Et si pour le 08 mars, on laissait les femmes parler ?

Ceux qui me suivent sur Twitter (et un peu ici aussi) le savent : je suis certainement ce qu’on appelle péjorativement une Social Justice Warrior, à savoir que j’ai l’air de me mêler de toutes les causes. Alors oui mais non, mes intentions sont toujours les mêmes, la même je dirais même : peu importe quel est ton sexe (de naissance ou non), ton âge, ta couleur, ton orientation sexuelle ou ton histoire, tu dois avoir les mêmes chances que ton voisin. Et rien que ça, ça te donne matière à t’énerver 2 à 3 fois par jour minimum. Et notamment sur le féminisme, la cause ennemie de beaucoup de gens qui ne savent jamais de quoi ils parlent. Et en ce 08 mars, on va vous demandez une chose, une petite chose à vous les hommes : fermez-là.

Le 08 mars : Homme baillonné pour laisser parler la femme

“Et mais attends, dit l’homme, moi aussi, je suis féministe, moi aussi, j’ai des trucs à dire”. Non, tu te tais. Déjà, tu ne peux pas être féministe, tu peux être allié. Parce que tu auras beau nous écouter (déjà, ça n’arrive pas souvent tellement les hommes sont toujours pressés de prendre la parole pour donner LEUR avis), tu ne sauras jamais ce que c’est que d’être une femme, réellement. Tu pourras lire des tumblr qui te mettent sous le nez ce qu’on vit au quotidien (paye ta shnek, paye ta blouse, paye ta robe, paye ta bulle, paye ta fac, paye ton taf, paye ton couple, chaire collaboratrice, conseil aux féministes, je connais un violeur… et d’autres qui ne sont pas arrivés jusqu’à moi), tu ne le vis pas, tu peux au mieux imaginer. Et vu ta propension à nous dire qu’on exagère, j’ai la sensation que tu as l’imagination défaillante, mon cher ami. En tant que femme, j’essaie de ne pas croiser le regard de mecs qui me matent avec insistance en espérant que ça va les décourager. En tant que femme, j’ai toujours le réflexe de regretter ma tenue si je me fais reluquer de trop près alors que *bordel* j’ai encore le droit de m’habiller comme je veux, je dois subir des tentatives de drague bien lourdes dans le milieu professionnel et si tu te rebiffes, c’est toi la conne sans humour. En tant que femme, je scrute toujours les gens derrière moi si dans des lieux de foules, je sens quelque chose contre mes fesses. En tant que femme, je me prends des réflexions si j’ose mettre un orteil sur un domaine soit-disant masculin. En tant que femme, tout ce qui se passe ou non dans mon utérus semble être soumis à libre discussion. En tant que femme, même si je serai naturellement moins bien payée qu’un homme, on hésitera à me faire progresser dans la hiérarchie rapport à mon utérus, toujours. En tant que femme, si je suis battue ou violée, on remettra ma parole en cause, on se dira que je l’ai sans doute bien cherchée, peut-être même que je mens. Je serai traitée de salope dès que j’ouvrirai la bouche, menacée de viol si j’insiste. Mon corps devra correspondre à certains canons sinon je ne vaudrait rien. Et encore, là, c’est juste une petite liste, y en aurait encore tant et plus.

Nicky Minaj, élégante pour la Fashion Week

Si un jour je me lance dans un show type effeuillage, ce sera trop ma tenue

Ca, voilà, c’est un peu notre quotidien. Nos souffrances, sans cesse niées d’ailleurs sous prétexte qu’on exagérerait quand même voire que “hihi, c’est agréable de se faire draguer quand même”. Franchement, non. Et c’est la même pour toute lutte d’une minorité « contre » une majorité. Je ne suis pas militante anti raciste ou pro LGBT, je suis une alliée de ces causes. Je ne prends pas la parole dessus, je la relaie. Parce que j’ai beau avoir l’imagination fertile, je ne sais pas. Parce que je tombe encore des nues quand je découvre qu’un mec s’est fait défoncer la gueule juste parce qu’il avait tenu la main de son petit ami dans la rue, qu’une jeune lesbienne a été violée par son père qui voulait lui prouver que c’était meilleur avec les hommes, que j’apprends que la discrimination à l’embauche des personnes racisées continue encore et toujours, qu’on continue les Blackfaces en 2017 et on envisage d’appeler un bar “le bal nègre” sans bien voir le problème. Que je ne saurai jamais ce que c’est d’entendre des gens commenter ta coupe de cheveux et que si tu les laisses naturels, on va te dire que ça fait négligé… Je ne connais pas les vexations quotidiennes, les petites réflexions tellement routinières qu’on ne prend plus le temps de les dénoncer, on fait avec en se disant qu’il y en a marre. Je sais que tout cela, je ne le saurai jamais, je ne peux que comprendre et faire preuve d’empathie. Donc je n’ai pas à imposer ma vision des choses, de la lutte, des priorités, je n’ai pas à dicter un agenda des actions à mener à ces personnes là.

