On pardonne mieux aux hommes

On dit souvent qu’être une femme au travail, c’est pas trop la panacée : salaire moindre, suspicion d’une éventuelle grossesse passée 30 ans, évolution compliquée… La faute à notre utérus qui nous poussera forcément à devenir mère donc moins impliquée. Oui utérus = désir de maternité, o-Bli-gé. Même si t’es lesbienne. Mais notre utérus n’est pas notre seul ennemi, non, non ! Il y aussi nos grandes facultés d’organisation.

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Forte de mes 6 ans (!) d’expérience, j’améliore sans cesse mon organisation professionnelle. J’ai mon cahier prise de note, mon cahier To do list et j’envisage de me faire une grille excel avec mes tâches quotidiennes. Parce que je dois l’avouer, je suis efficace dans mon travail car salement accro au cochage, à l’élimination des tâches. A tel point que je commence à faire des To do list pour ma vie privée. Hashtag tarée psychorigide obsessionnelle, choisis ton camp. Récemment, ma chef me confiait dans un taxi nous ramenant au bureau que c’était moi la plus organisée du pôle. Enorgueillie j’étais car en début de carrière, c’était pas vraiment ma top qualité… Maintenant, je liste, je priorise et je vire Ninja des powerpoints et des excels, l’hystéro du « tu peux pas avoir du Century gothic et du Arial sur la même slide ! Et harmonise tes titres, y en a pas 2 de la même taille ». Y a des jours où je me fais peur… Bref, je suis un soldat très appliquée.

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Ça tombe bien, on ne me passerait guère d’errance sur le sujet. Car je suis une femme. Discussion entendue par le passé dans le milieu pro « les filles sont bien plus organisées que les garçons ! D’ailleurs, je voulais à tout prix une fille comme assistante ! ». Grincements de dents de ma part. Déclaration isolée ? Tu parles ! Que celui ou celle qui n’a jamais observé de différence h/f de remontrance sur des boulettes d’organisation me jettent la première pierre ! Dans un de mes anciens tafs, il y avait un mec genre personnalité cool, entre le fluokid et le hipster. Très sympa et bon en reco mais nettement moins efficace en gestion de projet, toujours à zapper des trucs parfois assez importants. Le mec a connu une progression fulgurante. Dans le même temps, je me prenais dans la gueule que je manquais d’autonomie car par 2 fois en un mois, une cliente a vu un commentaire exigeant une réponse avant moi. Oui pardon, parfois, je suis en réunion ou salement concentrée sur une tâche… Bref, on pardonne mieux aux mecs.

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Et j’ai d’autres exemples du style. Manager homme ou manager femme, j’ai souvent la sensation qu’on n’attend pas pareil d’un homme ou d’une femme car on les considère pas de la même façon. On attendra d’un mec des coups d’éclats, de la tchatche. D’une femme un travail impeccable et organisée. Une gentille petite soldate appliquée, une bonne élève consciencieuse. Sauf que j’ai pas envie d’être juste une bonne élève. Moi aussi j’ai de la tchatche et je peux avoir tout autant qu’un homme des bonnes idées. Des idées, j’en ai 13 par minutes alors sur le lot, on peut bien dégager des trucs cools. Pendant les brainstormings, je ne me contente pas de dessiner des fleurs sur un coin de mon cahier, quoi… Ca me saoule. Ca me saoule de sentir qu’on sera moins coulant avec moi pour une connerie organisationnelle qu’avec un homme. Ca m’agace de me dire que dans mon ascension à moi, je risque parfois de trébucher sur des petits riens, petits riens qui n’entraverons pas la montée d’un homme parce que bon, tu comprends, c’est un homme, il est forcément moins organisé.

jesus

Moi aussi, je vaux mon pesant de cacahuètes et pas qu’un peu. Pas parce que je suis une femme. Juste parce que j’ai oubliée d’être con et que je suis suffisamment au fait de mon taf pour avoir des idées (bonnes souvent) et être capable de faire plus qu’un bête travail exécutif de fille organisée.

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Déjà que je suis moins payée, si en plus, j’ai moins de chance d’avoir de belles opportunités car une fille, c’est un peu trop bêtement appliquée… C’est ça être  une femme : même nos qualités sont des défauts.

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Oh mais bosser jusqu’à 65 ans, c’est rien !

Deux ans plus tard, je réagis un peu à la question des retraites, j’aurai un jour la prime de la réactivité, je vous promets. Evidemment, on peut se demander si la question des retraites a une réelle légitimité sur un blog s’appelant les vingtenaires mais je pense que oui car le problème nous touche au premier plan. 


