Peut-on tout écrire ?

Dans une optique de publication. La semaine dernière, je traînassais sur Twitter quand je vois une blogueuse littéraire hurler son indignation sur un roman, “Outrage” de Maryssa Rachel. Celle-ci dénonçait notamment que ce roman soit vendu par Hugo Roman, spécialisé dans toutes les merdes romantico-perverses de type After où on t’apprend que c’est normal d’être un paillasson maltraité par son mec car l’amour fait souffrir. Tiens, va acheter des dessous Agent Provocateur et des fringues Karl Marc John pour oublier que si tu ne souffres pas, c’est que ton histoire est en mousse. Sauf que là, c’est archi pire… Peut-on vraiment tout écrire ? Quelle est la limite ?

Dark romances par Hugo Roman

 

Je déroule le thread et là, je lis un extrait. Bon, déjà, c’est franchement écrit avec le cul et je manque de décrocher dès la deuxième phrase mais c’est après que ça se corse. Ca raconte l’histoire d’une jeune fille qui explique vivre seule avec son père, qui l’attend le soir en t-shirt-culotte, cuisses écartées… Vous imaginez la suite et je vous épargne les détails jusqu’à la conclusion sordide “les gens ne comprenaient pas pourquoi j’avais autant de mycoses à 7 ans”. 7 ans. 7 ANS ! Alors déjà, sur le côté incestueux, je commençais à froncer méchamment les sourcils mais une enfant de 7 ANS sexuellement active et consentante, ça va pas bien ? Et si j’en crois les commentaires sur Amazon, on a droit à des viols, même une scène de zoophilie… et vendu dans la même collection que les After qui cartonnent chez les adolescentes. Bordel de merde.

Ecrits sombres

Oui, je suis vulgaire dans cet article mais à un moment, y a quelque chose de moisi au Royaume littéraire. Que cette personne ait eu envie d’écrire cette histoire, à la limite, pourquoi pas, chacun ses fantasmes. Qu’ils soient publiés dans des éditions très spécialisées… et non, là, déjà, j’ai du mal. L’autrice et l’éditeur se défendent en citant des précédents célèbres genre Mme Bovary (??) et expliquent que ce livre dérange car il raconte une histoire qui pourrait être vraie. Je vais rester sur la scène incestueuse qui est la seule que j’ai lue pour démontrer à quel point cet argumentaire pue la diarrhée.

Peut-on tout écrire ?

Je vais me référer à quelques oeuvres qui pourraient évoluer dans le même registre qu’Outrage (et je ne parlerai pas de Mme Bovary, cette comparaison est un crachat).

– Desideria de Moravia, roman dont j’ai déjà parlé ci et là qui fut le plus troublant tombé entre mes mains, assez dérangeant puisqu’il est question d’une jeune fille mineure (15 ou 16 ans) qui entend des voix qui la pousse à détruire tout ce qui est perçu comme sacré par la bourgeoisie (l’argent et sa virginité), il y a une scène de viol et une scène supposée d’inceste avec sa mère adoptive. Sauf qu’il n’y a pas de description, Desideria se réveille en se demandant si sa mère adoptive l’a caressée ou non et cela participe à sa colère contre cette femme.

Desideria

– Lolita de Nabokov, évidemment. Pour le coup, on a cette histoire dégueulasse entre Dolores, 12 ans, et son beau père Humbert Humbert. Mais ici, si Dolores joue les petites séductrices, elle regrette ses gestes, finalement innocents, et Humbert, qui raconte le récit, est toujours narré comme un pervers, il sait que ses désirs sont malsains et Lolita essaiera de fuir loin de lui à la moindre occasion, refusant de tout son corps cette liaison.

Lolita, le film

Histoire d’O où nous avons une femme soumise. Ici, le contexte est un peu différent et c’est pour ça que je m’y arrête. Le roman peut être effectivement assez dérangeant puisqu’un homme livre régulièrement sa compagne à d’autres hommes sans l’avertir (on a aussi ça dans Emmanuelle où son amant initiateur la livre à un gagnant de combat de boxe sans lui demander son avis puis l’amène une autre fois dans un bordel où je ne sais plus quoi où elle se fait saillir par plusieurs hommes sans avoir réellement ravie de l’expérience) mais la différence majeure c’est que ce roman n’avait été écrit au départ que pour exciter son amant et pas du tout dans une optique de publication.

