(Article écrit hier soir, achevé ce matin)
J’avais prévu d’écrire un article pétillant, enlevé, plein de sexe mais mon humeur est noire comme l’encre. Car il m’arrive quelque chose d’inquiétant : mon petit ami a disparu. Enfin, il est injoignable.
Samedi soir, le voilà qui se connecte sur MSN, je vais donc lui parler pour lui demander s’il est bien rentré de Corse, on discute rapidement mais je dois aller manger donc la conversation tourne court. Je reviens plus tard, j’essaie de lui parler mais pas de réponse. Soudain, le voilà qui reparle : « je me suis endormi devant la télé, je vais me coucher ! » Malicieuse, je lui réponds : « oui, soit en forme pour lundi ! », jour de mon retour sur Paris. Le dimanche, je le vois apparaître sur MSN mais je suis en hors-ligne donc nous ne discutons pas. Le soir, je regarde la télé et quand je retourne sur le net, il n’est pas là. Normal, il travaille tôt, le lendemain.
Non retrouvailles sur le quai de la gare
Lundi après-midi, dans le train, j’éteins mon portable car je ne veux pas être jointe par mon ancien tuteur de stage : je devais impérativement lui rendre un travail, je ne l’ai pas fait. Je lui envoie donc un texto lui demandant s’il venait me chercher à la gare et je coupe mon téléphone : il ne me rappellera pas tant qu’il n’aura pas fini son boulot et puis, le répondeur, c’est pas fait pour les chiens. Je rallume régulièrement mon portable pour voir si je n’ai pas de messages. La méchante dame de SFR me répète inlassablement : « vous n’avez pas de nouveaux messages. » Bon, de deux choses l’une :
- soit il veut me faire une surprise et ne me prévient pas de sa présence à la gare
- soit il n’a pas fini son boulot.
Arrivée à la gare, toujours pas de nouvelles, je scrute les visages en remontant le quai mais je dois me rendre à l’évidence : Arnaud n’est pas là. Ma valise à roulettes dans une main, la panière à Kenya dans l’autre, je fulmine. C’est typiquement masculin, ça : on fait des efforts au départ mais dès que c’est acquis, on se relâche. Enfin, je le verrai plus tard.
J’arrive chez moi, constate avec désespoir que GDF a coupé mon gaz : j’ai une chaudière extrêmement capricieuse, je n’arrive jamais à la rallumer. Peu importe, Arnaud m’aidera à la rallumer. 20h, 20h30, 21h, 21h30. Bon, c’est mort. En passant devant chez lui en train, j’avais constaté que les lumières chez lui étaient éteintes. Soit, il a dû aller à son cours de volley plutôt que de me voir. Je fulmine. Du coup, je flirte au téléphone avec mon correspondant virtuel, ça lui fera les pieds.
Mardi, journée mauvais poil. Je râle sur MSN, j’explique à ma copine Zoé que c’est un connard « que s’il voulait, il m’appellerait », etc. Ce qui est amusant car, en temps normal, c’est Zoé qui se désespère de ne pas avoir de nouvelles de son prétendant et moi qui la rassure. Etrange inversion de situation. Tous les gens qui me parlent sur MSN ont droit à la même litanie. Victoire m’appelle en fin de journée (victime dans un premier temps de ma technique : « je coupe mon portable et je fais la morte »), je lui rejoue la pièce : « Je suis une princesse, Arnaud doit me traiter comme telle ! S’il croit qu’il est le seul à me désirer… ». Gentiment, elle me fait remarquer que lorsque nous sommes en inactivité, nous avons tendance à tout ruminer, tout grossir, force est de constater qu’elle a raison.
20h. Pas de nouvelles. La pression monte, ma résolution de ne pas l’appeler s’effrite au fur et à mesure des minutes, je discute distraitement avec mon correspondant virtuel qui s’efforce de me remonter le moral. 21 h : là, je n’en peux plus, il va voir ce qu’il va voir ! J’attrape mon téléphone portable, touche appel et c’est parti. Et là, je tombe sur le répondeur. A cette heure de la soirée, ce n’est pas normal.
Nina en mode « panique »
Bon, laissons lui un message. Voix tremblante : « Oui…euh…c’est moi. Ecoute, je voulais de tes nouvelles et je n’en ai pas, rappelle-moi dès que tu as ce message. » Je raccroche et je saute sur Louis qui traîne sur MSN. Lui non plus n’a pas de nouvelles depuis dimanche. Il appelle sur le numéro professionnel d’Arnaud, répondeur. Il appelle un gars qui bosse avec mon homme, le gars lui promet d’envoyer un mail en interne. Pour bien me rassurer, il me dit qu’il n’est pas allé sur leur forum de motard depuis dimanche. Là, c’est officiel, je panique.