Affiche black feminism

ET POURTANT ! Les non minoritaires ont, pour la majorité, un besoin viscéral de s’en mêler. Les mecs, on n’a juste pas besoin de vous. On a besoin d’alliés, pas de guides ou de prophètes. C’est hallucinant comme les majorités veulent toujours se mêler des combats en prenant la parole, surtout quand on leur demande de ne pas le faire. Si vous saviez comment les féministes ont été alpaguées sur le sujet depuis une semaine… Regardez : dès qu’une réunion non mixte ou sans blancs est organisée, c’est l”indignation… Alors que les mecs, tu ne leur aurais pas dit de ne pas venir, ils ne l’auraient juste pas fait d’eux-mêmes. Et je sais que certains sont animés des meilleures intentions mais quand on est élevé dans une société où on vous apprend que seul l’Homme blanc peut diriger, que seule sa voix porte et est légitime, ça donne des manterruptions toutes les deux minutes et des mecs qui se posent en leaders de mouvements qui ne les regardent même pas.

Féminisme : ne me libère pas, je m'en charge

Alors s’il vous plaît, demain, pendant juste une journée, taisez-vous et laissez-nous parler.

Merci

 

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Allo le bisounours !

Il me semble que l’expression “allo” est interdite depuis 2012 ou 2013 mais je m’en fous, je suis une rebelle. Dernièrement, j’ai été prise à partie pour une bande de personnes peu sympathiques sur Twitter confondant provoc et ignominie (“moi les migrants, si je les croise, je leur pisse dessus”, au hasard). Alors que je m’évertuais à défendre un certain humanisme et en appeler à une empathie de base, je finis par recevoir l’insulte ultime “ahah, bonjour le bisounours”.

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Mais dans quel monde on vit ? Si je devais me choisir un terme pour qualifier ma vision de la politique, je me dirais humaniste. La droite ou la gauche sont des concepts somme toute assez abstraits surtout quand tu vois la gueule de la politique de notre gouvernement de “gauche”. Je trouve ça assez fascinant d’ailleurs : ils ont une politique dans la droite ligne de ce que nous a infligé Sarko pendant 5 ans (les mêmes putains de polémiques stériles, les mêmes “sujets de société” qu’on nous jette à la gueule comme de la poudre de perlimpimpin pour qu’on oublie un peu les chiffres désastreux du chômage et les lois qui ne cessent de nous élargir l’anus), ils franchissent même certaines limites que Sarko et co n’avaient osé dépasser et les gens de droite les détestent quand même… A un moment, je comprends pas comment on peut mener une politique qui va à l’encontre de votre ADN, qui ne satisfera pas ceux de votre camp tout ça pour gratter des voix que vous n’aurez de toute façon jamais. Ca me fascine, je vous dis ! Mais je digresse.

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Donc humaniste dans le sens où ce qui me paraît primer avant tout, c’est le respect de l’Humain, qui qu’il soit. Je rêve d’une société un peu plus équilibrée et solidaire où chaque individu naît égal et peut prétendre avoir la même chose. Non parce que faut arrêter avec l’égalité des chances et l’ascenseur social, ça fait des années qu’il ne fonctionne plus. Si tu nais du mauvais côté de la barrière, tu iras dans une mauvaise école, personne ne t’encouragera à bosser puisque de toute façon, tu ne pourras pas faire d’études supérieures. Au mieux, tu iras à la fac et on sait tous la valeur de ces diplômes par rapport à ceux d’écoles privées payantes. Perso, je suis un peu fatiguée de vivre dans un monde où le savoir devient de plus en plus une denrée alors que l’éducation me paraît tellement la solution à ce mal vivre ensemble. Tout fonctionnerait mieux si on arrivait à respecter autrui et à se respecter soi même. Pour commencer.

