Pourquoi on s’engage ?

Mercredi, je suis allée au cinéma, fait particulièrement notable, et lors de la (bien trop courte) séance de bandes-annonces, je vois un film français dont j’ai oublié le nom et que je n’irai pas voir (un article hautement sourcé s’annonce) mais qui m’a interpellée. L’histoire : Agnès Jaoui est une bourgeoise qui donne des cours de français aux migrants et y a tout un questionnement sur l’engagement, le personnage ayant l’air accro à la reconnaissance. Mais il n’en reste pas moins que ça me gratte, cette question : pourquoi on s’engage ?

Pourquoi on s'engage, manifestation place de la République

Commençons par une évidence  : et bien, ça dépend des gens ! Merci, bisous. Je vais donc parler de mon cas et de mes observations, n’hésitez pas à enrichir avec vos propres expériences. A mon niveau, je perçois deux militantismes : celui qui parle et celui qui agit. J’ai d’abord été une sorte de militante de la parole, surtout écrite, essayant de diffuser au maximum des concepts, des pensées. J’étais comme un prisme diffusant un savoir. Savoir que j’essayais soit de présenter à travers des articles, soit en narrant une expérience, soit en me contentant de rediffuser une parole, telle une caisse de résonance. Tiens, il faudra que je parle de ce militantisme de parole, ça fera un article intéressant.

Le prisme qui filtre la lumière

Puis 2017, le virage. Cette élection présidentielle qui sonne comme un naufrage, la peste et le choléra. Tout ce dont tu rêves pour la société est menacée, la solidarité, l’entraide. La start-up Nation agit tel un rouleau-compresseur, ultra libéralisant tout au profit des plus riches, des voyous hors-la-loi qui me rendraient PRESQUE Sarkozy sympathique. Et je ne parle même pas de l’écologie, de nos petits accords sales avec un pays qui massacre tranquille un de ses journalistes, de la médiocrité crasse de la plupart des députés de cette majorité abrutie qui fait ce que dit le chef sans discuter sinon attention à la fessée. Bref, ça me rend hystérique qu’on vote depuis trente ans pour le mêmes mecs en mode “y a pas le choix, y a que ça qui marche” alors que force est de constater que non mais qu’on refuse de tenter quoi que ce soit d’autre. Bref, parler ne suffit plus, surtout quand l’ombre devient de plus en plus présente. Oui, je passe souvent pour la Cassandre de service* mais faut pas être un génie pour voir que ça pue vraiment en ce moment et qu’on est en train de préparer tranquillement le lit de la peste brune en libérant plus que jamais une parole sexiste, raciste, homophobe…

Tatouage nazi

Et c’est difficile de laisser faire alors on essaie de s’engager, on essaie d’expliquer que non, ce n’est pas ok de cracher à la gueule de ces individus parce que vous refusez de remettre en question vos privilèges. Ceux que vous appelez avec mépris les décoloniaux, féminazies, LGBT aux cheveux bleus… Evidemment, c’est toujours plus facile d’imaginer que ces gens là inventent leurs oppressions malgré les milliers d’études, statistiques ou d’enquêtes qui prouvent le contraire. Moi, j’ai envie de changer la donne, d’accepter que nous ne devons plus nous crisper sur notre micro-privilège en laissant ceux qui n’ont pas eu notre “chance” au bas de l’échelle en anônnant que qui veut peut et que vous aussi, vous en avez chié. Le problème, c’est que personne ne lâchera rien si ce n’est pas un mouvement global et je peux comprendre : nul n’a envie d’être le dindon de la farce.

Le prêcheur des manifs

Alors, moi, je voulais m’engager pour essayer d’instiller mes petites graines d’espoir, porter un message haut, essayer d’aider à mon niveau. Je ne m’engage pas pour la reconnaissance, mes envies (ou besoin) de reconnaissance sont ailleurs. Je ne m’engage pas en espérant faire carrière, j’ai de plus en plus de mal avec la sphère politique et ses petits arrangements entre amis, quel que soit le côté de l’hémicycle où l’on se trouve. Je m’engage parce que j’ai envie de croire qu’on peut arrêter d’être collectivement con, qu’on peut essayer, au moins, de changer quelque chose.  Non parce que y a des jours, quand je vois où on en est, je me dis que finalement, laissons les extrêmes monter, que tout le monde se foute massivement sur la gueule et c’est peut-être comme ça qu’on arrivera à sauver la planète. Bon, par contre, je ne garantis pas qu’on soit toujours là pour le voir.

