Leçon d’écriture 1 : ne pas s’auto-spoiler

Je vous l’avais promis [il y a un mois], nous allons aujourd’hui parler d’un des pires romans qu’il m’ait été donné de lire. Ou plutôt de ce que j’estime des défauts rhédibitoires parce que bon, le roman en lui-même, je vais vous le résumer en deux lignes : un parti genre FN gagne les élections de mai dernier, l’héroïne Michelangela dite Mickey (déjà, rien que ça) est déportée en tant qu’opposante politique sauf qu’en fait non, elle a juste autopublié un roman pourri sur sa liaison avec Emerald, petit fils de la famille Labenne (Labenne, La benne, Le Pen… vous suivez ?) mais en vrai, c’est pas un vrai camp de concentration, c’est un plan tordu de Emerald. Et je vous spoile rien, l’autrice vous raconte ça elle-même. Oui, je n’avais jamais vu ça mais l’autrice torpille son suspense en s’auto-spoilant toutes les 10 pages.

Spoiler alert - s’auto-spoiler

Un exercice particulièrement compliqué dans l’écriture, c’est de ménager son suspense. On doit amener son lecteur là où on veut qu’il aille tout en lui plaçant subtilement des oeillères pour qu’il ne devine pas où on veut l’amener avant la fin. C’est le cas des polars et autres thrillers mais pas que : dans un roman, si je sais comment ça se finit, mon enthousiasme sera somme toute relatif. Sauf quand c’est bien écrit, ce qui n’est absolument pas le cas dans le roman qui nous occupe aujourd’hui. On y reviendra. Donc ici, on suit le périple de Mickey dans un camp de concentration, elle suit une sorte de cours de propagande quand une élève se rebelle et est tuée. Là, c’est la tension, tu te dis “ah Merde, ça rigole pas… tu peux flinguer l’héroïne du coup ? Elle est vraiment trop stupide”. Sauf que juste après, l’autrice t’explique sans trembler qu’en fait, elle apprendrait que tout ça, c’était du chiqué et que personne n’est mort, que le camp est un coup monté et que la fille n’est pas morte. Pardon ? Alors certes, on me dira que c’est juste déplacer le suspense de “Mickey va-t-elle survivre au camp” à “mais pourquoi il a fait ça Emerald”… sauf que l’enjeu n’est pas tout à fait le même (spoiler : la raison est absolument merdique en plus).

Papy fait de la résistance

Oui, j’allais pas mettre une photo de camp de concentration en illu, j’ai préféré Papy fait de la résistance

Autre point : les fusils de Tchekhov. Pour ceux qui ne regardaient pas Karim Debbache que je cite très souvent (allez regarder !), petite explication : Tchekhov expliquait que si l’on évoquait dans l’acte 1 la présence d’un fusil, il doit servir dans l’acte 2 ou 3 sinon, il est inutile de le mentionner. Ici, l’autrice nous en saupoudre à droite, à gauche… Mais à l’arrivée, le fusil est enrayé. Exemple : elle évoque un garde qui a une sorte de grain de beauté au coin de la bouche. Quelques pages plus loin, elle se retrouve en réception chez la nouvelle présidente de la république et repère un mec qui a un bout de peau près de la bouche et elle est là, “mmm, il me dit quelque chose ce garçon”. Comme on n’est pas trop cons, on percute de suite qu’il s’agit du gardien… Tu le sais d’autant plus que tu sais déjà que toute cette histoire de camp n’était qu’une mise en scène avant même que l’héroïne ne le sache. Mais le pire, c’est qu’après avoir insisté sur cet homme et son bouton à la bouche, elle n’en fait rien. Du coup, pourquoi ? Je veux dire, elle fait l’effort de changer de vocabulaire pour parler de ce grain de beauté, volonté de nous perdre ou de nous faire comprendre que l’héroïne ne percute pas ? Etions-nous censés faire le lien ou non ? Je suis perplexe… On répète : si tu mets un fusil en évidence dans l’acte 1, il doit servir dans l’acte 2 ou 3 sinon, jette. Bon, personnellement, j’ai un peu envie de nuancer ça… Ah ben tiens, je vais écrire un article dessus un de ses 4. Mais si je ne suis pas 100ù d’accord avec Tchekhov sur ce point, là, pour le coup, je comprends qu’un fusil de Tchekhov mal géré, ça crée plus de confusion que nécessaire dans l’esprit du lecteur.

Enfant confuse

Du coup, on se retrouve avec un roman qui te présente une histoire avec un gros enjeu (l’arrivée d’une potentielle dictature en France) mais qui se désamorce lui-même toutes les 10 pages. Ah et il faudra que je vous parle du ton, aussi. A suivre !

 

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Le snobisme géopolitique

Et je vous préviens : je vais être obligée de plaider coupable car je suis une passionnée de géopolitique.

 

Il y a quelques années, j’ai créé un blog d’actualités qui a vécu environ 5 jours. Le but : écrire quelques courts articles d’actualité factuels traitant de la politique étrangère… et française. Parce qu’on va pas se mentir : la politique française, ça m’ennuie. Parce que c’est de la politique politicienne, des petites phrases, des politiques stériles, des incompétents, toujours les mêmes têtes depuis que je suis née… Je n’y crois plus, je les méprise, je suis lassée. Alors qu’à l’étranger… ben, c’est très certainement pareil sur pas mal de ces points mais comme je le vois pas, ça m’intéresse de suite beaucoup plus. Mais au-delà de ça, s’intéresser à la politique étrangère, ça fait cultivé et intelligent…

