Dans la liste de mes défauts, je dirais que je suis têtue. Mais comme on a la qualité de ses défauts, on va dire que je suis surtout persévérante. J’adore cette
expression et je la dis un peu tout le temps en ce moment, ne faites pas attention. Persévérante ou têtue, quoi qu’il en soit, au bout de 2 mois de calvaire, j’ai terminé Ada ou l’ardeur de
Nabokov.
Pourquoi avoir à ce point insisté alors même que ce livre me faisait fuir les pauses lecture ? D’abord par espoir. J’avais adoré Lolita, j’avais acheté Ada
pleine d’espoir, d’autant que Nabokov expliquait que ce roman était son préféré. Oooooooh ! Alors je commence à lire. Pénible. Bon on va insister un peu. Il est vrai que rater l’intro d’un
livre est un défaut gênant mais on ne sait jamais. Et pendant 750 pages, je donne une chance à Nabokov parce que j’ai aimé son style raffiné dans Lolita. J’ai vraiment voulu croire que je
retrouverais celui qui a enchanté mes vacances, celui que je lisais alanguie au soleil. Celui que je pensais un jour retrouver au panthéon de mes auteurs préférés, presque à égalité avec
Moravia.
Mais non, Nabokov a commis le péché numéro 1 de l’écrivain sur ce livre : il l’a écrit pour lui. Déjà, en lisant Ada ou l’ardeur, j’ai de vilains sentiments de
déjà-vu, certaines scènes sont limite du copier/coller de Lolita sans parler de la proximité du thème. Bon, si tu veux lire ce bouquin, saute quelques paragraphes, je vais raconter là un peu.
Dans Ada, on retombe sur le thème de la sexualité adolescente voire pré adolescente mais entre eux, il n’y a aucune notion de pédophilie. Ceci étant, il reste un pénible goût de déjà vu. Alors
oui, ok, on sait que les auteurs ont leurs obsessions mais il n’en reste pas moins que là, pour le coup, ça manque un peu d’inédit. Moravia a beau appliquer peu ou prou le même schéma dans ses
romans, je n’ai jamais eu cette sensation de déjà-lu. Sauf que malgré le thème et les scènes communes ou presque, je n’avais pas l’impression de retrouver le même auteur. Le style était d’un
pompeux. Je me souviens d’une phrase précisément qui m’a énervée : le héros, Van, arrive dans un hôtel et donne un pourboire au groom qui « l’empalma dextrement ». Mais pourquoi
utiliser une expression aussi lourde pour un geste totalement anodin (le groom s’en va et disparaît totalement du roman) ? Il ne pouvait pas dire un truc genre s’en saisit habilement ?
Par exemple. Et tout le roman est à l’avenant, je ne pouvais m’empêcher de penser à cet épisode de Friends où Joey essaie d’écrire une lettre pour le centre d’adoption pour recommander Chandler
et Monica et utilise le thésaurus de word pour ne mettre que des mots compliqués. Ben là, pareil.
Puis merde, je sais pas mais l’histoire devrait être palpitante, fascinante (ne lisez toujours pas ce paragraphe si vous voulez lire le livre, là, je vais aller
très loin dans la révélation). Pour faire bref, Nabokov fouille ici les méandres de l’inceste avec des frères et sœurs qui couhent ensemble avec quelques touches de saphisme. Quand Moravia le
fait dans Desideria, je suis troublée dès que je touche le livre. Quand Nabokov le fait, je regarde le numéro de la page pour voir combien il me reste de pages à lire. Alors que dans Lolita,
explorant un autre tabou, la plume rendait le tout bien troublant. Nabokov, pourquoi tu m’as trahie ?
[Vous pouvez revenir lire !] Alors évidemment, la question majeure est : pourquoi avoir insisté ? Pourquoi avoir
lu 750 pages d’un livre qui me tombait des mains dès la page 15 ? En un, je dirais que c’est parce que je suis opiniâtre, je ne m’avoue pas vaincue comme ça. Mais la vraie raison fut
l’espoir, l’optimisme voire la naïveté. Je pensais sincèrement que ça allait s’améliorer mais non. C’est fouillis, j’ai mis 300 pages à bien comprendre que l’histoire se passe sur une planète
jumelle de la nôtre (mais Seigneur pourquoi ?), je ne lisais quasi plus… Depuis que je t’ai fini, j’ai déjà lu deux bouquins (en moins de 15 jours), comme quelque chose à rattraper.
Du coup, j’hésite à racheter un livre de ta plume, ne sachant pas si je tomberai sur le Nabokov que j’aime ou celui qui m’ennuie.
NB: Il était quand même bien sexe Moravia...
Publié dans : De l'art ou du lard
Mercredi 25 novembre 2009
3
25
/11
/2009
12:55
7
C'est un peu ce qui me questionne dans la littérature étrangère en français, quel est le rapport entre le traducteur et l'auteur? J'aime bien savoir quel parti pris il y a, parce que la traduction littéraire c'est des choix parfois bien difficiles.
prochaine étape Joyce, mais là faut pas rêver hein!
Il ne te reste donc plus qu'à apprendre le russe...