Un vendredi soir de février, à Toulouse, petites heures de la nuit, je suis en boîte avec Lucie, nous sommes un peu éméchées (enfin, c’est un doux euphémisme me concernant, je suis morte poule). Après s’être dit 100 fois que nous nous aimions, que nous étions merveilleuses et que nous étions fières de l’autre, nous voilà à parler des hommes et là, Lucie me fait une suggestion : et si la prochaine fois, j’attendais avant de sauter le pas ?

Suggestion intéressante qui mérite réflexion. Jusqu’à présent, je n’ai jamais attendu, sauf avec Arnaud (et pas par choix) et, à l’arrivée, ça ne m’a pas porté bonheur. Ici, la question n’est pas celle du bien ou du mal de coucher le premier soir, mon avis sur la question n’a absolument pas changé sur le sujet. Je reste persuadée qu’un connard reste un connard, qu’on lui cède dès le départ ou un peu plus tard. A la limite, retarder la brouette avec un type qui ne veut que me sauter ne retardera que l’échéance : s’il ne veut que ça, il me larguera dès qu’il aura eu ce qu’il voulait, au bout d’une nuit, d’une semaine ou d’un mois, rien ne changera. Si tous les mecs qui acceptent d’attendre un peu pour consommer étaient tous des mecs bien, ça se saurait.
L’idée n’est pas là. Ce que me suggérait Lucie, c’était plutôt de créer une intimité avec la personne, d’apprendre à se connaître avant de consommer. Ne pas coucher le premier soir n’interdit pas l’érotisme, à mon sens, bien au contraire. Découvrir le corps de l’autre à fond, ce qui le fait réagir, ce qui lui plaît, ce qui me plaît, en voilà un défi intéressant. Dormir ensemble, l’un contre l’autre, nus comme des vers, se caresser sans aller jusqu’au bout… Pourquoi ne tenterais-je pas le coup ? Après tout, pourquoi ne pas pousser le jeu érotique jusqu’à attendre pour le coït ? Il arrivera quand il arrivera, pas non plus la peine de le programmer. En amour, pas de calculs, on va pas se dire : on passe trois nuits ensemble et la quatrième, brouette !
En fait, le principe serait le suivant : plutôt que de tout donner de suite, on fait monter la pression, on se découvre, on se chauffe, on s’excite… puis on refait baisser la tension pour mieux savourer les prochains jeux érotiques, le tout jusqu’à ce qu’on en puisse plus. C’est un peu comme un feu d’artifice : ça part fort puis tout à coup, on a droit à trois fusées merdiques avec une voix qui nous raconte l’histoire de la révolution puis à nouveau de belles explosions, un truc pourri et enfin, le bouquet final qui nous émerveille.
Effectivement, cette perspective me séduit mais je me pose une question corollaire : en suis-je capable ? Question qui peut paraître surprenante mais franchement, quand je suis lancée, j’ai du mal à m’arrêter. Est-ce que terminer des câlins coquins par une nuit sans sexe n’est-il pas trop frustrant pour moi ? Si je regarde mon passé sexuel, je n’ai jamais su résister à la tentation de la brouette immédiate, je n’ai jamais fait l’effort d’ailleurs. Le problème, c’est que les baisers et les caresses me rendent complètement folles, mes hormones sont au plafond et je serais totalement incapable d’arrêter les ébats à ce point pour « me préserver ». Mais si c’était le monsieur qui disait stop ?
Bon, allez, hop, imaginons. Me voilà avec Sagamore, mon nouveau petit ami, nous nous sommes échangés notre premier baiser sur le pont St Michel (oui ben quoi, j’imagine ce que je veux) et nous voilà à l’intimité de son appartement ou du mien. Ca dépendra où est domicilié Sagamore, on dira. Donc nous voilà chez lui, nous sommes en train d’échanger nos fluides salivaires sur le canapé (voire pire, sur le lit), nos mains sont très baladeuses, je commence à pousser des gémissement et des soupirs d’excitation et là, Sagamore me fait : « écoute, chérie, j’ai envie d’attendre un peu pour passer à la vitesse supérieure. » Et alors là, je fais quoi ? Ben, j’en sais rien. Selon le ton qu’il adopte, faudrait voir à ce que je sois pas vexée… Mais bon, si c’est dit avec une voix suave et des yeux qui me dévorent… Ok, j’accepte.
En fait, la dernière fois, avec Alex, il était question de ne rien faire le premier soir pour des questions que nous qualifierons de techniques. Bon, ça fait un peu un mois qu’on crève d’envie de se voir donc forcément, une fois chez moi, on commence à s’embrasser et à se dévêtir un peu. C’est qu’il fait chaud au mois de mai à Paris… Donc, au bout d’une heure de frottis-frotta intensifs, les questions techniques sont passées tellement au second plan qu’on les a oubliées et qu’on a passé une bonne partie de la nuit à faire l’amour. Bon, de un, je regrette pas, de deux, Alex ne venant pas de Paris, il fallait profiter au maximum du temps qu’on avait ensemble. Mais bon, une fois de plus, je n’ai su résister à la tentation… Oui, bon, ok, je n’ai pas fait le moindre effort pour résister, pas le moindre petit « non » n’a été susurré.
Ça aussi, ça joue, le contexte : si le monsieur n’habite pas sur Paris et qu’on se voit peu, je vais pas retarder les échéances. Ça fait un peu un mois (ou plus) qu’on se parle sur MSN ou autre, on a eu le temps de se découvrir un peu. Pas physiquement, certes, mais un peu quand même. Alors comme on a pas le temps, on va pas s’amuser à le perdre.
Il y a des fois, ça me fait halluciner ma propre incapacité à résister à l’appel de la chair. Je ne me définis pas du tout comme une obsédée sexuelle, je pense avoir une sexualité normale avec mes fantasmes, mes trucs préférés, les trucs que j’aime pas (non, personne ne me touchera les pieds !), des périodes d’abstinence plus ou moins courte ou plus ou moins longues selon les périodes. Et ben j’en suis pas morte alors pourquoi dès qu’un mec me pelote un peu, j’arrive pas à résister, il faut aller à tout prix jusqu'au bout ? D’un autre côté, pourquoi se torturer ? Si je veux pas coucher avec un mec le premier soir, j’ai qu’à éviter de le ramener chez moi ou de le suivre chez lui, ce sera plus simple.
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