Et si tout n’était question que de chlore

Ceux qui me lisent ici et sur Twitter l’ont peut-être remarqué : depuis quelques temps, je suis assez agacée et cynique, notamment sur ma carrière qui me pose quelques questions (surtout quant à la prochaine branche, en fait). Dépressive ? Non, à côté de ça, je suis très heureuse dans ma vie privée, je profite des moments entre amis, avec ma famille ou avec mon Victor adoré, j’ai la banane avec eux.

BONHEUR-ASTUCES

J’en arrivais cependant à un point critique de démotivation, ce moment où quand ton réveil sonne, tu as envie de dire “non”. Ce point critique où tu prends tout mal, que le moindre mail t’exaspère, où tu arrives le matin en pensant au moment où tu pourras repartir le soir commencer ta “vraie vie”. J’en étais là, essayant de poser un peu les choses, réfléchissant à ce que je voulais faire vraiment. Et puis…

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Je suis retournée à la piscine.

piscine

Comme je le disais précédemment, nous avons changé de locaux et je me retrouve donc à moins de 10 minutes à pied de ma piscine prout prout, avec son eau fraîche et ses nageurs au niveau quand même très moyen. Non mais l’autre jour, j’ai réussi à doubler une nageuse alors que j’en étais à mes longueurs “bras uniquement”, celles où je me meus avec une lenteur assez exaspérante mais c’est bon pour mes bras, mes épaules, mes pectoraux et mon gainage. Alors que mes camarades se rendaient à la cantine, je prenais mon petit sac, résolue à tenter un 2 km crawl… Distance que j’ai avalée sans difficulté et avec une certaine fierté.

crawl

Et quand je suis revenue à mon taf, j’étais une autre. Une renaissance. Ma motivation était revenue, ma pêche aussi. J’y suis retournée le lendemain puis deux fois la semaine suivante et mon humeur remontait au Zénith, mon sens de l’initiative renaissait de ses cendres. Après un deal avec ma chef, il était donc décidé que je retournerais à la piscine deux à trois fois par semaine. Un détail qui change tout.

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Et c’est là que je me demande si ma crise existentielle n’était pas liée à mon manque de natation. Depuis mon arrivée à mon nouveau boulot, mes séances se distanciaient de plus en plus : je finissais trop tard le soir pour aller piquer une tête, mes week-ends étaient trop plein de Victor, de mes amis, de ma famille, de glande, aussi. Pourtant, je n’ai pas arrêté le sport pour autant, j’allais transpirer sur des machines de fitness, enchaînant les kilomètres de vélo elliptique, vélo, rameur et tapis, me fixant un objectif de 15 km en séance solo et 13 km en séance duo (c’est difficile de garder un bon rythme quand on vous parle). Mais la nage, c’est autre chose.

natation

La nage, c’est la sensation d’apesanteur, de fraîcheur alors que tu te dépenses, de relatif silence aussi. Comme je crawle avec un tuba, mon visage est sans cesse immergé, je retrouve l’état méditatif que j’ai en plongée, quand tu es littéralement dans ta bulle.

nager

Et si mon bonheur incluait finalement le chlore, les palmes, le tuba et les plaquettes (je suis super équipée) ? Si “se dépenser” ne m’avait juste pas suffi pendant ces mois sans piscine et qu’il suffisait juste de ça pour aller mieux, pour relever le poing et gérer les tâches sans faiblir. En 10 jours, j’ai établi une nouvelle stratégie de to do list, prévu quelques projets “persos” à vendre à ma boîte, eu 150 idées pour faire un peu de freelance, eu 13 idées de blogs “pour la visibilité”…

Young woman  planning  work at outdoor.

Young woman planning work at outdoor.

En 10 jours, je me suis retrouvée, j’ai aussi testé la vie commune avec Victor et nos chats (une grande aventure). Autant vous le dire : j’ai la patate.

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Etre ringard, c’est over hype

Des fois, je suis hallucinée par les lois de la hypittude. Outre le fait que les choses se périment à une vitesse telle que quand vous entendez Justice à la radio, Technikart, ça fait 4 mois qu’ils en ont parlé et c’est déjà dépassé. M’en fous, j’aime bien Justice et quand j’aurai récupéré le net, je m’en ferai une sonnerie, na.


