Trepalium : bienvenue dans la société Travail

Je vous avais promis de vous parler de Trepalium la semaine dernière et vu que nos députés sont en plein “débat” sur le projet loi Travail, le sujet tombe à pic.  Mesdames et messieurs, aujourd’hui, c’est dystopie à base d’ascenseur social complètement ravagé, de société où 20% des plus riches s’en sortent tandis que les 80% les plus pauvres et sans emploi sont relégués de l’autre côté du mur. Oui, les dystopies, c’est pas censé être gai.

Trepalium série Arte

Donc dans un futur peu riant, la société est divisée en deux : d’un côté, les ingénieurs fortunés d’Aquaville et de l’autre, les miséreux sans emploi. On pourrait retrouver le système méritocratique de 3% dont je parlais semaine dernière mais pas tellement : il y a une certaine reproduction sociale même si ceux qui vivent dans la ville peuvent dégringoler le lendemain s’ils perdent leur travail, par exemple. A l’inverse, la seule chance qu’ont les pauvres de rentrer dans la ville, c’est de gagner à la loterie, autant dire que c’est maigre. Du côté des pauvres, c’est donc la survie sans espoir jusqu’au jour où le gouvernement décide que 100 d’entre eux seront pris en emploi solidaire à Aquaville. On fait pour l’occasion connaissance avec Izia qui vit seule avec son fils dans la zone pauvre. Ils obtiennent tous les deux un emploi de solidaires, pas forcément de façon loyale pour Izia mais peu importe. On va donc les suivre du côté des riches.

Trepalium, Izia et Noah

Izia est balancée chez des nantis où, hasard extraordinaire, la mère est son formidable sosie. Cette dernière, Thaïs a une liaison avec un collègue qui se trouve être un membre de la résistance contre le système, il lui fait miroiter une mutation dans une autre ville où ils vivront à deux si elles volent des données à son beau-père, un gros entrepreneur d’Aquaville. Ca échoue et suite à quelques péripéties, Thaïs atterrit dans la zone, prisonnière et Izia doit donc la remplacer auprès du père, Ruben, car on est dans le paraître ici. En effet, l’ex boss de Ruben est mort (épuisement ou suicide, pas clair) et il convoite sa place donc il doit venir avec sa femme. C’est donc pour nous l’occasion de découvrir la vie des nantis à travers les yeux d’Izia.

Aquaville dans Trepalium

Ca donne envie…

Bref, on en revient à ce type de dystopie sociale avec les riches d’un côté, les pauvres de l’autre, avec la question du travail et de la réussite au centre, des questionnements sur la médiocratie. Ici, il est question de reproduction sociale, les “enfants de” ont beaucoup plus de chance de rester du bon côté du mur même si le déclassement reste une menace. Mais curieusement, même dans la bouche des pauvres, Aquaville n’est jamais l’eldorado, les pauvres ne rêvent que de mettre de l’argent de côté pour “partir dans le sud”. Concernant le travail en lui-même, les fonctions des uns et des autres restent assez opaques, on est là pour “faire des affaires”, on est ivres de performance alors que le travail de Thaïs/Izia consiste à retaper des lignes de couleurs, un boulot que pourrait assumer sans soucis mon neveu de 4 ans, quoi. Dans cette société de la performance, nulle place pour les sentiments : Thaïs est totalement détachée de sa fille mutique qu’elle considère déjà comme perdue alors que son père la pousse à étudier pour ne pas se retrouver dans la zone. Miroir intéressant avec Izia qui élève seule son enfant dans la zone. Ah et comme 99% des enfants (bon là, un ado mais pareil) dans les fictions, l’enfant d’Izia, t’as juste envie qu’il parte dans le sud au plus vite.

Izia ou Thaïs dans Trepalium

On a aussi des intrigues politiques mais surtout : on en pense quoi de Trepalium ? Alors j’ai trouvé l’initiative cool, c’est bien qu’une fiction de genre émerge un peu en France où l’on méprise tout ce qui est science fiction, anticipation et, donc, dystopie. Le style rétrofuturiste me parlait forcément et je trouvais amusant de reconnaître des endroits de Paris dans les différentes tribulations des personnages tout en m’étonnant que certains lieux ultra bétonnés n’aient pas été utilisés. Mais l’histoire… erf.