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Principe de base : va falloir travailler plus longtemps pour payer les retraites de tout le monde, solidarité, tout ça. Moi, je dis pourquoi pas. Après tout, les 30 glorieuses, c’est fini et la solidarité, ça me plaît, tous la main à la pâte (et au porte-monnaie). Ouais, je suis le genre de meuf à payer les impôts sans trop s’indigner, essentiellement parce qu’on me prélève un peu tous les mois et que ça me fait pas trop mal au cul. Sauf la redevance télé, ça me saoule de payer pour une télé regardée par les + 70 ans… Mais j’écoute la radio publique alors je dis trop rien (et y a des trucs bien sur France 4 et 5 aussi). Alors ok, cotisons ce qu’il faut. 42,5 ans pour partir avec la retraite à taux plein. Oui alors si on considère que j’ai eu mon premier CDI à 27 ans et que j’ai pas mal bossé à droite à gauche avant, on va dire 26 ans, 26+42,5 ans = 68, 5 ans. Youpi les amis, pas de panique, il me reste quasi 15 ans de retraite si je suis conforme à l’espérance de vie moyenne, youhou !

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Sauf que. Mon calcul (simpliste) est bien joli mais je vois un souci en amont et en aval qu’on appelle communément le chômage. Prenons le problème sous un autre angle : les gens vivent plus vieux donc faut cotiser plus longtemps pour permettre aux vieux de ne pas crouler sous la misère. Ce qui reste assez relatif, ma grand-mère avait environ 300 € de
retraite… Léger mais bon, soit. Moi, je veux bien cotiser longtemps mais d’abord, mon métier, faut des bac++ pour l’exercer donc par souci de calcul, on se retrouve diplômés à 25 ans. Mais là, drame, même pas on a du boulot à la sortie et notre diplôme marron douteux sert juste à orner les toilettes (c’est marrant comme la couleur du diplôme va parfaitement dans ce lieu magique, c’est pour en illustrer la couleur). Selon les statistiques, un jeune diplômé met un an et demi à trouver son premier emploi donc 26,5 ans + 42,5 = 69. Certains verront dans ce chiffre hautement érotique une allégorie de la baise monumentale que nous inflige le système mais je ne suis pas là pour dénoncer, moi, je calcule. Ok donc on va bosser jusqu’à 69 ans. Question : quelle entreprise voudra de nous à 69 ans ?

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Je vois la vie professionnelle ainsi, vision toute personnelle certes mais je pense que la plupart sera d’accord : début de carrière, on se défonce puis plus on avance, plus nos priorités changent. Surtout que l’ingratitude de certains patrons n’aide pas à se défoncer soirs et week-ends en sus.   Au début, on avance, on apprend, on progresse. Puis un jour, on trouve que notre vie privée en a pâti et on rééquilibre. On laisse tomber les dossiers à ramener à la maison. De toute façon, je trouve ça assez stupide avec le recul, arrive un moment où 12h de boulot dans la journée ne peut pas être synonyme d’efficacité, le cerveau fait pshhhttt ! Peu importe, la vie et l’âge font qu’on baisse en performance et en ambition. Or imaginons que par un drame épouvantable, on se retrouve au chômage à 55 ans. Selon mon calcul, il nous reste 14 ans à cotiser, le tiers ! On fait quoi ? On postule bien sûr mais qui voudra de quelqu’un plus proche de la retraite que du début de son activité et qui n’a plus grand-chose à apprendre de la vie professionnelle. Car là est tout le drame de ma démonstration. Travailler plus longtemps, ok, mais au vu de la précarité de nos emplois, qui pourra vraiment cotiser à taux plein ? Plus j’avance dans ma vie professionnelle et plus je vois des employés jetés à la poubelle à la première crise. La rupture conventionnelle, c’est sympa mais pas que pour les employés, en fait… Si je prends mon cas, il y a 6 mois, je bossais dans une boîte ayant 11 employés à temps plein sur Paris. Aujourd’hui, ils sont 3 et nous n’avons été que 3 à partir volontairement… Oui, si tu comptes, 5 ont sauté du jour au lendemain à cause de la crise… Bon, par la magie de
l’interchangeabilité des employés, 2 d’entre eux sont à nouveau en poste, 1 en pleine création d’entreprise et les 2 autres, je sais pas. Dans ma nouvelle boîte, ça rentre et ça sort dans tous les sens, je ne comprends pas bien. Mais en somme, si t’es pas content, tu pars, on ne te retient pas. Nul n’est irremplaçable. Alors quand on arrivera à l’âge de la baisse de régime, qui va nous garder, franchement ? 

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Mais ça, personne n’en parle, on préfère se dire que les gens sont juste paresseux et ne rêvent que d’une vie oisive. Mais bien sûr…

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