Histoire d'O

– enfin le Marquis de Sade. Je n’ai lu que la philosophie dans le boudoir que j’avais trouvé… curieux par moment (y a une scène, j’étais limite à dessiner l’emplacement des personnages tellement ça me paraissait compliqué que tout le monde arrive à s’emboîter tel que décrit), intéressant dès que ça parlait politique, vaguement excitant… et absolument dérangeant et dégueulasse sur la fin. Mais au-delà du caractère purement sexuel de l’oeuvre, il se dessine une volonté politique.

La philosophie dans le boudoir

Dans Outrage, ce qui m’a profondément mis mal à l’aise, c’est le consentement total de la gamine de 7 ans. Dans les romans précédemment cités, les victimes sont victimes et cela nourrit un propos. Même la soumise O. sait que ce qu’elle vit n’est pas normal mais elle l’accepte par amour tout en punissant sa maîtresse occasionnelle en tentant de l’envoyer à Roissy où se situe le manoir où elle était esclave sexuelle. Là, le roman est écrit à la première personne, une enfant de 7 ans excite son père, mouillant en pensant à ce qu’il allait lui faire. Je suis même pas sûre qu’une enfant de cet âge là puisse mouiller. Et c’est absolument tout le problème de ce roman : la légitimisation. Certains mecs malsains n’hésitent pas à minimiser un viol en expliquant que de toute façon, c’est ce qu’on voulait, toutes les meufs fantasment là-dessus. Ici, la pédophilie incestueuse est légitimée parce que “bah, son père ne fait que lui donner ce qu’elle veut”.

L'enfant démon

Alors peut-on tout écrire ? Dans l’absolu, tu écris ce que tu veux, comme pour Histoire d’O., vu que c’était censé rester entre les mains concernées. Mais le publier ? Cracher peperlito à la gueule de toutes les petites filles qui ont subi ça en racontant que ça pourrait être voulu ? A un moment, faudrait peut-être arrêter les conneries, aller dans le toujours plus trash pour vendre plus. Oui, il est des histoires d’amour et de sexe dérangeantes que l’on peut narrer mais pourquoi à tout prix franchir la ligne rouge ? Surtout si c’est pour le mettre entre des mains non averties. Il existe des productions sexuelles très violentes comme des Hentaï mais au moins, en lançant ça, on sait sur quoi on va tomber…

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Les sites de rencontre nous pervertissent

Il y a 10 jours, petite pause dans l’hystérie de ma semaine, je jette un œil sur Twitter et voit quelqu’un ricaner sur un article des Inrocks évoquant la culture du plan cul qui prend ses aises en France. Heu… Je voudrais pas vous choquer les gars mais le plan cul, c’est pas nouveau nouveau comme concept. Je pense que dans les années 80, déjà, VSD et autres titres putassiers devaient déjà réaliser des enquêtes sur ce nouveau phénomène qu’est le plan cul. Phénomène qui n’avait lui-même rien de nouveau à l’époque non plus. Pour moi,la réelle évolution n’est pas dans une certaine libération des mœurs mais plus dans la prise de parole autour de ça. C’est mieux assumé, moins amoral même si de grands intellos masculinistes considèrent qu’une femme qui se donne sans Amour et sans espoir d’être fécondée par ledit monsieur sont de grosses putes vérolées. J’y reviendrai tiens.