La famille de Nadia, Trepalium

En fait, le concept de base est hyper intéressant et pas tellement délirant en soi, on n’a aucun mal à entrer dedans mais… mais on s’en prend trop dans la tête en 6 épisodes, pas mal de choses sont assez inutiles (en particulier les histoires politiques), les personnages ne sont pas attachants, on s’en fout de ce qu’il leur arrive, les hasards sont un peu trop “ohlala, c’est trop incroyable”. Genre la ressemblance entre Izia et Thaïs (et autres rebondissements que je ne dévoilerai pas ici mais que vous verrez forcément venir). Bref, une écriture un peu faible qui nuit au propos. J’ai lu que les réalisateurs avaient prévu de réaliser plusieurs séries de ce genre pour nous donner des clés de réflexion sur le monde qui nous attend. Cool. En espérant que la prochaine mouture soit un peu plus mature et un peu plus solide dans son écriture.

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Quand le monde s’effondre

Je suis parfois naïve… Le Brexit, Trump, je n’y voyais que des épouvantails destinés à faire trembler les braves citoyens et les inciter à rester dans les clous, un peu la version XXIe siècle des chars soviétiques, à peu près. Je n’y croyais pas… Hier matin, quand Victor m’a réveillée, blasé, pour m’annoncer le résultat, j’ai juste soupiré et haussé les épaules. Que peut-on y faire ? Le monde s’effondre et les livres d’histoire nous jugeront… ou pas ?

Donald Trump envoie un baiser à la foule lors d'un meeting

Il y a 8 ans, quand Obama a été élu, j’étais un peu circonspecte par rapport au cirque qu’on en faisait autour :une nouvelle ère était arrivée, la révolution, tout ça… Et j’ai eu raison. Alors oui, on peut dire que c’était le président le plus cool, si ça vous fait plaisir, mais globalement, on ne vit pas vraiment mieux aux US depuis lui, les Noirs continuent de crever sous les balles des flics assez régulièrement… Et si Trump, c’était la même ?

Donald Trump et Hillary Clinton lors du débat télévisé du Missouri

Je ne crois pas que dans 4 ou 8 ans, on se dira, un peu nostalgiques, que Trump était finalement un bon Président, j’avoue être peu optimiste sur le sujet mais peut-être ne sera-t-il pas “si pire”… C’est pas comme si on avait eu droit à 8 ans de Georges W. Bush. Vous vous souvenez de l’effroi quand il a été (ré) élu ? Comment les médias nous expliquaient à longueur de temps qu’il était bête, inculte, ex alcoolique, au QI inférieur à la moyenne ? 8 ans après la fin de son mandat, on peut commencer à avoir une  idée de l’étendue des dégâts mais même là, ça reste difficile à mesurer dans sa globalité. Par exemple, si on prend les guerres en Afghanistan et Irak, on n’est pas encore capable de mesurer de façon définitive les conséquences. Peut-être que dans 30 ans, Bush sera devenu une anecdote dans l’histoire. Peut-être sera-t-il celui qui a poussé le premier domino de la chute du monde tel que nous le connaissons.

Domino qui chute, le monde s'effondre

Et Trump, donc. Au fond, est-ce si étonnant ? Dans notre prétention à considérer que seuls les rednecks voteraient pour lui, on a cru que ça n’arriverait pas, que les gens n’étaient pas si cons. Il est si facile d’oublier la colère et l’aigreur des déclassés, de ceux qui ont été abandonnés sur le bord de la route, ceux à qui les élites ne parlent pas, les laissant entre les mains des plus grossiers des populistes. Certains estiment que Bernie Sanders aurait réussi, lui, à battre Trump mais je doute. Parce que Sanders, c’est un peu notre Frédéric Lordon ou nos Nuits debout : de belles pensées, une vision académique mais qui ne touche qu’une certaine élite, à l’aise avec les concepts économiques et sociologiques. Une fois de plus, on laisse les déclassés de côté. Pire, on leur crache à la gueule, on les traite d’idiots, d’incultes. Mais est-ce tout à fait de leur faute ? Matez un peu la gueule des systèmes éducatifs, de l’ascenseur social pulvérisé. Faire des études, ça a un coût, tout le monde n’a pas l’opportunité d’en faire, certains sont contraints de passer par un circuit court pour gagner leur vie le plus tôt possible… Ces gens à qui on n’a pas toujours pensé à inculquer le goût de l’apprentissage par soi-même, la curiosité, ceux qui n’ont que la télé comme fenêtre sur le monde. C’est facile de stigmatiser quand on est du bon côté de la barrière.

