Quand les manifs redeviennent utiles

Ces derniers temps, je suis un peu moins l’actualité, essentiellement parce que mon nouveau taf aspire totalement mon énergie vitale mais j’ai cru voir qu’il y avait une petite manif prévue le 17 novembre rapport à l’augmentation du prix du carburant. Et je vois tout le monde se foutre sur la gueule entre les pro et les opposés à cette manif parce que le FN l’a déjà récupérée, parce que la voiture, ça pollue… Alors mon avis en deux secondes : c’est sans moi le 17 parce que je suis résolument opposé au tout voiture même si j’ai conscience que dès que tu sors d’une métropole, il devient vite compliqué de se déplacer et que c’est toujours gonflant de voir d’un côté une hausse des taxes* et de l’autre toujours plus de petits cadeaux fiscaux. Mais bon, voilà, on serait allé manifester pour multiplier les transports en communs propres qui désenclavent certains territoires, ça aurait été oui. Et puis j’ai pas de gilet jaune. Mais je suis un peu intriguée : ça remarche les manifs, maintenant ?

Le gilet jaune pour la manif du 17 novembre

Non parce que ces derniers temps, on entendait tellement “les manifs, ça sert à rien” et, curieusement, j’ai la sensation que le 17 novembre, ce sont pas mal de ceux qui nous méprisent un peu d’aller marcher le 1er mai et d’autres occasions parce qu’à part des vitrines cassées, y a zéro résultat. Mais là, du coup, pour le carburant, y a de l’espoir !

la manif du 17 novembre contre la hausse du carburant

Alors certains se désespèrent de ne voir aucune réaction sur des sujets hautement plus préoccupants comme le réchauffement climatique, le chômage, la politique quand même bien à droite pour un mouvement qui se revendiquait ni de droite, ni de gauche (du coup, je m’interroge pas mal sur ceux de gauche devenus marcheurs… Je veux dire pourquoi se dire à gauche si on ne l’est pas ?), la solidarité envers les sans papiers, la dénonciation de la violence faite aux femmes (c’est le 24 novembre)… mais pour l’essence, par contre, ohlala, y a du monde. Alors c’est vrai et je suis encore plus agacée de voir le mouvement bien récupéré par diverses mouvances politiques bien opportunistes sur le coup. Oui parce que j’en ai un peu assez de cet espèce de paternalisme des politiques qui croient qu’ils ont toute légitimité à prendre la tête de la colère des citoyens.

Les politiques en manif

Bordel, la brochette de l’angoisse…

Mais j’ai du mal à cracher sur ce mouvement. Déjà parce que si on le vide de ses récupérations politiques, il ne s’agit pas tellement de manifester contre une communauté, pour lui interdire une égalité de droits, cf la Manif pour tous. Non parce que la Manif pour tous, j’ai jamais compris l’intérêt de se mobiliser contre un projet de loi qui ne nuit à personne. C’est plus l’incarnation d’une colère, d’une goutte d’eau. Est-ce que je suis ravie que ce soit pour le coup de l’essence ? Non. Est-ce que je suis rassurée de voir que la soumission à un pouvoir, celui qui t’explique que les choses sont ce qu’elles sont car un mec a été élu pour cinq ans et que faut respecter et ferme ta gueule, n’est pas totale ? Assez oui. Juste parce que ça montre que les citoyens ne sont pas si dociles que ça. Et puis, de façon absolument mesquine, ça me ferait doucement ricaner que ce soit vraiment la berezina pour ce gouvernement qui se fout de notre gueule sur la question de l’écologie depuis un an et demi (putain, c’est tout…) à cause d’une histoire d’essence…

Essence et écologie

Et comme on n’est pas si docile, le 24, on défile contre la violence faite aux femmes ! Enfin, moi, je ne serai pas sur Paris parce que c’est compliqué de trouver un week-end pour descendre chez mes parents (faut qu’on se batte pour nos retraites parce que mes parents ont un de ces agendas depuis qu’ils bossent plus… bon, en vrai, la plupart du temps, ils s’occupent de Saturnin et Pivoine) mais je serai à la prochaine, promis !

Manifestation contre la violence faite aux femmes

* Oui, je sais que ce n’est pas la seule raison de l’augmentation mais vu que c’est pas du tout le sujet de l’article, j’abrège.

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Jour de manifestation

Ceci aurait pu être une lettre mais finalement, je choisis un autre format. La narration, le bon vieux journal extime du début. Parce que je suis toujours effarée par le décalage entre ce que je vis et ce que je peux voir sur les réseaux sociaux, les narrations médiatiques des manifestations qui ne se concentrent que sur la violence et les vitrines cassées. Et vos larmes sur ce verre brisé plutôt que sur ceux qui ont pris des coups de tonfa au mieux ou, à l’époque, avaient perdu un oeil me navre toujours autant. Parce que la manifestation, c’est un beau moment de partage, en vrai.