Ville abandonnée en Chine

Idéaliste ? Oui, et ? Faut bien tenter des choses à un moment. S’asseoir sur son canapé en soupirant que le monde est moche, c’est un peu court. Maintenant, vouloir changer les choses (je n’irai pas jusqu’à dire le monde), c’est bien, mais y a quand même une question de taille : comment. Point de recherche d’une formule magique, juste trouver un medium permettant de bouger un tant soit peu les choses, avoir un tout petit poids. Et là, je crois que je me suis fourvoyée, va falloir que je trouve autre chose. Et le temps qui va avec accessoirement. Pour changer.

Déprime saisonnière

* N’empêche que Cassandre avait raison, c’est juste qu’on refusait de la croire.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Le travail n’est pas le bonheur

Ces derniers temps, j’essaie de changer quelques paradigmes dans ma vie pour être le plus heureuse possible. Ca passe par un meilleur rythme de vie, une alimentation saine mais quand même gourmande parce que ça fait du bien, savourer les moments heureux… et me rappeler à chaque moment que je ne suis pas définie uniquement par le travail et que celui ne fera pas mon bonheur à lui seul.

bureau à niveaux

Mais que ça m’a l’air bien pratique cette petite chose !

Samedi, un candidat en mousse a jeté un “Je ne veux plus entendre qu’il est plus intéressant de faire autre chose que de travailler”. Genre, le mec qui a passé sa (relativement courte) carrière à fouler les moquettes épaisses des bureaux lambrisés éclairés par lourds lustres prétend nous expliquer ce qu’est le travail ? Laissez-moi rire. Mais passons sur Macron (je vous expliquerai peut-être un jour pourquoi je le méprise du plus profond de mon âme mais pas aujourd’hui) qui n’est finalement qu’un énième politique à brandir le travail comme solution à tout et revenons justement sur cette notion très bourgeoise de travail qui est la valeur la plus importante de votre vie.

Britney Spears dans le clip Work bitch

Britney photoshopée approves

J’ai plutôt de la chance : même si je ne fais pas le travail que j’avais prévu de faire étant jeune, je ne m’en sors pas si mal. J’évolue petit à petit, j’ai réussi à me débarrasser du community management (je vous expliquerai un jour à quel point je déteste ça… le jour où je serai certaine d’être bien sortie du social media)(enfin, je déteste pas le social media en soit, j’aime bien faire les planning éditos, par exemple, et réfléchir à une stratégie globale), je rentre de plein pied dans la social data, mon but étant d’arriver dans la digital data soit en rejoignant une équipe de planning strat, soit notre département études, soit une poste de data manager. C’est pas encore trop défini mais mon nouveau rêve de chichounette, ce serait de réaliser des études en partenariat avec des journaux, histoire de concilier ma carrière opportuniste et mes rêves de jeune fille. Je me suis égarée, là, non ? Bref, bon an mal an, je ne suis pas en larmes le matin quand je quitte l’appart, y a même des jours où je rentre le soir avec ce doux sentiment de devoir accompli.

se détendre

Marrant, pour illustrer cette idée de devoir accompli, je prends une photo qui raconte plus un côté « s’être libérée des tensions »

Mais je suis une chanceuse. A côté de ça, il y a tous ceux qui n’ont pas pu avoir de réelles carrières, par mauvaise naissance ou accident de la vie, mauvaise orientation, peu importe. Ils prennent le premier boulot qui leur permettra de boucler le mois sans trop finir dans le rouge, ils seront équipiers au McDo, caissiers au Leclerc, livreurs, ouvriers à la chaîne… Des métiers où l’on se lève souvent à 5h du matin, où on rentre au bout de sa fatigue le soir et… et où franchement, on n’a rien fait d’intéressant, intellectuellement parlant. Ne voyez aucun mépris dans mes propos vis à vis de ces métiers. J’ai été guichetière à la poste, j’ai trié du courrier aux petites heures de la matinée et… Ca a le mérite de payer mais une fois que t’as appris les 3-4 trucs à savoir, les journées s’écoulent dans une routine qui s’étire, s’étire, s’étire… le “bored out” si catastrophique pour ceux qui ont la chance d’avoir un boulot à priori intéressant, c’est le quotidien… et ça fatigue.

