Albator ou l’abrutissement des masses

Sur les prochaines semaines, je vous propose de vous présenter quelques dystopies de type “abrutissement de masses” dont Idiocracy est un parfait exemple, j’aborderai forcément Fahrenheit 451, 1984, le Meilleur des mondes et, quand je l’aurai lu, Un bonheur insoutenable d’Ira Levin. Mais avant de m’attaquer à ces monuments de littérature, commençons léger avec la dystopie Albator.

Albator version 78

Albator, une dystopie ? Comme moi, quand on vous parle d’Albator, vous avez immédiatement le pirate qui apparaît avec sa mèche, son vaisseau spatial Arcadia, une esthétique assez gothique, des femmes fines avec de très longues chevelures. Forcément, on a découvert cette oeuvre à la télé étant tout petits, on n’avait pas le bagage culturel pour bien comprendre ce qu’il y avait derrière. Mais ce qui m’intéresse aujourd’hui, et j’en ai déjà parlé ci et là, c’est la société dessinée par certaines versions d’Albator : une société totalement amollie et inapte, rendue docile par la télévision. Oui, on est en pleine idiocracie, donc.

Albator et Stellie

Je vous refais l’histoire. En 2977, le travail n’existe plus, les Terriens laissent des robots exploiter les ressources d’autres planètes et les Humains n’ont plus qu’à en récupérer les bénéfices. Rendus serviles par “l’abrutisseur mondio-visuel” (c’est une métaphore peu subtile de la télé), les Terriens se vautrent dans l’oisiveté la plus totale. A tel point que quand la Terre est attaquée par les Sylvidres, la première réaction du 1er Ministre est de se planquer sous la couette.

Albator 78

On retrouve ici les deux mamelles de la dystopie idiocratique : un média abrutissant et une société dédiée uniquement aux plaisirs et à l’oisiveté. Si nous sommes plus dans l’ordre du space opera puisque cette partie dystopique disparaît rapidement pour que le récit se concentre uniquement sur la guerre entre Albator et les Sylvidres, elle dresse cependant la toile de fond de l’histoire : les Sylvidres utilisent un énorme globe noir qui atterrit sur Terre pour l’envahir… et personne ne semble l’avoir remarqué ! Face à un tel manque de réactions, Albator prendra donc les choses en main.

Mazones

Cette oeuvre m’intéresse donc car elle reprend la plupart du matériel de la dystopie idiocratique en diabolisant l’objet médiatique en vogue en 77, lors de la sortie du 1er manga, la télévision. La semaine prochaine, nous allons parler d’une autre dystopie qui parle aussi de télécrans et de manipulation des masses. Oui, ce sera 1984.

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L’arnaque de la 3D

Mardi soir, je le confesse, j’ai fait ma midinette. Avec Anna et Amy, nous sommes retournées à l’âge de l’adolescence pour revoir Titanic en 3D. Et non, je ne me suis pas retrouvée là par hasard, c’était une vraie volonté de ma part. Et je fus quelque peu désappointée.

Ce qui me lisent depuis longtemps savent que je n’ai guère le goût des comédies romantiques et autres bluettes du style. Et j’avoue qu’en terme de grande soupe sentimentale, Titanic se pose bien. Non mais quelle gourde cette Rose “oh tiens, ce bellâtre que je connais depuis 24h, je vais lui dire que je l’aime, tout plaquer pour lui et risquer ma vie plutôt que de me mettre les fesses au sec”. A sa place, j’aurais pas quitté le canot de sauvetage, c’est clair. Sans parler de la fin qui représente sa mort, je suppose, elle rejoint un mec qu’elle a fréquenté 24h. Son mari avec qui elle a eu 2 enfants ? Non, non, son seul vrai amour, c’est ce petit blanc bec de Jack. Bon, tu me diras, ado, on croit aimer plus que tout après un seul baiser, ça excuse. Enfin, elle a moins de complexes à le balancer au fond de la mer à la fin… Bref, l’histoire m’intéressait peu, ce que je voulais voir, c’est le Titanic en 3D. Parce qu’ado, j’avais trouvé les scènes autour du bateau géniales et qu’en 3D, ça devait juste être… waouh ! Et bien pas du tout. La 3D est peu voire pas visible sur certaines scènes et c’est normal, le film n’était pas fait pour ça. Arnaque !

J’avoue que je suis peu familiarisée avec la 3D puisqu’à part un week-end au Futoroscope quand j’avais 12 ans et Avatar, je n’ai vu que des films “plats”. Faut dire que je suis déjà allée plusieurs fois cette année au cinéma, j’ai la sensation de battre mon propre record ! J’avoue que je profite de la carte Gaumont d’Anna qui me permet de ne payer que 6 € mon entrée. Avec la demoiselle, on était un peu émoustillée par toute cette 3D : “Ouais, on va voir Titanic et après le Roi Lion !”. Depuis mardi soir, c’est officiel : je ne retournerai pas au ciné voir le Roi Lion en 3D et mes lunettes spéciales prendront la poussière.

