Faut-il réinventer la contestation ?

Un autre samedi de mai à déambuler dans les rues de Paris en scandant des slogans dans la joie et la bonne humeur mais toujours cette petite interrogation : on ne serait pas toujours un peu les mêmes à défiler ? Est-ce que la contestation classique est dépassée et il faut inventer une nouvelle façon d’exprimer une colère massive ?

Camion marée populaire

Le camion à suivre pour une ambiance au top

La semaine dernière, grosse catastrophe avec le drame Parcours Sup. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, de nombreux lycéens, 350 000 le jour de la publication des premiers résultats, se sont retrouvés sans rien. A 15 jours du bac; on balance à la figure de 350 000 gamins que mêmes s’ils réussissent l’examen, ils se retrouveront peut-être désoeuvrés à la rentrée. Yayyyy… Alors je me suis prise à espérer. Que c’était le faux pas de trop, que la classe moyenne + allait être touchée, elle aussi, par ParcourSup, que ça allait grossir une nouvelle fois le mouvement de protestation déjà bien velu, que samedi, à la manif, la foule serait plus bigarrée que d’habitude, plus mixte. Eeeeeeet… pas trop. J’ai repéré certaines affiches vues lors du 05 mai, les mêmes organisations,  et je me suis demandée : est-ce que tout ça est bien inclusif ? Je veux dire : n’a-t-on pas tellement agité le chiffon rouge de la violence en manif pour faire fuir les gens qui ne sont guère habitués à tout ça ? Alors sur ce point, je vais réinsister : la manif que je vis en tant que manifestante n’a rien à voir avec ce que l’on voit dans les médias. Je n’apprends qu’en rentrant chez moi qu’il y a eu des violences, samedi encore… Du coup, moi, j’ai juste droit aux petits concerts live, pancartes rigolotes et punch à 1 euro. C’est un joyeux moment.

Manifestation du 26 mai

Mais peut-être que c’est l’ambiance “odeur de merguez avec l’Internationale en fond sonore” qui dérange. Contre ça, y a rien à dire, rien à faire. Mes parents (de droite) caricaturent toujours les manifestations en clamant le “tous ensemble, tous ensemble, hé hé !”. Et c’est là que je me demande : qu’est-ce qu’on peut proposer d’autre ? Je suis quelque part assez contente de me dire que la manifestation n’est pas la seule voie de contestation possible. Je pense même que la manifestation n’a pas vocation à changer les choses en soi, je crois plus dans les micro actions, dans les conversations en petits comités. Depuis que je milite (très modestement), la phrase que j’entends le plus est “de toute façon, ça ne sert à rien”. Normal, on nous apprend ça, on réécrit l’histoire pour nous faire croire à de jolies concordes plutôt qu’à la grève générale (remember le front populaire en 36), excepté la révolution française mais ça rentre bien dans l’histoire républicaine donc ok. C’est quand même assez étrange, quand on vit à une époque qui déborde de produits culturels à base de révolte (Hunger Games, Divergente, Mister Robot, La servante écarlate, la grande majorité des dystopies), de croire que tout est immuable. Alors oui, ok, dans ces dystopies là, on est loin d’être dans de riantes démocraties mais il y a quand même cette idée de poing levé pour dire non. Pourquoi on adore mater ces films ou séries là ou lire ce genre de livres mais qu’on est enfermés dans notre fatalité de citoyens ? Les signaux sont au rouge de façon assez flagrante mais on se laisse grignoter sans rien dire. La fameuse métaphore de la grenouille bouillie. Ou peut-être de la naïveté, on se dit que demain, ça ira mieux, que les autres vont se battre pour nous et que tout ira bien, que ce ne sera pas aussi grave que ce que veulent bien en dire les Cassandre gauchistes. Et en vérité, j’aimerais que ce soit le cas parce que j’ai peur de ma France de dans 4 ans

Manifestation marée populaire du 26 mai

J’adore cette photo, faut que j’arrive à en faire un dessin ou un truc du genre

Alors il est peut-être temps de remettre notre travail sur l’ouvrage, trouver d’autres moyens de contestation en dehors de nos petits cortèges. Je ne sais pas quoi précisément, j’y réfléchis beaucoup. Sans doute que dans mon prochain blog engagé, je pourrai faire quelques articles sur les contestations originales comme la révolution des parapluies, des choses comme ça. Sans doute finirai-je par trouver quelques idées à propager.  