sexe.ete

Cet article, outre qu’il doit bien avoir 40 ans de retard, se permet en plus de distribuer les responsabilités, nous rappelant insidieusement que baiser sans Amour, c’est mal. Premier coupable de notre récente  (hmmm) perversion : les sites de rencontre ! Mais oui, à peine est on inscrits dessus qu’on se transforme automatiquement en prédateurs sexuels en recherche perpétuelle de chair fraîche. Ouiiiiiiiii ? Alors qu’avant, tu comprends, les gens ne cherchaient que l’amour parce qu’ils n’avaient pas le choix (c’est vrai, le Minitel ou les petites annonces, sans parler des différents bals et orgies n’ont jamais existé, c’est faaaaaaaaux !) mais depuis que l’on a désormais autant de choix, on se sent obligé de tout goûter. Noir ou blanc, petit ou grand, sec ou rond, jeune ou vieux, homme ou femme. Venez tester, venez vous amuser ! Qu’est-ce que ce sera pour vous ce soir, madame ? Ce délicieux monsieur aux couleur caramel ou un petit trio pour entamer la semaine sur une note d’audace ?

le-cuisinier

Oui… Mais non. La quête d’un partenaire varie déjà d’une personne à une autre. Quand je me suis inscrite sur un site de rencontre la première fois (et les fois suivantes), c’était avant tout pour tromper mon ennui. Avoir de nombreuses conquêtes m’a permis de prendre confiance en moi, multiplier les expériences, rencontrer des personnes intéressantes (aussi). Certes, le rythme s’intensifiait dans les périodes où je n’allais pas très bien et que j’avais besoin de ne pas penser. Je pense que je n’ai jamais autant baisé que durant mon chômage et quand je bossais chez Pubilon. Ca, c’est mon cas. A côté, j’ai des ami-e-s qui cherchent un partenaire de vie et ce très sérieusement. Après tout, les sites de rencontre comme les bals populaires d’antan sont avant tout un carrefour où se rencontrent les âmes esseulées. Il peut en naître de l’amour, du sexe, de l’amitié… ou éventuellement un moment gênant.

Quelques-verres-de-vins
Et puis, pardon mais ça veut dire quoi cet article ? Savais-tu, cher journaliste réac, qu’on pouvait tout à fait trouver l’amour sur un site de rencontre même si on ne dit pas non à quelques jeux sexuels de temps en temps. Sais-tu qu’on peut aimer le sexe, avoir envie de s’amuser mais, si on rencontre une personne qui nous intéresse, on a aussi la possibilité de cesser tout jeu de séduction avec les premiers venus pour tenter l’aventure avec celui ou celle qui nous fait battre le coeur ? Est-il impossible de trouver l’amour si on le cherche ? Une fois que l’on s’est adonné au plan cul, sommes-nous condamnés à ne plus être “dignes” d’amour ? Non. Peut-on réellement affliger ce type de raisonnement digne d’une adolescente de 15 ans dans un soap en 2015 ? Non mais pitié…

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Accusé de réception

« Cher Père Noël,

Alors que je m’apprêtais à écrire à ton SAV pour dire que j’avais pas reçu l’homme idéal que j’avais commandé, le voilà qui m’arrive enfin ! Avec une semaine de retard sur le délai que je t’avais demandé mais on va pas chipoter pour une semaine. J’avoue que ce fut une belle surprise, je l’ai pas vu venir. Tu as plutôt bien respecté mes demandes, excepté les yeux verts et les 3 heures de train… Oui, faudra un jour qu’on m’explique comment je me débrouille pour toujours trouver des mecs qui vivent loin. Bon, je te confesse que tu as bien respecté certaines de mes demandes, comme la barbe (mmmm…), le beau profil, l’humour, la culture… Et il est même pas allergique aux chats, même si, pour l’heure, il n’apprécie pas trop Kenya. Bon, ok, c’est pas sa faute, elle est particulièrement chiante en ce moment.

Laisse-moi te raconter un peu l’arrivée de ton cadeau dans ma vie et surtout la livraison. Donc, comme je te disais, ce fut une belle surprise, je ne m’y attendais pas (ou plus, comme tu veux). Dès notre première conversation MSN, on ne se quittait déjà plus, on a fini par se déconnecter à 6h du matin… Heureusement, en ce moment, il y a de longs week-end. Bref, tous les soirs, on se retrouve, on se parle et on n’arrive pas à se quitter. Je t’avoue que me coucher tous les soirs entre 2 et 3h du matin, ça n’aide pas à être en forme au boulot le lendemain mais j’assume, je suis une professionnelle. Bon, j’ai la tête dans le cul et Pierre-Cécil doit se demander ce que je fais de mes nuits mais passons.

