Gertrude et Giovanni

Par Lucas

Cette bafouille se lit mieux avec cette reprise.

Bon anniversaire Gertrude ! Tu permets que je t’appelle Gertrude ?[1]
Bah oui on est potes tous les deux.
Ça fait un an qu’on se connait, qu’on se côtoie.
Ça fait un an que tu fais la une de chaque numéro hebdomadaire de l’encart emploi de l’Express.
En fait, ça fait un an qu’il n’y a pas une journée sans qu’un quotidien, une radio ou une télé ne parle de toi.

Un an !

Je sais, ça ne doit pas être facile pour toi. Cette célébrité soudaine et brutale,
constamment sur le devant de la scène, être la star et l’égérie, celle qu’on clame et qu’on n’oublie… jamais.
Pas de pause, d’accalmie, pas de repos, pas de répit.
Mais ne t’inquiète pas, Gertrude.

Comme ces soldats du fort Bastiani, dans « Le Désert des Tartares« , tu devrais voir un jour venir l’assaillant, ou même voir venir la relève. Enfin, je dis la « relève » mais ce n’est pas tout à fait ça. On n’est pas dans un album d’Asterix…
Disons plutôt la reprise.
Et là, on a envie de détourner une chanson de Cali et de te poser la question :

Et pourtant,
Et pourtant…
Tu sais quoi Gertrude ?
Ma référence au « Désert des Tartares » n’est pas fortuite…

« Le Désert des Tartares« , c’est un peu  l’histoire d’une vie gâchée. Et cette vie, c’est celle de ceux qui n’osent pas créer leur chance. Celle de ceux qui attendent tout de la fatalité et du destin, ceux qui n’osent pas, qui stagnent ou qui vétillent pour ne pas s’engager, qui ne font rien pour aller de l’avant et construire. De ceux qui se bercent de « ah si seulement » et de « tiens je vais jouer au loto, on ne sait jamais »… Ces gens pusillanimes  qui gardent espoir en sublimant un artefact éthéré, ceux qui pensent, qu’un jour, une bonne fée va se pointer et tout changer.  Un espoir odieux que  Buzzati montre tel qu’il est : comme une forme de lâcheté. Et je sais de quoi je parle, Gertrude. oui je ne le sais que trop bien et je l’avoue avec un peu de honte : j’ai mis deux ans à m’extirper de cette atonie.

Pour aller dans le même sens, ça me fait penser à cette réponse que j’ai reçue ce soir de la part de Décathlon où je postulais pour être chef manager de rayon :

Je déplore cependant que votre profil ne corresponde à aucun de nos métiers proposés, et vous informe que nous avons supprimé les informations vous concernant dans nos bases de données.

Negative answer, again and again,
So, what ?

Alors j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes, Gertrude.
De t’envoyer chier.
Oui, je sais, dit comme ça c’est vulgaire mais tu n’imagines pas comme je m’en contrefous.
Tous les DRH me font la gueule et je sais bien : je devrais essayer d’être complaisant. Aller faire risette dans le réseau des anciens de Reims Management’s Cool, appeler des gens pour les « rencontrer et leur demander des infos sur leur job », tournure insidieuse et malhonnête qui déguise un « coucou, je vais venir taper l’incruste dans ton bureau sous prétexte qu’on a fait la même école, histoire que tu notes bien que j’existe et que si tu vois un job passer dans une semaine, tu penses à moi vu que lorsqu’un job est posté sur Cadremploi ou Apec c’est qu’il n’a pas été pourvu
en interne, ouhai trop cool, j’te kiffe graaaaaaave
« .

Je vais donc me lancer comme autoentrepreneur.
A côté de mon job à mi temps,
A côté de mes recherches de boulot entrecoupées de courses à pied pour ne pas penser,
A côté de mon aide apportée à l’assoce Coup de Pouce
Et advienne que pourra.