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Comment se déconstruire ?

Bonne année tout le monde ! On continue 2018 comme j’avais fini 2017 : en étant la reloue qui disserte sur les oppressions et plus spécifiquement sur le féminisme. Seulement, je me rends compte que peu importe comment j’emballe le paquet, c’est souvent ressenti comme une agression, t’as beau écrire en toutes lettres “arrêtez avec vos not all men”, des hommes débarquent à CHAQUE fois m’expliquer que eux ne sont pas comme ça, pia pia pia. On finit même par me dire que je suis extrême… Je pense que vous ne savez pas ce que c’est l’extrême (comme quand vous placez Mélenchon à  l’extrême gauche, par exemple…). Mais j’ai eu moi même ces réticences et je me demande : qu’est-ce qui m’a fait évoluer ? Comment se déconstruire ?

Se déconstruire

L’éducation nous apprend à rentrer dans un cadre, à ne pas faire de vagues parce que “ça sert à rien”. C’est curieusement très ancré ça alors que les preuves du contraire pullulent, des preuves qui ont même parfois eu lieu de notre vivant. Vous vous souvenez le CPE, par exemple. Le souci est que Hollande nous a bien fait le coup de la grenouille dans l’eau qui bout au fur et à mesure : son étiquette “gauche” fièrement brocardé sur sa poitrine, il a commencé à nous faire une politique de droite ni vu ni connu, nous envoyant défiler pour le mariage pour tous. Une jolie cause sans nul doute mais quand on voit comment ils ont dégainé du 49.3 pour éviter tout débat “houleux”, ça fait un peu mal au cul pour nos camarades LGBT de s’être faits insulter pendant quasi un an pour une mesure qui aurait pu passer beaucoup plus vite… Bref, désormais, la mythologie veut que les manifestations ne servent à rien, que la rue n’a jamais rien obtenu. Même les congés payés de 1936, on te raconte que c’est arrivé comme ça mais on oublie la grève générale qui les a précédé pour inciter le Front Populaire à tenir sa promesse…

Grève générale de mai à juin 36 pour les congés payés

Bref, on apprend toute notre vie qu’on n’obtient rien par la force ou la violence, qu’il faut demander poliment. J’aime beaucoup la politesse, vraiment, tout comme le savoir-vivre MAIS ça ne fonctionne pas quand il s’agit de rééquilibrer une balance. Parce que personne ne veut lâcher ses mini privilèges. Un truc qui m’a toujours choquée par exemple, c’est tout ce qui touche les allocs. J’ai remarqué que ceux qui crachaient le plus sur les allocataires sont ceux qui le sont, justement. Je me souviens d’une discussion où une nana nous sortait le discours merdeux classique “non mais les étrangers, ils viennent pour prendre nos allocs alors que nous, on a rien !” et son mec de lui rappeler qu’il était lui-même au RSA alors qu’il bossait au black. C’est fou cette mythologie de “ils ont tout, nous n’avons rien” quand on sait que le RSA s’élève aujourd’hui à 545 €/mois, bon courage pour vivre avec ça. Du coup, comment on renonce à ses petits privilèges acquis soit-disant de haute lutte pour mieux partager le gâteau ?