Avec le jeune homme, Alexandre, on se reconnaît, on s’attache, on devient accro l’un à l’autre. Le soir, je rentre, je jette mes affaires pour me mettre sur MSN et lui parler. Ce n’est pas que j’ai beaucoup de choses à lui raconter, mes journées ne sont pas palpitantes, mais j’adore parler avec lui. Et c’est réciproque. A tel point qu’il décide de venir me voir dans la capitale. Je suis excitée comme une puce, je souris bêtement quand il m’appelle ou m’envoie un SMS, une vraie adolescente, en somme. Au départ, il devait dormir chez son meilleur ami et finalement, il vient directement chez moi. De toute façon, faut être honnête, il aurait passé toutes les soirées et nuits chez moi donc autant faire gagner du temps à tout le monde.

Mardi, le jour J, je suis trop nerveuse. Après avoir nettoyé mon appart, je me refais une beauté et je file le chercher à la gare mais le parcours est semé d’embûches. D’abord, j’arrive aux abords de ma gare, je vois le train arriver donc c’est parti pour un sprint. Sauf que pour arriver sur le quai, y a une sacrée pente donc je cours, mes abdos et mes jambes protestent, j’arrive en haut et… je me rends compte que le train n’arrive que dans 3 minutes, celui que j’ai vu ne s’arrêtait pas. Argh ! Bon, je prends mon train, j’arrive à la gare et je m’en vais prendre le RER. Toute guillerette, je glisse mon ticket dans la machine, je pousse la barrière d’un coup de bassin et… Aïe, il s’ouvre pas ! Bon, je reprends mon ticket et je vais au portique suivant, rebelote. Quoi ? Le ticket tout neuf du mois de mai qui me coûte les yeux de la tête ose me résister ? Je regarde autour de moi, personne ne vient. Bon, portique, c’est pas que ça m’enchante mais je vais te passer dessus. Comme je suis très maladroite, je vérifie quand même une dernière fois que personne ne vient car je pressens que je vais me péter le dos ou une dent (au choix). Pied droit, pied gauche… Ciel, je suis de l’autre côté et entière ! Bon, tant mieux, aller chercher Alex à la gare avec un dent pétée, ça l’aurait pas fait.

Donc je rejoins la gare où le jeune homme arrive, je suis un poil en avance et totalement stressée donc j’allume une clope. Au loin, je vois le phare du train qui arrive, mon cœur bat à tout rompre. Ben, merde, me voilà aussi nerveuse qu’une collégienne qui a rendez-vous avec un garçon pour son premier baiser. Le train s’arrête, les gens descendent et là, panique : sans lunettes, je ne distingue pas les visages. Il va arriver et je le verrai même pas, ça le fait pas de coller un vent à ce pauvre garçon d’entrée de jeu. Dieu merci, il était au courant de ma vision pas très nette donc il a mis un T-shirt que je lui connaissais. On se retrouve enfin face à face, en vrai… La rencontre est plus que chaleureuse puisqu’on s’embrasse à en perdre haleine. Enfin, on se trouve !

Bon, ensuite, on va au resto, on rigole bien. C’est un peu comme si on se connaissait déjà, on est très à l’aise. On se dévore des yeux, on se caresse du bout des doigts. Bon sang, Père Noël, t’as quand même bien fait les choses, quel charme ! Déjà, en photo, il était bien mais en vrai, miam ! Après un bon dîner, on repart, le cœur léger, on monte dans le métro mais au bout de deux stations, panique : il n’a plus son ordi portable. On retourne fissa au resto, il est persuadé qu’on lui a piqué, moi, je reste positive. Le séjour ne peut pas mal commencer, c’est obligé. Quand je lui sors mon argument, il me promet un massage si on retrouvait le pc. Ben, j’ai gagné (mais je l’ai pas eu, mon massage, je n’oublierai pas de le réclamer la prochaine fois !).

