Haute toxicité

Parfois, je me demande ce qui transparaît à travers mes non dits sur ce blog. Peut-être que les plus attentifs d’entre vous auront saisi qu’en ce moment, j’avais comme un caillou dans ma chaussure. En fait, en guise de caillou, c’est carrément du poison à haute toxicité qui pourrit ma vie actuellement. Et pour la première fois de ma vie ou à peu près, j’ai décidé d’arrêter de subir. Et pour ceux qui ne comprendraient pas de quoi je parle, parlons travail.

Burnout

Aloooooors. Je vais vous la faire courte cette fois-ci mais je pense vraiment faire une série d’articles façon journal d’une démissionnaire mais en axant ça autour de la toxicité professionnelle justement. Fin 2017, en rentrant du Japon, je décide de changer d’emploi car je récupère une nouvelle N+1, ex meuf de mon équipe avec qui nous avions d’excellents rapports et qui va peu à peu me la jouer à l’envers, masquant son incompétence par une répression délirante… J’ai eu droit à une convocation chez la RH pour une histoire de mail où je n’ai pas répondu à temps… pour un client annoncé perdu quand j’ai commencé à taffer dessus et qui a finalement resigné. Voilà, voilà. Et encore, j’étais pas celle qui prenait le plus cher, ma collègue chouchoute a été arrêtée quasi trois mois, rongée par son burnout… Donc il était temps que je mette les voiles. Avril 2018, je signe un nouveau contrat et j’arrive à arracher 1 semaine d’intercontrat car ma grosse connasse de N+1 a tout fait pour que mon départ se passe mal (elle a “omis” de prévenir les RH que je partais plus tôt que la fin de mon préavis et donc, je suis partie sans mes papiers, reçus quelques jours plus tard. Elle s’en est excusée cependant… auprès de ma collègue burnoutée qui a démissionné juste après moi. Sinon, elle avait également refusé de s’occuper de la cagnotte pour mon pot de départ et a carrément oublié ledit pot de départ. Une personne charmante, donc).

Gérer un manager toxique

Je quitte donc un environnement toxique, soulagée, libérée, délivrée… et pas de bol, j’ai trouvé pire. Pire mais différent puisque d’une N+1 perfide, je suis tombé sur un N+1… fou, je crois. Je refais courte mais j’ai été embauchée pour être consultante social media (mon taf de base), on m’a annoncé à mon arrivée que je serai désormais consultante webmarketing (en gros, traffic manager avec une appétence pour les stratégies d’acquisition et faudrait que je devienne une experte du marketing automation). Quand on m’a annoncé ça, j’étais… ivre de joie. Pour de vrai. Je voulais changer de branche, voici l’occasion qui me tombe du ciel, c’est tellement incroyable ! Sauf que mon boss est un tyran qui me parle très mal, m’engueule au bout de 15 jours car ma recommandation d’accompagnement paid est mal branlée (oui, bonjour, j’ai pas fait de paid depuis 4 ans, une éternité sur les réseaux sociaux). Ca fait 4 mois que je m’en prends plein la gueule car il refuse de comprendre qu’on ne devient pas expert en deux jours, que je n’ai pas le temps de me former correctement vu que j’ai des tâches à réaliser (et que s’il veut que je prenne le temps de me former, autant m’en payer une de formation… J’ai accepté de changer de métier, un petit coup de pouce ne serait pas de refus). Jusqu’à ce jeudi il y a quinze jours et son “mais c’est complètement débile ce que tu as fait” et qu’il insiste jusqu’à ce que je craque “bah oui, c’est débile, qu’est-ce que tu veux que je te dise ?”. Et la prise de conscience : ce mec ne sera jamais satisfait de mon travail. Je prépare un excel pour des reportings hebdos ? “Un torchon”. Ah ben oui, j’ai pas mis le logo de la boîte et j’ai laissé le quadrillage (je déteste les excels sans quadrillage, j’avoue). Tout ce que je fais est mauvais, “débile”, “pas pro”, “comment je peux avoir confiance en toi alors que t’as pas testé la campagne sur mobile” (oui, ça buggait, j’ai dépensé 40 euros pour rien, veuillez me punir), “tous tes chiffres sont faux (non, juste 3 dans un excel d’une dizaine d’onglets), “tu es experte des réseaux sociaux et tu ne proposes même pas de campagnes en retargeting, je suis déçu” (je suis spécialiste des réseaux sociaux sur la partie éditoriale, pas paid, une nouvelle fois). Tout n’est que citation, hein. Quand il m’appelle (il n’est présent que 2 jours par semaine, il est dans d’autres bureaux le reste du temps), j’ai de l’acide dans le bide, on se gueule dessus une semaine sur deux.

Environnement de travail à haute toxicité

J’ai essayé. Vraiment. Parce que je voulais prendre ce virage qui s’offrait à moi. Mais le mec m’a garni la route de minuscules cailloux, le dérapage était inévitable. En me vendant à tous, y compris en interne, comme une experte d’un métier que je ne connaissais que vaguement (j’ai une relativement bonne culture digitale mais de là à exécuter avec brio, hein…), parce qu’il refuse de relire mon CV et voir que je n’ai pas les compétences qu’il est persuadé que j’ai, parce qu’il me rabaisse en permanence en m’expliquant que tout le monde me trouve nulle et d’ailleurs, c’est bien vrai que je le suis, la preuve, liste de tous mes manquements depuis que je suis là (une liste à 4 ou 5 points dont certains sont là parce qu’il lit pas ses mails et croira toujours une personne qui me crachera à la gueule que moi alors qu’il est en copie du mail qui démontrait que j’avais bien fait mon taf), parce que la fille que j’ai remplacée n’a pas tenu plus de 6 mois. Et que je ne battrai pas son record.

Démissionner pour échapper à un environnement à haute toxicité

Je me suis trompée en prenant ce poste. Le mec avait été brieffé par la RH pour arrêter d’engueuler les candidats en entretien, il fut charmant avec moi. Je vous jure, j’attendais ce taf en expliquant à mes futurs ex collègues “ohlala, ils ont l’air tellement bienveillants”. Quelle arnaque, bordel. Ils ont prolongé ma période d’essai, j’en suis ravie… parce que ça me laisse trois mois pour partir de là sans trop de perte… par contre, pour le fracas, je ne vais vraiment pas garantir car je crois que je vais pas trop me priver.

Démissionner pour échapper à un environnement à haute toxicité

Bref, CV mis à jour, on candidate, on est partis !