Vivre-ensemble-dans-le-chaos

Bisounours, moi ? Il me semble pourtant qu’il suffirait de renverser quelques éléments pour que tout devienne tout de suite plus facile. Asseyez vous quelques instants sur le quai d’un métro et observez, c’est hyper parlant de la société actuelle : tout le monde essaie de se baiser la gueule pour son propre intérêt. Vous avez ceux qui essaient à tout prix de monter dans la rame pour avoir une place, quitte à ne laisser personne descendre, bousculer ceux qui ne vont pas assez vite. Il y a ensuite le grand jeu des places assises : malgré l’ordre de priorité, personne, ou presque, n’acceptera de laisser sa place, plongeant le nez dans son livre ou smartphone en mode “je t’ai pas vu, lalala”. D’autres s’installeront sur les strapontins malgré la foule et auront toujours une très bonne excuse à sortir à ceux qui auraient l’audace de se plaindre de leur attitude. Bref, dans le métro, on est dans la lutte permanente pour avoir la meilleure place, on agit dans son seul intérêt sans faire l’effort de penser à son voisin. Céder sa place ? Mais on ne voudrait surtout pas se faire avoir.

stations metro-qui paresse aux heures de pointe

Résultat : tout cet égoïsme et cette préservation de son intérêt propre rend la vie en société de plus en plus pénible. Je sais pas vous mais perso, prendre le métro me rend très facilement de mauvaise humeur. Et ça me rend conne aussi, je rentre très vite (trop vite) dans le mood “mon intérêt d’abord!” même si j’essaie de céder ma place aux personnes âgées et femmes enceintes si je les repère. Mais on vit dans une société où on nous invite à être “le plus malin”, où on valorise les arnaqueurs et on dénigre les “bons élèves”, ceux qui jouent le jeu de la société sans chercher à en tirer un bénéfice particulier. Comment tu veux qu’on arrive à vivre ensemble quand on t’explique qu’il faut baiser son voisin dès que possible.

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Moi, j’ai envie de croire que la donne peut changer, il faudrait qu’on s’y mette tous, qu’on comprenne qu’un gain immédiat a finalement moins de valeur qu’un effort de cohabitation permanent. Ca ne tient tellement à rien quand on y pense. Quelques décibels en moins lors de votre soirée dans votre studio, céder sa place, tenir une porte, laisser passer ceux qui n’ont qu’un article à la caisse quand vous avez un panier plein… Chercher à s’entraider et à s’être agréable plutôt que de tenter de s’arnaquer les uns les autres.

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Bisounours ? Je sais pas, à un moment, tu peux arrêter d’être un gros connard cynique qui préfère baiser le système plutôt que de participer à sa bonne marche ? Est-ce si bisounours de croire que l’être humain n’est pas une raclure de bidet en soi et qu’il suffirait de lui enseigner les bienfaits d’une vie collective en toute harmonie plutôt que de glorifier les escrocs du quotidien ?

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Pourtant, malgré mon côté Bisounours, y a des fois où je me fais bien baiser la gueule à être trop gentille… Céder à la mesquinerie ou poursuivre sur la voie de la bienveillance ? Nous en parlerons demain.

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Il faut garder l’espoir

Alors que l’émotion s’éteint un peu et que nos vies ont repris leur cours presque comme si de rien n’était – The show must go on comme disait le grand Philosophe Freddy Mercury- je me sens quand même un peu vide. Beaucoup trop de débats et d’actus me vrillent le coeur et croire encore en l’Humanité devient un véritable combat, un acte de foi. Sans aucun mauvais jeu de mots.