Comme on est un peu pressés de rentrer, on opte finalement pour un taxi. Comme on est très chanceux, on tombe sur un chauffeur qui a oublié de se doucher depuis quelques temps, le taxi pue la sueur, ce qui nous amuse. On se chahute un peu puis on arrive enfin chez moi. Bon, la tentative de massage a très vite dégénérée mais je n’en dirai pas plus, Père Noël, tu es un vieux monsieur et je ne voudrais pas te choquer. Sache en tout cas que je suis très satisfaite des performances du jeune homme…

La semaine en compagnie d’Alex fut plus qu’agréable et j’avais la gorge serrée quand il est parti. Une fois de plus, me voilà partie dans une histoire pas simple, je dois les chercher, quelque part. Mais bon, je pense que tout ira pour le mieux, vu que tout me sourit en ce moment. Puis tu es gentil, Père Noël, t’es pas comme le petit Jésus, tu fais pas des coups foireux. Puis tout le monde s’extasie sur mon nouvel épanouissement. Malgré mes courtes nuits et mes longues pauses coquines entre deux reportages (hihihi), malgré mes cernes, apparemment, j’ai bonne mine.

Voilà, merci donc pour mon cadeau, je vais en prendre bien soin, rassure-toi. Je voulais t’envoyer une photo du monsieur mais j’ai pas pu la mettre sur le pc… Je te l’enverrai quand je pourrai, tu verras comme je le traite bien.

Bisous Père Noël (et à la mère Noël aussi, ne soyons pas sectaire)

Nina, heureuse. »

 

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La drague dans la rue

Long débat depuis la création de ce blog, la drague dans la rue est-elle à encourager ou à proscrire ? En tant que vingtenaire « potable » (copyright NWH), voilà pourquoi la drague dans la rue est pénible à supporter.
 
Hop!
Posons le décor. Un jour comme un autre, mettons en été. Il fait beau et il fait chaud, j’ai donc rangé ma burqa au placard et j’ai enfilé ma tenue fétiche de l’été, à savoir une robe bleue assez courte avec un décolleté carré. Ok, elle est sexy, cette robe, elle a même traumatisé Gauthier qui se souvient très bien du soutien-gorge que je portais la première fois qu’il
l’a vue mais pas du tout de la couleur de la robe. Mais je ne me suis pas habillée comme ça pour séduire, juste parce qu’en été, sortir le moins couverte possible me rend la vie plus agréable. Je chemine donc. Soudain, un individu de sexe masculin décide que je suis à son goût et fond sur moi tel un aigle sur sa proie et me sort une phrase hautement poétique… ou non. Du « t’as de beaux yeux » ou « que vous êtes belle, mademoiselle » au terrible « t’as des beaux seins » ou l’atroce « t’es bonne ». Les deux premiers gagneront un « merci » accompagné d’un sourire, les deux autres, soit je les ignore, soit je leur jette un regard noir.
 
Parfois, l’homme se contente de ce compliment, il gagne un sourire (ou pas) et tout le monde est content. Mais le dragueur lourd rode et parfois, tape l’incruste. « Hé, tu veux pas boire un verre ? » Alors, messieurs, en général quand je marche dans la rue (en plus, je marche vite), c’est que je suis là pour me rendre d’un point A à un point B, pas pour
aller boire un verre, surtout avec un inconnu total qui est entré dans ma sphère depuis une demi-minute. Je me souviens d’un matin gris dans la ville rose, je quittais le métro pour aller prendre le bus. A l’époque, j’avais une sorte de besace dont l’anse passait entre les seins, faisant un étrange effet push up. Trois mètres après avoir quitté le métro, un mec m’accoste.
« Salut, t’es mignonne, où tu vas ? (en gros)
Je vais prendre le bus pour bosser.
Tu veux pas qu’on prenne un café ?
Non, je vais bosser, là… »
Je croyais que l’amour rendait aveugle, pas sourd. Pour me débarrasser d’un lourdingue, je parle de mon « fiancé » (réel ou inventé, selon le moment de ma vie) et là, ce qui m’horripile au possible, c’est cette réponse qui accompagne cette excuse (parfois) : « c’est pas grave, je suis pas jaloux ». Sous-entendu : on s’en tape de ton copain, tu peux coucher avec moi quand même. Alors, voilà, si j’ai envie d’une passade, je ne vais pas attendre qu’un mec dans la rue me donne l’autorisation et puis je le trouve gonflé : « je ne suis pas jaloux ». Il ne manquerait plus que ça, tiens ! Il veut pas que je lui file l’adresse de mon mec pour qu’il lui pète la gueule, aussi ?
 