PS : Article écrit y a 15 jours, je crois, il s’en est passé de choses depuis. Mon livre noir du travail s’annonce velu.

 

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Le devoir d’exemplarité : toutes coupables ?

Semaine dernière, gros coup de tonnerre : Asia Argento, une des (UNE DES) figures de proue du mouvement #metoo est dans la tourmente : un jeune homme, Jimmy Bennett, l’accuse d’avoir abusé de lui alors qu’il n’était qu’un mineur. L’occasion rêvée pour tous les mâles qui ont chouiné sur le #metoo de montrer du doigt l’actrice en mode “toutes des menteuses”. L’occasion pour nous de nous pencher deux secondes sur le deux poids, deux mesures et sur le devoir d’exemplarité.

Asia Argento accusée d'agression sexuelle

Alors au cas où ça vous intéresserait : j’ai zéro avis sur cette affaire donc on ne parlera pas de ça. De façon générale, je me place du côté des victimes car comme qui dirait “je préfère défendre un.e éventuel.le mytho qu’un.e éventuel.le violeur.se” et ne vous inquiétez pas : dans ce genre d’affaires, le puissant s’en sort généralement bien. Non mais sérieusement, regardez Polansky, regardez DSK, regardez Besson qui n’est même pas dérangé par les accusations de viol et agressions sexuelles (au pluriel). Le #metoo a permis de faire tomber Weinstein mais après ? Bref, on passe, là n’est pas le coeur de ce que je veux dire.

Metoo

Parlons d’abord de la réaction, assez dégueulasse, des hommes. Ah, vous ne nous décevez jamais, c’est dingue. Pas un pour compatir avec la victime, pas un pour brandir la présomption d’innocence que vous crachez pourtant dès qu’un homme est incriminé. Vous n’avez pas questionné deux secondes l’attitude de la victime… ce qui est bien, ce serait bien de le faire A CHAQUE FOIS. Hé non, la seule chose que vous retenez, c’est  “ah ben les femmes, c’est pas mieux, heiiiiiiiiiiin”. Peu importe que ce soit le ratio hommes/femmes accusés soit totalement déséquilibré : une femme semble, pour vous, décrédibiliser l’ensemble de la parole féminine, peu importe son émettrice…

Devoir d'exemplarité, quel droit à l'erreur pour les minorités ?

Et j’en arrive à mon devoir d’exemplarité qui pèse sur chaque minorité. Vous vous souvenez quand Mélenchon a débarqué dans le 18e lors de la campagne législative et engueule les gamins qui font les zouaves devant les caméras en mode “arrêtez, on va encore vous traiter de sauvages après”. Un truc du genre, j’ai la flemme de chercher la citation exacte. C’est précisément un exemple de ce devoir d’exemplarité : des gamins bien blancs auraient été tous fous devant la caméra, ça n’aurait pas fait hausser un sourcil (sauf s’il interpelle le président par un sobriquet). Idem sur une femme qui se met en colère, remember Ségolène. Parce que chaque minorité a sa “tare” soulignée en permanence par les dominants pour les rabaisser : les racisés sont des sauvages, mal éduqués… les femmes sont hystériques, ce qui les disqualifie automatiquement du moindre débat. J’exagère pas, hein, renseignez-vous sur l’étymologie du mot, hein… Sur les homos, aussi, ils vont avoir droit à une référence sur leur excentricité ou leur faiblesse supposée (vs l’homme alpha blanc cishet) pour les décrédibiliser. Du coup, si je prends mon cas, je ne dois jamais ô grand jamais perdre mon sang froid sinon, je confirme “ah mais t‘es hystérique, on ne peut pas débattre avec toi”. Ah bah peut-être qu’à force d’expliquer 10 fois la même chose et voir que tu fais exprès de ne pas comprendre (ou que tu es complètement con, je sais pas), ça finit par me faire perdre mon calme, curieusement. Sans parler de ceux qui commencent la conversation en te crachant direct leur condescendance à la gueule et ne comprennent pas que tu leur répondes pas avec des arc en ciel et des petits coeurs. Mais je suis une femme, je dois rester calme, exemplaire… parce que paraît que sinon, je dessers ma cause. En vrai : mon cul sur la commode. Vous avez décidé dès le départ que j’avais tort donc à un moment, suffit que je mette un espace avant la virgule plutôt qu’après pour que vous y voyiez une raison de me disqualifier du débat, hein (oui, je blogue depuis 13 ans (…), j’en ai vu des arguments délirants, le mieux étant ceux qui hurlent à l’imposture car j’ai fait une faute… dans des comms qui sont à peine français).

Femme énervée

Bref, le devoir d’exemplarité n’est finalement qu’une manifestation supplémentaire d’une domination : si tu es une femme, tu dois pas t’énerver (et ne pas t’habiller trop sexy, faire croire à un homme que tu vas coucher avec lui parce que tu discutes avec lui, que tu acceptes de boire un verre avec lui, que tu le laisses payer l’addition… je m’y connais un peu mieux en oppressions subies par les femmes, notez), si tu as la peau colorée, tu dois rester discret en toutes circonstances et excessivement bien élevé… Bref, en tant que minorité, sache que la moindre de tes conneries retombera sur l’ensemble de ton groupe. “Ah mais oui mais lol, c’est toi qui dit ça avec ton #notallmen et même que t’as dit plus haut dans l’article “vous les hommes”. C’est vrai, je le dis… et je le redis. Parce que vous représentez le système dominant qui n’a conscience ni de ses privilèges (par exemple, ici, la présomption d’innocence dont ne bénéficie pas Asia Argento), ni des clichés qu’il a avalés durant toute sa vie sur ces minorités et qu’il recrache sans se questionner deux secondes.

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La première phrase

La semaine dernière, je vous ai partagé la première phrase de mon roman sans titre, nom de code : Maja Sweden. Je vous parlerai titre une autre fois. Je la trouvais un peu plate, un peu nase à la relecture, je vous la repartage, pour le plaisir masochiste :

“Il est souvent difficile de savoir où commence réellement une histoire”

Il est souvent difficile de savoir où commence une histoire - écriture manuscrite - première phrase

Définitivement, à réécrire. Voyons voir celle d’un autre roman sans titre, nom de code “Ezialis”

“La roue passa sur un gros caillou, secouant les passagers du carrosse fonçant droit vers la capitale”

La roue passa sur un gros caillou, secouant les passagers du carrosse fonçant droit vers la capitale - écriture manuscrite

Déjà mieux, pas le temps de niaiser, on est direct dans l’action et dans un véhicule qui va vite. Une dernière pour le plaisir, voyons… Roman toujours sans titre, nom de code : “pour son sourire” (si vous cliquez, vous aurez la chanson de Jorane quasi du même nom, il y a d’ailleurs de fortes chances que cet embryon de roman ait hérité de ce titre car au moment où je nommais le fichier, j’écoutais Jorane. )

“Un garçon passa en courant à côté de moi, me faisant sursauter.”