Risk : allégorie de la géopolitique

L’intelligence de celui qui sait ce qu’il se passe ailleurs

J’ai toujours eu un réel intérêt pour la géopolitique et l’histoire des nations (au sens large du terme), je fais ma brillante en parlant de la révolution “citron” au Kirghizistan, en écho à la révolution orange de l’Ukraine (mais plus communément appelée révolution des tulipes, finalement), les délires mégalos de feu le dictateur du Turkménistan (il a fait une statue de lui en or qui tourne car il est si fort qu’il peut regarder le soleil direct dans les yeux et a envoyé son livre, le Ruhnama, sorte de Bible, dans l’espace) ou du Canada, ce pays si proche dont personne ne sait jamais rien in fine. Ouais, ça fait intelligent de savoir ce qu’il se passe à l’étranger et tiens, justement, c’est, je crois, le coeur du snobisme géopolitique : être (ou paraître brillant). J’eus un ami dans le temps qui se targuait d’être très intelligent et cultivé mais en fait, il s’arrangeait pour amener la conversation sur son sujet de prédilection pour paraître brillant puisque les personnes en face, moins au fait du sujet, écoutaient sans intervenir. C’est toujours drôle de voir que s’y connaître un peu en actualité des les pays étrangers vous fait de suite atteindre un statut de personne “cultivée” alors que vos commentaires ne volent peut-être pas plus hauts que ceux qu’on pourrait avoir au “café du commerce” rapport à la politique française mais vu qu’on ne maîtrise pas les paramètres, ça passe crème.

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Mais non, j’ai un amour pour un pays étranger, c’est pour ça que je m’y intéresse

Ce que j’appellerais aussi “l’herbe est plus verte ailleurs”. Choisissez quelques uns de vos amis, peu importe lesquels, je vais pas trop me mouiller qu’ils ont tous un pays de prédilection, un pays où ils rêvent d’aller visiter ou vivre parce que c’est mieux qu’en France. Moi, par exemple, je serais pas contre l’idée de partir vivre en Suède, Canada, Grèce ou Espagne pour différentes raisons que j’exposerai pas ici car on s’en fout mais en gros “la France, j’en ai marre, allons voir ailleurs si l’herbe est plus verte”. Parce que nos politique sont tous pourris, qu’il n’y a plus de travail et que les Français sont tous des cons, t’as qu’à voir les dernières élections (j’exagère à dessein). Sauf que… la fuite en avant est rarement une bonne solution. On ne voit les choses que de façon macroscopique, on n’est pas englués dans le quotidien, les petits scandales politiques qui s’égrènent au fil des jours. Je suis de plus en plus amère vis à vis de nos politiques français (c’est le moins que l’on puisse dire) mais je ne suis pas dupe : ce n’est pas forcément mieux ailleurs. Reste l’attirance pour une autre culture que je comprends tout à fait mais si je devais suivre mes élans culturels, j’irais vivre en Italie… le pays où la sphère politique est encore plus moisie que chez nous.

France Italie géopolitique

En France, on est quand même en démocratie, c’est moins grave qu’en… [choisissez votre pays en conflit, la liste est assez longue]

En France, il n ‘y a pas d’urgence, pas de danger, on en reste à la politique politicienne, tout va bien. Alors oui mais non. Si je me réfère à mes communautés, il me semble avoir vu beaucoup d’indignation lorsque les manifestations étudiantes du Québec ont été durement réprimées ou lors de la volonté du gouvernement espagnol d’interdire les manifestations. Alors que quand ça arrive en France, grosse indifférence. J’en ai déjà parlé sur la manifestation lors de la COP21. Déjà, j’ai généré quasi aucun trafic sur cet article par rapport à d’habitude, démontrant une certaine indifférence de mes communautés vis à vis de ce sujet… Alors peut-être est-ce parce que l’écologie ne leur parle pas, peut-être parce qu’ils ont bien assimilé la rhétorique de la terreur (moins de liberté pour plus de sécurité, promis, c’est pour ton bien) alors même que l’on a déjà voté une bonne dizaine de lois liberticides en 5 ans et qu’on n’a jamais eu autant de morts que depuis qu’on est censés être mieux protégés. Peut-être juste parce qu’on est en France et que ce n’est pas une dictature, arrête d’exagérer. C’est vrai, nous avons encore pu exercer nos droits citoyens pas plus tard que le week-end dernier, suite à une campagne lamentable où on nous a encore pris pour des débiles “vote pour nous sinon la bête immonde” (on dirait un chantage affectif de parents sadiques sur leurs gosses “dors sinon le monstre va venir te manger”) mais oui, on a pu voter, avoir un choix entre différents partis… sauf que l’Histoire nous a appris que la privation de droits ne venaient pas toujours par coup d’Etat, c’est souvent du progressif. Croire qu’en France, on risque rien, c’est d’une naïveté… et je me permets de le dire parce que j’ai été tout aussi naïve (je peux plaider coupable sur tous les éléments de l’article, pour rappel), parce que je trouvais le village des Indignés français ri-di-cule à l’époque du Printemps Arabe. Pourtant, il est désormais temps de s’indigner car notre riante démocratie fait la gueule. Je dis pas qu’on sera en dictature demain mais il faut rester vigilant quoi qu’il arrive… même si la pente est douce, elle peut nous amener au fond.