Donc je lis Technikart, vous le savez, je suis fan. J’ai découvert récemment que beaucoup de gens avaient une espèce d’affection répulsive pour ce magazine. On est exaspérés par son ton prétentieux et bobo parisien, par ses changements d’humeur (tu détruiras demain ce que tu honores aujourd’hui, ou l’inverse), ses phrases mystiques mais on l’achète et on adore ça. Un jour, j’aurai ma chronique dans Technikart. Bref, sur le numéro du mois de juillet, on m’explique qu’en ce moment, c’est la super mode des méta beaufs à la Teki Latex (oui, je sais, je le tape un peu trop souvent mais il me saoule), Simone elle est bonne, Yelle…Les stars de myspace. Vous allez me dire que myspace, tout le monde est potentiellement une star dessus mais tous ces gens là sortent des albums et se font de la tune avec parce qu’il y a des gens pour l’acheter aussi. Plus t’es ringard et plus tu vends. Alors si être ringard, c’est hype, moi qui refuse d’entrer dans cette nouvelle mode je suis quoi ? Je peux pas être ringarde, sinon, je serais hype donc j’aurais ces CD chez moi. C’est la quadrature du cercle.

En lisant ce dossier (très bien fait au demeurant), je me sentais un peu tendue : ces gens là sortent de nulle part, deviennent des espèces de méga star du net et retomberont dans l’anonymat demain. Andy Warhol avait raison en disant qu’on aurait tous nos 15 minutes de gloire mais on a intérêt à en profiter car les stars d’aujourd’hui seront les anonymes de demain, obligé. Donc me voici face à cette réalité que je trouve angoissante, quelque part. Non pas que je veuille à tout prix être hype, j’ai toujours eu un train de retard genre la chanson sympa qui ressemble à Love is all, j’ai appris que c’était le fameux Mika dont tout le monde me saoulait. J’ai encore jamais entendu du Amy Winehouse mais j’avoue que je cherche pas du tout à le faire. Je vis dans ma bulle à écouter ce que j’aime (ou voir ce qui me plaît), sans trop me préoccuper de tout ça. Mais c’est vrai que toutes ces modes éphémères sont fatigantes, je trouve. On nous balance des tas et des tas de produits culturels estampillés « le nouveau phénomène » si bien qu’on sait plus trop qui est le phénomène de quel domaine et si, quand on va acheter le CD, trois phénomènes seront pas déjà passé par là. On survend tout comme je l’avais déjà dit pour le cinéma où la moitié des films sont « celui de toute une génération » avant même sa sortie en salle. Mais c’est pas que le cinéma qui est touché, c’est tout. Par exemple, Justice, on nous les vend comme des nouveaux Daft Punk et Air en mieux, la nouvelle référence (ah oui, référence peut remplacer phénomène, c’est pareil). Alors je l’ai dit, j’aime bien Justice mais je trouve que c’est franchement abusé de les comparer à des groupes qui ont maintes fois fait leur preuve et perdure. C’est pareil pour Mika, à peine son single lancé, on nous le vend comme un nouveau Freddy Mercury, excusez du peu. Bon, alors, moi, demain, je sors un album et je veux qu’on dise de moi que je suis la nouvelle… heu… Céline Dion ? Rapport aux ventes de CD, pas au style musical.

De plus, la célébrité aujourd’hui est donnée à n’importe qui. Prenez un magazine people lambda : Paris Hilton, Lindsay Lohan, Jessica Simpson, Nicole Richie… Alors il paraît qu’elles sont actrices et/ou chanteuses mais j’ai jamais rien vu avec elles. Ah si, la vidéo porno de Paris mais c’était vraiment merdique. En France, on a aussi Eve Angeli, la cheap girl de la ferme : tout le monde se fout de sa gueule parce qu’elle est bête (mais alors très très) et ringarde mais n’empêche que tout le monde a regardé son émission, y a même les DVD, le livre, le calendrier… Elle est peut-être ringarde et débile mais elle est surtout pétée de tune et même pas grâce à son métier de base, la chanson. Finalement, c’est un peu la chanteuse de la foire à l’andouillette de Malmont sur Meuges superstar.

Bref, tout ça me donne l’effet d’une hyperconsommation que j’ai de plus en plus de mal à saisir. J’ai la sensation qu’aujourd’hui, on préfère faire plusieurs gros coups uniques que miser sur du long terme. De façon toute personnelle, je trouve ça dommage, limite navrant. Les artistes n’ont plus qu’un seul coup d’essai pour transformer et les trois quarts s’arrêtent à un album, voire un single et ciao ciao ! Des fois, ils en sortent deux mais le 2e servira surtout à ramasser la poussière dans les bacs des disquaires. C’est la faute aux
journalistes et aux marketeux ? Ben non, on n’est pas non plus obligés de suivre. Au fond, si le système est comme ça, c’est sans doute que le public est trop versatile. Voire, parfois, exigeant.