Manifestation du 5 mai 2018, la fête à Macron

Juste un point sur la violence avant de poursuivre : je trouve ça absolument navrant. Pas que je sois triste pour les vitrines, les assurances sont là pour gérer ça. Ca m’agace juste parce que c’est précisément ce qu’attendent les médias. Vous vous souvenez, le CPE en 2005 ? On filmait surtout les gamins de banlieue (ou supposés l’être) tabasser des manifestants pour les voler ou casser des vitrines. A présent que les banlieues restent de leur côté, il fallait un nouveau bouc émissaire et ça tombe bien, voici les black blocs. Alors je ne suis pas sans savoir qu’aucune révolte ou révolution ne s’est faite sans violence, ok, mais calmez-vous deux secondes : un McDo n’est pas la Bastille et surtout, ça me rend très en colère de vous voir foutre la merde et vous tirer rapidement de là car vous vous êtes entraînés pour ça et laisser ceux qui étaient juste venus manifester payer les pots cassés.

Manifestation du 5 mai 2018, la fête à Macron

Mais revenons à la manifestation. L’an dernier, premier mai, je défile avec Victor et sa soeur, nous sommes à la fin du cortège. On marche joyeusement de République à Bastille. Le ciel est bleu, il fait chaud, l’ambiance est festive. Des pancartes marrantes que l’on prend en photos, de la musique, des rires, une bonne humeur de malade. Arrivés à Bastille, on voit que tout est terminé, on rentre donc. Je m’étonne un peu car il me semblait qu’on devait aller jusqu’à Nation mais ok. On retourne à la maison de très belle humeur et là, sur Twitter, on découvre que c’est la guerre. Mais quoi ? Un peu comme quand on était allés en Grèce lors du référendum, que les médias français décrivaient un pays au bord de la guerre civile, et bien… absolument pas.

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

J’ai manifesté samedi. Nous n’avions pas fait le 1er mai pour cause de week-end à Hambourg mais nos copains qui y sont allés ont juste expliqué qu’ils avaient fait demi-tour un peu rapidement, ce qui les saoulait, d’ailleurs. On était confiants : pas de débordement en vue. D’abord parce que ce n’était pas le sujet et surtout… j’ai découvert que j’avais quelques sympathisants du cortège de tête dans ma timeline Twitter et il suffit qu’on prononce “FI” ou “Mélenchon” près d’eux pour qu’ils vomissent de la purée de pois en proférant des insultes, un peu. Donc je ne voyais pas dans quel univers ils se mêleraient à une manif très proche de la FI même si, officiellement, c’était un peu apolitique. Et effectivement, c’était très bon enfant et venez pas chialer sur un pare-brise brisé, par pitié.

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

Pourquoi j’aime les manifestations ? D’abord l’ambiance et la bonne humeur. Nous étions venus en petite délégation, une petite dizaine de personnes, nous avons fini à trois, finalement. On avait d’autres camarades quelque part mais vu le monde, on ne les a pas croisés. Tu as des fanfares, des banderoles et slogans qui font sourire voire rire. Il y a l’église de sainte consommation, des Macron animés, des chants, du rire. Beaucoup d’enfants aussi. Un peu de merguez aussi et des vendeurs d’eau à la sauvette qui avançaient par à coup, si bien qu’on en a croisé un quelques fois, ça avait comme un goût de bug dans la matrice. Et puis, il y a une certaine mixité sociale. Si les banlieues sont peu ou pas présentes (et c’est un vrai enjeu de militantisme, d’ailleurs), on croise des personnes de tout âge et d’un tissu social allant des plus précaires aux classes moyennes aisées. Pas mal de personnes âgées assez malicieuses, on a aussi croisé des gens en béquilles, déambulateurs, qui marchent malgré tout.

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

Mais surtout, ce que j’aime le plus, c’est que la ville nous appartient. J’avais eu une belle expérience à Toulouse, en passant dans la rue d’Alsace-Lorraine (qui était dédiée aux voitures à l’époque, je crois que ce n’est plus le cas), passant par là avant le cortège. Voir la rue du milieu de la chaussée en prenant le temps de déambuler, c’est délicieux. Bon, en plus, comme un fait exprès, les manifs du samedi qu’on peut faire sont toujours sous un grand ciel bleu… Sortez la crème solaire le 26 mai ! Hier, je n’en ai pas mis, j’ai la lanière de mon sac tatouée à blanc sur ma peau rougie…

Manifestation du 05 mai 2018, la fête à Macron

Alors la prochaine fois, tentez l’expérience. Peut-être que vous verrez qu’une manifestation, c’est bien plus qu’une vitrine cassée mais un élan, un espoir que demain, on arrêtera le massacre. C’est pas la manifestation qui fera basculer les choses, sans doute. Mais ça rappelle que non, nous ne sommes pas seuls à croire en des lendemains meilleurs.

 

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