Souvent, un simple non ou la volonté de signifier au monsieur qu’on est pressée ne suffit pas. Donc quand le relou s’accroche, je sors ma panoplie de garce (et voilà la phrase qui va faire exploser les comms et me faire détester par les lecteurs mâles). Tu veux pas me lâcher ? Ok, je cède, je te file un rendez-vous auquel je n’irai pas, un numéro de téléphone qui n’est pas le mien (c’est là que je me dis que j’aurais dû garder les numéros de téléphone de  Benoît, qu’on rigole un peu), une adresse mail fausse (oups, j’ai oublié une lettre dans mon nom de famille, c’est idiot). Des fois, je m’invente même un prénom. Je n’aime pas faire ça, franchement, mais y a des cas extrêmes où on n’a pas le choix. Sauf qu’évidemment, je recroise toujours les messieurs en question. Dans mon bled natal, alors que j’avais 16 ans, j’avais filé rencard à un gars qui rôdait toujours autour du lycée et, évidemment, j’y suis pas allée. Quelques jours plus tard, je me balade en ville avec ma maman et là, le gars apparaît en face de moi. Panique totale, surtout que le mec est plutôt du genre pas très aryen et ma mère plutôt du genre raciste… Mais bon, heureusement, le monsieur m’a pas vue.
 
Outre le fait que je n’ai pas que ça à faire de me faire draguer quand je suis dans la rue, 99 fois sur 100, le mec qui s’adresse à moi en aurait fait autant pour n’importe quelle fille « potable » qui passait par là. D’ailleurs, certains sont particulièrement doués : une fille passe, hop, ils se prennent un vent et attaquent de suite la suivante. Certains
enchaînent si vite qu’on les voit se prendre un vent et hop, ils se tournent et s’en prennent à nous. Quand j’étais adolescente, je m’étais faite draguer par un lourdingue qui s’appelait Nino. « Ah, Nino, Nina, on était faits pour se rencontrer ! Comme t’es trop belle, j’suis amoureux ! ». Ah ? Bon, à l’époque, j’avais pas un succès fou auprès des hommes (j’avais un look : mon t-shirt me sert de tente) mais c’est pas pour autant que j’ai cédé. Et j’ai bien fait : ce gars a dragué la moitié des jeunes filles de 15 à 25 ans de mon bled.
 
Alors là, les hommes vont s’indigner : « et alors, y a une limite sur les filles à draguer ? ». Le problème de la drague, c’est qu’on a la sensation qu’il faut un rendement. Un mec qui est posé à la sortie du métro, par exemple, et qui reluque toutes les nanas, je vais avoir la sensation que le seul but du jeune homme est de se trouver une compagne pour la nuit (ou pour la semaine), peu importe laquelle, du moment qu’elle ressemble plus ou moins à quelque chose. De plus, la drague n’a rien d’exaltant : aucun jeu de séduction, rien, le prédateur s’abat sur sa proie, si ça marche, tant mieux, sinon, tant pis. Et puis peu importe qui je suis, ce que je fais, ce que j’aime, ce que je pense… Seul l’emballage compte. Du coup, je
mets de moins en moins de jupes quand je sors car, systématiquement, ça attire les dragueurs en manque, n’importe quelle fille vous le dira. N’ai-je pas le droit de me faire belle ET d’avoir la paix ? Je ne m’habille pas comme ça pour attirer les hommes, juste pour me faire plaisir ou pour plaire à mon homme.
 
