelle de PPDA qui narre les événements de la vie de l’homme qui dit non à la pauvreté en cet hiver 54. Ironie du sort, il est mort l’hiver où des jeunes bruyants avaient lancé leur propre initiatives des villages de tentes, les enfants de Don Quichotte. Puisque c’est pas le sujet de l’article, je donne viteuf mon avis sur le sujet, tiens. C’est vrai que la méthode est discutable, que ça faisait très bobo qui s’engagent, tout ça. Mais franchement, est-ce que c’est important tout ça ? Le gouvernement a (ENFIN) réagi en proposant des lois. Bon, après, on peut discuter de leur efficacité. Mais revenons à notre abbé.

L’abbé Pierre, c’est un peu le vieil oncle qu’on voit à Noël, on l’aime bien même si on sent qu’il glisse un peu vers l’âge où les souvenirs se font brumeux et le dentier baladeur. Le genre qu’on installe en bout de table et qu’on feindra de ne pas écouter pendant qu’il vous raconte sa guerre (une mondiale, Algérie, vous avez le choix) et qui s’assoupira avant le café. Mais on l’aime toujours bien. D’ailleurs, il était depuis si longtemps personnalité préférée des Français que je me demande encore pourquoi on persistait à poser la question aux gens. Et voilà, comme un homme de son âge, il est décédé. Le Français chéri disparaît, il s’agit de pas se louper, maintenant.

Comme vous pouvez vous en douter, les reportages sur sa mort étaient prêts depuis longtemps, on rajoute deux, trois images de l’hôpital où il est décédé et hop, on vous tient tout un JT ! Car il faut savoir que dans les rédactions, y en a plein de nécrologies de prêtes. Y a les classiques : Fidel Castro (ça va se révéler utile très bientôt, je pense) ou Boris
Eltsine, je suppose qu’ils en ont déjà faite une sur Benoît XVI… Et des plus étonnantes. Quand j’ai emménage à Paris en avril 2005, j’ai partagé mon appart 15 jours avec Clara qui faisait alors un stage à France 3. Elle m’a montré la liste des nécrologies prêtes et c’était marrant : Rainier (ah, ils s’en sont servis), Philippe Noiret (ah, ils s’en sont servis), Jean Paul II (ils ont plus rien en rayon !) mais aussi Liza Minelli ! Bon, ok, elle est rongée par l’alcool mémé mais elle est encore verte : son dernier mari l’a quittée car elle le battait !

Bon, évidemment, il faut les réactualiser, des fois parce que bon, la nécrologie de JP II, ça devait faire 10 ans qu’elle était prête et il en a eu du temps pour faire des choses, pépé. Parce qu’il était peut-être mourant mais quand même ! Alors là, pour remettre au goût du jour vos nécrologies, pas de panique, il suffit d’embaucher quelques stagiaires, vous leur filez les reportages sur votre moribond et ils vous remontent ça. C’est la magie du journalisme.

Enfin, une personnalité qui meurt, comme ça, ça fait toujours un peu bizarre. Je ne dirai pas que ça me fait de la peine parce que, franchement, c’est pas vrai. Mais c’est un peu comme l’arbre que j’avais devant ma fenêtre et qu’un jour, on a abattu parce qu’il était mort : il faisait partie de mon paysage et le fait qu’il ne soit pas là m’étonne… Pendant deux ou trois jours. Puis on s’habitue, on se souvient même plus de l’ancien arbre, depuis qu’ils en ont mis un nouveau. Une autre personne prendra sa place dans le classement des Français préférés, peut-être Zidane, peut-être un autre, qu’est-ce qu’on s’en fout, au fond.

En attendant, ça me fait penser que mon armoire explose, va falloir que je trie, je pense qu’Emmaüs sera ravi de récupérer des fringues que je mets plus. Bien que je re-rentre dans certains de mes pantalons, ça en fait autant à garder. Hé ouais, moi, de plus fumer, ça me fait même pas grossir !

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