Je ne dis pas ça par fatalité.
Même quand on a bien ciblé son marché, son offre, son discours, la faute à pas de chance a toujours sa place.
Mais au moins j’aurais essayé et je pourrais enfin me regarder dans une glace.
Un an, Gertrude…
J’espère bien que tu vas crever dans les 6 mois.
Et c’est avec joie que j’irai cracher sur ta tombe.
Je te laisse avec une apologie ou une exhortation de Jaurès que je trouve bien jolie et que j’ai envie de suivre. Oui, je sais Gertrude : c’est beau les déclarations d’intentions. Mais pour moi c’est un objectif à atteindre et un instrument, un moyen et un but. Un tout.

« Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l’exaltation de l’homme, et ceci en est l’abdication.
Le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie.
Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes inévitables l’habitude du travail et de l’action.
Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit ; c’est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ; c’est de devenir, autant que l’on peut, un technicien accompli ; c’est d’accepter et de comprendre cette loi de la spécialisation du travail qui est la condition de l’action utile, et cependant de ménager à son regard, à son esprit, quelques échappées vers le vaste monde et des perspectives plus étendues.
Le courage, c’est d’être tout ensemble, et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe.
Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie générale.
Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes.
Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin.
Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense.
Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux
applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

[1] Intro empruntée à l’article du Tigre sur Marc L…

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T’es que tonique ?

Par Bobby
 

Forcément, la tecktonik, comment ne pas en parler ? Elle a envahi les rues virtuelles d’internet, puis le monde réel. Les TCK (tecktonik killers) sont partout, et à moins que vous
ne soyez des extraterrestres, vous en avez obligatoirement entendu parler.

Puisque je suis le benjamin de la bande des Vingtenaires, je me dévoue pour parler de cet intéressant phénomène de mode, à travers mon propre vécu. Attention lecteurs, dans la
phrase qui vient, je vais me la péter grave. Il se trouve en effet que je suis un véritable dieu de la danse quand j’arrive dans une boîte de nuit. [c’est bon, le mode péteux est passé].
Sans blague, j’ai jamais pris de cours de danse mais je me débrouille franchement bien. Ok, ça reste de la danse « de boîte », me direz-vous. Ce à quoi je répondrai : certes.

Mais il n’empêche que petit à petit, et ce sans avoir jamais entendu dire que ça portait un nom à Paris, j’ai commencé à bouger mes bras dans tous les sens sur les dance-floors.
D’abord, ça restait très anarchique. Puis, Rudolphe, une amie, m’a dit : « ah mais tu sais y a une danse comme ça, ça s’appelle la tectonique ». Alors, moi, direct, je vais sur google
en rentrant chez moi, je cherche « danse tectonique », je ne trouve rien. Forcément. Ca s’écrit « tecktonik ». Haha. La feinte.

Et je découvre les vidéos de Jey-Jey, Cali, Spoke, etc. Des petits minets de banlieue parisienne se filmant chez eux (chambre, garage et autres lieux non moins glamours) en train d’exécuter des mouvements bizarre sur de la techno. Ok, bon. Pas fute-futes les mecs, a priori. Un look un peu bizarre, m’enfin, guère pire que les autres modes lycéennes. Avec ma meilleue amie, Léa, toujours en province, on décide de s’y mettre. On va en boîte, on attaque avec maints moulinets brachiaux, et là, hallucinant, un mec se ramène et commence à frapper Léa en criant : « arrête de danser comme ça, ça me saoule trop ». Ok. Le mec, on le connait ni d’Eve ni d’Adam, mais on laisse couler. Bizarre, quand même, la réaction des gens.

Finalement, j’arrive à Paris en octobre dernier. Le soir de mon emménagement, un type me contacte, il veut faire un reportage et il cherche un scénariste. Vu que je suis inscrit
sur pas mal de forums et autres sites de cinéma, je suppose que c’est là-bas qu’il a trouvé mes coordonnées. Le sujet de son reportage ? La tecktonik, bien sûr.