Un garçon passa en courant à côté de moi, me faisant sursauter - écriture manuscrite

Ah tiens, on passe à la première personne du singulier. Ah, faudra que j’en parle, ça aussi, du je ou du “il/elle”. C’est fantastique, je viens d’écrire 20 lignes qui ne contiennent à peu près que du vide et des promesses. Je suis tellement faite pour la politique en fait.

Casting baron Noir canal plus Kad Merah, Anna Mouglalis, Niels aRESTRUP

J’ai bien aimé Baron Noir, au passage

Je n’ai jamais su commencer. Quand j’étais en terminale, la plupart de mes disserts de philo commençaient par “de tout temps, l’homme” pia pia pia… Jusqu’à ce que j’arrive à la fac et qu’un prof nous dise que c’était ri-di-cu-le et qu’il fallait éviter à tout prix. Ce même professeur, qui a ruiné ma culotte en disant qu’il se souviendrait longtemps de moi, m’avait filé un conseil qui me servira jusqu’à la fin de mes études : “Commencez votre dissert par une anecdote ou une citation”. Ah oui, oui, merci, Monsieur ! C’est ainsi que j’ai débuté la rédaction de mes mémoires… avant d’abandonner l’écriture de l’introduction pour le faire en dernier (conseil d’un autre professeur mais moins sexy (le prof, pas le conseil)).

cupcake topping marché de Belfast

Finalement, l’introduction, c’est comme le topping d’un cupcake : tu fignoles à mort car c’est ce qui va être mangé en premier

Parce que débuter, c’est difficile. Ca marche pour tout, hein, pas que pour l’écriture d’un roman. Pour l’écriture d’un article déjà, vous remarquerez que mes phrases d’attaque sont rarement le point fort du propos (je commence généralement par un “la semaine dernière”, “hier”, “il y a quelques temps”). Mais aussi pour des activités manuelles genre la couture ou le tricot, mes petites marottes du moment. Oui, c’est cyclique chez moi : j’attends avec impatience mon matos mais une fois que j’ai tout, je traîîîîne à commencer, je ne sais pas par quel bout prendre. Le pire, c’est quand je me prends d’une passion soudaine sans socle préexistant genre : le paper art. Ca me fait surkiffer, je vois plein de photos, je me dis “oui, je veux faire ça”. Et voilà. Par quel bout je prends le truc ? Par quoi je commence ? Parce qu’un mauvais départ, c’est la voie royale pour vite laisser tomber. Dans l’absolu, sur le paper art, c’est pas dramatique vu que je comptais pas en faire mon métier, mais sur un roman ça génère de la frustration. Parce que j’ai toutes ces histoires dans ma tête dont je ne fais rien, ces scènes tricotées au fur et à mesure de mes marches pour aller bosser (ce qui m’arrive beaucoup moins vu que je ne marche plus beaucoup, snif) qui n’attendent qu’à être couchées sur papier. Mais si le départ est mauvais, je n’arrive plus à rattraper le fil.

chat pelote noeud jeu mignon

Quand tu renonces à rattraper le fil

Du coup, reprenons les conseils du Pr “j’aurais tant aimé te montrer ma culotte” et voyons si nous pouvons les appliquer :

  • Une citation : alors non, direct. Le conseil est bon, ne nous méprenons pas mais vous savez qui commence ses romans ou chapitre par une citation ? Marc Lévy, Guillaume Musso, Dan Brown… Pas des gens que j’ai envie de suivre (no offense, c’est juste pas ma came). Et de façon générale, je trouve que les gens qui usent de citations dans la vie réelle genre sur leur Facebook ou Twitter sont des médiocres qui veulent se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas.
  • Une anecdote : et mais pourquoi pas en fait. Sauf que voyons… Maja, je raconte quoi comme anecdote sur elle ? Là, la phrase sert juste à enchaîner direct sur Maja et l’éveil de sa conscience politique, on s‘en fout un peu de ce qu’elle a pu faire avant, rien ne la rattache à cette histoire là. Mais le coup de l’anecdote, ça peut servir pour plus tard.

deux femmes se chuchotent un secret

Et pourquoi ça me saoule autant cette phase d’attaque ? Parce qu’avant, j’avais un vilain tic d’écriture qui lançait la première scène comme un film, littéralement : une description rapide d’un lieu, un personnage « pop » : ce sera lui ou elle le héros ou l’héroïne, certainement et quelques lignes plus tard, quelqu’un viendra lui parler pour qu’on ait le prénom de la personne. Ce qui donnait dans la version 1 d’Ezialis :

Le bois grinça, ajoutant une touche de lugubre dans l’obscurité nauséabonde. A l’odeur de sueur et de déjections se mêlaient celles, tenaces, de poisson séché et d’algues en putréfaction. L’ambiance pesante était entrecoupée de toux, de râles, quelques sanglots. Ils ne savaient pas précisément vers où ils naviguaient mais leur avenir s’annonçait sombre.”

C’est limite si vous ne voyez pas les noms des acteurs apparaître en surimpression, non ?

générique game of thrones

Le meilleur générique du monde

N’empêche… N’empêche qu’à tout relire, je me dis que c’est peut-être mieux. Et si “roman nom de code “Maja Sweden”” démarrait par “Le ciel lourd de ce matin d’automne donnait une allure lugubre à la salle de cours où on n’entendait que le professeur et les cliquetis des claviers sur lesquels les étudiants tapaient avec dextérité. Maja Lagerkvist ne se doutait pas que ce cours allait bouleverser sa vie”.

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Mmmm… C’est mieux non ?

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Manifeste pour tweeter autrement

Si je devais faire un graphique de ma journée type comme Marissa, je pense que je devrais mettre un segment conséquent intitulé “ tweeter ”. Je tweete et retweete à mort, c’est ma radio, ma télé, mon regard sur le monde. J’ai beau ne plus avoir la télé depuis 2 ans, je ne rate absolument rien de l’actu alors que des fois, ça me ferait des vacances. Pire, je suis parfois un des premiers relais d’une new tombée. Et ça, je dois arrêter, essentiellement parce que c’est anxiogène.