couverture du livre les intellectuels faussaires de Pascal Boniface

Et pour être honnête, je dois plaider coupable car je suis la première à m’indigner sur l’idiocratie, à cracher à la gueule de la téléréalité ou de Hanouna qui abrutissent les foules sans réellement comprendre que ce ne sont finalement que des symptômes d’un manque de volonté de faire progresser, de faire penser. On s’en fout de la matière grise, ça rapporte pas un kopeck. Du pain et des jeux, comme qui disait, ça marche toujours, voyez… Et c’est peut-être un petit peu notre faute. C’est en tout cas la mienne quand je traite les électeurs (potentiels) de Marine de bas du front, les excitant encore plus, c’est ma faute quand je bâche l’orthographe d’un facho ou assimilé avec qui je m’attrape sur Twitter, lui balançant en sous texte que son avis ne vaut rien car il n’est pas très cultivé, c’est un peu de ma faute aussi quand je ne réagis pas à un post de racisme ordinaire ou qui balance une énième connerie sur le fait que les chômeurs vivent tellement mieux que nous grâce aux allocs, tout ça parce que je ne veux pas me disputer. Cette élection nous apprend au moins ceci : si les personnes ne vont pas vérifier par elles-mêmes les infos car elles n’ont plus confiance aux médias (peut-on réellement leur en vouloir quand on voit les conneries qui passent sur les chaînes d’infos et la culture de l’infotainment ?), essayons de leur apporter un peu de fact checking. Sans mépris de classe.

deux enfants lisent un livre ensemble dans une classe

En attendant, il ne reste plus qu’à serrer les fesses… Et éteindre encore plus sa télé et se déconnecter car la campagne 2017 sera facile pour nos vieux partis : “votez pour nous sinon, vous allez vivre le même sort que les States”.

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Allo le bisounours !

Il me semble que l’expression “allo” est interdite depuis 2012 ou 2013 mais je m’en fous, je suis une rebelle. Dernièrement, j’ai été prise à partie pour une bande de personnes peu sympathiques sur Twitter confondant provoc et ignominie (“moi les migrants, si je les croise, je leur pisse dessus”, au hasard). Alors que je m’évertuais à défendre un certain humanisme et en appeler à une empathie de base, je finis par recevoir l’insulte ultime “ahah, bonjour le bisounours”.

bisounours

Mais dans quel monde on vit ? Si je devais me choisir un terme pour qualifier ma vision de la politique, je me dirais humaniste. La droite ou la gauche sont des concepts somme toute assez abstraits surtout quand tu vois la gueule de la politique de notre gouvernement de “gauche”. Je trouve ça assez fascinant d’ailleurs : ils ont une politique dans la droite ligne de ce que nous a infligé Sarko pendant 5 ans (les mêmes putains de polémiques stériles, les mêmes “sujets de société” qu’on nous jette à la gueule comme de la poudre de perlimpimpin pour qu’on oublie un peu les chiffres désastreux du chômage et les lois qui ne cessent de nous élargir l’anus), ils franchissent même certaines limites que Sarko et co n’avaient osé dépasser et les gens de droite les détestent quand même… A un moment, je comprends pas comment on peut mener une politique qui va à l’encontre de votre ADN, qui ne satisfera pas ceux de votre camp tout ça pour gratter des voix que vous n’aurez de toute façon jamais. Ca me fascine, je vous dis ! Mais je digresse.