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Il y a 10 jours, je prends un verre avec un pote, plutôt de droite, qui me parle régulièrement de son amour pour Alain Juppé et du fait qu’il n’arrive toujours pas à croire que des gens aient pu voter pour Hollande mais-que-les-gens-sont-cons. Déjà, à un moment, ça commence à piquer un peu. Mais quand la conversation dérive sur les terroristes avec des florilèges “mais faut les renvoyer chez eux ces mecs !” “Heu oui mais c’est à dire qu’ils sont Français…” “Et bien, on les renvoie dans le pays de leurs parents”. Dès le départ, je sentais la solution de génie : tiens, prenons des mecs qui ont bien la haine et donnons leur quelques raisons de plus de les radicaliser, des fois que. Dents qui grincent. Mais là où on atteint le summum, c’est sur le cas de Farid Benyettou, l’ancien mentor des frères Kouachi devenu infirmier. “Non mais attends, c’est un scandale !” “Heu mais tu veux en faire quoi sinon ? Le mec, il a fait sa peine, il reprend sa vie.” “Mais non, c’est intolérable, les mecs, ils s’en foutent de la taule, ils savent qu’ils vont sortir au bout de 3 ans peinards (oui, la taule, c’est rigolo apparemment, note de la Nina) et tout” “Mais attends, le mec, il a fait une connerie, il a le droit à une seconde chance, point.” “Ahahah mais arrête, ça, c’est dans le monde des Bisounours !”

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(gentil dessin réalisé par Prims)

 

 

Pendant qu’il m’arrosait de sa condescendance, j’ai failli l’arroser de mon jus d’orange mais j’ai dit que je devais être pédagogue donc je me suis abstenue et suis restée sur ma ligne. Je ne connais pas Farid Benyettou ni de près ni de loin donc je ne peux pas affirmer qu’il est repenti. Comme mon pote ne peut pas affirmer le contraire. On ne sait pas, ni l’un, ni l’autre. Alors oui, il y a deux options : celle de dire que ces mecs sont irrécupérables et qu’on doit les jeter de la société (démerdez-vous pour le comment), soit de vouloir croire en une possible réinsertion. Moi j’ai choisi.

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Et ce n’est pas si déconnant. Le sujet de la réinsertion après la prison est particulièrement douloureux, surtout pour ceux qui la vivent. Pas de revenus, pas de logement et de réelles difficultés à trouver un emploi au vu du “CV”. Je ne jette ici la pierre à personne, il ne faut pas oublier qu’on n’est pas vraiment en période de plein emploi et je ne pense pas qu’il soit productif de les avantager par rapport à des personnes au profil similaire n’ayant pas fait de prison. Chacun sa chance à égalité. Evidemment qu’on peut craindre une récidive (taux de récidive : 12.1% en 2012)*. Mais pourquoi toujours partir du principe que les gens ne peuvent jamais changer en bien ? Ne jamais s’avouer qu’en ayant soudain accès à une éducation, ils puissent se découvrir quelques horizons jusque là hors de leur portée ? Est-ce qu’on doit laisser tous ces gens en dehors de la société et ignorer ceux qui arrivent, bon an mal an, à s’en sortir malgré les difficiles conditions ? Doit-on considérer que Farid Benyettou (entre autre) ne devrait jamais plus travailler car on ne sait jamais ? Pourtant, il me semble logique de penser que c’est en fermant violemment la porte au nez de ceux qui essaient qu’on finit par les énerver. Et moi, j’ai envie de croire que les gens peuvent changer et en bien, en plus. Ca ne vous est jamais arrivé, à vous, d’arrêter des conneries et vous mettre sur un droit chemin ?

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Alors évidemment, c’est difficile. Mais si on perd cet espoir là, il nous reste quoi ?

Au fond…

 

* Chiffre cité par Christiane Taubira repris dans cet article hyper intéressant sur la réforme pénale

 

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Bac+8 ? Oh on va te payer au smic

J’ai une copine qui a fait de looooongues études pour devenir docteur es histoire. On appelle ça communément une thèse. Mais ce n’est pas tout, elle est également normalienne et agrégée. En somme une fille qui entre dans la vie professionnelle avec une grosse valise Vuitton. Du moins le croit-on.

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Après avoir passé 2 ans à New-York pour sa thèse, il est temps de rentrer en France pour devenir professeur. Dans mon monde parfait, l’agrégation me paraissait être un sacré ticket pour enseigner à la fac mais en fait non, ça te garantit normalement de ne pas enseigner au collège. Donc notre amie thésarde regarde son affectation et après avoir hérité d’un lycée dans une ville réputée difficile, elle hérite finalement d’un poste moisi à mi-temps ou un truc du genre (je ne suis pas très au fait, je ne suis pas dans l’enseignement). Salaire mensuel ? 1100 €.

