Vingtenaires, nos liaisons foireuses

 

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La vie de 11 vingtenaires, leurs histoires de coeur et de sexe, leurs questions, leurs délires...


Vendredi 19 janvier 2007
Par Lucie
 
Comme vous commencez à vous en douter, je vis sur une petite île des Antilles rendue célèbre par une chanson de Voulzy. L’acclimatation se déroule pour le mieux. Mais il y a un hic ! et oui toujours à se plaindre de quelque chose ces vingtenaires…même lorsqu’ils vivent au soleil, sous les cocotiers, les pieds dans la mer turquoise des Caraïbes !! Quelle honte, et je comprends votre indignation à la vue du bulletin météo de la métropole.

Mais je ne vais pas me plaindre, je vais vous faire part de quelques constatations. En effet, certaines choses m’ont choquée. Et une fois n’est pas coutume, nous allons réfléchir tous ensemble ! Allez tous à vos neurones !

 

Première constatation : cette île est économiquement en ruine et certains indicateurs sont proches de ceux des pays sous-développés.

Deuxième constatation : de sérieux problèmes de pédophilie existent mais sont passés sous silence (vous trouvez normal vous qu’une fille de 18 ans ait un gosse de 7 ans et que le père est 40 ans !!!ça c’est dans le meilleur des cas car il y a également des petits soucis au niveau de l’inceste).

Troisième constatation : la religion et surtout les sectes sont omniprésentes, personnellement j’irai jusqu’à dire omnipotentes.

Quatrième constatation : le sida explose les stat françaises (et lors des journées de prévention, on demande juste aux jeunes de mettre un T-shirt rouge mais on ne leur distribue surtout pas de capotes et on se contente de leur distribuer des brochures sans explications et qui finissent irrémédiablement au bout de 5 minutes dans la première poubelle…).

Cinquième constatation : la vision de la femme est très...on verra par la suite.

Ici, je ne m’intéresse qu’à cette dernière puisque c’est la première à laquelle j’ai été confrontée et c’est celle qui m’a le plus interpellée dans un premier temps (et qui m’a valu une petite déprime, me demandant où j’étais tombée, comment j’allais survivre…).

 

Tout d’abord un petit rappel des faits.

Un samedi soir : soirée sous un carbet sur une plage pour fêter l’obtention du niveau 1 de plongée par notre petit groupe. On mange bien, je bois modérément (ben je me suis pas encore habituée au rhum à 59°), on papote. Arrive enfin la conversation, non le débat sur la femme du XXIe siècle. (Je précise qu’à cette soirée se trouvent des métro, des blancs pays et des Antillais).

Petit résumé des absurdités entendues :

98% des blanches métro viennent dans les Antilles pour se « faire sauter par des Antillais bien montés » (je cite), bon ça va j’appartiens aux 2% restants.

Les femmes ne doivent pas faire de la plongée car ce n’est pas un sport pour elles (pourquoi, on ne le saura jamais).

Les femmes ne doivent pas contrarier les hommes sinon le résultat est catastrophique, « en métropole les mecs sont tous devenus des lavettes à force de laisser les femmes ouvrir leur gueule » (je cite encore).

Les femmes ne peuvent pas revendiquer l’égalité puisqu’elles sont « par nature » différentes (oui pour ceux qui ne sont pas très observateurs, les femmes n’ont pas de couilles et de pénis et ont des seins !) et donc inférieures aux hommes.

Pourquoi une femme voudrait être égale à l’homme alors qu’elle est physiquement incapable de lever des sacs de 50 kilos (je cite aussi).

Une femme est « par nature » un être fragile, sensible et diplomate contrairement à l’homme genre de brute épaisse partant chasser le dîner tous les matins.

Les femmes revendiquant l’égalité (salaire, travail…) avec les hommes n’ont rien compris à la vie (pourquoi, là encore, la personne n’a pas voulu argumenter et c’est contentée d’un « c’est la nature »).

C’est normal qu’il y ait autant de femmes de 25-35 ans célibataires puisqu’elles se la jouent amazone de la vie (ouais, heureusement que les banques de sperme existent pour ne pas avoir à se reproduire avec ce genre de mec !).

Et la note finale : le jeune homme a analysé la situation et m’a analysée. Je suis une fille masculine par mon caractère (et oui j’ouvre ma bouche quand je suis pas d’accord !), une dépravée (mon dieu je le confesse, je suis sortie avec un mec pendant 3 semaines juste pour passer le temps et pour le sexe. C’est mal, je suis une mauvaise fille !! un plan cul de 3 semaines, c’est trop, ça s’appelle pas plutôt un fucking friend !) et une sale féministe !

