Renoncer à l’humour oppressif n’est pas une régression

Un pas en avant, deux pas en arrière. C’est un peu comme ça que je vois la société française (et je parle de société française parce que c’est celle que je maîtrise le mieux mais en la matière, je me doute que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs) au sujet des oppressions des minorités. Alors que l’humour raciste, sexiste, homophobe… commençait à être remis en question, voilà qu’il revient à fond les ballons avec des chantres du “on peut rire de touuuuut” citant Desproges à tour de bras. Même qu’arrêter de rire des minorités, ce serait une régression…

Pierre Desproges et le cochon

Alors on va évacuer ce point Desproges* très vite : vous ne connaissez pas le sens de cette citation, arrêtez de l’utiliser. Sans parler du corollaire “non mais tu as vu son sketch sur l’antisémite ? Ca ne passerait plus aujourd’hui, ohlala.” Sauf que non. Parce que le sketch est sur l’antisémite et pas sur les juifs. Le but de Desproges n’est pas de dire des horreurs sur les Juifs mais de poser l’antisémite en crétin fini. La nuance est importante. Idem pour Coluche et la violence faite aux femmes : quand Coluche sort ce genre de vannes, il joue l’ultra beauf alcoolique que tout le monde méprise. Quand Tex sort une vanne sur les femmes battue en sachant en plus que c’était limite, c’est lui qui l’énonce, il ne joue aucun personnage. Vous voyez la nuance, un peu ? Si vous la voyez pas, c’est inquiétant.

Le bingo de l'humour oppressif

(c) Maelle Diction

Mais revenons en au point de départ : on ne peut plus rire de ce qu’on veut. Et… bien excusez-moi de le dire mais c’est un progrès, en fait. Faut vraiment être un gros con ne subissant pas la moindre oppression pour croire qu’on peut se torcher les pieds sur la gueule d’une minorité quelle qu’elle soit pour “faire rire”. L’humour est une arme, je l’ai dit je ne sais combien de fois mais je vais le répéter encore et encore. L’humour, perso, j’adore ça, hein… sauf quand il s’agit de perpétrer des clichés de merde. Surtout proférés en public. Si dans votre cercle privé, vous avez envie de faire des blagues racistes ou misogynes, faites. Soit vous les faites au 2nd degré et vos potes sont parfaitement au courant, soit vous les faites au 1er degré… et je vous juge. La situation est déjà plus gênante quand vous perpétuez ce discours en public laissant penser que c’est ok. Non. Rire des femmes battues, ce n’est pas dédramatiser le sujet (130 mortes en 2017 sous les coups de leurs compagnons, qu’est-ce qu’on se marre), c ‘est laisser penser que ce n’est pas si grave, au fond, de molester sa femme. Si toi, tu ne sais pas pourquoi tu la frappes, elle, elle sait *rire gras de connard*. Faire des blagues sur les Arabes qui volent ou les Noirs qui sont feignants, c’est perpétuer ce cliché. Imiter l’accent africain ou asiatique, déjà, c’est nier les disparités entre les différents peuples africains et asiatiques mais surtout, c’est les poser en personnes qu’on peut moquer, placer dans des stéréotypes… Et ce qui est drôle, c’est que ceux qui hurlent au “on peut rire de tout” sont les premiers à péter les plombs dès qu’on sort une généralité sur les hommes ou les Français… En gros, on peut rire de tout sauf de moi.

Homme énervé

Donc je trouve que c’est un progrès d’un peu plus respecter l’autre, de ne plus faire de blagues sur les blondes, les folles, les Arabes voleurs et les Noirs feignants ou les Asiats qui mangent plein de riz (je ne vois même pas ce qui est drôle, à y penser). Un vrai progrès et un défi : aujourd’hui, l’humour nous impose d’être intelligents et fins, de jouer sur d’autres ressorts que ceux tellement éculés que je m’étonne encore qu’on s’en resserve (Tex a quand même placé dans un sketch une blague qui devait exister bien avant ma naissance, comment pouvez-vous applaudir ce genre d’”humoristes”). Et il y en a pléthore. Regardez Raymond Devos, regardez les sketchs de nos humoristes français piqués aux stand upeurs américains. Vous voulez faire rire ? Et bien, faites rires de vous, pour commencer. Caricaturez le raciste (cf le Noir de Muriel Robin où le rire vient du malaise de la mère qui prétend ne pas avoir de soucis à ce que sa fille épouse un Noir mais qui s’en étouffe ou la Coiffeuse qui, sous prétexte d’être ouverte d’esprit, se prend un peu les pieds dans sa bien pensance sur les enfants adoptés ou son employé gay) et non le Noir. Caricaturez l’antisémite et non le Juif (cf Rabbi Jacob, arrêtez de ne pas comprendre ce film, tant qu’on y est) Caricaturez le beauf misogyne plutôt que de faire un sketch sur les salopes. Jouez sur les situations du quotidien, moquez vous de vous… Mais laissez tomber les brimades sur votre voisin qui s’en prend naturellement plein la gueule surtout que bon, reprendre de vieux clichés moisis ne vous donnera qu’une image de médiocre sans imagination.

Michel Leeb, humoriste raciste

Bref, non, ce n’était pas mieux avant, on a enfin l’occasion de faire reluire notre intelligence, faudrait être stupide pour refuser de relever le défi, non ?