Branle-bas de combat sur MSN, j’en parle à tous les malheureux qui passent par là : mon correspondant virtuel, Banana, Tink, Matt, ils y ont tous droit : mais où est Arnaud ? Tout le monde me suggère d’appeler sur son fixe mais il n’en a pas. Aller chez lui ? Le jour de la grève des transports, c’est mission impossible. Bref, je n’ai aucun moyen de savoir. Mon cerveau se met donc en marche et voici les hypothèses plus ou moins paranoïaques qui se sont imposées à moi.
- Il a eu un accident de moto. Bon, je pense sincèrement que si c’était le cas, Louis aurait été au courant car ils sont amis depuis 7 ans, sa mère le connaît, elle l’aurait prévenu. Donc ça me semble peu probable.
- Son portable est mort. Mais pourquoi ne se connecte-t-il pas sur le net ?
- Il me fuit, il ne veut plus me parler. Non, dans ce cas, il se contenterait de me bloquer sur MSN et il serait visible par les autres. De toute façon, je lui ai parlé au téléphone jeudi, tout allait bien, il n’y a aucune raison que ce soit ça. Arnaud n’est pas un sale connard qui fait du silence radio quand il ne veut plus d’une fille. Enfin, je ne sais pas mais je ne crois pas.
- Il est malade, mort de fatigue, ça fait deux ou trois jours qu’il roupille.
Honnêtement, la dernière hypothèse me paraît la plus vraisemblable : avec le temps qu’il fait, tout le monde est malade. Il aurait pu m’appeler mais bon… Comme m’a fait remarquer Banana, les hommes ne se rendent pas compte à quel point on peut s’inquiéter pour eux. En effet, Louis m’a limite engueulée parce que je me faisais du soucis. Je vais donc patienter en essayant de ne pas imaginer le pire. Ceci étant, il a intérêt d’avoir une bonne excuse pour son silence car il n’est pas le seul à en vouloir à ma vertu. Enfin, du coup, je m’inquiète et je culpabilise un peu d’avoir un peu poussé le flirt avec mon correspondant virtuel, à qui je ne reproche rien. Je crois que j’ai condamné un peu rapidement l’accusé.
Il faut savoir que je suis flippée de nature. Jeune, je râlais après ma mère, trouvant qu’elle me couvait trop (ce qui n’est pas le cas, rien d’excessif). Mais je ne suis pas mieux qu’elle. Fin août, je suis chez mes parents, je papote sur MSN, pour changer quand ma sœur appelle : « Ils ne sont pas rentrés papa et maman ? » Non. Ils étaient partis en week-end en Espagne avec des amis et devaient rentrer en fin de journée. Il est 19h, je m’inquiète pas. 19h15… Bon, on va les appeler, pour voir. Portable de mon père : répondeur. Panique à bord : en tant que médecin (et géniteur de ma sœur qui souffre de téléphonite aiguë), mon père n’éteint jamais son portable. J’essaie celui de ma mère, répondeur aussi mais là, c’est normal, elle ne s’en sert jamais. 19h30 : rien, rien et rien. Je commence à paniquer, je raconte mon désarroi à Victoire, j’essaie de me rassurer comme je peux, la prenant à témoin : « Non mais je suis sûre que c’est tout bête comme explication. Tu comprends, y aurait eu un accident, je le saurais, ils auraient appelé. Puis l’AFP parle pas de carambolage… Ils doivent être coincés dans un embouteillage dans une zone où ça ne capte pas. » Je « branche » mon instinct : je suis sûre qu’il ne s’est rien passé de grave, je l’aurais senti, sinon. On se rassure comme on peut. 20h et des brouettes : j’entends une voiture dans l’allée, je regarde : ce sont eux, alléluïa ! J’appelle ma sœur et je leur saute dessus : « Non mais ça vous arrive d’allumer vos portables ? On était mortes d’inquiétude ! ». Ma mère me regarde, effarée : « mais il est allumé ! ». En fait, explication idiote : en passant la frontière, leur opérateur n’a pas repris leur ligne donc ils étaient restés sur vodafone et étaient injoignables. Tout ça pour ça ! En fait, l’inquiétude est surtout née de ce portable éteint. Il y a cinq ans, ce retard ne m’aurait pas inquiétée mais là, le fait qu’ils ne soient pas joignables, les pires idées m’ont assaillies. Victoire m’a avoué plus tard que je lui avais refilé mon stress : elle sait malheureusement par expérience qu’en cas d’accident, la famille n’est pas prévenue dans la minute.
Epilogue
Ce matin, 9h45, je reçois un texto de Louis : « Salut, Arnaud va bien, juste débordé ». Débordé au point de ne pas m’appeler ? Débordé au point de ne pas répondre à mes messages ? Et bien, la vie toute rose est terminée, j’atterris. Il a intérêt à se manifester rapidement sinon je ne répondrai plus de rien. En attendant, je ne culpabilise plus du tout d’avoir flirté avec mon correspondant virtuel. Lui, au moins, se préoccupe de moi.
Commentaires