Personnellement, je ne me vois pas draguer un homme dans la rue. Il m’arrive parfois (souvent) de croiser des hommes hautement désirables mais je ne vois pas l’intérêt de les aborder. Au mieux, je joue au jeu du regard (je te regarde, je me détourne, je te regarde…) et ça me suffit amplement. Parfois, si nous descendons au même arrêt de métro, je m’amuse à rester dans son sillage le temps qu’il reste sur mon chemin mais je n’ai pas besoin de plus. Le physique est certes alléchant mais que sais-je de lui ? Une enveloppe ne suffit pas, j’aime bien quand il y a une certaine complicité. Et puis, ce monsieur n’a peut-être pas le temps de se faire draguer, peut-être va-t-il travailler ou rentre-t-il chez lui ? Ou pire, il va rejoindre sa maîtresse pour une brouette crapuleuse.
 
En somme, je pense que la séduction est un art, la drague un vulgaire avatar qui m’insupporte. Il y a un temps et un lieu pour séduire et je ne pense pas que la rue, alors que je chemine vers un but précis, soit particulièrement indiqué. Un cœur, on le gagne, on n’essaie pas de l’arracher de force.
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De la nécessité (ou non) de ne pas coucher le premier soir

En feuilletant mon magazine féminin d’un œil morne, commençant à glisser vers une agréable sieste, je découvris la phrase suivante : « si vous voulez que votre relation dure, ne couchez pas le premier soir ». Pourquoi donc ? Cette phrase mérite réflexion et j’ai cherché à comprendre en quoi c’était mal de s’adonner au plaisir physique dès le premier soir.

Flash back : 2 février 2000. Après une semaine à essayer de se trouver un moment tranquille, je ramène ce jeune homme chez moi. Au bout de 10 minutes, nos langues font connaissances et c’est parti pour une séance de pelotage qui s’est terminé en coït endiablé. On a partagé le même chemin pendant 4 ans et demi… Victoire, elle, a frôlé le mariage avec un gars avec qui elle avait brouetté le premier soir. Suite à mon article sur la philosophie de la brouette, une lectrice, Ellys, a confirmé que ce genre de principes ne voulait rien dire puisque, je la cite : «Quant à la durée de vie des couples qui s’explorent le premier soir, avec mon dernier en date, nous venons de fêter nos 6 ans de vie commune et nos 4 ans de mariage ;p Comme quoi, les stats à la con, ben ça reste des stats à la con… » Merci Ellys !


Je peux diviser mes amis en deux grands groupes : ceux qui ont des principes en matière de sexe et ceux qui n’en ont pas. Je fais partie de la deuxième catégorie mais ça ne veut pas dire que je suis prête à tout en matière de sexe. Juste que je ne m’impose aucun délai. Je me souviens d’une conversation hallucinante avec Anne, il y a quelque temps. Elle sortait avec un Allemand, Tobias (on en reparlera) et au bout de quelques jours, les voilà partis à réviser leur anatomie. Pas le premier soir, hein ! Alors qu’Anne évoquait le sujet, elle se plaignait qu’à peine la brouette terminée, il se précipitait sous la douche car il devait ensuite sortie à son cours de capoera où je ne sais où (j’ai une mauvaise opinion du monsieur, ça doit se sentir…). Nina-le-sens-pratique répondit aussitôt : « Ben, va sous la douche avec lui, ce sera ça de gagné ! »
et là, sa réponse me sidéra : « Mais non, ça va pas, c’est trop tôt pour qu’on prenne une douche ensemble ! ». A partir du moment a visité la partie la plus intime de ma personne, je pense que je peux prendre une douche avec lui. De la même façon, il était hors de question de pratiquer la fellation avant une certaine période…Ah ? Suite à la rupture avec mon ex, j’ai vécu (subi ?) une longue période d’abstinence, entamée avant la rupture, d’ailleurs. Un jour, je discutais avec Lucie qui était à peu près dans la même situation que moi : après une longue relation, nous voici célibataires. Et là, nous nous sommes posées de grandes questions existentielles : qu’est-il convenable de faire, ou non, la première fois avec un monsieur ? En effet, au bout d’un certain temps avec un partenaire, on ne se pose plus aucune question, on agit, on sait ce qu’il aime ou pas, il sait ce que nous aimons ou pas… En fait, la question se posait surtout par rapport à la fellation : est-il convenable de s’y adonner dès le premier soir ou pas ? A présent que j’ai retrouvé une vie sexuelle, j’ai compris qu’il était tout à fait convenable et fortement apprécié de s’adonner à cette douce caresse (si on en a envie, évidemment, faudrait voir à pas se forcer, non plus). Mais la première fois, quand doit-elle intervenir ? Je discutais l’autre soir avec Clara au téléphone, alors que la fièvre commençait à faire son œuvre sur ma personne, et elle se réjouissait de
l’avancement du dossier « Arnaud ». Mais là, elle me servit une sentence terrible : « Cette fois, Nina, tu ne fais rien le premier soir ! » Je lui demandai le pourquoi d’une telle attitude et elle me répondit : « mais pour te faire désirer, faut pas leur céder de suite
 » Et mon désir à moi ? Comme je lui disais que je n’avais pas l’intention de freiner les ardeurs de monsieur si elles se manifestaient, elle fit la moue puis décréta : « oui, remarque, vous êtes déjà sortis deux fois ensemble ». D’où ma question : quand doit-on considérer que c’est le premier soir ?