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Avez-vous entendu parler du vol AH1020 ? Ce vol d’Air Algérie a décollé d’Alger pour Marseille le 06 août dernier. Suite à un problème à bord, il fait demi-tour et… disparaît des écrans radar. Alerte et branle-bas de combat, Twitter s’agite, reniflant déjà l’odeur du sang et du crash… sauf que l’avion se repose à Alger quelques instants plus tard, tout le monde va bien, merci.

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Avez-vous entendu parler de la prise d’otage dans une église à Châtelet le samedi 17 septembre ? Je me connecte sur Twitter et gros coup de pression : une prise d’otage à Châtelet, police et armée débarque, les infos fusent, on parle de coups de feu… sauf qu’en fait non, ce n’est qu’une fausse alerte. J’ai donc assisté en direct à un drama imaginaire collectif.

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Depuis quelques temps, je suis prudente dans mes RT : plus rien tant que je ne suis pas sûre de la réalité des faits. Histoire de ne pas planter un avion qui s’est posé sans soucis sur un aéroport ou annoncer un attentat qui n’a jamais eu lieu, entre autres. Et puis, j’ai réfléchi et je me suis dit que je devais aller plus loin. Qui suis-je ? Pas l’AFP. Pourquoi donc retweeter une info sur un attentat en Turquie ou au Pakistan (pays dont on suit globalement moins l’actualité) ? Quel message je veux faire passer ? “Regardez ce qu’il se passe ailleurs, c’est terrible” ou ne suis-je pas finalement en plein snobisme géopolitique dont je parlais y a quelques temps ? Oui, mesdames, messieurs, je suis trop au courant de ce qu’il se passe dans le monde, tu as vu ? Mais c’est quoi ma valeur ajoutée là-dedans ? A part faire crouler mes followers sous une avalanche de news angoissantes (parce que non, j’ai pas l’exclusivité des RT d’infos sur le monde) ?

angoisse, anxiété, paranoia

Je suis certainement ce qu’on peut appeler une retweeteuse compulsive, je dois avoir en moyenne 3 RT pour 1 tweet de ma personne mais finalement, quel est le but ? Soit diffuser un avis que je partage. Quelqu’un a dit quelque chose à laquelle j’adhère donc plutôt que de réécrire la même chose. Voire dans certains cas donner de la visibilité à la parole d’une personne que je trouve plus légitime que moi sur un sujet donné. Par exemple si une personne a fait des études sur un sujet et fait référence, son avis vaudra forcément plus que le mien (quoi qu’on pourrait débattre de l’argument de l’autorité mais pas aujourd’hui). Parfois aussi, je lis des trucs que j’ai envie de partager parce que je trouve ça intéressant. Et encore, je me bride car souvent, quand je lis des trucs dans Courrier International, je suis en mode “mais troooooop, je vais le prendre en photo et le poster sur Twitter !” Là aussi, hier, je lisais un court reportage sur Kotor dans Society et j’avais envie de le partager parce que 1/ j’y suis allée et 2/ je n’avais pas du tout idée de ce qu’il s’y passait, niveau mafia locale. Dans ce cas, le message n’est pas “zavez vu comme je me préoccupe trop du sort du monde, bande d’incultes nourris au Hanouna ?” mais plus “oh ben dis donc, je viens d’apprendre ça que je ne savais pas, c’est intéressant”. Bon, j’avoue que parfois, j’ai des “débats” sur Twitter et si des articles qui vont dans mon sens sortent à ce moment là, je les balance joyeusement à la gueule de mon contradicteur (qui, curieusement, m’unfollow juste après ou me bloque, c’est selon). Je RT parfois comme je faisais des citations dans mes copies de philo “moi je pense ça et d’ailleurs j’ai raison, Descartes et Hegel, ils disent pareil !”.

carton citation chewbacca

J’ai raison, la preuve : Chewbacca pense pareil

Si l’apport de la connaissance est effectivement une bonne façon de RT, il faudrait qu’on arrête tous de se prendre pour BFM et consort, à s’entretenir les uns les autres dans une bulle terriblement anxiogène. Non parce que quand je me connecte à mon Twitter et que je vois en boucle des tweets et retweets sur le dernier attentat ou le dernier bombardement en Syrie qui a encore tué des enfants (parmi une bonne centaine de civils), ça me donne juste envie de renoncer définitivement à ma foi en l’humanité. Je ne dis pas qu’il faille ignorer les mauvaises nouvelles : ne pas vouloir savoir qu’il y a encore eu une centaine de civils massacrés sur l’autel d’intérêts qui ne le concernent même pas in fine, ça ne leur rendra pas la vie. Mais si je veux suivre l’actualité, je n’ai qu’à m’abonner au Monde, à l’AFP ou qui vous voulez. Si je veux l’information, je vais la chercher et je pense que ça marche pour tout le monde pareil. Du coup, cessons de répéter 100 000 fois la nouvelle du  même drame ad nauseum : personne n’a besoin de lire 100 fois la même news déprimante pour en mesurer l’impact… et personne ne nous discernera le badge du bon petit suiveur d’actualité. Partager des analyses, oui, partager des dépêches AFP déguisées en articles de news, est-ce que vous pensez vraiment que vous êtes le seul ou la seule à être au courant que le monde s’écroule ?

the fight club, scène finale

A partir de maintenant, je ne retweeterai donc plus que des analyses pertinentes et un peu plus à froid… et évidemment les meilleures vannes et des animaux mignons parce qu’un peu de pommade sur tous nos maux ne fera jamais de mal. Sur ce, je vous quitte avec cette petite loutre… rapport à la pommade, donc.

Maman loutre et son petit

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Quelle plaie ces touristes !

Sartre a dit : « L’enfer, c’est les autres » et s’il a tort grammaticalement parlant, sur le fond, c’est un peu ma citation fétiche tant elle est vraie. Même si quand je dis ça, je prends le contrepied de ce que voulait dire Sartre mais on va pas chipoter, on n’est pas en cours de philo, là. Je n’aime pas les autres, ils ne font rien qu’à m’empêcher de faire ce que je veux.