La fatigue au travail

Et ce n’est pas tout. Le travail, c’est quoi au fond ? J’ai un travail qui me permet de vivre plutôt bien, qui me prend 8h/jour à priori (plus par moment, moins à d’autres), soit un tiers de ma journée. Un autre tiers est censé me servir à dormir mais je suis plutôt à 6h, on va mettre mes divers temps de transport dans les 2h restantes… Quoi qu’encore, non, ce n’est pas du temps de perdu puisque c’est du temps de lecture le matin et du temps d’écriture le soir… Donc si on enlève les 14h de sommeil et travail, il me reste à peu près 10h… Tu veux dire que je suis censé m’en servir pour travailler plus ? Dans les faits, c’est un peu ce que je fais. J’écris, par exemple : ici et sur mon roman de Maja (j’en arrive à la page 50 !), je lis pour me cultiver et réinjecter mes savoirs parfois dans mon travail rémunéré, souvent dans mes écrits loisir. Mais comme je ne suis pas payée pour ça, ce n’est pas du travail ? Le temps que je passe à écrire ces modestes lignes et le temps que vous passez à le lire, c’est du temps gâché pour tout le monde ?

Perdre son temps

Et je ne parle pas de mes autres activités : le sport que je pratique régulièrement dont le yoga qui me permet d’affronter avec beaucoup plus de sérénité mon travail rémunéré, idem pour la sophro. Et puis le temps que je passe avec mon Victor, avec mes amis… Désolée, Manu, tu dois être bien malheureux dans ta vie pour croire que vivre est moins intéressant que travailler. Moi, vois-tu, j’essaie de gagner un max de temps libre pour que le travail ne soit plus le coeur de ma vie mais une parenthèse de 8h entre tous mes projets. Et tu sais quoi ? Je suis bien plus heureuse depuis que j’ai placé mes billes ailleurs. Surtout que le monde du travail, il me dégoûte de plus en plus. Je vous en parlerai un autre jour.

Rendez-vous sur Hellocoton !

L’’uniformisation américaine

Soyons clairs, je ne suis pas très fan des Américains. Oh, pas d’anti-américanisme à deux balles, je ne les fous pas tous dans le même panier. Sur 300 millions d’habitants, y en a
forcément des biens. Ceci étant, y a des trucs qui me gonflent, notamment leur volonté de nous imposer leur foutu culture en maltraitant nos petits produits français.

 

Jeudi soir, je tombe sur Taratata sur France 3 avec Placebo, cool. Bon, Nagui, j’aime bien son émission mais je le trouve un peu poussif lors des interviews mais peu importe, ce
que j’aime dans Taratata, ce sont les performances en direct. Suite à Placebo apparaît une petite fée brune en robe de tulle, la géniale Emilie Simon qui vient interpréter « Végétal ». Faut que je trouve quelqu’un pour aller au concert avec moi en septembre, tiens. Bref, la jolie Emilie interprète son titre et passe à l’interview et là, Nagui reparle de son travail sur la marche de l’Empereur. Je dois avouer que j’ai adoré ce film et encore plus la BO. Sauf que voilà, quand le film est parti outre Atlantique, nos amis Américains ont complètement changé la musique ainsi que le mode de narration si particulier. Mais ça leur arrive de respecter les choses, non ?

 

La spécialité des Américains, ce sont les remakes. Ca, ça m’insupporte. Bon, en France, on a cette sale manie en musique. Quand j’allume ma radio, entre les reprises française,
américaines, anglaise ou je sais pas quoi, j’ai l’impression que toutes les fréquences sont squattées par Nostalgie. Mais revenons-en à nos yankees. Ce qu’ils aiment : prendre un film français qui a plutôt bien marché dans notre petit hexagone, genre « trois hommes et un couffin » ou « un Indien dans la ville » (entre autres) et ils l’importent chez eux. Mais hors de question de passer ça sur leurs écrans, André Dussollier n’est pas Tom Selleck, il a même pas de moustache ce naze, bouh ! Donc on revoit le scénario en y rajoutant une bonne dose de ketchup et d’américanisme à deux balles. On prend une Christina Applegate à la place d’une Valérie Lemercier, c’est plus glamour. Autant, Christina, je l’adore dans « Mariés deux enfants », autant je la vois pas, mais alors pas du tout dans le rôle d’une bourgeoise au sang bleu.