 

* Et au passage, Desproges lui-même a regretté certains textes car ils faisaient rire des gens qu’il vomissait (cf le fameux « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde » jeté à la figure de Le Pen) donc bon…

 

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L’humour est officiellement mort

Y a des jours où je me demande si je suis incroyablement intelligente ou si les gens sont incroyablement cons. Oui, je m’énerve encore. Je vous explique : vendredi, je lis ceci sur Fluctuat : les membres du Glaad (gay and lesbian Alliance Against Defamation) craignent que le film Bruno de Sacha Baron Cohen n’encourage l’homophobie chez certains. C’est officiel, l’humour est mort.



Qu’on craigne que le film de Cohen soit lourd et extrêmement stéréotypé, je comprends parfaitement, c’est un peu la sensation que j’en ai. Mais justement parce que c’est incroyablement lourd et cliché, peut-on sérieusement en voyant se dire que les homos sont une affreuse plaie, beurk ? Non mais soyons sérieux trente secondes quand même ! Il faut vraiment être simple d’esprit pour prendre ce cliché auto proclamé pour une réalité.


Et c’est là que l’humour meurt, en fait. Parce qu’on a peur que les gens prennent ça au premier degré. « Les gens », ces espèces d’abrutis sans visage qui sont bien pratiques. Parce que ceux là ne connaissent pas l’humour, le second degré et vont réellement penser que les autrichiens gays se baladent en mini short en cuir doré et bretelles. Oh scheisse ! Evidemment, quand je lis les litres de conneries déversées sur le web par des « gens » toute la sainte journée, effectivement, on peut se poser des questions mais là, on arrive quand même à un niveau des plus déplorables : ne peut-on plus rire de tout ? Manifestement, non.




Quand j’étais jeune, les humoristes se moquaient des Gays, des Juifs, des Arabes, Noirs ou Asiats, des cathos, des profs et autres fonctionnaires, des flics… Bref, on se moquait de tout. Je me souviens notamment des Inconnus, des « toi, tu t’appelles Nathalie
avec tes yeux bridés et ta face de citron ?
 », des envahisseurs arabes avec leur long majeur et leur couscous, de royal Rabbin des Nuls, sans parler de Rabbi Jacob. Est-ce pour autant que je suis raciste ? Ben non, Dieu merci. Ca m’a fait rire et ça me fait toujours rire pour certains mais voilà, je fais la part des choses, je sais que les rabbins ne courent pas dans les champs et qu’il existe des Asiatiques qui n’ont pas des noms asiatiques. D’ailleurs, faut pas plaisanter avec ça, hein, ça fait raciste sinon (lol de lol).




Finalement, je me demande toujours un peu ce qui encourage ce genre de réaction. Quand une personne me traite de raciste parce que je rigole du fait que mon collègue asiatique s’appelle Anthony ou parce que je fais remarquer que dans les soaps américains, y a pas de mélange ethnique ou encore qu’on me traite d’homophobe car j’aimais pas Shûn dans les Chevaliers du Zodiaque (forcément, mon préféré, c’était Ikki et fallait toujours qu’il aille le sauver, c’était lourd. Alors que l’autre, il avait une chaîne trop bien et devrait quand même pouvoir se démerder tout seul), je me demande toujours ce qui la pousse à voir le mal partout. Est-ce du politiquement correct ? De la victimisation à outrance (le gars qui m’a traitée d’homophobe suite à ma déclaration sur Shûn était du genre activiste gay) ? Ou finalement une culpabilisation du genre « je ne suis pas hyper tolérant moi-même donc je préfère te jeter la pierre à toi en me faisant passer pour le grand défenseur de la tolérance » ? Je ne sais pas et à la limite, c’est leur problème, pas le mien.




Mais voilà, aujourd’hui, on ne peut plus rire de rien. Commencez une blague par « c’est un Arabe/Juif/Noir/Belge/Suisse/Chinois… », y aura forcément quelqu’un de bien pensant qui n’appréciera pas. Heureusement, restent les blagues sur les Blondes, le racisme envers les blonds n’existe manifestement pas. Ca marchait bien avec les Américains aussi mais depuis Obama, il n’est plus si bien vu d’être Antiaméricain.  Pourtant, si j’ai envie de faire une blague sur les Arabes/Noirs/Belges/Suisses/Chinois/Pédés… (on dit pédé dans
les blagues, pas gay), si je la trouve drôle, ça ne fait pas de moi quelqu’un de raciste ou homophobe pour autant, ça n’a juste aucun rapport. Mais bon, l’humour est mort, soyons tous sinistres et chantres de la tolérance tout en rejetant tout ce qui pourrait ressembler éventuellement à un comportement raciste et homophobe, on ne sait jamais…



Et comme je suis une rebelle : « Un rabbin et un curé se trouvaient partager le compartiment d’un train. Au bout d’un moment, le curé ferma son bréviaire et fixa le rabbin.

– Dites-moi, votre religion vous interdit de manger du porc … mais vous est-il arrivé d’en goûter ?
Le rabbin referma son journal et répondit :
– Je dois vous dire la vérité : oui, à de rares occasions … Mais je vous retourne la question, votre religion vous impose le célibat …
– Je sais ce que vous allez me demander, est-ce que j’ai goûté au fruit défendu ? Et bien comme je me dois aussi de dire la vérité : oui, une fois ou deux j’ai goûté à ça.
Il reprirent tous deux leurs lectures, puis le rabbin baissa son journal, regarda le curé, et lui dit avec un clin d’oeil :
– C’est meilleur que le cochon, non ? »




Ahahahah ! (Ben oui, je la trouve drôle)

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