(c) Je ne sais pas mais trouvé sur Associazione culturale Zenit (clic sur l'image)

(c) Je ne sais pas mais trouvé sur Associazione culturale Zenit (clic sur l’image)

Voilà, fin de mes articles politiques, on va passer à Noël maintenant, sauf si une news me met encore la rate au court bouillon. Mais ne vous inquiétez pas : dans mes résolutions 2016, il va y avoir « ouvrir encore plus ma gueule » #spoiler

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Chars et couvre-feu à Montréal : la crise d’octobre

Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter un bout d’histoire canadienne  et plus précisément québécoise : la crise d’octobre. Tout commence en 1963, dans la province de Québec, Canada, en pleine Révolution Tranquille dans la belle province. La Révolution Tranquille ? Pour simplifier à l’extrême, c’est le réveil du Québec qui sort un peu de son traditionnalisme catholique pour se lancer tête la première dans l’urbanisation et l’industrialisation. Haut fait de cette période : la nationalisation par René Lévesque des sociétés privées d’électricité pour en faire Hydro-Québec, véritable moteur économique de la province. Si ça t’intéresse (et je le conçois tout à fait), tu cliques là pour aller sur Wikipedia. Donc le Québec se modernise et favorise en parallèle la montée du nationalisme québécois. Galvanisés par ce mouvement, Gabriel Hudon, Raymond Villeneuve et Georges Schoeters décident de créer le FLQ, le Front de Libération du Québec.

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Le mouvement souhaite créer une insurrection pour renverser le gouvernement du Québec afin de mettre en place un Etat socialiste. Entre braquages de banques et plasticages, la situation se tend, on compte 5 morts et des blessés. On ne sait pas vraiment combien d’actions ils ont mené, on sait qu’ils ont attaqué la Bourse de Montréal, ils avaient le projet d’aller faire péter la Statue de la liberté et deux d’entre eux auraient été croisés dans un camp d’entraînement en Jordanie, se préparant à déclencher une guérilla urbaine au Québec. Oui, les jeunes qui partent s’entraîner au Moyen Orient, c’est carrément pas nouveau.

Paul Rose, un des leaders du FLQ

Paul Rose, un des leaders du FLQ

Bref, les Québécois avaient investis la lutte armée d’extrême gauche bien avant les Bande à Baader, Action Directe ou les Brigades Rouges. Mais en octobre 70, tout bascule. Le FLQ arrête braquages et plasticages pour se lancer dans l’enlèvement et commencent avec James Richard Cross, un commissaire commercial britannique. Puis 5 jours plus tard, ils kidnappent le Vice Premier Ministre et ministre du travail Québécois, Pierre Laporte. Pour les libérer, ils demandent le pack classique : libérations de prisonniers politiques, beaucoup d’argent, la diffusion de leur manifeste, un avion et une amnistie. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu : Pierre Laporte meurt accidentellement (apparemment en sautant d’une fenêtre lors d’une tentative d’évasion mais ça ne reste que la version du FLQ, on ne saura jamais si c’était vrai ou non).

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Le corps de Pierre Laporte retrouvé dans le coffre d’une voiture

Ok, Nina, allez-vous me dire, c’est intéressant ton histoire mais pourquoi tu nous racontes ça ? Parce que suite à ces enlèvements, le Premier Ministre du Québec, Robert Bourrassa et le maire de Montréal (Jean Drapeau) demandent de l’aide au Premier Ministre Fédéral, Pierre Elliott Trudeau (Trudeau comme le Premier Ministre Fédéral actuel, oui, parce qu’en fait, Justin, c’est son fils). Ni un ni deux, Trudeau promulgue la loi sur les mesures de guerre donnant des pouvoirs étendus à la police. En gros : couvre-feu, chars dans les rues de Montréal, 450 arrestations donc beaucoup qui n’avaient strictement rien à voir avec le FLQ, beaucoup d’artistes, des journalistes, qui se retrouvent en prison ou en cavale parce que… Parce que. Vous me voyez arriver avec mes gros sabots ou pas ?

L'état d'urgence décrété lors de la crise d'octobre au Québec

Si je choisis de faire mon historienne aujourd’hui, c’est pour vous expliquer que l’Etat d’urgence cache en son sein bien plus de mal que de bien. Si l’histoire du terrorisme québécois s’est arrêté là, l’indépendantisme choisissant désormais la voie démocratique (le parti Québécois, souverainiste, gagna les élections suivantes, ce qui entraîna le 1er référendum sur l’indépendance en 80), il reste dans la société québécoise un réel traumatisme. Peur des terroristes multipliée et peur des arrestations arbitraires. Qu’on nous encourage à ne pas sortir de chez nous en situation de danger, ok, même s’il aurait été plus malin de fermes les boutiques et le métro comme à Bruxelles (petite pensée pour les salariés du 14 novembre qui sont allés bosser). Qu’on donne des pouvoirs accrus aux services de police et aux politiques, là, je commence à faire sacrément la gueule. Oui, on vous l’annonce sans trembler, on va réduire vos libertés et même ne plus respecter les Droits de l’Homme mais c’est pour notre bien. D’ailleurs, regardez toutes ces arrestations et gardes à vue qui ont permis de démanteler des cellules terroristes… Ah non, en fait. On en profite plus pour liquider les affaires courantes et tenter de cacher sous le tapis la colère des citoyens en interdisant les manifs. Parce que tous ces gens au même endroit, c’est dangereux. Par contre, continuez à fréquenter les centres commerciaux, prendre le métro ou dépenser vos sous au marché de Noël, promis, on veille au grain.