Hollande-reflechit-a-un-pacte-entre-droite-et-gauche

Donc humaniste dans le sens où ce qui me paraît primer avant tout, c’est le respect de l’Humain, qui qu’il soit. Je rêve d’une société un peu plus équilibrée et solidaire où chaque individu naît égal et peut prétendre avoir la même chose. Non parce que faut arrêter avec l’égalité des chances et l’ascenseur social, ça fait des années qu’il ne fonctionne plus. Si tu nais du mauvais côté de la barrière, tu iras dans une mauvaise école, personne ne t’encouragera à bosser puisque de toute façon, tu ne pourras pas faire d’études supérieures. Au mieux, tu iras à la fac et on sait tous la valeur de ces diplômes par rapport à ceux d’écoles privées payantes. Perso, je suis un peu fatiguée de vivre dans un monde où le savoir devient de plus en plus une denrée alors que l’éducation me paraît tellement la solution à ce mal vivre ensemble. Tout fonctionnerait mieux si on arrivait à respecter autrui et à se respecter soi même. Pour commencer.

Vivre-ensemble-dans-le-chaos

Bisounours, moi ? Il me semble pourtant qu’il suffirait de renverser quelques éléments pour que tout devienne tout de suite plus facile. Asseyez vous quelques instants sur le quai d’un métro et observez, c’est hyper parlant de la société actuelle : tout le monde essaie de se baiser la gueule pour son propre intérêt. Vous avez ceux qui essaient à tout prix de monter dans la rame pour avoir une place, quitte à ne laisser personne descendre, bousculer ceux qui ne vont pas assez vite. Il y a ensuite le grand jeu des places assises : malgré l’ordre de priorité, personne, ou presque, n’acceptera de laisser sa place, plongeant le nez dans son livre ou smartphone en mode “je t’ai pas vu, lalala”. D’autres s’installeront sur les strapontins malgré la foule et auront toujours une très bonne excuse à sortir à ceux qui auraient l’audace de se plaindre de leur attitude. Bref, dans le métro, on est dans la lutte permanente pour avoir la meilleure place, on agit dans son seul intérêt sans faire l’effort de penser à son voisin. Céder sa place ? Mais on ne voudrait surtout pas se faire avoir.

stations metro-qui paresse aux heures de pointe

Résultat : tout cet égoïsme et cette préservation de son intérêt propre rend la vie en société de plus en plus pénible. Je sais pas vous mais perso, prendre le métro me rend très facilement de mauvaise humeur. Et ça me rend conne aussi, je rentre très vite (trop vite) dans le mood “mon intérêt d’abord!” même si j’essaie de céder ma place aux personnes âgées et femmes enceintes si je les repère. Mais on vit dans une société où on nous invite à être “le plus malin”, où on valorise les arnaqueurs et on dénigre les “bons élèves”, ceux qui jouent le jeu de la société sans chercher à en tirer un bénéfice particulier. Comment tu veux qu’on arrive à vivre ensemble quand on t’explique qu’il faut baiser son voisin dès que possible.

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Moi, j’ai envie de croire que la donne peut changer, il faudrait qu’on s’y mette tous, qu’on comprenne qu’un gain immédiat a finalement moins de valeur qu’un effort de cohabitation permanent. Ca ne tient tellement à rien quand on y pense. Quelques décibels en moins lors de votre soirée dans votre studio, céder sa place, tenir une porte, laisser passer ceux qui n’ont qu’un article à la caisse quand vous avez un panier plein… Chercher à s’entraider et à s’être agréable plutôt que de tenter de s’arnaquer les uns les autres.

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Bisounours ? Je sais pas, à un moment, tu peux arrêter d’être un gros connard cynique qui préfère baiser le système plutôt que de participer à sa bonne marche ? Est-ce si bisounours de croire que l’être humain n’est pas une raclure de bidet en soi et qu’il suffirait de lui enseigner les bienfaits d’une vie collective en toute harmonie plutôt que de glorifier les escrocs du quotidien ?

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Pourtant, malgré mon côté Bisounours, y a des fois où je me fais bien baiser la gueule à être trop gentille… Céder à la mesquinerie ou poursuivre sur la voie de la bienveillance ? Nous en parlerons demain.

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Argent, trop cher

Voilà un sujet qui n’a jamais été abordé réellement ici et pour cause : l’argent, c’est tabou. Et pourtant, ça fait tourner le monde. C’est un mal très français ce rapport curieux à l’argent et à la réussite qui va avec. Il fascine autant qu’il répugne. Déjà, Tocqueville avait remarqué qu’aux Etats-Unis, on parle librement de sa réussite et de sa fortune alors qu’en France, on reste toujours pudique sur le sujet. Bon, alors enfonçons des portes ouvertes, puisque je suis très douée pour ça.

 argent
Comment parler d’argent ?