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Là, plus les jours passent et plus les touristes affluent et j’ai des envies de touristicide. Par exemple mercredi, nous nous rendons aux îles Lavezzi au sud de Bonifacio. Entre nous soit dit, c’est sympa 5 mn mais après… On retourne au bateau qui nous ramène à Bonifacio, bateau qui doit nous faire une petite balade d’une heure en passant par l’île des milliardaires (aucun intérêt), longer les falaises de Bonifacio et finir dans une grotte. On arrive assez tôt à l’embarcadère pour avoir une bonne place quand arrivent 2 familles très Lequennois dans le genre (parmi les enfants 2 Margaux, un Brieuc, une Camille. L’avantage de croiser ce genre de famille, c’est que j’allonge à chaque fois la liste des prénoms à ne pas donner à mes enfants. J’ai entendu Amenory aussi. Par contre, Camille, j’aime toujours bien notamment en référence au Mépris de Godard tiré d’un roman de Moravia. Même si dans le roman, Camille s’appelle en
fait Emilia). Bref les Lequennois nous grillent la politesse et pendant l’heure de bateau où nous sommes censés découvrir les falaises de Bonifacio, moi, je ne vois que le dos du père et impossible de prendre la moindre photo sans que les deux starlettes de la famille posent. Vous êtes bien mignonnes les Margottes (ou pas, d’ailleurs) mais aux dernières nouvelles, vous ne faites pas partie de ma famille donc dégagez de la photo, merci. A la fin, je renonce même à l’idée d’en faire, peu motivée pour jouer à la plus conne.

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Mais eux, ils ne sont rien par rapport au touriste le plus insupportable au monde : l’étranger. Selon le lieu de villégiature, ce n’est pas le même mais il a grosso merdo le même comportement partout. Comme il n’est pas chez lui et qu’il parle une autre langue, il se pense dispensé de respecter les codes de la politesse. Attention, quand je dis ça, je considère naturellement que les Français à l’étranger ne sont pas mieux. Je vous renvoie à l’article de Jane sur le sujet, très éclairant. Mais ce qui est « drôle », c’est qu’en vacances « chez nous », on peut vite devenir xénophobe avec cet autre qui débarque en masse. Par exemple en Corse, tu soulèves un caillou, tu trouves un Italien. Et les Italiens que j’ai croisés n’avaient rien de l’image raffinée de séduction qu’on veut bien leur donner. C’était plus de l’Italien « confessions intimes » avec Kro à la main (ou assimilé), bermuda qui arrive à mi hanche avec maillot de couleur vive dessous qui
dépasse bien, qui parle très fort et te marche un peu dessus parce qu’ils sont plein et que tu es peu. Combien de fois avons-nous dit, sur le ton de la plaisanterie mais pas tant que ça : « Ah, la voiture garée n’importe comment, je te parie que c’est un Italien. Gagné ! Et le mec qui roule comme un con, encore un Italien ? Gagné ! Et le groupe qui fout un bordel monstre sur la plage semi déserte en criant, des Italiens ? Et bien oui. Alors voilà, les Italiens étaient les ennemis à abattre de la semaine. Pourtant, en temps normal, je n’ai strictement rien contre les Italiens dont j’apprécie la culture, le pays, la générosité. On peut bavasser sur leurs choix politiques plus discutables mais j’ai pas très envie. Quoi qu’au passage, ça m’a quand même pas mal fait rire de voir tous les Français se moquer des Italiens avec leur Berlusconi. Maintenant, nous, on a Sarko… On repassera pour donner des leçons de morale.

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Je parle des Italiens en Corse mais y a quelques années, c’étaient les Espagnols à Font-Romeu, sans parler des Allemands ou Hollandais qui bombent comme des tarés sur l’autoroute… Je pense qu’on peut tous avoir ce discours sur un type de touristes donnés. C’est prouvé scientifiquement (ou sociologiquement), en vacances, on lâche du lest et plus on s’éloigne de chez soi, plus on oublie les conventions sociales. Moi la première, hein, plus je pars loin, plus mon look devient alternatif, par exemple. Mais du coup, autant j’ai trouvé naturel de me balader en micro tenue pendant toutes les vacances avec un chapeau improbable, autant dimanche soir, de retour de la plage avec Vicky, le micro short et le bustier option épaules nues, j’assumais un peu moins, déjà…

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Mais bon, à l’arrivée, peut-être que le problème, ce ne sont pas les Italiens, Espagnols, Allemands ou Dieu seul sait qui. Peut-être qu’une fois de plus, je suis victime de ma foulophobie et que j’aimerais être seule et tranquille pou pouvoir profiter en toute sérénité.

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De la guerre, de Bertrand Bonello

Par Bobby

Chronique cinéma

Un film bizarre, vraiment. De la guerre s’ouvre, rien que par le nom, comme une sorte d’essai. On est au bord de l’expérimental, voire complètement dedans. Alors forcément, c’est difficile à aborder.


L’histoire, c’est un cinéaste fasciné par la mort qui se retrouve dans une étrange secte où la doctrine impose un retrait de la société et une préparation au combat, une sorte de combat mystique, davantage contre soi-même et les contingences sociales (amours, amitiés, famille, travail), contre l’angoisse et le stress des villes.

Voici alors une succession de scènes dont la temporalité et l’enchaînement nous déstabilisent, et il semblerait même que le seul pivot du film, ce soit Mathieu Amalric, qui incarne le personnage principal (et qui, dans l’histoire, se nomme Bertrand Bonello, comme le réalisateur).

En gros, si Amalric vous sort par les trous de nez, n’y allez pas, vous allez souffrir.

Le film nous surprend en citant d’autres œuvres cinématographiques, comme le ferait un livre : on y voit des scènes d’eXistenZ, de David Cronenberg, on y entend la bande son d’Apocalypse Now, de Coppola, et le système des chapitres n’est pas sans rappeler Salo ou les 120 journées de Sodome, de Pasolini. Or, vous savez, à l’école, on nous apprend qu’il ne faut pas citer quelque chose sans que ça apporte autre chose, que ça éclaire le sujet. Eh bien ici, les citations m’ont parue muettes, elles ne semblent ici que pour faire joli, que pour satisfaire un plaisir du réalisateur. Alors ok, certes, on est dans un registre expérimental, le but est peut-être davantage de
nous immerger dans la tête du réalisateur que de nous raconter une gentille histoire « début-milieu-fin ». Ouais. N’empêche que.

Je vais quand même saluer la beauté des images, vraiment, une photographie superbe, la bande-son qui l’accompagne assez poignante également (notamment une scène de transe en forêt, tout simplement sublime).

Ce n’est pas un film qui jouera avec vos émotions. C’est un film visuel, à regarder comme un tableau. La question est : a-t-on envie de regarder un tableau pendant 2h10 ?

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Portrait de séducteur

Par Diane

Suite à l’article de Lucas sur la question du contact homme/femme, hommes=rhaaaa tous les mêmes, ils ne pensent qu’à ça!! ;voici un petit développement sur l’agaçant mais non moins fascinant personnage du séducteur. Un petit mix entre mes observations/mes expériences/mes lectures.