Affiche lors d'une manif au Québec lors de la crise d'octobre

Réduire nos libertés pour nous protéger ? Quelle jolie fable. Depuis la fameuse loi renseignement, les morts par attentat en France ont quasi été multipliés par 10. Mais la pilule continue de s’avaler sans trop de protestations. Parce qu’on est en France et que quand même, ça va, c’est la démocratie, ça n’embêtera que ceux qui ont quelque chose à se reprocher. Des bavures ? Oui ça arrive mais c’est aussi ça, la guerre [contre le terrorisme], y a toujours des victimes collatérales mais c’est pour notre bien. Dormez citoyens, la police veille. Bon, on n’est pas à l’abri qu’elle vous tire du lit à 4h du mat car elle s’est trompée d’appart mais les dommages collatéraux… Si j’ai choisi l’exemple du Québec, c’est pour montrer à quel point, même dans une démocratie, on n’est jamais à l’abri de perdre notre liberté, un droit pourtant fondamental. Mais les dictatures, quelles qu’elles soient, n’arrivent jamais du jour au lendemain, tout arrive lentement. Habituez-vous à renoncer à vos libertés et le jour où un parti moins démocrate arrivera au pouvoir, il sera trop tard pour s’indigner (et ça peut arriver, arrêtons de nous mentir) (tiens, un petit top 10 des dictateurs les mieux élus)

Coucou, moi aussi, j'ai été élu (j'ai pas mis Hitler pour éviter le point Godwin même si je trouvais l'exemple plus pertinent)

Coucou, moi aussi, j’ai été élu (j’ai pas mis Hitler pour éviter le point Godwin même si je trouvais l’exemple plus pertinent)

Je finirai cet article en citant Edward Snowden, vous savez, ce lanceur d’alerte qui nous a informé des écoutes massives et ce, sans grande réaction in fine de la part des citoyens. “Les gens disent que ça ne les gêne pas les écoutes car ils n’ont rien à se reprocher. Imaginez que vous soyez dans un bar avec un ami et qu’une personne vient s’installer à votre table pour écouter votre conversation… Là, ça ne vous gêne toujours pas ?”.

Faites comme si j'étais pas là...

Faites comme si j’étais pas là…

Alors, la sécurité, c’est plus important que tout ?

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Les dictatures digitales

J’ai une certaine fascination pour les systèmes. Politiques ou d’information. Je suis fascinée tant par les utopies que par les dictatures et ce parce que j’adore les jeux de pouvoir, libertés et responsabilités et des citoyens… Je vais vous préparer un article sur le sujet, tiens. Parce qu’aujourd’hui, je veux vous parler des dictatures du web.

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Travaillant dans le digital, je me frotte régulièrement aux big consortiums qui s’affrontent sur la scène web : Apple vs windows, Facebook vs Google, une magistrale guerre froide avec quelques crises dont l’internaute est un pion souvent peu averti. Bien entendu, personne ne nous oblige à participer au grand jeu mais aujourd’hui, si on peut ne pas s’inscrire sur Facebook et effectuer ses recherches sur Yahoo!, il devient compliqué de vivre hors de la bulle Internet, du moins pour notre génération. Les enjeux sont colossaux et ce qui est formidable, c’est que les limites de ce nouveau média sont bien floues. Tout est donc à peu près permis tant que personne n’a dit que ça ne l’était pas.

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Nouveau rebondissement dans la guerre des Internet : Free a annoncé qu’il allait bloquer les pubs sur les sites, hop, comme ça ! Et c’est parti pour le Ad gate, encore mieux que la crise des fusées de Cuba. D’un côté, Free qui se présente une nouvelle fois comme le chevalier blanc des internautes en leur promettant de sauver leur ordinateur de la lie capitalistes (tout en faisant marcher leur propre machine à cash, les belligérants du web aiment brandir le fanion de nos interêts tout en piquant quelques sous sur notre compte en banque mais c’est légitime hein… ). De l’autre tous les besogneux du Web qui gagnent leur croûte grâce à ladite pub online. Je ne vous cache pas que j’étais à peu près persuadée qu’il s’agissait surtout d’un coup de bluff. Mais au delà de cette polémique, y a une question qui plane, une question qui nous ramène directement à la dictature du web : peut-on censurer un contenu sur le web de façon unilatérale ?

Access-Denied

Oui, ok, on vit mieux sans la pub, détachons nous de ça. À quel moment le fait qu’un fournisseur d’accès à Internet décide que nous n’aurons plus accès à un contenu n’est-il pas complètement flippant ? On s’indigne de la censure qu’applique Google en Chine mais là, vu que c’est la pub qui est visée, tout va bien. Oui bah, tiens, c’est vrai, laissons nos FAI afficher les contenus selon leur bon vouloir. Bien sûr, Free avait prévu la possibilité de désactiver leur bloqueur de pub si vous avez vraiment envie de vous en débarrasser. Mais imaginez quel pas a été tenté : Free décidait de facto que ses abonnés n’auraient plus accès à un type de contenus, hop, comme ça… Et le gouvernement à mollement réagi « oui oh pffff, faut qu’on en parle ». Le fait que Free s’attaque à la pub rend l’histoire moins critique, personne n’aime trop les pubs, surtout ces putains de pré rolls de merde. Mais le problème est ailleurs, dommage que peu de gens semblent en avoir conscience. Tout ça parce que la première victime est la pub…

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Faut-il coucher le deuxième soir ?

Etre blogueur, c’est poser les questions qui dérangent, celles qui ne paraissent pas dans nos médias opprimés par un gouvernement aux allures dictatoriales mais, moi, moi, je prends la parole et j’ose poser les questions que personne ne pose… Sans doute parce qu’en fait, tout le monde s’en fout. C’est ça qui est bon. Donc aujourd’hui, question : doit-on coucher le second soir.

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Hypothèse 1 : nous n’avons pas partagé notre couche dès le premier soir

Parce qu’on nous a souvent dit que coucher le premier soir, ça faisait un peu trop Marye-Salope, vous avez laissé votre nouvel amoureux dormir sur le canapé, le paillasson ou carrément chez lui pendant que vous vous étendiez seule dans votre lit, votre corps en émoi. Etre une fille bien selon ces critères édictés par on ne sait trop qui, ça frustre. Mais
pour ne pas trop brimer votre libido, vous avez un plan : vous avez pris le numéro du monsieur pour lui proposer une soirée dès le lendemain, chez lui ou chez vous. Et là, promis, il pourra voir votre culotte et même l’enlever. Soyons honnêtes, vous passerez pour une accro des mags féminins, une fille pas forcément très fut fut qui pense que parce qu’elle a dit non le premier soir et que le mec est revenu le second, c’est un mec bien. D’expérience, le mec qui ne couche pas le premier soir n’est pas forcément un mec bien.