– soit je dis que j’en manque pas grâce à mes parents et on me traite de petite fille pourrie gâtée, issue d’une jeunesse dorée

– soit je dis que j’en ai pas assez et on me traite de petite fille pourrie gâtée, issue d’une jeunesse dorée et ingrate, en plus.

Quand j’étais ado, l’argent était quelque chose d’assez abstrait pour moi. J’avais deux cents francs d’argent de poche par mois qui me servait à économiser pour les cadeaux de Noël. Puis à 18 ans vint l’autonomie, l’appart dans la grand ville et la carte bleue. Et là, ô révélation : la vie c’est cher et l’argent, ça pousse pas sur les arbres. Bon, je n’étais pas naïve, je n’ai manqué de rien pendant ma jeunesse mais je n’avais rien sans rien non plus. Mes parents m’ont pas payé de voiture quand j’ai eu le permis et je n’avais pas droit à un truc juste parce que je le réclamais. Au moins, ça apprend la valeur des choses. Mais cette nouvelle vie m’a appris un truc : l’argent quand y en a plus, y en a plus. Apprends à gérer ton budget, ma fille. Donc j’ai ouvert des comptes épargnes : un auquel je ne peux pas toucher et un qui me sert à mettre de côté en prévision de gros achats genre un ordi portable ou un appareil photo numérique de mes rêves. Parce que, mine de rien, quand on se paie des trucs gagnés à la sueur de son front, ben c’est quand même vachement valorisant. Bref, je capitalise à mon petit niveau… D’ici 48 ans, je vais pouvoir me payer une chambre de bonne à Belleville, yeah !

 

Revenons à l’argent. Dire qu’il fait tourner le monde est un doux euphémisme. On court tous après l’argent, quoi qu’on en dise. Si on demande à quelqu’un quel est le métier idéal, réponse : bien payé et pas trop contraignant pour laisser du temps aux loisirs. Des fois, c’est juste « bien payé ». Tout travail mérite salaire, ça, c’est indiscutable. Mais bon, faire 40 h pour un SMIC, ça fait chier. Le but n’est pas forcément d’être riche mais juste de vivre confortablement, soit bien mieux que décemment. Avec quelques euros de plus par mois, ce serait bien qu’on ait une télé écran plat, un appareil photo numérique hyper méga perfectionné, un ordi supra puissant, un immense lit avec un matelas « face cachemire » (si, ça existe !) pour l’hiver… Bref, rien d’indispensable mais on vit mieux avec. Bon, là, je perçois déjà les critiques des plus bolcheviques d’entre vous : non mais c’est la société de consommation qui nous pousse à nous suréquiper, tu n’es qu’une sale capitaliste, Nina… Ben, franchement, je le dis : je peux pas vivre sans ordi (et Internet), ma machine à laver me rend bien service, je rêve d’un sèche-linge et d’un lit avec un vrai matelas. J’économise mes deniers pour mon appareil photo numérique reflex. Bon, je pourrais me passer de télé (surtout qu’au pire, je télécharge des trucs sur le net), qu’elle soit petite ou grande et de toute l’équipement dolby surround. Mais bon, quelles que soient nos opinions politiques, on est toujours à courir après quelques euros de plus pour améliorer son quotidien. Après chacun l’investit où il veut, en équipement hifi ou en alimentation bio ou je ne sais pas quoi.

Là, j’entends encore les réactions : non, moi, je ne cours pas après l’argent, moi, je m’en fiche, je choisis pas mon métier en fonction du salaire… Effectivement. Pour ma part, j’ai choisi le journalisme, un métier où on devient très (mais alors très) rarement millionnaire. Je ne veux pas forcément être pétée de tune, je veux juste pouvoir ne pas me priver. Je ne connais personne qui refusera une augmentation ou qui travaillera bénévolement, juste pour le plaisir de travailler. Le bénévolat, ça existe, c’est pas ce que je dis mais personne ne travaillera à plein temps bénévolement (sauf les stagiaires).

