Ecouter avant de parler, être empathique pour s’engager

Avant, je disais de la merde. Je ne vous listerai pas mais je pense qu’une part de mon agacement actuel face à certains propos tient en partie au fait que je les ai tenus par le passé et j’ai évolué. Mais comment j’ai donc évolué, me direz-vous ? Facile : j’ai commencé par écouter.

Ecouter

Je l’ai déjà dit par le passé, il est toujours plus difficile d’admettre avoir eu tort quand on est pris à partie mais par contre, il est toujours intéressant de lire des débats et se faire un avis calmement, sans forcément entrer dans la mêlée. De toute façon, arrive un moment dans un débat où un participant de plus serait un participant de trop. C’est donc en lisant des conversations publiques d’arguments et contre arguments que j’ai vu saillir des éléments auxquels je n’avais pas pensé. C’est aussi en lisant de nombreux threads de gens divers et variés sur Twitter que j’ai pu saisir l’étendue de certains problèmes que je prenais pour anodins.

Le sens des priortés

Concrètement, on va y aller par l’exemple : le petit garçon noir habillé par H&M par un T-shirt “le meilleur singe de la forêt”. Beaucoup ont été dans la rhétorique du “non mais arrêtez les anti-racistes, c’est vous qui voyez le mal partout, moi, j’avais même pas vu qu’il était noir le petit garçon, c’est vous les racistes”. Alors non. Juste non. J’ai eu cette conversation avec mes collègues m’expliquant qu’H&M n’avait pas fait ça sciemment et qu’il fallait arrêter à un moment. Je leur réponds donc que traiter les Noirs de singe, ça arrive malheureusement et que donc, l’association Noir/singe est problématique “Non mais ça, c’était y a 20 ans, plus personne ne dit ça !” “Tu connais Christiane Taubira ? Celle qui a été traitée de guenon y a moins de cinq ans ?”. Pour ne citer que Taubira, bien sûr. Le souci de mes collègues est simple : ils ne sont pas concernés. Je ne le suis pas non plus mais j’ai lu des personnes qui le sont et ont pris le temps d’expliquer pourquoi ça ne pouvait pas passer, que eux, le “singe”, c’était pas y a 20 ans qui se le prenaient dans la face mais encore aujourd’hui. Ecouter, c’est l’empathie.

Dessin réalisé à partir du petit garçon noir dans un sweat "le plus beau singe de la jungle" de H&M

Ma grille de lecture a évolué en écoutant (et pas que sur les réseaux sociaux) les concernés. Moi, je ne sais pas ce qu’est être Noire ou, plus difficile à l’heure actuelle avec nos camarades du Printemps Républicain, les Finkie, Valls et co, Musulumane. Je ne peux pas le savoir par l’expérience. Je suis une femme blanche (et CSP+ issue d’un milieu bourgeois de province, j’ai pas côtoyé d’Arabes avant mes 18 ans, je pense)(enfin, si, en centre aéré) et même si j’ai connu mon lot de péripétie, je ne peux pas mesurer par l’expérience à quel point ce pays peut être raciste parfois. Je le mesure en écoutant. Genre la collègue de Victor et son compagnon qui ne parviennent pas à trouver d’appart alors que leur dossier est au moins aussi bon que le nôtre. Niveau boulot, je vous invite à lire les jeudis survie au taf de Napilicaio, une coach emploi qui aide les femmes racisées, j’en tremble à chaque fois. D’ailleurs, j’essaie tant que faire se peut d’être attentive à mes soeurs racisées au boulot, si jamais… Mais est-ce que je verrais s’il y avait soucis, est-ce que je ne laisserais pas pisser en mode “roh, c’était une vanne, c’est rieeeeeeeen”? Parce que je lis les jeudis survie au taf (qui me sont très utiles pour mon humble cas aussi, lisez les), je sais être plus attentive à ce qui pourrait blesser une collègue racisée qui subira néanmoins en silence car c’est difficile la briseuse de bonne ambiance (moi, je le fais, j’avoue que parfois, c’est un peu pesant mais la “vanne” est tellement un non respect des limites…). Autre exemple : l’histoire de l’émeute du Nutella en (super) promo. Réflexe 1 : “non mais les gens, ils ont pas de race, se battre pour un produit de merde en plus…”. Puis j’ai vu pas mal de gens parler du mépris de classe, du fait que oui, pour certains, le Nutella était un luxe et que donc, pour une fois qu’ils pouvaient se le payer, hein… Alors je ne sais pas. Perso, ce qui me fait surtout chier dans l’histoire, c’est que les promos sont surtout appliquées sur des produits ultra transformés bourrés de saloperies mais bon…