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Je précise que la scène se passe en région parisienne, le pays où les studios se louent 600 à 700 €. Donc si on enlève le loyer, l’électricité et la bouffe plus un quelconque moyen de communication, la demoiselle devrait finir le mois avec à peu près – 300 € sur le compte. J’exagère ? Pas si sûr ! Oh, je sais, des gens au smic, au vrai, y en a plein alors je vais pas la jouer misérabiliste pour la petite prof de lycée. Certes. Sauf que là n’était pas tant mon propos.

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Je l’ai déjà dit plusieurs fois, en France, on a un vrai problème avec nos études. J’avais un jour lu un article passionnant expliquant qu’il y a 50 ans, la différence se faisait au brevet des collèges, y a 30 ans au bac (avant 68, seuls 20% des candidats avaient leur bac), aujourd’hui, c’est à bac+2. Ben oui, vu qu’on doit atteindre 80% des candidats ayant leur bac, c’est du bradé. Surtout qu’il faut s’aligner sur les moyennes nationales. Quand Lucie bossait dans les Antilles, elle avait eu des copies catastrophiques, elle les avait notées à leur juste valeur. Non, ça n’allait pas, les notes étaient trop basses. Du coup, les notes ont été relevées et des candidats qui ne méritaient sans doute pas leur bac l’ont finalement eu. Pour ce que ça sert le bac, de toute façon… Je me souviens il y a 12 ans (pan! dans ma gueule au passage), quand je passais le bac, mes parents m’avaient bien saoulée sur l’importance d’une mention. Ben là, avec le recul, ça me donne envie de m’en taper les cuisses de rire. Ma mention au bac, elle m’a servi à demi crâner en 1ère année de fac et sur mon CV pendant quelques années. Depuis, ma « formation » débute direct à la maîtrise d’histoire, j’ai plus la place de détailler ce qu’il s’est passé avant. Je digresse, pardon.

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Mais la réalité  est bien triste. Un bac+8, c’est quand même pas à la portée de tous et selon les disciplines, avec un tel niveau, tu te fais un joli petit salaire. Mérité, hein, tant d’abnégation, de volontarisme, ça doit se payer, c’est normal. Sauf qu’en France, je l’ai déjà dit mais j’adore me répéter, les filières littéraires, on s’en tamponne franchement le cocotier, surtout l’histoire géo, on sait bien que ça sert à rien. Je suis sans doute partiale dans cette histoire mais ça me fout vraiment en colère. A quoi ça sert de faire de longues (et brillantes) études si c’est pour se retrouver avec un salaire aussi bas ? La prime au mérite, ça ne vous dit rien ? Oui, c’est vrai, c’est son premier poste de titulaire alors on peut comprendre que le salaire ne soit pas à hauteur de 3000 € mais il ne me semble pas que médecins ou pharmaciens ou chercheurs en science débutent au smic.

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Et quelque part, ça m’écoeure, j’ai la sensation d’un « tout ça pour ça ». On sait que certaines voies sont bouchées et que les choisir est synonyme de parcours du combattant.Quand, après mon bac avec mention, j’ai choisi la voie Histoire au lieu de tenter Science Po ou même droit, mes parents étaient un peu sceptiques. A tort ou à raison, mes fréquentations science-politologues m’ont un peu prouvé que Science Po (du moins Toulouse, je ne sais pas les autres), ça ne sert pas à grand chose avant le niveau master, ce n’est qu’une bonne
prépa pour les concours : tu apprends un peu de tout sans te spécialiser sur rien. Bien sûr, ça m’aurait plu vu que je suis une vraie pique-assiette de la connaissance et que j’ai toujours envie d’apprendre de nouveaux trucs. Mais bon, c’est un peu pareil, quelle que soit la filière choisie, sans master, tu peux pas faire grand chose à part passer des concours. Mais normalement, les longues études marchent par écrémage, un peu l’inverse du Cid « Nous partêmes 5000 mais par de vils partiels, nous nous vîmes 30 en arrivant en master » (ça ne rime pas mais oh, je suis pas dramaturge en alexandrin, moi, j’ai pas fait les études pour). Faire donc une thèse, quelle que soit la matière, ce n’est pas donné à tout le monde, faut être bosseur et super opiniâtre. Parfois, j’aime imaginer qu’un jour, je ferai une thèse parce que j’ai adoré faire de la recherche mais avant la retraite, reprendre des études, ça me paraît un peu mal barré. C’est con, j’ai 150 000 idées de sujets de mémoire. OU alors j’apprends à ne dormir que 3h par nuit sans être fatiguée et je demande à quelqu’un de me mettre un verrou parental sur yahoo! jeux. Bref donc une thésarde agrégée, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval et je ne trouve pas ça normal de se retrouver dans une telle situation après de telles études, surtout dans la fonction
publique. 