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Petit guide de survie en milieu urbain

Lecteur et surtout lectrice, tu le sais, la ville est une jungle avec plein de messieurs mal intentionnés à notre égard. Oui, on est belles et désirables mais on est nées comme ça, pas la peine de nous le faire savoir goujatement. Pour éviter ce genre de désagrément, il faut mettre au point la « je te vois pas attitude ».

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Globalement, j’ai jamais eu de problèmes majeurs dans la rue. Des dragueurs relous, oui, mais des agressions jamais. Le pire était le slave bourré qui m’a bien collée mais je m’en suis sortie comme une fleur. Jeudi soir, je rentre d’une soirée chelou (j’aimerais qu’un jour on m’explique pourquoi un mec fait semblant d’avoir super envie de me revoir pour m’effacer de MSN juste après alors que moi, je demandais rien du tout), je vois un mec pas clair du tout sur le quai. Il commence à me regarder d’une façon qui me plaît pas, je pressens le lourd. Donc je monte dans le métro et hop, je sors l’arme ultime : le livre. Oui, le livre, c’est mieux que le lecteur mp3. Pourquoi ? Parce que ça occupe les yeux. Vous évitez de croiser le regard du pervers sans que ça ait l’air fait exprès. Là, ça n’a pas raté, le mec s’est assis en face de moi et quand il a vu que je l’ignorais, il est parti emmerder une autre nana (puis une autre quand la première est partie, j’adore le concept). Moi, j’observais le manège derrière mon livre. Ca marche.

J’ai remarqué que l’attitude joue énormément dans le rapport que l’on a avec les autres dans la rue. De façon générale, j’ai de bons rapports avec l’autre. Je sais qu’il y a un ou deux connards qui vont mettre en comm « tu te fais pas draguer parce que t’es un thon, t’es insignifiante, personne te voit ». Hé bé non ! Dans la rue, je me fais arrêter tous les 2 mètres par des gens qui veulent un renseignement, une direction (les inconscients). C’est hallucinant, c’est tout le temps, mais c’est gentil. Je me fais draguer comme n’importe quelle fille mais en général, c’est gentil, des « vous êtes charmantes » et co mais personne ne m’agresse à part le slave (un autre a essayé de m’embrasser aussi mas j’ai esquivé et il a pas été violent). Alors, certes, je dois avoir une bonne tête mais quand même. En fait, j’ai une théorie : si vous avez peur de vous faire agresser, ça vous arrivera forcément. Question d’attitude. Anecdote perso : en 2005, je rentre chez moi, à Toulouse, en passant par une petite rue. Il fait nuit, il fait froid, il est 23h ou minuit, je sais plus. Je marche peinarde quand je repère une nana devant moi : elle a entendu mon pas et accélère. Du coup, j’accélère aussi, jusqu’à la faire limite courir. Je sais, j’ai été garce mais j’ai pas pu m’en empêcher car si elle s’était retournée, elle m’aurait vue moi et n’aurait pas eu peur. Moi, j’ai fait qu’à la faire courir un peu mais j’aurais été très conne, j’aurais pu l’emmerder plus.

Une personne dans la rue voit à votre démarche, vos regards et tout dans quel état d’esprit vous êtes. Il est plus facile d’aller «taquiner » une nana qui n’ose pas regarder devant elle, qui semble toute timide, donc fragile. Donc facile à impressionner. Donc proie. Donc pour éviter les relous en tout genre, y a pas de secrets : faut être conquérante. Mais pas trop non plus. Perso, je n’avais jamais réfléchi à mon attitude jusqu’à cette histoire de jeudi. Je marche en regardant un peu partout autour de moi, légèrement papillon (mais en fait, c’est que je vois rien, myopie forever), je marche d’un pas décidé, dans ma bulle. S’il le faut, j’ai foutu des tas de vents à des mecs sans m’en rendre compte. Je suis aimable quand on me parle, je donne des directions quand je les connais, je souris et remercie quand on me fait un compliment mais je ferme la porte à ceux qui veulent plus. Non, je n’ai pas le temps de boire un café, réponds-je avec un sourire, oui, je suis fiancée, dis-je avec un autre sourire. Et voilà, le mec me sourit aussi et n’insiste pas.