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Hypothèse 2 : nous n’avons pas couché le premier soir pour des raisons pratiques

Parce qu’on n’a pas pu pour des raisons X ou Y (des règles finissantes, un pote dans la même pièce, insérez une bonne raison ici). Là, on s’en fout, si on est dispo le 2e soir et qu’on en a envie, c’est triplement oh oui !


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Hypothèse 3 : on a couché le premier soir

Puisqu’on a déjà consommé, pourquoi se priver ? Le sexe, c’est un peu comme un pot de speculoos ouvert, puisqu’il est entamé, autant taper dedans avec plaisir. Sauf que le sexe, ça ne fait pas culpabiliser (normalement, si ce n’est pas le cas, vous aviez qu’à mieux choisir votre partenaire) ni grossir. Donc puisqu’on a déjà un peu consommé, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Et bien ce n’est pas si simple. Tout dépend de ce que vous attendez de cette relation. Si ce n’est que du friend fucking, je dis non à la deuxième nuit. Trop se voir finit par créer des liens affectifs forts et on ne sait plus bien. Seule exception tolérée : votre partenaire ou vous-mêmes n’est pas dans sa ville habituelle et ne fait que passer. Là, on a le droit d’avaler le pot de speculoos jusqu’à tant qu’il n’y en ait plus.

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Si vous avez un gros crush pour votre partenaire de couette et que vous l’imaginez déjà père de votre progéniture, co-propriétaire de votre appart et/ou de votre chat, là, je vous le dis net : non, vous ne coucherez pas le second soir. Pourquoi ? Parce que l’heure est grave, vous êtes en plein shoot d’ocytocine et ça ne rend pas très clairvoyant. Or si
vous enchaînez, vous n’allez pas avoir le temps de retomber légèrement de votre petit nuage et analyser légèrement plus froidement la situation. Difficile ? Oh oui mais je sais de quoi je parle, je suis très forte en emballement. Donc le 2e soir, on dort seule chez soi ou, mieux, on passe la soirée avec une amie pour  tout lui raconter. Les amies, ça voit toujours le gros point noir que vous vous obstinez à ignorer du genre “c’est peut-être l’homme de ta vie mais je te rappelle qu’il est déjà marié à une autre, qu’il lui a fait trois gosses et ils ont un bébé Labrador, ça sent pas trop le couple en pleine séparation”. Par exemple. Ne pas quitter l’autre, c’est se créer une dépendance et ce n’est pas très femme des années 2010, si vous voulez mon avis. En plus, dernier élément mais non des moindres : la première nuit à deux est rarement une nuit de sommeil et de repos vu qu’outre le fait qu’on est un peu occupés à se tripoter, je dors toujours mal la première nuit avec quelqu’un. Donc le 2e soir, mieux vaut s’offrir un délicieux roupillon réparateur.

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Mais bon, finalement, la conclusion du faut-il coucher le 2nd soir reste la même que celle du “faut-il coucher le premier soir?” : faites ce que vous voulez.

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Et si l’UMP cherchait à dynamiter le web ?

Hier, Pink et Topper discutaient lip dub à base de « non mais qui fait encore du lipdub après le massacre de l’UMP sur le genre ». Et là, j’ai eu comme une révélation : et si ce lipdub était une stratégie subtile et diabolique pour détruire à jamais le genre Lipdub ? Et si l’UMP fagocitait le web français en détruisant tout ce qui fait le buzz ?

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Bossant dans le web, je suis assez au fait des dernières tendances. Le principe est simple : une agence (en général, ça part des Etats-Unis) propose un truc révolutionnaire et tout le monde suit si ça marche. Genre le lipdub ou le flash mob, par exemple. Mais pour le lip dub, là, c’estr mort de chez mort, faut plus en faire, l’UMP a tout cassé.

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Mais… alors si c’était volontaire ? Prenons Twitter et le sémillant Frédéric Lefebvre qui a eu son compte suspendu le premier jour car il avait, je cite « trop de followers ». Au moins. Imaginons que Lefebvre soit le ver dans le fruit, celui qui ringardise à mort Twitter de par sa seule utilisation. Et ils sont sur Facebook aussi ! Et ils ont des blogs où ils copient-collent les contenus d’autres blogs ! Mon Dieu, ils sont partout, ils ringardisent tout, ils font fuir la horde d’Internautes toujours à la pointe. Mais où allons-nous débattre dans l’espace virtuel ? Sur Meetic ? Je suis sûre que si on cherche bien, on aura quelques jeunes pop’ et peut-être même des membres du gouvernement. Ceci étant, si j’y trouve Laurent Wauquiez, j’en serai ravie.

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Bon, il est vrai que le lipdub fut un merveilleux foirage même si à chaque fois que je pense à Xavier Darcos ou Christine Lagarde, tout plein de grâce et d’élégance dans ce clip, j’ai envie de rire. L’utilisation des médias sociaux laisse à désirer pour la plupart d’entre eux et je suis sûre que si Christine Boutin disait que les rencontres sur Meetic étaient quelque chose de bien, elle nuirait grandement à la vitalité du site. Parce que Christine Boutin, c’est un peu la dame qui a dit que mettre une capote, c’était pas très drôle. D’un
autre côté, coucher sans capote ne m’a jamais fait mourir de rire non plus. Ce serait préoccupant, d’ailleurs… Mais imaginez un peu quels génies de la stratégie on aurait là : « plutôt que de lutter contre le web 2.0 qu’est méchant avec nous, adoptons le en  criant haut et fort que ouais, les médias sociaux, c’est trop bath et regardons les internautes fuir ». Comme ça aucun délit manifeste de censure et ce vilain média qui fait peur se tait de lui-même.