Finalement, la 3D est la mnouvelle petite botte pour faire quelques bénéfices supplémentaires ni vu ni connu. Un peu comme les scènes bonus des DVD qui, in fine, ne servent à rien, les bonus fumeux, les remasterisations dolby surround de ouf et tout ces trucs et astuces qui te donnent la sensation que tu vas redécouvrir ton film chéri. Ceci étant, moi, Titanic, ça devait faire bien 10 ans que je l’avais pas vu donc y a bien eu une redécouverte mais pas au niveau des décors 3D que je rêvais de découvrir.

En fait, j’ai la sensation que la révolution 3D met un peu de temps à se réaliser. Autant, je me suis sentie happée par Avatar, autant pas du tout par Titanic 3D et de ce que j’entends sur le sujet, la plupart des films n’ont aucun intérêt dans ce nouveau format, ça n’apporte rien. Le pire serait de voir une floppée de films uniquement basés sur quelques scènes exceptionnelles pour user de la 3D au détriment d’un scénario. Je suppose que d’ici 10 ans, ce sera devenu le procédé habituel et on essaiera de nous revendre de vieux films avec un nouveau procédé révolutionnaire genre la 3D++ avec les casques de réalité virtuelle, là… Ce truc là, j’en ai tellement rêvé pendant mon adolescence.

Quoi qu’il en soit, c’est officiel : je n’irai pas (re)voir un film juste parce qu’il est en 3D.

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Esclavage moderne

Le mois dernier, j’ai fini un livre qui m’a pas mal remuée. Que d’émotion en tournant les pages, que de « bordel mais c’est carrément ça ! », de « c’est exactement ce que je ressens », de « Seigneur, je ne suis pas seule à vivre ça, quel soulagement ! ». Bref, un livre qui aurait pu s’appeler « lis ça, Nina, ça parle de toi ». Quel est donc cet ouvrage mystérieux ? Point un roman mais un essai, signé Guillaume Evin et Emilie Maume, Profession stagiaire.

 

J’avais déjà fait un article sur les stages dans le temps mais ce bouquin m’inspire trop pour que je ne m’exprime pas à nouveau sur le sujet. Déjà, je l’ai fait lire à ma mère qui
a depuis entamé une dépression. En gros, de quoi ça parle ? Des stagiaires, bien sûr ! Avec un titre pareil, ça va pas être un essai sur la reproduction des hamsters en captivité. En
fait, tout est parti d’une lettre écrite par Emilie Maume pour Libé en octobre 2005 ou novembre, je sais plus bien. Oui, Libé, à l’époque, ils étaient pas encore mort. Notre jeune Emilie dénonçait le statut des stagiaires, hautement précaire, prenant pour exemple son propre cas. En gros, notre amie Emilie a fait Sciences Po Paris et depuis, rien, elle trouve pas de boulot alors qu’elle a fait un super DESS management de la culture (un truc comme ça) et se retrouve secrétaire à 1500 euros. Dans son secteur, la seule chose qu’on lui propose, ce sont des stages, plus ou moins rémunérés (plutôt moins mais bon…). De là est né le mouvement « génération précaire » et de cette lettre est né un livre, Profession stagiaire.

 Bon, très honnêtement, ce livre me semble surtout avoir été écrit par Guillaume Evin puisque Emilie y apparaît comme exemple et encore, son parcours ne me paraît pas des plus chaotiques. J’en ai parlé à un mec de l’asso et on la soupçonne un peu de n’avoir pas fait tant de stages que ça et de gueuler parce Sciences Po Paris n’ouvre pas toutes les portes. Moi, quelque part, ça me rassure, ça veut dire que finalement, ma situation n’est pas pire que quelqu’un qui a fait cette « prestigieuse » école mais passons. Le but n’est pas de parler de Mlle Maume mais bien des stagiaires. Dans ce livre, je me suis rendue compte à quel point être stagiaire était la pire des choses qui pouvait vous arriver. Perso, des stages, j’en ai eu dont un proprement calamiteux (celui de l’été dernier où je bossais dans un sous-sol). Mais ce n’est rien comparé à certains ! Un mec s’est ainsi retrouvé homme à tout faire de son patron : café, ménage, chauffeur, aller chercher les gosses à l’école… Une autre nous a fait le remake du « Diable s’habille en Prada ». En gros, la demoiselle devait arriver tôt au boulot pour imprimer les mails de son patron et les disposer par ordre d’arrivée, lui faire son café et lui servir dans une tasse (pas un gobelet, screugneugneu !). Une autre s’est faite engueuler parce qu’elle était arrivée à 9h30 au lieu de 9h alors qu’elle était partie la veille à 0h30. Une autre encore (celle-là a traumatisé ma maman) s’est entendue dire qu’elle était priée de s’habiller mieux que ça car elle était pas à la campagne. La pauvre fille s’était fait prêter des fringues de marque par des copines, tout ça pour ça.
 