Ce serait donc ça le secret d’une vie sereine en milieu urbain ? Avoir l’air cool et détendue ? Concentrer son regard sur quelque chose pour avoir une bonne raison de pas voir le gros relou qui essaie de choper notre regard pour nous saouler ? Ben… on dirait bien que oui ! En tout cas, il est vrai que quand je marche dans la rue, j’ai jamais peur de me faire agresser ou autre. Je dois pas avoir une tête à ça.

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L’imperfection des gens parfaits

Dans notre entourage, nous avons de tout, des amis, des connaissances, des collègues, des voisins, des connards… Dans tout ce petit monde il y a ceux que l’on admire et qui
nous filent un complexe d’infériorité. Genre celui que l’on trouve extrêmement brillant et qui sait tout, celle qui est tellement jolie que vous voyez pas qui pourrait dire le contraire, celui 
qui réussit tout ce qu’il entreprend, celui/celle qui a toujours la classe quoi qu’il arrive… Bon, bref, il y a de ces êtres parfaits qui nous filent un sacré complexe
d’infériorité.

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Je suis du genre à aimer admirer les gens pour des raisons X ou Y. Je ne suis pas du genre fan midinette à deux balles, je parle d’une admiration saine, un « qu’il est intelligent, qu’elle est jolie, qu’ils sont brillants ». Pas un « haaaaaaaaaaaaaaaaaaan comme j’le kiffe troooooooooooo ! ». Cependant, les jours de petite humeur, ces gens me
collent carrément un complexe d’infériorité. Peut-être que je me compare trop aux gens mais c’est humain, non ? Donc ces gens parfaits évoluent dans ma bulle, je sais que je n’arriverai pas à leur cheville mais bon, je suis résignée et non aigrie. Et un jour, c’est le faux pas, ces personnes tombent de leur piédestal de perfection.

Imaginons un ami, on l’appellera Octave parce que les gens parfaits, ils vont pas en plus avoir un prénom qui fait rêver. Donc Octave est docteur es sciences politiques, par

exemple, et il a une culture générale qu’on ne prend jamais en défaut. Ca peut marcher avec un ingénieur, un docteur en droit, chimie, chacun choisit ce qu’il veut, hein. Donc Octave, dès qu’il parle, vous vous sentez ignare, nulle, dépassée. Et un jour, vous vous rendez compte qu’Octave amène toujours la conversation vers les 3 mêmes sujets, qu’il est toujours au courant de l’actualité et de l’évolution de deux ou trois pays. Mais pas plus. Paf, pris sur le fait. Conscient de ce fait, vous avez le pouvoir, vous verrouillez ses trois sujets de prédilection et vous constatez que quand vous parlez de votre domaine, là, Octave n’est pas omniscient. Bon, dit comme ça, ça fait genre Octave est un merdeux mais c’est pas forcément mon propos, certains amènent toujours la conversation sur ce qu’ils connaissent sans s’en rendre compte et coupent les conversations partant sur ce qu’ils ne connaissent pas car ça ne les intéresse pas.

 

Ca marche aussi avec la fille ou le gars que vous trouvez physiquement parfait. Et un jour, en regardant bien, vous voyez un défaut. Rien de grave, rien de repoussant mais un
défaut. En fait, elle a pas de jolies cheveux, il a de la brioche… Ce que vous voulez, on s’en fout. Ca peut paraître méchant mais le but n’est pas là de se moquer mais d’être soulagés :
notre ami(e) n’est qu’un humain et on est son égal. Le must have : quand la personne qui vous paraît supérieure vous fait un compliment genre « non mais je suis pas aussi cultivé que 
toi » ou « tu complexes toi ? Mais comment oses-tu, tu les fais tous craquer ? ».

Parce qu’en fait, dans toutes ces histoires, c’est bien nous qui nous mettons en position d’infériorité par rapport à cette personne, soyons clairs. Les personnes qui me font