En France, on a des idées mais apparemment, nos acteurs ne sont pas vendeurs, sauf rares exceptions genre Jean Reno qui joue toujours le Français qui mâche du chewing gum et qui s’appelle Philippe. Oui, tous les Français dans les films américains s’appellent Philippe, c’est curieux, ça, quand même. Bon, c’est sûr, c’est plus facile à dire qu’un prénom avec un R mais bon, nous aussi, on en a plein de prénoms, faut pas croire. Alors oui, un Hugh Grant, c’est plus vendeur qu’un Patrick Bouchitey mais quelque part, ça m’énerve que nos acteurs français ne passent pas sur les écrans yankees. Ils sont aussi bons que les Américains, voire meilleurs, selon lesquels on prend.

Je me pose une question : quand on est un réalisateur français et qu’on voit un gros ponte d’Hollywood arriver dans notre bureau pour racheter notre scénario (à défaut de
racheter notre film), on fait quoi ? Petite mise en situation. Imaginons que je suis la réalisatrice d’un film, un espèce de trio amoureux avec Charles Berling, Sagamore Stévenin et moi, évidemment. Oui, tant qu’à être dans l’absurde, autant ne rien se refuser. Bon, bref, comme je suis super talentueuse, les yankees débarquent dans mon bureau et proposent de me racheter les droits pour une somme astronomique. Seulement le but n’est pas de reprendre mon petit bijou cinématographique (hihihi !) et de traduire les mots, il s’agit de remplacer les acteurs, de tout remanier. Ca ne se passera plus à Montmartre mais à Manhattan, ce ne seront plus Charles Berling, Sagamore Stévenin et moi mais John Cusack, Julian McMahon et Sarah Jessica Parker (au hasard). Ca n’aura pas forcément grand-chose à voir mais au moins, je vais me faire de la tune et puis, au moins, mon œuvre sera reconnue dans le monde entier. Mon idée est si géniale qu’on veut me la racheter !

 

Mais après, un film est une œuvre d’art, mon œuvre et on ne veut pas la respecter ? Bon, dans la plupart des films exportés et retournés, ce sont des comédies sans réelles
volontés esthétiques (enfin, je crois pas) mais voilà si j’étais réalisatrice de film, je pense que chaque image aurait son importance, elle serait inscrite dans une logique esthétique particulière. Par exemple, si je fais une scène sous la pluie, ce serait plus pour exprimer la mélancolie, la tristesse, que sais-je ! Alors qu’aux Etats-Unis, sous la pluie, on s’embrasse dans un esprit de romantisme à la con (enfin, en vrai, j’aimerais bien qu’on m’embrasse sous la pluie aussi mais passons). Un baiser échangé devant l’Hôtel de ville serait un hommage à Doisneau. Dans la version américaine, un baiser devant ground zero ne serait qu’une ode pathétique à la vie et le rappel que les Etats-Unis sont des victimes.

 

Bref, quand on crée quelque chose, peut-on accepter de céder les droits et de voir son œuvre passer à la moulinette. La créativité et le sens artistiques se vendent-ils ? Accepterais-je qu’une œuvre que je me suis cassée le cul à monter, image par image, plan par plan, scène par scène, des heures et des heures de travail effacées par un vulgaire remake, un message qui ne sera plus le mien. Non parce que quand on voit ce qu’ils font de nos comédies, ça fait peur. Je n’ai pas vu « Un indien dans la ville », « 9 mois » ou « Les visiteurs à New York » parce que je pressens l’immonde navet. Pourtant, j’ai bien aimé les versions originales.

Quand Jean-Marie Messier avait annoncé que l’exception culturelle française n’existait plus, on avait crié au scandale mais ne sommes-nous pas en train de la tuer en acceptant de voir nos œuvres ainsi travesties ? La Marche de l’Empereur est un bon concept, des voies magiques (Charles, c’est quand tu veux qu’on se marie), une musique qui dessert parfaitement l’émotion dégagée par ce film. C’est bien la première fois que je suis émue par des histoires de manchot (les pingouins, pas les gens sans bras), j’avoue que j’ai été complètement transportée par le film. Je l’ai visionnée avec mes parents pour le réveillon de Noël, on en a oublié de manger nos toasts au foie gras tellement on était plongés dans l’histoire (« ah non, le gros oiseau, il va manger le bébé ! » « Oh non, il est mort le manchot ! »). Si on vire tout ça, il reste quoi ? Un simple documentaire animalier comme on en voit tous les après-midi sur France 5. Loin de moi l’idée de critiquer ces documentaires mais je trouvais que la Marche de l’Empereur avait un mode de narration tellement particulier qu’il rendait ce film magique. Une fois de plus, Hollywood nous a tuer.

Rendez-vous sur Hellocoton !