Doit-on compter à partir du premier baiser ou de la première fois où nos regards se sont croisés ? Personnellement, je ne suis plus une adolescente et quand je me retrouve seule avec un homme qui joue aux amygdales avec sa langue tandis que ses mains m’explorent, j’ai du mal à arrêter le pelotage pour dire : « Ah non, pas le premier soir, chéri ! ». J’ai lu dans un (mauvais) magazine féminin que les relations amoureuses étaient extrêmement codées aux Etats-Unis : pas de baiser lors du premier rendez-vous. Pour vous situer le niveau de ce magazine, il nous conseille de chanter du Céline Dion si on veut draguer un Québécois… Non mais tous les Québécois n’aiment pas Céline Dion et Garou (heureusement) ! Pour en revenir aux Américains, je me souviens d’un épisode d’Ally McBeal où la demoiselle paniquait comme une adolescente car elle allait à son troisième rendez-vous avec un monsieur : « celui où on s’embrasse ». Je trouve cette extrême codification bien navrante : si on en a envie avant, on y va, on se pose pas de questions, et puis c’est tout.
Concernant la coucherie le premier soir, je ne cherche pas à plaider ma cause mais la conversation avec Clara m’a fait réfléchir (malgré ou grâce à ma fièvre) : on ne parle que du désir masculin mais jamais du désir féminin. En gros, les magazines voudraient nous faire croire que nous « cédons » aux demandes des hommes car, pour notre part, le sexe nous déplaît et qu’on vivrait très bien sans. En résumé : si je ne couche pas le premier soir, c’est uniquement pour emmerder monsieur, je n’en avais pas envie de toute façon. Quelle erreur ! J’ai une théorie qui dit que la plupart des
journalistes officiant dans les magazines féminins sont de vilaines frustrées qui veulent ruiner notre vie sexuelle car elles n’en ont pas/plus. Quand un homme me touche, ça me donne envie d’aller plus loin, je ne vois pas pourquoi je me briderais juste pour suivre des principes qui ne sont pas les miens. Certain(e)s me répondront que céder trop tôt peut être une erreur stratégique : comment savoir si un homme est avec moi pour mes fesses ou pour mon intelligence ? Et bien, si j’attends quinze jours avant de céder, la problématique sera la même : il aura tiré son coup, il reviendra si c’est bien, partira si ça lui plaît pas. Sauf qu’on s’attache plus au bout de 15 jours qu’au bout d’une soirée, ça fait plus mal…Autant être fixée de suite.


Pour en revenir aux gâteries « à ne pas faire la première fois », là, encore, l’effet miroir fonctionne : je ne lui fais pas de fellation ? Il ne se fendra pas d’un cunni. Ce n’est pas une question de donnant/donnant (la plupart des filles aiment fellationner, la plupart des hommes aiment cunnilinguer), c’est juste que si on se la joue frigide, le monsieur n’osera pas se lâcher. Toujours se brider pour suivre une morale imposée, quel ennui !


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