bien sentir que je suis une merde, je les fréquente pas. S’ils me méprisent, qu’est-ce qu’ils foutent avec moi ? Sans doute idéalise-t-on toujours l’autre, on le voit fort et beau alors
qu’il est comme nous, ni plus ni moins, avec certes ses forces mais aussi ses faiblesses. Je ne me réjouis pas des faiblesses de mes amis, juste que j’aime me rendre compte que je vaux autant qu’eux, qu’ils me considèrent comme leur égale et pas comme une teu-bê à la culture générale inexistante ou qui s’habille comme un sac. Bien sûr qu’il y a des domaines où je me sais faible, bien 
sûr que je ne suis pas omnisciente et que, forcément, mes amis n’ont pas la même culture que moi puisque chacun ses centres d’intérêt. Moi, je saoule mon monde avec le Canada par exemple. Après, par exemple, je ne pourrai pas me la ramener sur le sujet de thèse de LilVirgo, que je ne connais rien au métier de Vicky et qu’elle a tout à m’apprendre sur le sujet, que je ne connais rien en droit et que je vais toujours saouler Summer ou Alex pour qu’ils répondent à mes petites questions juridiques. Bien sûr. Bien sûr que des matins, j’ai trop la tête dans le pâté pour me rendre compte que mon haut et mon bas ne vont pas du tout ensemble. Le but, quelque part, c’est qu’on s’apporte tous quelque chose, je crois. Mais c’est vrai que quand je vois que tous ces gens que je fréquente et qui me semblent parfaits ont aussi des défauts dans la cuirasse, que des fois, ils me voient mieux qu’eux, ben, ça rassure. On est tous imparfaits et c’est normal.

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Votre vie rêvée

Bientôt un an que ce blog existe et il y a toujours un truc qui m’étonne : le nombre de lecteurs. Ici, c’est un blog écrit, on ne rigole pas tous les jours (même si des fois, on s’en paye une bonne tranche), ça prend du temps à lire nos proses. Et pourtant, vous êtes quotidiennement plus d’un millier à venir ici, très peu commentent et se font connaître. Mais qu’est-ce que vous foutez là ?

 

Parmi les commentateurs qui sortent de l’ombre, revient souvent la phrase suivante : « je ne vis pas du tout comme vous, je lis pour comprendre. » Ah ? Il y a souvent une idée de fascination/répulsion pour notre style de vie. Mais c’est quoi notre style de vie ? Certes, on est un peu bobos, un peu métrosexuels, un peu adulescents. Mais en quoi notre vie est-elle enviable ou détestable ? A 26 ans, je trouve que ma vie est normale : je galère dans ma vie professionnelle et ma vie privée (même si là, je suis dans ma bulle merveilleuse), je sors, des fois, je bois. Je baise et j’assume mais rien d’extraordinaire. Seulement 8 hommes ont partagé ma couche en 2005, ça n’a rien d’exceptionnel. Sur le lot, seuls deux
ont été des one shot et j’ai eu des relations suivies avec deux d’entre eux. Certes, par rapport au reste de ma vie, ce fut la fête du slip mais je ne suis ni une tombeuse ni une acharnée du sexe. Je ne suis pas non plus une nonne. Une fille normale, en somme, avec ses coups de cœur et coups dans la gueule, rien d’exceptionnel.

Nos vies ne sont pas que strass, sexe et alcool, loin de là. Nous avons des ambitions et nous donnons les moyens de les obtenir. Je n’ai pas fait 7 ans d’études pour me retrouver dans un boulot qui ne me plaît pas. Désolée mais être caissière au supermarché et rentrer le soir m’occuper de ma marmaille, ça me stimule pas. Mais voilà, en France, avoir des ambitions, c’est mal. Mes études me destinent à faire partie d’une sphère intellectuelle, idem pour Gauthier. Nous sommes snobs ? Sans doute mais peut-on nous reprocher de vouloir le meilleur ? Ce qui est amusant, c’est qu’on nous prend parfois pour des êtres futiles et superficiels mais vous seriez surpris par nos conversations. Avec Gauthier, nous parlons souvent de politique internationale, j’ai travaillé sur le Québec et l’Irlande du Nord, lui sur le Japon, nous suivons l’actualité et nous avons des idées politiques, des opinions construites. Mais sur ce blog, on ne parle pas politique, ce n’est pas la ligne éditoriale.

On ne voit ici que notre vie privée et encore ce qu’on en voit. Si on met en avant le côté festif, ce n’est pas par provocation mais raconter mes soirées à la maison ne me paraît pas des plus excitants. Je pourrais disserter sur ma demi-heure de rameur, sur les conneries qui passent à la télé, sur le roman que je lis, la musique que j’écoute, ma grille de sudoku avant le dodo… Je pourrais même donner les horaires de mes pauses pipi, soyons subversifs ! Forcément nos aventures surviennent surtout quand on sort de chez nous, quand on va dans des lieux peuplés d’autres individus. Dans des soirées, en somme. Mais ce n’est pas pour autant que nous sommes de sortie tous les soirs, nous n’en avons pas les moyens. On se prend des cuites mais pas tant que ça.