Pour la petite touche de culture étymologique, faut savoir que le mot « séducteur », et c’est pas anodin, vient du latin « ducere », qui veut dire, je vous le donne émile….conduire.

Donc dès le départ, un séducteur, ça va vous mener en bateau. ça promet. En plus, en latin toujours, le mot avait aussi le sens de « trompeur »‘… bref le cadre est fixé, allons donc jeter un coup d’oeil sur les spécimens qui nous sont proposés.

Il faut l’avouer, nous nous sommes toutes, un jour ou l’autre ,faites avoir par un séducteur. On a beau être renseignées/prévenues/spirituelles et intelligentes, ce genre de considérations ne rentrent pas en ligne de compte quand le séducteur pointe le bout de son…..nez, et vient titiller nos hormones comme un bougre qu’il est.

Procédons par étapes: les spécimens en liberté:
 
1/LA CONQUETE POUR LA QUANTITE

Le specimen qu’on appelera le Don Juan, c’est celui qui court après un maximun de gonzesses.  Son but: établir un tableau de chasse le plus rempli possible. Et comme tout chasseur, il se rend dans les bois (boites de nuit, soirées et autres) où il peut trouver la masse la plus conséquente de viande à dégommer, il traque, use de petits subterfuges (appeaux, ornements…), il séduit par l’apparence physique et l’opulence,(tu l’as vu ma belle chemise ralph lauren et ma montre à 10 000 balles que y’a 14 fuseaux horaires dessus parce que je voyage beaucoup, tu comprends ») voire par la virtuosité verbale, mais option ringard. (« c’est magnifique, pamela, tes yeux sont couleurs des mers du sud, ça me rappelle mes vacances à Hawai, dans mon yacht privé avec tom et brad ») Le Don Juan vise donc la quantité, est une fois satisfait a une tonne d’excuses toutes prêtes pour déguerpir en vitesse. Le Don Juan est lâche vis à vis de ses conquêtes, et il adooooore briser les beaux petits couples solides. La conquête multiple lui donne un sentiment d’auto-satisfaction très grisant et qui flatte son petit amour propre qui ne vaut pas plus qu’un gros guano de pigeon parisien diarhéïque piteusement étalé sur le capot poussiéreux d’une vieille R5 cabossée. Comme le dit son pote Sganarelle, Don Juan est « l’épouseur du genre humain ».

Citation très parlante à l’appui: «  »j’ai beau être engagé, l’amour que j’ai pour une belle n’engage point mon âme à faire injustice aux autres […]il n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne […] je me sens un coeur à aimer toute la terre, et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eut d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses » (acte I, scène2)

2/LA CONQUETE POUR LA  QUALITE

Le specimen suivant, le Valmont, contrairement à son prédécesseur, à la séduction plus subtile. Quand le Don Juan cherche la quantité, le Valmont cherche la qualité. Avec lui, tout est dans le défi. Plus la demoiselle sera résistante et difficile à séduire, plus ça va l’interesser et il va tout mettre en oeuvre pour en venir à bout. Pour le Valmont, la séduction est un art
subtil qui nécessite jugeotte et habileté. Autant dire que les mecs qui n’ont ni spiritualité décapante, ni humour fin (blagues de blondes et alphabet roté ne comptent pas), ni art du compliment aussi discret qu’efficacement redoutable, peuvent bien aller se recoucher. La séduction n’est donc pas ici un moyen (le but étant, bien sûr, niquer), mais bien une fin en soi. Il n’y a en principe pas d’affectif, tout est affaire de jeu et de calcul.

Le Valmont s’attaque aux femmes sensibles et spirituelles, et comme plat de résistance se dégustent de gentilles petites dévotes prudes et fidèles. Toujours par esprit de défi, il adooore les femmes mariées. Bref, il sait s’y prendre le cancrelat, et nous laisse bien souvent comme des gourdes incapables de piger ce qu’il a bien pu se passer. C’est le genre de gros panneau dans lequel on tombe la tête la première, voire même on plonge dedans, car notre petit cerveau naïf ne parvient pas à saisir comment peut cohabiter (pour reprendre le cri d’amour du crapaud) dans un seul cerveau (le sien, vous suivez?) la perversion égoïste et une spiritualité transcendantale, parce que putain ils savent y faire, les vils vilains voleurs de volonté vertueuse.

Re-citation à l’appui:(pour ceux qui ne connaissent pas les liaisons dangereuses, Valmont à réussi à mettre à ses pieds une bonne dévote prude et mariée, et du coup; une fois le défi relevé, s’en débarrasse par une lettre, mais une lettre mes amis….virtuose de perversité!) « On s’ennuie de tout, mon ange, c’est une loi de la nature: ce n’est pas ma faute. Depuis quelque temps je t’ai trompée, mais aussi, ton impitoyable tendresse m’y forçait en quelque sorte! ce n’est pas ma faute.[…] Adieu, mon ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret: je te reviendrai, peut-être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute. »

 
3/Le SEDUCTEUR MALGRE LUI

Ce troisième specimen, le Dorian Gray, a ça de particulier qu’il exerce une fascination sur tout son entourage, mais sans le chercher. Le pouvoir de séduction réside alors dans l’esthétique (=il est beau comme un dieu, et même si vous le connaissez depuis 4 secondes 3 dixièmes, vous avez une furieuse envie de lui sauter dessus: c’est hystérique, c’est incontrôlable,
mais tout votre corps fébrile veut absolument toucher le sien, chaud, moite, sensuel, vibrant d’une irrésistible puissance mâle et féline….rhhaaaaaa….). Et plus que parler avec lui, vous aller rechercher ce fameux contact, justement. N’importe lequel: lui frôler l’épaule dans l’escalier, la main en servant la salade, toucher son bras en faisant semblant de s’intéresser à son pull (« tiens, c’est doux, c’est du cachemire? »), voire même lui marcher sur le pied, n’importe quoiiiiiiiii!!! Le Dorian Gray vous rend dingue, il aliène complètement votre riche et fertile personnalité pour faire de vous -et involontairement, c’est ça qui est fort- une pure furie en rut dont le sang se met à bouillir dès qu’il approche de moins de 50 cm de vous.