Gâteau en billet de banque

Le bon goût <3

Ah oui, parce qu’il y a ça, aussi : le mérite et la galère. Je sais pas pourquoi mais dès qu’on parle des difficultés structurelles d’un groupe dominé, t’as toujours un membre du groupe dominant qui va chialer pour dire qu’il en a chié aussi. Tenez, sur mon article sur les privilèges, un petit blanc est venu chialer parce qu’il n’a pas de meuf ni d’amis. On a beau sortir toutes les études, stats et co, le petit Blanc a pas de copine alors tu n’as pas le droit de dire qu’il est privilégié. En tant que femme, tu risques l’agression sexuelle chez toi, dans la rue, au travail mais lui, une fille lui a dit non alors ça va, hein, ce sont les femmes qui mènent le jeu. Sauf que parler de groupes privilégiés vs groupes oppressés, ce n’est pas nier la galère des uns et des autres. J’ai mis un an et demi à trouver un emploi en CDI après mon bac+5 (certes pas acheté dans une école info-comm-marketing) malgré ma blanchité, issue d’un milieu aisé et bourgeois, ma bonne éducation et ma validité. Mais je sais pertinemment que j’ai quand même eu des atouts pour mettre facilement mon premier pied à l’étrier et depuis, je ne galère pas vraiment dans ma carrière. Finalement, mes principaux obstacles ont été dus à de mauvais choix imputables uniquement à ma personne.

Le mauvais choix

Alors ok mais comment je me suis déconstruite, moi ? Si tant est que mon expérience puisse servir, bien sûr. Parce que y a beaucoup de hasards de la vie dans mon histoire : je suis allée dans une fac rouge qui m’a permis de fréquenter des gens très différents, donc des syndicalistes étudiants, les gens de gauche que j’ai fréquentés, des gens de gauche radicale, mon Victor, le “Politburo” (c’est comme ça que j’appelle mon groupe d’action dans mes conversations, personne ne comprend jamais)… et Twitter, plus que n’importe quel réseau social avec tous les threads des concernés que j’ai pu lire, les débats auxquels je ne participais pas… en écoutant les gens. Ecouter… tiens, voilà un élément intéressant, on s’y arrêtera une prochaine fois (parce que cet article est déjà trop long)

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Meetic

(Troisième sketch de mon one woman show que je jouerai jamais mais ça m’éclate de l’écrire quand même)

Bon, tel que vous me voyez là, je suis célibataire. Bon, alors, j’ai beau me dire que c’est pas grave, on me fout la pression quand même. Genre, ma meilleure amie : « Il serait temps que tu te trouves un mec, tu vires aigrie », ma grand mère : « alors, c’est quand que tu nous présentes ton jules ? ». Ma tante : « Alors, c’est toi la prochaine à te marier ! ». Ma mère : « t’es sûre que t’es pas lesbienne ? ». Non mais oh, je fais ce que je peux ! L’amour, ça se trouve pas comme ça, d’un claquement de doigts. Je vérifie, tous les soirs, qu’il n’y a pas un beau mec caché sur mon lit et ça n’arrive JA-MAIS. D’un autre côté, un inconnu sous mon lit, je suis pas sûre de bien le vivre sur le coup.