Pour toutes ces raisons, je finirai ma vie seule, entourée de chats parce que je ne suis pas une vraie femme selon lui. Je m’affirme un peu trop à son goût.

Peut-on me qualifier de féministe et prête à adhérer aux chiennes de garde juste parce que je pense que la place d’une femme n’est pas dans sa cuisine ?

L’image de la femme qu’à ce jeune homme n’est-elle pas d’un autre siècle ?

 

Peut-on vraiment définir la femme, l’homme, en gros existe-t-il une identité sexuée intangible ? Les genres ne tendraient-ils pas à se brouiller ?

Je ne prétends pas répondre à ces questions ici, mais je voudrais juste vous interpeler à ce sujet.

La définition de ce que doit être un homme ou une femme n’est qu’une construction intellectuelle, en ce sens elle a évolué au fil des siècles (même si quelques points perdurent !). L’homme et la femme du XVIe siècle ne sont pas ceux du XIXe siècle puisque les codes de valeur, la morale, les réglementations en matière de sexualité et de comportements sexués ont changé. Henri III a mis les boucles d’oreilles et les froufrous à la mode pour les hommes, comportement et manière impensables et inacceptables pour un homme du XIXe siècle.

Aujourd’hui encore, l’identité sexuée évolue.

Certains diront que les comportements et donc les identités liées au sexe se brouillent du fait de la libération sexuelle (la contraception a permis à la femme de se défaire de sa nature procréatrice et lui a offert la possibilité de désirer et de jouir sans contraintes ; en bref de maîtriser son corps). Et je ne suis pas d’accord avec eux puisque si on s’intéresse de plus près au code pénal (revisité en 1994), on s’aperçoit que la société française n’a jamais été autant réglementée en matière de sexe et assimilé ! Donc point de libération sexuelle en cause ! Le sexe n’est pas libéré mais policé, et il faut admettre que l’on est de plus en plus conservateur à ce sujet. Un rien offense les bonnes mœurs, la bonne morale, les bons penseurs (soit disant !) ! Il n’y a qu’à regarder le débat passionné qu’il y eut autour de la prostitution, des cinémas pornographiques ou même des revues ; sans parler du débat perpétuel sur l’avortement!

Pourtant les genres ont tendance à se brouiller : il n’y a qu’à regarder le phénomène des métrosexuels pour s’en rendre compte. Les hommes n’hésitent plus à se rendre chez l’esthéticienne, la manucure…et j’en passe. Les hommes explorent ce que certains qualifient du côté féminin de chaque homme. Ils prennent soin d’eux et nous les filles on aime (sauf si l’on vit en couple et que le mâle en question pique la salle de bain pendant une heure….investissement dans une deuxième salle de bain ???).

D’un autre côté, on a des filles de plus en plus entreprenantes et indépendantes qui s’affirment et qui demandent à être considérées comme égales aux hommes. Ben oui, on a peut être pas de testicules mais on a un cerveau qui fonctionne parfaitement bien ! Certains voient dans ce changement (qui n’est pourtant pas une généralité) la castration du mâle, la relégation de l’image masculine au placard….l’homme ne serait plus qu’un donneur de sperme quand ces dames le désirent. Je ne pense pas qu’il faille tomber dans cet extrême. Mais il est vrai que la femme (bon ok je parle pour moi ici) en a marre de cette image polie et douce et des attributs dont on l’affuble depuis des millénaires ! Aujourd’hui, je ne veux pas être enfermée dans mon genre : je suis une femme mais ce n’est pas pour autant que je sais et que j’aime cuisiner (je suis même une calamité), repasser ou élever des enfants. Et puis ces activités ne sont pas déconseillées aux hommes que je sache ! Je ne pense pas qu’un homme qui repasse, cuisine, garde ses enfants soit moins viril que le bûcheron du trou du cul du Cantal ou de la Corrèze (je vous laisse le choix pour le département).

L’autre débat (que je trouve stérile) est pourquoi un homme ayant de nombreuses conquêtes est un Dom Juan et est porté aux nues tandis qu’une fille ayant le même comportement est forcément une salope ! Putain de morale judéo-chrétienne, voilà au moins c’est dis !

Pour évoquer le brouillage des genres, il faudrait bien entendu parler des transgenres mais bon je pense vous avoir déjà assez saoulé…

 

Bref, vastes questions auxquelles je ne réponds pas mais qui donnent un petit peu à réfléchir (enfin je l’espère !).

 
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