4/Le PRINCE CHARMANT

Bon, bien sûr, comment parler des séducteurs sans évoquer le petit mythe du prince charmant, que selon vos références culturelles vous pourrez appeler Prince Phillipe (belle au bois dormant), Tristan (et Yseult), M. Darcy (orgueil et préjugés + bridget jones)…. Bref le fantasme de la femme raisonnable, de l’homme fidèle, intègre, droit , riche, sensible et beau. Mais bémol étant que souvent que c’est pas franchement l’aventure et la poilade quotidienne avec celui là…

5/CE QUE VEULENT LES FEMMES

Pour mettre tout ça en application, prenons le problème à l’envers, en choisissant un bon exemple de femme qui les a enchainés: Emma Bovary

1er amour d’Emma: son mari, charles. le pti médecin de campagne pépère, aimant et fidèle. Pas très bandant tout ça, pouf, Emma va voir ailleurs. (Charles en crèvera, soit dit en passant)

2ème amour d’Emma: Léon, qui est une sorte de Valmont, avec qui elle a des discussions hautement spirituelles, qui parle à son intrinséque féminité. Communion, harmonie parfaite, mais le truc c’est qu’il est aussi infidèle qu’elle, au final ils se ressemblent trop, pouf léon disparait. Dégoutée des hommes, Emma? Que nenni

3ème amour d’Emma, Rodolphe, l’artiste fascinant….mais aussi absent,  et forcément, l’abence, bah ça fait marcher l’imagination d’Emma qui se peint un homme parfait pendant que lui déguerpit aussitot… Donc que veulent les femmes pour être séduite? elles veulent souffrir! La seule séduction efficace, en somme, est celle qui n’est pas sensée!

Concluons: notons que les vilains séducteurs crèvent tous à la fin (Don Juan, couic, Valmont, couic, Dorian Gray couic -l’avait vendu son âme en échange de son éternelle jeunesse , ça se paye ça mosieur…-) et qu’au final il y a autant de séducteurs différents qu’il y a de femmes voulant être séduites… sic transit gloria mundi

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La normalité

Par Gauthier
 

Comme dirait le sage « la normalité ne peut se définir que par rapport à un individu ou à un groupe d’individu donné », autrement dit « ce qui est normal pour moi ne l’est pas forcément pour toi ! ». Bon je ne suis pas sûr que ce que je viens de mettre entre les premiers guillemets n’ait jamais été énoncé de la sorte, et si je viens de l’inventer, ben pensez à mettre mon nom après si vous me citez.

 

Alors pourquoi je vous parle de ça ? Tout simplement parce que j’ai décidé de me prendre la tête sur ce sujet un poil polémique (j’aime être borderline !). Je me suis rendu compte qu’avec le temps « ma » normalité, ce que j’estime donc être « normal » ne l’était pas pour tout le monde.

 

Comme une très grande majorité des gens, je suis issu d’une famille d’hétérosexuels. Et toute mon enfance, j’ai regardé des Disney (que j’adore encore d’ailleurs), et j’ai toujours pensé qu’un jour je me marierais, que j’aurais des enfants, et que je ferais comme tout le monde quoi. Pour pousser le vice, je dois confesser que mon rêve de bonheur à 12 ans c’était : une femme, trois enfants, une vieille ferme en auvergne, et moi instituteur pour une classe unique avec tous les niveaux, dans un village de 200 âmes…

 

Dieu merci j’ai commencé ma puberté et j’ai évolué !!!!!! Et maintenant que j’ai 25 ans, j’avoue que je n’ai pas du tout réalisé mon rêve de bonheur de petit enfant, mais ça vous le saviez déjà !

 

Alors voilà, à l’adolescence, j’ai commencé à reluquer le cul des garçons, à 18 ans, je faisais mon premier touche-pipi, et à 25 ans j’ai baisé 20 tonnes de mecs. Outre la performance sportive que cela représente, ça m’a fait évoluer dans ma petite tête. Et ça ne m’a pas empêché de rester un éternel romantique. Oui je baise à tout va, mais je m’émeus toujours devant un bouquet de rose (note importante : jamais un mec ne m’a offert de fleurs, sauf une fois, un mec bourré qui m’a offert une rose qui pue en boite, il avait dû la trouver parterre je pense…). Ça doit être pour ça que j’aime offrir des bijoux et des fleurs à mes Moumours, parce que moi ça me ferait tellement plaisir d’en recevoir régulièrement que je transpose (il n’y a ici aucun message subliminale, je suis comblé les filles, pas de panique !).

 

Mais quelque chose s’est brisé en moi, c’est indéniable. Et aujourd’hui je suis arrivé à un point de non-retour. Oui, les films romantiques me saoulent, excepté quand il s’agit d’une histoire d’amour homo (hommes ou femmes sans distinction par contre, mais homo !). Mais voir Jean tombé amoureux d’Irène et que leur histoire se finissent bien ou mal, qu’elle soit bien jouée ou pas, qu’elle soit drôle ou émouvante, elle me saoule, point barre ! Ça ne me fait plus rêver…

 

Mais dès que je tombe sur une belle (ou pas) histoire d’amour homo, elle peut prendre toutes les formes qu’elle veut, ça peut-être un navet, c’est pas grave, je suis content/ému/révolté, selon ce qu’est le film/livre/ou autre…

 

Alors quoi ? L’hétérosexualité me saoule ? Oui en quelque sorte, mais surtout le vrai problème, c’est qu’elle ne fait plus rien vibrer en moi. Je ne ressens plus rien devant ces histoires, qu’elles soient réelles ou fictives. J’ai déplacé mon spectre de la normalité ! Pour moi un homme ne peut être qu’avec un homme, et une femme avec une femme. Et au vue de ce que la télé ou le cinéma nous servent en ce moment il n’est pas nécessaire de dire que je reste sur ma faim…

 

Et ça s’applique à tous les niveaux. La normalité chez le Gauthier, et ce depuis quelques années maintenant, c’est l’homosexualité. Alors après vous comprenez plus facilement pourquoi j’explose quand on me sert un fabuleux « mais les enfants d’homos seront malheureux, parce qu’ils ne seront pas dans une famille normale ! ». Pour moi une famille anormale, c’est un père alcoolique et une mère dépressive ! Là oui c’est anormal… Mais c’est gens là se reproduisent, et sans avoir la bénédiction des autorités (faudrait pas pousser, merci la DDASS), personne ne les en empêche…

 

Et merde, je suis revenu au mariage et à l’adoption, alors que c’était pas le but, mais je crois que ça doit vraiment me travailler maintenant…

 

Je ne demande pas grand-chose en fait, l’hétérosexualité ne me convient pas, elle ne me dérange pas, mais elle ne représente plus rien pour moi, à part quelque chose « d’autre ». Et je demande ce même droit pour moi, les gens comme moi, et nos enfants. Je comprends les gens qui s’enferment dans un ghetto, la vie est plus simple, le spectre de la normalité se déplace de lui même et on n’a plus aucun effort à fournir pour se sentir bien. Mais je ne vois pas pourquoi je devrais faire ça ! Et pourquoi pas un pays qu’avec des gays et des lesbiennes, et puis on refait les guerres Israëlo-Arabes à notre sauce aussi ?