Le Nutella, n'en mangez pas

Bref, ne jamais parler par dessus la colère des concernés, les écouter et se taire pour enfin pouvoir éprouver de l’empathie pour leur situation au quotidien. Et arrêter de minimiser leur colère, leurs blessures. Vous ne voyez pas en quoi c’est grave de mettre un T-shirt “le meilleur singe” à un Noir ? Et bien, au pire, taisez-vous mais n’allez pas faire la leçon aux concernés. Faudra d’ailleurs que je vous parle du fait que l’intention n’est pas une excuse.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Tu veux pas débattre avec moi ? Nazi.e !

Le débat, ah, le débat… Sacralisé, c’est, paraît-il, le summum de l’ouverture d’esprit, le “je suis tellement mature pour un échange d’idées”, alors que je déteste le débat, en fait. D’abord parce qu’il ne sert à rien dans l’absolu, les impliqués ne changeront jamais d’avis, par conviction ou par ego. Après, ça peut toucher ceux qui écoutent mais surtout, cette sacralisation du débat fait qu’aujourd’hui, on se sent obligés d’opposer deux camps d’égal à égal alors que non. Mais surtout, refuser de débattre serait une preuve de faiblesse, un reproche légitime à faire. Oh vraiment ?

refuser de débattre

Revenons d’abord sur le problématique débat d’égal à égal évoqué plus haut mais que j’évacue en paragraphe deux pour ne pas perdre tout le monde. Je peux tout à fait comprendre le débat politique où l’on va tenter d’équilibrer les couleurs des intervenants, je n’ai, sur ce point, aucun souci. Même en étant quelqu’un de très fermement positionnée sur l’échiquier, ça peut m’apporter une certaine culture. Le problème du débat politique est surtout le manque de modération de la part des journalistes qui ont l’air de pioncer les ¾ du temps et on va se retrouver avec un débat où A accuse B de mentir sur des chiffres… et personne ne valide (ou pas) cette affirmation. Alors que ce serait justement le travail journalistique. Autant il est difficile de trancher sur les idées, sur les faits, y a peut-être du fact checking à faire et en direct, s’il vous plaît, tout le monde ne se rue pas sur Twitter pour voir ce que disent les comptes de fact checking, voyez… Mais le pire, ce sont les débats “pseudo” scientifiques où on donne la parole d’égal à égal à des personnes qui n’ont pas la même légitimité. Un exemple ? L’homéopathie. Alors oui, je suis fille de médecin donc je ne suis pas rigoureusement objective mais à quel moment des billes de sucre sont censé guérir quoi que ce soit en fait ? Non parce que des études cliniques ont été menées, l’histoire de la mémoire de l’eau complètement démontée et je suis à peu près persuadée que la moitié des gens qui prennent de l’oscillococcinum n’ont aucune idée que c’est censé contenir des cellules de foie et de coeur de canard de Barbarie. Je suis quelqu’un qui évite dans la mesure du possible de prendre des médocs à la moindre occasion mais mettre sur un pied d’égalité un médecin qui prescrit des médicaments qui ont subi des études concluantes et un homéopathe qui défend une médecine qui est scientifiquement reconnue comme inefficace, pardon mais non. A la limite, moi, si les gens sont rassurés par un placebo pour un rhume, ça me pose aucun souci mais quand on commence à se passer de certaines vaccinations parce qu’on prend des billes de sucre ou qu’on croit que ça marchera mieux que la chimio (comme l’ananas fut un temps ou le fruit du jacquier aujourd’hui), s’il vous plaît… Enfin, c’est étrange parce que sur le cancer, on a aussi des articles de merde te disant qu’il disparaîtra si t’arrêtes de manger du sucre… ce qui me paraît un peu antinomique avec l’homéopathie mais passons*.