 

Après, évidemment, il y a des gens qui ne pensent pas à l’argent… Ceux qui en ont. Non, mais c’est vrai : en général, plus on a de l’argent, plus on peut se permettre de ne pas travailler pour en gagner plus (surtout quand cet argent vient d’un héritage). Bill Gates et Richard Branson peuvent se lancer dans l’humanitaire, ils ont gagné tellement d’argent qu’ils n’arriveront jamais à tout dépenser. Car l’argent, c’est l’équivalent moderne du sang bleu : il y a ceux qui en ont (donc l’élite) et ceux qui n’en ont pas (la France d’en bas). Ceux qui ont une grosse baraque et ceux qui vivent dans les HLM. En matière de réussite financière, pas besoin d’être le plus riche ou le plus brillant. Quand on voit Paris Hilton, on comprend que l’argent n’est pas synonyme d’une quelconque intelligence. Oui, son argent, elle ne l’a pas gagné à la sueur de son front (quoi que si, je crois qu’elle a fait un procès suite à la diffusion de ses prouesses pornos) mais quand je vous dis que l’argent fait la nouvelle noblesse, en voici la preuve. La reproduction sociale est peut-être discutable mais il n’en reste pas moins qu’un gamin de famille riche ira peut-être plus facilement en privé, aura son ordi perso, pourra suivre des cours particuliers… Bref, aura plus d’outils pour réussir (après, s’il est con comme un balai, l’argent ne peut pas tout faire non plus).

 

Bon, rassurons-nous, y a l’ascenseur social. Mais si on regarde les chiffres, il descend plus facilement qu’il ne monte. Si je me compare à mes parents, avec mon métier de journalisme à 2000 euros par mois d’ici quelques années, je serai bien en dessous du CSP de mon père (mais au-dessus de ma mère, quoi que…). Donc, en plus, on dégénère ! Sauf pour les nouveaux riches, cette noblesse de robe qui a acheté ses titres à la loterie ou à la Star Academy.

 

Bref, que ça fasse chier ou pas, c’est l’argent qui fait tourner le monde, point. Alors pourquoi ne pas en parler franchement et arrêter de se cacher derrière une fausse pudeur. On gagne bien sa vie ? Ben quelle honte il y a ? A moins que ce ne soit pour ne pas attirer l’attention des impôts…

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Ca me foot le cafard

On doit en être à peu près à J-15, je crois. Enfin, j’avoue que je n’en sais rien et je m’en tape royalement. Mais voilà, le foot est partout et le mondial de foot commence petit à petit à s’insinuer dans nos vies. Et j’en ai déjà assez.

 football-zidane

Avant de commencer, un petit point : je ne suis pas fan de foot. Ce n’est pas mon sport préféré, je regarde quasiment jamais aucun match mais je peux comprendre que certains aiment, c’est un sport comme un autre. Après tout, moi, j’aime bien le rugby, chacun ses goûts. Je ne conteste pas non plus le fait que le foot soit le sport préféré des Français et je ne m’insurge pas contre. Là ne sera pas le propos de ce billet. Ce qui me saoule, par contre, c’est le gavage médiatique qu’on commence à nous imposer.

 

Déjà, ça commence par la pub. Coca nous a gratifié d’une pub hallucinante où tout le monde s’aime grâce à un but de l’équipe de France, y compris le mari et l’amant caché dans le placard. Trop fort le foot ! Mais la pub hallucinante, c’est celle de je sais plus qui (CanalSat, je crois) où un couple met le match en pause pour s’envoyer en l’air et à peine la brouette consommée, ils rallument aussi sec. Alors, moi, un mec qui part mater un match de foot alors que je récupère de mon orgasme (en espérant que j’en ai eu un, ça me consolera de coucher avec un goujat pareil), il est pas prêt de me retoucher. Non mais ça va, oui ?