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Parce qu’à l’arrivée, on se demande bien à quoi ça sert d’être un « cerveau » (le guillemet, c’est pour l’expression comme dans « fuite des cerveaux », je ne remets pas du tout en cause les capacités intellectuelles de ma copine). On n’arrête pas de pleurer sur la fameuse fuite des cerveaux, justement, mais on ne fait rien pour les retenir. Surtout les littéraires… Non parce que c’est quoi la morale de cette histoire ? Que t’aies un CAPES passé avec une licence (ce qui n’est plus possible aujourd’hui mais ça l’était jusqu’à peu) ou une agrégation avec une thèse, c’est la totale égalité des chances, prie pour que le hasard soit clément avec toi ? Mais merde, l’égalité des chances, c’est pas à ce niveau qu’elle intervient, bande de buses. Limite, ça donne l’impression d’une course de F1 où ma pote conduit une McLaren et qu’en face, y a des Lotus, tu fais ta course, tu surclasses la concurrence masi pas de bol, à la fin, y a un tirage au sort et c’est ce seul résultat qui compte. Alors, c’est quoi le message ? Ca ne sert à rien de faire des études ? Remarque c’est pas faux, vu comme l’intelligence et la culture me paraissent être limite une offense aujourd’hui, un défaut… Mais le souci, c’est que moins on fait d’études, plus vite on grossit les chiffres du chômage, c’est pas très bon non plus, ça.

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Bref, tout ça pour dire que je suis écoeurée, que ça m’énerve profondément et comme j’ai un peu arrêté de fumer, je suis un peu très tranchée surla question. Mais merde, dans une prochaine vie, je me contenterai d’un BEP. Je gagnerai pas plus mais je le gagnerai plus jeune.

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Si vous voulez un homme nouveau, votez Ségo !

(ou pas)

Bon, aujourd’hui, je vous prouve que je suis une journaliste, une vraie : toujours à la pointe de l’actualité ! Donc aujourd’hui, comme tu le sais ou pas, les militants socialistes vont voter pour choisir leur candidat aux élections présidentielles. Si y a un deuxième tour, on saura donc le 23 novembre qui sera le candidat du PS et moi, j’avoue que j’ai un peu hâte de savoir. Même si, étant de gauche, je suis pas super motivée par nos trois candidats.

 

Lundi, dans un élan citoyen, j’ai accompagné Gauthier au meeting de Ségolène au gymnase Jappy où elle tenait son meeting. Après tout, peut-être qu’après cet happening, j’allais devenir totalement fan de notre amie. Donc on arrive, LilVirgo nous rejoint. On se pose à l’étage, juste derrière un vieux qui pue la vieille poubelle, je sentais que j’allais pas forcément apprécier ce meeting ! Le meeting devait commencer à 20h. 20h20, les gens se lèvent et applaudissent à tout rompre, les diaporamas commencent sur les deux écrans géants de part et d’autre de la salle et… rien. C’est ce qui s’appelle une fausse entrée. 20h30, rebelote et, enfin, à 20h40, la voilà enfin, elle met bien 5 mn à faire 30 mètres, assaillie par les partisans, les journalistes, protégée bon an mal an par les gardes du corps. Bon, ok, comme je suis légèrement agoraphobe, je comprends à ce moment là que je ne serai JAMAIS une personnalité politique. Bon,
première constatation : elle est petite Ségolène. Oui, je la voyais assez grande mais en fait, c’est que François est déjà nain. Donc en gros, au début, je vois un bras gainé de tissu rose fuchsia émerger de la foule.