Me voilà donc à retrouver les stars du mouvement, qui ont impulsé cette vague au Metropolis lors de soirées éponymes. Je fais la connaissance « en réel » de Jey-Jey et
Cali, entre autre, afin de mieux cerner leur façon d’être pour m’aider dans l’écriture du scénario (il se trouve au passage que Cali me rappelle Joàn, mon amoureux de Cuba, dont je te parlerai, cher lecteur, très prochainement…). Vous imaginez mon état, tout émoustillé le petit Bobby. A la fin de l’entrevue, dans un élan de sociabilité inouïe, plein d’espoir, je lance au dit
‘Cali’ :

« Bon ben, puisqu’on va bosser ensemble sur ce film, tu pourras m’apprendre les mouvements, haha. » [le « haha » permets de me préparer à un éventuel refus, genre « mais non de toute façon je disais ça pour rire]

Ce à quoi il me répond :

« Ben pour ça, vous regarderez nos vidéos sur internet. »

Connard. Déjà j’ai qu’un an de plus que toi, alors pas la peine de me vouvoyer, et puisque c’est ça, je hais ta danse pourrie. Voilà, en gros, mon expérience avec la chose.

D’un côté, on a les addicts de la tecktonik, tranche d’âge 12-15 ans (voire plus jeune encore). De l’autre, une vague écrasante anti-tecktonik. Alors certes, ces jeunes ‘rebelles’
renvoient une image hautement superficielle et gélifiée de toute une génération. Certes, les mouvements de bras, ça fait bizarre. M’enfin, je me demande, pourquoi une telle animosité à leur égard ? En quoi sont-ils plus ridicules que les danseurs de hip-hop, par exemple ?

Il faudrait alors distinguer deux choses radicalement différentes, que l’on amalgamme sans doute un peu :

–       la tecktonik elle-même, qui est à la fois un titre de soirées ayant
lieu au Metropolis, une marque de vêtement et de boisson énergétique, qui renvoie à un code vestimentaire, une façon de se coiffer, de se comporter, bref, une MODE

         la danse electro, qui est un prolongement corporel de la
musique electro, et peut s’exécuter sans slim, sans crête, ou sans avoir des joues de minet imberbe, bref, une simple DANSE

Pour ma part, quand il m’arrive de sortir le soir, je n’obéis en rien au cliché ‘tecktonik’, pourtant je fais à peu près la même chose qu’eux avec mon corps, sans mettre le même
nom dessus. On a pas forcément besoin, même si on a vingt ans, d’être rangé dans une case, genre « cool », « rockeur », « clubbeur », « gothique », ou que sais-je encore. Même au lycée, je n’avais pas l’impression de faire partie de ces cercles bien délimités. Un jour j’aime le rock, un jour j’aime la pop, un jour je vais en boîte, un jour j’écoute de grands classiques. Forcément, pour être intégré parmi les autres, ça n’aide pas.

A moins de ne fréquenter que des schizoïdes pluri-fonctionnels.

Et en exclu, la vidéo tecktonic fait par Nina que vous êtes cordialement invités à regarder parce que j’ai passé 5h à la monter, bordel !

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A quoi servent les critiques ?