 

Donc à partir du 9 juin (selon Omar et Fred), c’est parti. Enfin, je dis ça mais ça commence déjà à truster les premières places au JT. M. Domenech annonce la liste des 23 ? Mais que la Terre s’arrête de tourner, plus rien n’a d’importance ! Il ose faire des déclarations que pour les abonnés SFR ? Mais quel scandale, Clearstream, à côté, c’est du pipi de chat ! Zidane annonce sa retraite ? Mettons les drapeaux en berne. Par contre, Lizarazu, il est mauvais en comm : annoncer sa retraite juste après l’annonce de Zidane, forcément, tout le monde s’en fout. Et pendant les prochaines semaines, les politiques vont pouvoir faire leur beurre dans leur coin, personne ne dira rien. Peu importe ce qu’il se passera, les journaux étaleront en une les exploits des Bleus… Si tant est qu’ils brillent parce qu’au vu de leurs derniers résultats, je suis pas sûre. Mais bon, je suis pas une spécialiste mais Barthez et Zidane, ils commencent à dater quand même et j’avoue que je ne trouve pas ça juste qu’on ne laisse pas la place aux jeunes.

 

D’ailleurs le foot n’est-il pas le reflet de notre société ? On préfère les valeurs descendantes que la fraîcheur de la jeunesse ? Non, là, je plaisante. Mais le foot
reste un phénomène passionnant, qu’on s’y intéresse ou pas. Pendant une poignée de semaines, 36 nations vont s’affronter. C’est étonnant comme le patriotisme aujourd’hui passe par le sport, je crois qu’on n’est jamais aussi fiers d’être français que quand Thierry Henry plante un but. Même moi qui n’aime pas le foot, j’ai regardé un peu la coupe du Monde de 98. D’ailleurs, j’ai une anecdote marrante sur le sujet. Lors d’un match de l’équipe de France qui s’est terminée par des tirs au but (contre l’Italie, je crois, mais je sais plus à quel moment de la compétition nous étions), je regardais le match avec ma sœur et ma grand-mère qui vivait chez nous, à l’époque. Premier tir au but de l’équipe de France, marqué. L’image est repassée au ralenti et là, ma grand-mère se tape dans les mains : « et de deux ! ». Avec ma sœur, on explose de rire avant de lui expliquer : « mais non, mamie, c’est le même ! ». Bref. J’avoue que je ne suis pas une dingue de l’équipe de France, je n’ai pas de favoris donc peut importe qui gagne ou perd. Ce qui m’agace, c’est d’ériger l’équipe de France en modèle de la France black blanc beur et comme un modèle d’intégration. Je m’explique.

 

Quand on parle de Zidane ou d’Anelka, à l’époque, on disait : « ouais, c’est des jeunes de la cité qui ont réussi, comme quoi, c’est possible de s’intégrer quand on est issu de l’immigration », blablabla. Alors voilà, les gamins dans les cités, au lieu de nous emmerder, qu’ils jouent au foot, ils atteindront le sommet. Ils sont tous de potentiels Zidane (et au pire, s’ils sont nuls, ils peuvent tenter de devenir le nouveau Jamel). Non mais comment on peut dire une chose pareille ? Combien de jeunes peuvent utiliser le foot pour s’en sortir ? Combien d’appelés pour peu d’élus ? Est-ce responsable de dire ça aux gamins ? Non, je ne le pense pas. Je ne nie pas le côté sociabilisateur du foot, après tout pourquoi pas ? En jouant au foot, les jeunes intègrent des règles, apprennent à vivre en communauté et évacuent leur agressivité dans un affrontement sain. Oui, pourquoi pas. Mais de là à dire à ces jeunes que le foot est un superbe ascenseur social, faut arrêter les conneries.

 

Et pourtant, on va y avoir droit, je vous le dis. Pour peu que la France gagne (mouahahah !), on va avoir droit pendant une bonne quinzaine de jours à l’hagiographie de M. Zidane, fils d’immigré qui a grandi dans une cité phocéenne et devenu aujourd’hui un héros de la nation, tatatan ! Bon, c’est très bien pour lui mais les politiques n’ont-ils pas honte de mettre cet exemple, carrément exceptionnel, pour montrer que l’intégration, ça existe ? Pour résoudre la crise des banlieues, on offrira aux gamins des ballons et des crampons et la vie sera belle. Mais le foot n’est pas une solution miracle, ce n’est qu’un sport…

 

Dieu merci, j’ai la saison 4 de Six feet under à mater, ça m’aidera à passer ce foutu mois de mondial.

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