Homéopathie

C’est rigolo parce que je trouve plein de photos avec des petites fleurs mais aucune avec un canard…

Passons maintenant sur l’obligation de débat. Ben pardon mais non. La semaine dernière, quelques hommes se sont indignés d’avoir été placé sur une liste Twitter référençant les comptes problématiques. Cette liste, on en fait ce que l’on veut, notez. Je peux m’en servir pour bloquer des comptes en préventif parce que j’ai pas forcément envie de m’attirer des mascus malsains dès que j’ouvre la bouche ou recevoir des dick pics non sollicitées. A dire vrai, j’ai déjà bloqué des comptes qui venaient me suivre et qui puaient les embrouilles genre le mec bien macho qui vient me suivre moi, le genre de compte où tu sais que son seul but sera de te faire fermer ta gueule dès que tu diras quelque chose d’un tout petit peu féministe. Donc oui, je me protège un peu et je ne comprends pas le scandale.

Le scandale

D’abord, Twitter, comme n’importe lequel de mes réseaux sociaux, c’est un espace personnel et j’y suis/lis qui j’ai envie de suivre/lire. Je n’ai aucune obligation de RIEN. Non mais déjà que dans la vraie vie, je suis obligée de me coltiner beaucoup de gens dont l’avis me file vite la nausée, les commentaires dignes des meilleurs PMU dans le métro entre deux personnes qui ont décidé de partager leur conversation à tout le monde… Voilà, dans la vie, on n’a pas toujours le choix d’entendre certains avis moisis, c’est pas pour me les récupérer aussi sur mes réseaux sociaux. “Mais tu m’as bloqué alors que je t’avais rien dit, ma liberté d’expression, blablabla”. Alors le fait que je te bloque peut signifier deux choses : je n’ai pas envie de te lire mais aussi je n’ai pas envie que tu me lises, des fois que tu décides de me casser les ovaires, comme déjà expliqué. Mais même en te bloquant, je ne nuis pas à ta liberté d’expression : tous les 12 millions d’utilisateurs actifs mensuels Twitter peuvent te lire sauf une… Je trouve que niveau censure, c’est ultra léger.

L'homme qui pleure

Bref, va falloir un peu désacraliser le débat, surtout pour les quidams qui n’ont aucune obligation à le faire, rien à vendre, pas d’élections à gagner… Par exemple. Je n’ai pas envie de répondre ou même de voir quelqu’un parler, c’est mon droit le plus absolu. “Mais t’es pas ouverte d’esprit”. Si par “pas ouverte d’esprit” tu veux dire que je n’ai pas envie de perdre du temps avec des gens aux idées nauséabondes (j’ai bloqué Boutin) ou ceux qui guettent mes mots juste pour tenter de me rabaisser le caquet… heu ben ok, pas de soucis. Par contre, si tu trouves à ce point intolérable une personne qui ne voit pas l’intérêt de rentrer en connexion avec toi, demande-toi ce qui te motive vraiment : défendre une cause ou consolider ta posture ? D’ailleurs, j’en parle souvent de posture, va falloir que j’écrive dessus, tiens.

* Si des pro homéopathie passent par là : le fait que vous, à un moment donné, ça vous a fait du bien ne démonte pas différentes études prouvant que ça ne sert à rien. Soignez-vous avec des billes de sucre en expliquant à qui vous voulez que les médicaments et les vaccins, c’est juste un truc de labos (sinon, l’oscillococcinum, c’est vendu par les laboratoires Boiron, bisous) mais perso, je m’en fiche donc épargnez moi vos complaintes, merci.

Rendez-vous sur Hellocoton !