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J’aurais dû faire dictateur.

PS au cas où : bien entendu, cet article est un délire de ma part, interdit de le lire au 1er degré

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C’est l’open bar des opinions racistes

Depuis quelques jours, nous avons droit à un débat sur la burqa. Pourquoi ? Non mais c’est vrai, d’où ça sort ? Pour ma part, je n’ai jamais croisé de femme en burqa, on va partir du principe que ça existe, le gouvernement n’oserait pas nous lancer un sujet extrêmement polémique juste pour nous occuper quand même…  Ahem.

Bref, la burqa. Les journaux se sentent donc obligés de traiter la question en nous assénant des portraits de musulmanes qui nous expliquent que c’est leur choix et
que ce n’est pas juste qu’il ne soit pas respecté. Paris Match n’ayant pas trouvée de femme en burqa a envoyé une journaliste grimée dans la rue pour voir et j’avoue que cet article m’a sérieusement perturbée. J’ai été choquée qu’un serveur ait refusé de servir la journaliste juste parce qu’elle était en burqa et ça m’a fait sérieusement réfléchir à la question. Mais je ne disserterai pas plus sur la question en elle-même, l’article de Valérie a parfaitement résumé ce que je pensais, inutile de réécrire la même chose.

Par contre, en lisant tous ces articles, je me suis évidemment adonnée à mon pire vice : la lecture des comms. Faut vraiment que j’arrête car une fois sur deux, j’ai envie de « crier » sur les gens et ce n’est pas bon pour ma tension. Surtout que là, je sens bien que j’ai définitivement basculé dans la catégorie des surtendus. Mais je ne peux m’en empêcher et là, j’ai découvert (ou redécouvert) une vérité terrible : le Français est raciste. Même pas xénophobe, carrément raciste. Et très con, intolérant. Par exemple, un article dans Le Monde sur une femme qui porte le niqab, c’est parti dans les comms : « si elle est pas contente, elle n’a qu’à rentrer chez elle ! », « dehors », « moi en pays arabe, je me couvre, elle a qu’à se découvrir ici ! ». Et évidemment, personne n’est capable de faire la nuance entre arabe et musulman, c’est du pareil au même et manifestement, les arabes/musulmans sont tous des barbares arriérés qui ont l’outrecuidance de ne pas accepter notre si merveilleuse culture. J’avais lu une fois un comm excellent à ce sujet, sur Rue89, je pense : « Oui, en Arabie Saoudite, on impose à toutes les femmes de se couvrir mais je ne crois pas que la France aurait quelque chose à gagner en se montrant aussi intolérante qu’une
dictature ». Ce genre de commentateurs, j’ai toujours un peu envie de leur sauter dessus pour abuser sauvagement de leur vertu. Quelle réponse merveilleuse ! Mais non, manifestement, puisque les « Arabes » (entre guillemet puisqu’il faudrait parler des Musulmans mais que les commentateurs ne le font jamais) nous impose le voile, nous, on va leur imposer de l’enlever, non mais.

Alors voilà, puisque la burqa est montrée du doigt, c’est le bon moment pour exprimer tout son racisme. Allez, on y va sur l’arriérisme et la barbarie attribués à
l’Islam. Il est vrai que ces personnes ont un peu oublié que les femmes chrétiennes doivent aussi entrer dans une église couverte et que « nos » religieuses  sont également voilées. Et que dire de nos amis juifs qui se couvrent d’une kippa et se baladent dans la rue avec leur chapeau dont je ne connais pas le nom et leurs anglaises ? C’est également un signe ostentatoire de religion et ça a d’ailleurs été interdit dans les écoles publiques mais curieusement, on s’énerve moins contre ça. Mais bon, il est moins admis d’être antijuif qu’anti arabe (les deux étant de l’antisémitisme, à l’arrivée), apparemment.

Et au fond, dans ce débat sur la burqa que je trouve un peu surréaliste (mais bon sang, pourquoi ça sort maintenant ?), c’est cette impression que ça autorise
les gens à se complaire dans un racisme primaire pourtant interdit par la loi, à priori. Plutôt que de rejeter violemment tout ce qui ne correspond pas à notre idéal judéo-chrétien, pourquoi ne pas comprendre enfin l’intérêt d’un multiculturalisme ? A Londres, certaines vendeuses sont voilées et après ? Ca ne les rend pas moins compétentes, c’est leur choix, je ne vois pas en quoi, moi, ça me dérangerait. Et pour ceux qui sont prêts à me dégainer la carte de la laïcité, j’ai une question : trouvez-vous normal que dans un pays aussi fier de sa laïcité, tout un gouvernement se soit rendu à l’église pour prier pour les défunts  du vol AF447 ? D’autant que des cérémonies ont aussi eu lieu dans des synagogues et mosquées donc le choix d’aller à l’église montre bien qu’avant d’être laïque, la France reste avant tout catholique.

Quoi qu’il en soit, cette affaire me semble agiter de mauvais épouvantails et montre qu’en France, en 2009, soit tu suis la culture judéo chrétienne, soit tu te
barres. Tant pis pour ce que tu aurais pu apporter d’un point de vue culturel, on s’en fout, on n’en veut pas. Les « Arabes », ils se dévoilent ou ils se barrent.

Navrant.

PS : Pas d’images pour cause que ça fait 2h que j’essaie d’en mettre et ça marche pas.