 

Je me suis construit ma vie, mon univers, avec mes référents. Je suis différent de vous. Mais on peut tous vivre ensemble, et faire en sorte que tout se passe bien sans que qui que ce soit se sente spolié de quoique ce soit ! Enfin ce n’est que mon point de vue…

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Le jeu de l’’interview

Quand on est journaliste, il est un exercice auquel on ne peut couper : l’interview. Il y a bien sûr l’interview classique qu’on reproduit telle quelle dans le journal mais aussi l’interview qui sert de base pour écrire un article, avec citation à l’appui. Par exemple, quand je bossais dans le milieu du rugby, j’interviewais les joueurs à la fin du match mais je les intégrais dans l’article de résumé du match.
TV reporter with microphone, Tv interview 

J’avoue que l’interview est, de très loin, mon exercice préféré. La raison est très simple : ça permet de rencontrer des gens et discuter avec eux. Evidemment, rien ne vaut l’interview en face à face mais c’est pas toujours possible surtout que le journalisme, aujourd’hui, ça se passe surtout par téléphone. Donc bon, dès qu’il y a possibilité d’aller sur le terrain, je suis ravie. Pourtant, l’interview n’est pas toujours facile, réservés s’abstenir. Bon, bien sûr, y a les interviews faciles en face à face dans un lieu tranquille (généralement un café) mais après, y a les interviews de type micro-trottoir, le but du jeu étant de sauter sur les gens dans la rue pour qu’ils répondent à des questions. Et c’est parfois très drôle. Je me souviens d’une fois où je faisais un micro-trottoir avec Julien pour la radio, on se balade donc avec notre mini disc enregistreur équipé d’un micro. A un moment, on aborde une nana de 25 ans à peu près avec sa mamie pour un micro-trottoir sur les femmes. On pose nos questions et tout puis à la fin, la nana nous fait : « c’est pour la télé ? ». Heu, comment dire ? On n’a pas de caméras, ça te donne pas un indice ?

 

Bon, les interviewés, y a des bons et des mauvais. Oui parce que moi, je suis une super journaliste, je pose que des questions pertinentes ! Qu’est-ce qu’un mauvais interviewé. Tout connement quelqu’un qui n’a rien à dire et qui ne répond rien d’autre que « oui », « non », « je sais pas ». Le cauchemar. Non parce que quand vous avez un papier à faire, on vous impose une longueur et les monosyllabes, ça aide pas. Bon, c’est vrai que dans les micro-trottoirs, c’est pas évident que les gens soient inspirés par mes questions. Je me souviens une fois où je devais faire un micro-trott’ sur une foire aux vins à côté de chez moi. « Vous allez dans les foires aux vins ?

– Non
– Pourquoi ?
– C’est mon mari qui achète le vin, je n’y connais rien.
– Mais vous pensez que c’est bien ces foires aux vins ?
– Heu… Oui, sans doute. »

Allez, toi aussi, rédige un article avec ça. Du coup, pour remplir un peu, je faisais du « Si je vais dans les foires aux vins ? J’avoue que non car c’est mon mari qui se charge de ça. Moi, je n’y connais rien mais je pense que les foire aux vins sont une manifestation intéressante pour ceux qui s’y connaissent ». Tatan ! Mais y a aussi ceux qu’on interroge sur leur métier, sur un domaine qu’ils connaissent sur le bout des doigts, mais que vous faites visiblement chier. Eux aussi pratiquent la monosyllabe et faut les bombarder de questions pour arriver à avoir de quoi rédiger quelques lignes. Une vraie joute verbale…

 

Mais après, y a les interviewés de rêve, ceux qui ont des choses à dire et qui le disent bien. Ce genre de personnes à qui vous n’avez presque pas besoin de poser de questions tellement ils ont de choses à dire. Limite, vous leur filez le stylo et ils écrivent le papier tout seul. Je me souviens d’une fois où je couvrais un festival, j’avais interviewé un organisateur bien mignon qui m’avait donné de quoi écrire un livre sur le festival, limite. L’histoire du festival, la programmation de l’année avec moults détails, des anecdotes, des artistes qui se sont produits précédemment… Il m’avait fait faire le tour du village transformé pour l’occasion, me montrant les installation, et tout. Du pain béni.

 

Hier, j’ai eu l’interview de rêve, aussi. J’avais rendez-vous avec Emilie Maume, j’ai parlé de son livre il y a quelques temps ici même. A 18h, je retrouve donc la jeune demoiselle à Montparnasse et le bon contact est plutôt rassurant : elle est souriante et jolie, Emilie (ok, elle est pourrie ma blague, on doit lui faire 50 fois par jour mais d’un autre côté, s’appeler Emilie et ne pas entendre « ah Emilie jolie ! », ça doit être vexant, finalement). Une petite brunette au charme naturel, elle m’a fait penser à LilVirgo, dans le style. Bon, vu qu’on a presque le même âge, on passe direct au tutoiement et on commence l’interview. Bon, alors par rapport à ce que j’ai dit la dernière fois, Emilie a galéré elle aussi et ne se plaint pas juste parce qu’elle sort de Science Po. D’abord, elle a fait plein d’autres trucs et ce qu’elle dit, moi, je suis tout à fait d’accord. En plus, c’est marrant, on a fait des études d’histoire toutes les deux et quand je lui demande son sujet, elle me répond « les Indiens du Québec à l’époque moderne ». Bon, Emilie, c’est ma nouvelle meilleure amie ! Bref, Emilie, c’est l’interviewée rêvée : non seulement, elle a des choses à dire mais elle le fait bien. Du coup, j’ai juste qu’à retranscrire, aucun travail de réécriture, l’idéal.

 

Du coup, je suis partie de cet entretien enchantée. J’adore travailler quand tout se déroule parfaitement comme ça, un vrai bonheur ! D’ailleurs, à la fin de l’interview, on s’est dit que ce serait sympa d’aller boire un verre dans un cadre moins formel. Hé ouais, le boulot, c’est pas toujours chiant !  

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