 Bon, première partie du meeting, le député du 11e fait un discours introductif qui nous refait l’histoire du socialisme parisien du XXe siècle, youpi you ! Parce que ce meeting est très parisiano-centré, genre « Oui, Paris est de gauche, la France de droite, c’est pas possible, ça, Vive Delanoë ». Mouais, je suis pas convaincue par cet argument là. Bon, enfin, le monsieur finit son discours et Ségolène Royal prend (enfin) la parole. Enfin, elle essaie parce que les vivats de la foule n’aident pas. Elle se dresse au milieu de la salle, ne se colle pas au pupitre contrairement à M. le député et entame son discours. Elle prend soin de se tourner régulièrement pour ne pas tourner le dos à toute une partie de la salle. Bon, elle maîtrise bien le topo, pour ce que je peux entendre. Non parce que ce qui me gonfle dans les meetings, c’est cette manie qu’ont les gens d’applaudir n’importe quand, dès qu’un mot leur plaît, en plein milieu d’une phrase, ce qui nuit quand même à la bonne écoute du discours. A un moment, elle aurait pu nous traiter de pauvres débiles profonds, ça aurait été pareil, on n’entendait plus rien. Suite à ce discours triomphant, on passe à la partie « question du public » et là, Ségolène Royal se débrouille beaucoup moins bien, elle cherche ses mots, elle hésite. Comme on s’est dit avec Lil et Gaugau, face à Sarko, elle va se faire plier en deux minutes.

Bon, sur le fond, je n’ai pas grand-chose à dore. Oui, je pense que l’éducation est très importante et qu’il faut assurer au maximum l’égalité des chances. Mais je suis contre les internats pour les mauvais élèves, ça risque de les dégoûter de l’école plus qu’autre chose. Je ne suis pas non plus pour que les profs restent 35 heures au collège. Soyons honnête, une salle des profs, c’est pas l’endroit rêvé pour bosser, corriger des copies, préparer des cours… Je comprends qu’un prof qui n’a cours que de 14 à 17h ne vienne pas passer la matinée au collège. C’est quand même plus simple de préparer des cours à domicile avec tous les bouquins à portée ! Par contre, les tutorats, je suis pour. Pour le reste, ce qui me gonfle un peu, c’est la question des femmes. Comment se fait-ce que cette question ne peut être traitée que par une femme ? Si on est un homme, on ne peut pas défendre le droit des femmes ? Et bien, bordel, on est mal
barrées, mesdemoiselles et mesdames ! Parce que le fait qu’on ne voit qu’en Ségolène que son sexe (je parle du genre, pas de son intimité !), je trouve ça totalement navrant. J’en parlais déjà y a un an et j’ai pas changé d’un iota. Je n’ai jamais voté pour une candidate que parce qu’elle était femme, y a rien à voir. Je trouve grave que les adversaires de Mme Royal l’attaque sur sa féminité mais je trouve ça aussi grave qu’elle utilise son genre pour jouer les victimes. Avant d’être femme, elle est une politique et c’est au fond tout ce qu’on lui demande. J’aimerais vraiment que ses adversaires arrêtent de lui parler cuisine ou famille, que les journalistes arrêtent de ne parler que de son physique (bien que j’avoue qu’elle est très élégante, jolie et super bien foutue). Et j’aimerais aussi que la demoiselle évite les questions gênantes en répondant « vous me poseriez la question si j’étais une femme ? ». On s’en fout qu’elle soit femme, on veut qu’elle soit candidate.

Quoi qu’il en soit, je ne suis définitivement pas fan des meetings. C’est le deuxième que je fais en un mois et demi (le premier, c’était celui de Jack Lang) et le parti pris favorable des gens présents m’agace. Quoi que le candidat (ou la candidate) dise, on applaudit n’importe quand, on n’écoute finalement pas ce que dit la personne, on se contente de lui manifester son soutien. Et si on les laissait parler, juste pour voir ? Parce que, mine de rien, ce genre de discours sans les vivats de la foule, je suis sûre que, de suite, on accroche moins.

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