Après, il y a la question de nos relations amoureuses. Je suis une femme, 26 ans, mes ovules n’ont servi à rien pour le moment et ma principale ambition dans ma vie n’est pas de me reproduire. Je n’ai pas une affection particulière pour les enfants qui me laissent plutôt de marbre, je ne fonds pas sur les bébés. Quand j’entame une relation, je ne commence pas à faire des plans sur la comète. Je ne planifie rien : le premier câlin crapuleux survient quand le désir est le plus fort, je vais pas m’imposer une période d’abstinence d’un mois « parce que c’est pas bien de coucher le premier soir ». Honnêtement, je reste persuadée que de ne pas coucher le premier soir ne protège pas des connards. Si un mec ne veut que me sauter, il attendra que je cède (ou même pas) et il me balancera une fois qu’il aura obtenu ce qu’il veut. De l’autre côté, les mecs qui visitent mon intimité le premier soir ne sont pas forcément des fieffés salauds, ne catégorisons pas les gens comme ça. Sauf qu’on a beau dire, au début du XXIe siècle, une fille qui assume une vie sexuelle devient une salope, une « fille comme ça », comme a dit un lecteur récemment. On n’avance pas.

Alors, voilà. Des tas de gens lisent ce blog et jugent sur le peu qu’ils connaissent de nous. On nous crache dessus, sur notre vie, on nous trouve désespérant, on prétend qu’on lit notre blog « pour comprendre des gens comme nous ». J’admire cette curiosité anthropologique et sociologique de ces personnes tout comme j’admire leur hypocrisie. Personnellement, lire
des blogs de personne dont la vie ne m’intéresse pas, voire même me dérange, je ne lis pas. Je suis suffisamment confrontée à la vie des autres dans les journaux pour ne pas en plus pousser la curiosité à polluer mes loisirs. Je lis la vie de gens qui m’intéressent, que je ne me permets pas de juger parce que, d’une part, je ne les connais pas et que, d’autre part, ils sont libres de
faire ce qu’ils veulent. C’est déjà dur d’essayer de conseiller ses amis les plus proches sans le faire en plus pour des inconnus. Mais je lis aussi la vie de gens que j’envie. Bon, globalement, 
je n’envie que des détails : celle-ci a l’air d’avoir un boulot passionnant, celui-là a une vie de couple vraiment marrante… Après, je ne vais pas lire un blog pour vivre une vie par procuration, faut pas exagérer non plus.

Je continue à me demander : pourquoi les gens qui nous trouvent pitoyables continuent à nous lire ? Ca me rappelle l’arrivée de Loft Story en France, une fille m’avait expliqué qu’elle trouvait ça « sociologiquement intéressant ». La sociologie et l’anthropologie ont bon dos, tiens ! Je me demande dans quelles mesures les gens ne nous crachent pas sur la gueule parce qu’au fond, ils nous envient et ça leur fait mal au cul de pas pouvoir vivre comme nous. Ici, il n’est pas question de moyen. Quand on sort, avec Gauthier, on ne va pas dans des restos à 50 euros l’entrée, on ne va pas dans les boîtes où on paye 15 euros le cocktail. Non, nous, notre boîte de prédilection est petite et chaleureuse, il n’y a pas de people et on s’en fout bien. Parfois, nos sorties se font chez les uns ou chez les autres, on dîne, on discute, on rigole. Comme n’importe qui.

Ce qui m’amuse le plus, ce sont ceux qui critiquent le vide de nos vies. C’est sûr, leur vie doit être super pleine pour qu’ils prennent non seulement le temps de nous lire mais de cracher leur fiel sur nous. Par ailleurs, ces charmantes personnes se cachent souvent derrière des pseudos inconnus qui viennent juste nous insulter un petit coup et repartent sans demander leur reste. Mais, Seigneur, quel est donc l’intérêt ? Attention, je ne fustige pas la critique, je peux envisager qu’on ne soit pas d’accord avec nous (enfin, j’ai du mal… je plaisante !).  Ce qui me dépasse, ce sont les gens qui nous détestent tellement qu’ils viennent nous lire tous les jours et ne ratent pas une occasion de nous snipper. C’est du masochisme, à ce niveau là !


Mais je dirais plutôt que c’est de l’envie. Tout ce que nous faisons dans nos vies (pas grand-chose d’exceptionnel à mon sens), ça en démange certains. Mais notre vie est ce que nous en faisons.

 
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