meetic

J’ai donc décidé de prendre mon destin en main. Comme j’ai compris que je ne trouverai pas l’amour au boulot, à moins de devenir sourde et aveugle, l’amour, je le trouve là où il se présente, sur meetic. (S’asseoit et tapote sur un ordi). Alors, je tape ce que je veux comme mec, voyons voir… Brun, grand, athlétique, les yeux bleus, parlant anglais, russe et croate, bac+5 et plus, riche… Oh, ça va, puisque je peux choisir, je vais pas prendre un smicard ! Vous avez le choix entre Brad Pitt dans un château ou le mec qui zone toute la journée au PMU, on sait tous quel choix vous allez faire. Bon, hop, je rentre tout ça et… aucun profil ne correspond à ma demande. Bon, je crois que je suis trop exigeante, là… Bon, on va regarder ce qu’il y a dans ma ville, pour voir. (montre son écran avec son doigt). Non… Non… Non… Ahahahahah, non ! Ah, lui, il est mignon. Ah, il est en ligne, je vais passer sur sa page et attendre qu’il me contacte sur le chat. Oui, meetic, c’est comme dans la vie, c’est à l’homme de nous courtiser, faut pas déconner non plus. Bon… Ah, j’ai un message sur le chat, gagné ! Ah non, c’est pas lui, c’est qui qui me parle ? Raymond, 57 ans… « Est-ce que tu veux faire l’amour ce soir ? ». C’est une blague ? Alors que les choses soient claire, je n’ai rien contre les quinquas, mes parents le sont, justement… Mais avoir des relations sexuelles avec un gars qui aurait pu être dans le berceau voisin de mon père, c’est complètement impossible…Bon, je vais lui répondre (tapote) « Non, mer-ci, je-ne-suis-pas-in-ter-res-sée ». Ah, il me répond : « t’es frigide ? ». Mais c’est quoi ce site ? Pervers.com ? Bon, je ne lui réponds plus, ça ne sert à rien. Ah, en voici un autre : 29 ans, bac+5. Bon, y a pas sa photo donc à priori, ça veut dire qu’il est soit moche, soit marié, soit qu’il n’a pas 29 ans… Voire les trois en même temps. Bon, il me demande gentiment comment ça va, répondons lui. (tapote)« Ça va et toi ? ». Il me répond : « Oui, c’est quoi ton prénom ? ». Ouh, je sens la conversation passionnante, là. Bon, je vais lui répondre, on ne sait jamais. Il veut savoir mon âge, maintenant… (tapote)« C’est écrit sur mon profil, tu sais pas lire ? ». Non mais on va pas lui mâcher le travail, non plus ! Ah, il me répond : « quelle est la taille de tes pieds ? ». Hein ? C’est quoi cette question ? Il est podologue ou quoi ? (soupir) Bon, répondons lui, on sait jamais… Des fois que j’ai besoin d’aller chez un podologue, un jour. Il me répond : « j’adorerais te les lécher ». Bon, ok, on passe au suivant.

Bon, bonsoir, ça va, oui, début classique. Il me demande ce que je fais dans la vie… Des fois, je me demande à quoi ont servi les 15 minutes que j’ai prises pour remplir mon profil… (se lève). L’autre soir, j’ai discuté avec un homme : il était beau, il était drôle, il m’a parlé de Mozart et de villa en Toscane, de couchers de soleil, d’escapade à Venise et d’aurores boréales. Moi, j’étais toute émoustillée, je m’imaginais cheminer main dans la main avec ce poète cultivé, homme de goût… La preuve, il me drague. Je croyais l’avoir trouvé, l’amour, le vrai. Il m’a demandé un rendez-vous, j’ai accepté. Il était beau sur sa photo, on aurait dit Sean Connery, jeune. Je vous rappelle que je refuse de tomber amoureuse de gens ayant l’âge de les parents ou plus. Donc je l’imaginais, arriver dans son manteau long, une écharpe négligemment jetée autour du cou, l’œillade irrésistible, un sourire à faire fondre la banquise. Oh Sean, je suis à toi, épouse-moi, prends-moi, fais de moi ta chose ! Donc, j’étais là, dans la rue, je l’attendais mon Sean Connery, la tête pleine de rêves ! Il est arrivé et là, et là… C’était plus Sean Connery mais Mister Bean… J’ai un peu déchanté quand même mais sur le coup, je me suis dit : « c’est pas grave, il a la beauté de l’âme… ». Mais quand au bout de dix minutes, il m’a demandé si on allait directement à l’hôtel, j’ai compris que la beauté de l’âme non plus, il ne l’avait pas !

Bon, y en a qui trouvent l’amour par meetic, quand même, faut pas exagérer. C’est pas parce que moi, je suis mal tombée que c’est le cas de tout le monde. Et puis meetic a un côté positif quand même : c’est de la drague lourde comme en boîte mais là au moins, personne ne vous met la main au cul…

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