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Je suis journaliste et je t’’emmerde

Depuis quelques temps, les commentateurs en désaccord avec moi me sortent l’argument ultime, ils m’attaquent sur ma profession. Je ne suis pas d’accord avec eux, c’est donc que je suis une mauvaise journaliste. J’ose émettre une opinion sans avoir fait 10h de recherche documentaire ? Je suis donc une mauvaise journaliste. Et bien première nouvelle les enfants : ici, ce n’est pas la journaliste qui s’exprime mais la femme qui, comme vous, a des opinions.

femme-journaliste

Là, il est quasiment 1h du matin, j’écris cet article en speed avant d’aller au lit. Les autres soirs, c’est pareil voire plus tard. J’écris d’une traite, en 30 mn chrono, je dis ce que j’ai sur le cœur comme n’importe quel blog intime, des trucs que j’ai pensé dans la journée, des situations que j’ai observées, tout ça, tout ça. Donc effectivement, pour écrire sur ce blog, je ne fais pas 3h de recherche documentaire. Au plus, je vais vérifier un nom sur wikipedia si j’ai un doute où j’avoue carrément que je sais plus parce que j’ai pas envie de chercher. Je fais déjà l’effort de faire un article par jour, ce blog est un loisir, pas un taff donc ça va aller. Bref, je suis sur ce blog comme je serais dans un café face à vous, pendant une conversation anodine. Quoi que des fois, j’ai pas le temps de développer un argument parce qu’après, on dit que mes articles sont trop longs (5 mn de lecture, c’est déjà trop apparemment, pour certains). Alors évidemment, ça me saoule quand on m’attaque sur ma profession sur ce blog où je n’expose rien de ce que j’écris pour le taff. Ca me saoule que dès que je suis pas d’accord avec quelqu’un, on me critique sur mon boulot. Mais bon, je me leurre pas, je serais prof, les mêmes personnes me balanceraient sans doute qu’ils plaignent mes élèves, si j’étais femme de ménage, qu’ils me confieraient pas leur chemise à repasser, etc.

 

Alors, oui, je suis journaliste mais je suis aussi citoyenne, personne normale qui lit des livres et des magazines, regarde la télé, écoute la radio, sort, voit du monde et, forcément, a des avis. Comme tout le monde. Je suis exaspérée quand on me balance dans la gueule un « en tant que journaliste, je suis étonné que tu regardes pas tout sur un sujet avant d’émettre un avis ! ». Ah parce que vous le faites, vous ? Je devrais me taper la Bible, le Coran et la Torah avant de choisir ma religion ? Et encore, même pas, en ne me penchant que sur les religions monothéistes, je fais de la discrimination, là, attention ! J’ai des avis comme vous et je vois pas pourquoi je devrais respecter les vôtres quand vous ne respectez pas les miens. Débattre, ce n’est pas chercher à convaincre à tout prix en attaquant bassement la personne quand elle ne se laisse pas convaincre. Mes journées ne font que 24h, comme les vôtres, je passe une grande partie de mon temps à balancer des CVs et écrire. J’ai aussi une vie sociale et j’en ai besoin parce que rester chez moi toute la journée à candidater, ça vous mine vite une Nina. Le soir, j’aime tricoter devant la télé, ça me détend, j’aime lire, aussi. Donc je vois pas pourquoi en plus de tout ça, je devrais me taper des recherches documentaires dès que j’avance un avis. Ici, je ne fais ni une thèse ni un article journalistique, je partage juste une vision personnelle du monde. C’est pour ça que ce blog est classé en journal intime, d’ailleurs. Qu’on ne soit pas d’accord sur tout, ok, mais vous ne connaissez pas donc calmez vos ardeurs sur les jugements personnels. Je peux avoir des échanges parfois houleux (c’est un peu le problème de l’écrit, les commentaires sont courts) mais ce n’est pas pour autant que je suis fâchée. Lil et moi n’étions pas d’accord dimanche, ça ne nous a pas empêché de boire un verre ensemble hier (y avait Summer aussi !), sans tension aucune. Parce que l’une comme l’autre comprenons la limite d’un débat en comm.

 

Aujourd’hui, il y a des choses que je n’ose plus dire sur ce blog. Je ne partage plus ma tristesse car je sais que ça ferait plaisir à certains qui me lisent et n’attendent qu’une chose : que je me plante. Y a qu’à voir les comms sympas d’anonymes que je me prends parfois. Oui, je sais, c’est le jeu, je suis pas la seule à m’en prendre dans les dents, bien sûr, je ne dis pas le contraire. Mais quand je lis que Loïc Le Meur ferme ses comms à force de se faire insulter, je me dis que trop de gens se servent des blogs pour se défouler sur des inconnus. Le Meur, on aime ou pas mais si on aime pas, je vois pas bien l’intérêt de l’insulter. C’est tellement plus facile de se défouler derrière un écran ! Si vous voulez vous défouler, achetez un punchin’ ball, y en a même pour les bureaux. Des fois, je suis tentée de modérer les comms puisqu’après tout, c’est quand même mon espace ici et je peux tout à fait décider qui est le bienvenu et qui ne l’est pas. Je n’ai pas envie de le faire, ne serait-ce que pour permettre aux gens de se parler s’ils en ressentent le besoin. Et comme je suis pas là tout le temps, je peux pas les valider en temps réel. Je n’ai pas envie d’établir une dictature, de virer les comms qui me dérangent (sauf très rares exceptions). Mais c’est clair qu’à partir de maintenant, je me ferai plus chier à répondre à ceux qui me balancent dans la tête que je suis une mauvaise journaliste, juste parce que je suis pas d’accord avec eux et que je me laisse pas convaincre.