Oui parce que le stagiaire est pauvre. On est tous payés environ 1/3 du SMIC, entre 300 et 400 euros, quoi, pas de quoi vivre. Pourtant, on fait le même boulot que les autres,
voire plus. Dans le livre, un journaliste dans une rédaction web expliquait que le stagiaire faisait volontiers des heures supp (non payées, hein), abattait deux fois plus de boulot que les autres. Tout ça pour décrocher une hypothétique place dans la rédaction à la fin du stage. Parce que, ça, très franchement, on l’a tous entendu : « il y aura peut-être une embauche à la clé ». Donc c’est un test, faut se défoncer pour espérer rester dans la boîte. Arrivé premier, parti dernier, on fait le boulot que les titulaires ne veulent pas faire. Bon, après, ça fait joli sur le CV mais ça fait pas tout. Surtout que c’est même pas compté en expérience professionnelle. Si on prend mon cas : de mi-mai à mi-octobre (donc 6 mois, quasi), je suis stagiaire dans mon asso, je suis journaliste, attachée de presse, un poil webmastrice, je vais peut-être partir aux universités d’été du PS et de l’UDF (très hypothétique mais bon…), je répondrai aux questions des journalistes sur l’asso, je vais aider à organiser une soirée… Bref, pendant 6 mois, je bosse à plein temps, je fais mon métier mais à l’arrivée, ça comptera pas en temps d’expérience professionnelle. Damned !

 

En fait, les stages ont été détournés de leur but original et c’est bien dommage. Parce que c’est la meilleure façon d’apprendre, y a pas à dire. Il est tout à fait normal qu’un
diplôme dit professionnalisant se termine par une plongée dans le milieu du travail. Là, où ça dérape, ce sont les entreprises qui ont tout compris au système. Et je parle pas de petites PME. Un gars m’a expliqué que dans une chaîne comme Canal +, près d’un quart des effectifs est constitué par des stagiaires. Payés royalement 900 euros par mois ! Si on se cale sur le SMIC qui est quasi à 1300 euros, ça fait 400 euros d’économie par stagiaire, au moins… Imaginez le bénéfice ! Et Canal n’est pas la seule, le bouquin cite nombre d’entreprises de ce type. Ecoeurant ? Oui. Ok, c’est formateur, ça fait joli sur le CV d’avoir bossé à Canal et après ?

 

On se scandalise (à raison) de l’exploitation des jeunes enfants ou des immigrés clandestins payés une misère. Mais si on prend le cas d’un stagiaire payé 300 euros par mois pour officiellement 35 heures par semaine, ça fait qu’on est payé 2. 14 euros de l’heure… Bon, c’est sûr, à la fin de la journée, j’en serai à 15 euros mais je crois que ça rapporte plus de faire la manche… Bref, on est en train de créer une vraie population pauvre et précaire mais tout le monde ferme les yeux, trop pratique… Le jour où on sanctionnera les entreprises qui font tourner des stagiaires sur le même poste plutôt que de le créer, ça ira mieux.

 

D’un point de vue personnel, je préfère un stage à une période de chômage et d’inactivité. Je ne me plains pas de mon sort, d’autant que je bosse pour une petite asso n’ayant pas
de fonds donc je me sens pas exploitée et je vois midi à ma porte : mon press book grossit à vue d’œil et je sais que cette expérience me sera très utile pour la suite. De toute façon, ils n’auraient pas pu m’embaucher donc rien à redire. Mais quand je vois la fin de mon contrat qui approche et le chômage qui repointe son nez (enfin, pas encore, mon avenir est réglé pour un moment), j’ai peur de re-rentrer dans le cycle des stages et compagnie. J’en ai un peu assez de l’instabilité, j’aimerais construire un peu ma vie. J’en ai marre d’avoir l’impression de ne pas être encore au niveau et qu’on me propose un stage plutôt qu’un poste alors que, merde, mon métier, je commence à maîtriser. Or quand je vois des mecs de 29 ans demander un stage parce qu’ils ne trouvent pas de boulot car quand ils postulent, on leur dit qu’ils sont trop vieux. Quand je vois que trop de stages, sur un CV, ça nuit à une candidature… Bref, quand je constate que le serpent se mord la queue, je ne sais que faire pour en sortir. Honnêtement, autant j’aime bien mon stage actuel, autant j’espère que ce sera le dernier. A 26 ans, je pense avoir suffisamment appris pour pouvoir me lancer toute seule, devenir une journaliste à part entière.

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