La semaine dernière, je suis contrainte de regarder on n’est pas couchés de Ruquier, vu que je suis pas chez moi et que je gère pas la zappette (parce que sinon…). D’ailleurs, y a plus Polac, c’est un autre mec qui le remplace, Eric Naulleau. En invité, on a du lourd : Azouz Begag et Cali. Je précise que je n’ai jamais vraiment apprécié ni l’un ni l’autre. Et là, les deux se drapent dans une agressivité assez hallucinante, Cali a un comportement vraiment honteux. Pour ceux qui n’ont pas vu et ne veulent pas voir, dès que Zemmour a commencé à critiquer l’album (en ayant quand même commencé par « j’ai beaucoup aimé telle et telle chanson mais celle où vous parlez de politique… »), Cali est devenu furieux, a fait son cinéma, faisant de même avec Naulleau qui lui a posé la question suivante : « mais franchement, vous préférez aller dans des émissions où les gens ne diront que du bien de votre album qu’ils n’ont même pas écouté ? ».
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Et c’est là que je veux en venir. A quoi servent aujourd’hui les critiques, qu’ils soient littéraires, ciné… Déjà, à la télé, les critiques sont très, mais alors très rares, la plupart des émissions faisant l’éloge des artistes invités. Finalement, la seule émission où on ose dire que leur album est pas top, c’est chez Ruquier car chez Fogiel, c’est la personne qu’on attaque, pas son travail. Dans les magazines, tout est relatif. Déjà, dans la presse féminine, on ne critique rien, mais alors rien : tout est bien. Ca tombe bien, c’est ce que dit le dossier de presse alors… Faut dire que c’est un milieu très susceptible : ose dire du mal de la marque A, tu perds tous leurs budgets pub. Quant aux pages cultures, je crois n’avoir lu qu’une poignée de critiques légèrement négatives. Moi, j’aimerais vivre dans un monde où toutes les œuvres sont bien mais faut pas rêver. Bien sûr, d’autres revues sont plus cassantes mais voilà, dès qu’on dit du mal, c’est parti pour un « la critique est facile, l’art est difficile. » ou encore « les critiques sont des artistes ratés ». Peut-être mais faut se rendre compte que c’est un vrai métier, pas l’expression d’une frustration. Par exemple, moi, je ne serais pas vraiment capable d’être critique, je me sais trop subjective. J’ai des goûts pas mal arrêtés en matière de musique, littérature, cinéma… Par exemple, Amy Winehouse, perso, je supporte mal. Ca croasse, elle chante mollement, j’aime pas. Mais si je devais rédiger une chronique
musique, je ne pourrais pas juste dire « moi, j’aime pas ». Il faudrait que je parle de l’instrumentation, du travail de production, des influences… Bref, être critique, c’est pas un
truc qu’on fait sans une solide culture générale de l’art en question. Quand je vais voir un film, j’aime ou pas, selon si je suis prise par l’histoire ou pas. Le reste ne m’intéresse pas forcément, je peux voir les belles images, les effets de mise en scène, oui, mais je ne suis pas tout à fait au point.

 

Bien sûr, l’objectivité n’existe pas et je ne prétends même pas le contraire. Mais si je regarde ma culture cinématographique (ouais,ok, c’est un peu mon complexe) et qu’on me met devant un chef d’œuvre du 7e art, je fais quoi ? Je le compare aux daubes que j’ai pu voir ? Parce que non seulement je ne vois pas beaucoup de films mais en plus, j’ai un talent certain pour choisir les mauvais. En gros donnez moi à manger du caviar, je vais comparer ça à des œufs de lump. Mais pour en revenir au point de départ de cet article, je me pose quand même de sacrées questions. N’est-il plus aujourd’hui permis de dire d’une œuvre qu’on la trouve médiocre sans se retrouver victime de l’artiste en question ? Ne peut-on pas dire que tout son album n’est pas un bijou (ce qui est le cas de tous les albums, il n’y en a pas un où j’aime tous les titres sans exception et je dirais que c’est normal) ? Les artistes doivent-ils être des individus totalement épargnés par la critique alors que n’importe quel travailleur doit en essuyer ? Et au nom de quoi, je vous prie ? Très honnêtement, quand j’aime un artiste, je vais acheter son œuvre, même si j’en entends de mauvaises critiques. Les mauvaises critiques, ça me sert surtout à décliner l’invite pour aller voir un film qui me tentait pas au départ « nan mais dans Voici, ils ont dit que c’était nul alors hein… ». Alors bien sûr, il y a le problème du « détesté par la critique, applaudi par le public ». Mais
ça, j’en parlerai une prochaine fois.

PS : Je sors d’un repas de famille : 2 coupes de champagne + 1 verre de rouge + 1 verre de blanc, je vais faire la sieste.

La vidéo Cali vs Zemmour et Nalleau, au passage :

 

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