Et pour être méchante, je vous mets un article journalistique que j’ai écrit pour un webzine mais que j’ai jamais envoyé donc pas publié (pas la peine de le chercher sur le net, quoi).

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Cachez ce sang que je ne saurais voir

Actuellement, je suis en vacances chez mes parents et ça fait du bien mais c’est pas le sujet de l’article. Hier ? On regardait le JT de 13h sur France 2, suivi par l’hebdo du médiateur, l’émission où les téléspectateurs râlent. Hier, le thème était : on a vu un reportage sur le Turkménistan dans Envoyé Spécial et ça nous a dérangé car la journaliste a mis sa vie et celle de ses complices sur place en danger. Et alors ?
 
Hier, j’ai pu prendre conscience à quel point la réalité peut déranger à la télé. Surtout à la télé car l’image donne un vernis de vérité au propos. Parce que le même reportage à l’écrit serait passé relativement inaperçu parce qu’on ne voit pas. Lors qu’à la télé, on voit donc c’est vrai. Bon, j’écrirai sans doute un article sur la magie du montage mais c’est pas tant le sujet de l’article du jour. Donc hier, j’ai appris que la télé ne pouvait pas montrer que dans des pays dont on ne parle pas au JT, il y a la guerre. Ben merde alors !
 
La semaine dernière, j’ai lu le nouveau bouquin de David Abiker, Le mur des lamentations. A un moment, il regarde le JT de 20h et explique en gros
qu’il aime ce moment où le présentateur lui donne l’impression qu’il a échappé à tous les malheurs égrenés pendant l’émission. Or, là, sur notre Turkménistan, une dame explique : « moi, j’ai été révoltée par ce reportage parce que quand je suis partie me coucher, je me sentais coupable et que je pouvais pas les aider. ». Oh la vache ! Oui parce que le malheur, on veut bien le regarder si on peut se racheter une conscience après. Le Wolrd trade center ? Une minute de silence, peut-être quelques dons et voilà, notre conscience est apaisée. Le tsunami ? Quelques dons et on oublie. La misère en Afrique ? Quelques sous expédiés, un peu de riz et un cahier et voilà, on dort tranquille. Limite, ça me fait penser aux
indulgences vendues par l’église à la période moderne qui permettaient de racheter ses péchés. C’est pas mieux, franchement !
 
Sauf que le monde n’est pas un épisode des Bisounours où tout est bien qui finit bien. Je ne dis pas que c’est mal de donner de l’argent aux assos, d’apporter sa petite pierre à l’édifice car, effectivement, si personne ne fait rien, ça n’ira pas mieux. Mais est-ce parce qu’on a donné 30 euros qu’on doit se laver les mains du malheur du monde, regarder le JT en toute sérénité parce que les gamins qui crèvent de faim, ça fait mal au cœur mais « nous, on a donné ! ». Ce qu’on veut voir au JT, c’est soit ce qu’on peut arranger (ou du moins croire que…) ou que ce soit des affaires qui ne nous concernent pas. L’Irak, c’est moche mais c’est la faute aux Américains. Nous, on voulait pas y aller, on a bien fait. Le Liban, c’est pas beau mais on fait partie de la force internationale, on s’implique alors ça va, on est rassurés.
 
Mais nous montrer tout ce pan du monde où la France ne cherche absolument pas à intervenir alors qu’il y a à faire, non, non, on ne veut rien voir.
Ni la dictature, ni la barbarie. Pas de cadavres non plus. Comment le sang peut-il couler sans que la France réagisse ? C’est impensable enfin ! Alors cachons ce Turkménistan au nom imprononçable qu’on ne sait même pas placer sur une carte ! Parlons plutôt du Liban et de la misère en Afrique, ça nous rassure, on a déjà donné donc on peut regarder en tout sérénité.
 
En tant que journaliste, je me pose des questions quand j’entends ça et je suis franchement écoeurée. Il est évident qu’on ne peut pas parler de tout, surtout à la télé. En 30 mn, faut caser le national, l’international, le sport, l’insécurité, le sabotier de Charentes et l’interview de la starlette à la mode. Dans la presse écrite, on peut proposer des reportages sur le Turkménistan, le Kirghizstan ou l’Ingouchie mais à la télé, non. Le pire, c’est quand on ose montrer un cadavre avec du vrai sang qui coule. Non mais vous imaginez ! On est en train de manger notre entrecôte purée maison et on nous montre un mort. Un mort pour lequel la France n’a rien fait et pour lequel on n’a pas envoyé d’argent ; Bouh, non alors, c’est pas possible ! Comment ose-t-on nous étaler ça sous le nez ? Le monde est moche, on le sait, pas la peine de nous le rappeler tous les midis et tous les soirs. Et si, en plus, pendant les émissions d’information, on nous rallonge la liste des pays où ça va mal plutôt que de nous montrer la jet set en vacances, c’est plus possible !
 
Mais croyez-vous vraiment que c’est parce qu’on ferme les yeux que les problèmes n’existent plus ? Faisons l’autruche et vivons heureux dans un
monde rose bonbon au parfum de guimauve. Evidemment qu’on ne peut pas régler tous les problèmes. Evidemment qu’il ne suffit pas d’un claquement de doigts pour régler la misère dans le monde et installer des régimes non répressifs partout dans le monde. Evidemment qu’il ne suffit pas de regarder pour que les guerres cessent. Mais cessons de nous voiler la face : à quoi ça sert de gueuler parce que des journalistes parlent d’un pays dictatorial où les journalistes locaux meurent en prison suite à des coups et blessures ? Pour une fois qu’une émission de télévision nous propose un reportage qui sort un peu des sentiers battus et arrête de brosser le spectateur dans le sens du poil, on devrait plutôt applaudir !

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